De nouvelles institutions pour un nouveau départ, pour renouer avec le concept de civilisation 1/4

Les conditions du renouveau institutionnel : un pouvoir qui gouverne… et ne ment pas


Par Valérie Bugault − Septembre 2017

 

Introduction

N’étant plus du tout une émanation des populations sous son autorité, le pouvoir politique tel qu’actuellement conçu en occident (et dans ses dépendances mondiales idéologiques) est à la fois faible dans sa légitimité et abusif dans son exercice ; les deux caractéristiques allant de pair. Le pouvoir est politiquement inexistant car totalement dépourvu de la légitimité populaire dont il se pare et qui justifie son existence ; ce pouvoir (apparent) est en réalité un « homme de paille » agité, tel un épouvantail, à la face des populations soumises, pour justifier un semblant d’ordre social. Le pouvoir politique tel qu’il apparaît aujourd’hui est en réalité un artefact de pouvoir, il est entièrement dévoué au véritable pouvoir, le pouvoir économique.

Le véritable pouvoir aujourd’hui n’est pas à rechercher dans l’apparence des arcanes politiques, il se cache derrière l’anonymat des capitaux et dans les paradis fiscaux. Le véritable pouvoir auxquelles sont soumises les populations, maintenues dans la naïveté et l’inconscience, est économique : il appartient aux principaux détenteurs de capitaux de la planète ; lesquels ont tant et si bien œuvré depuis des centaines d’années qu’ils sont devenus propriétaires directs et/ou indirects de la majeure partie des actifs tangibles de ce monde.
Le pouvoir économique actuel, caché derrière des hommes politiques de paille interchangeables, est structurellement hors de tout contrôle ; une collectivité ne peut mettre en œuvre des contrôles que sur un pouvoir dont elle connaît l’existence, l’origine et la nature. Les collectivités humaines ne sont pas en capacité de lutter contre un ennemi caché, qui reste non identifiable. La première condition du renouveau civilisationnel consiste donc à faire apparaître juridiquement la réalité, qui transparaît derrière l’anonymat des capitaux, au grand jour. Nous analyserons cet aspect des choses au cours d’un prochain article consacré aux conditions juridiques du renouveau civilisationnel (futur troisième article de cette série).

Quoiqu’il en soit, il résulte de l’actuelle subversion du pouvoir politique et institutionnel une omnipotence de l’État doublée d’une centralisation abusive, deux manifestations hostiles au développement harmonieux de l’espèce humaine. L’excès de centralisation nuit ontologiquement à la diversité culturelle humaine. L’omnipotence étatique nuit quant à elle à la liberté, à l’intégrité et à la créativité des individus. Ces deux nuisances ayant pour effet direct et indirect une disparition des notions d’équité, de justice et in fine de civilisation. A l’occasion de nos quatre prochains textes, nous redéfinirons le pouvoir dans sa nature vertueuse et utile, laquelle n’est évidemment pas exempte de contraintes. Nous proposerons en conséquence de nouvelles institutions susceptibles de répondre à ce pouvoir politique rénové.

Dans le présent article (premier de la série), intitulé les « fonctions essentielles du pouvoir : un pouvoir réel, légitime et durable », nous commencerons à décrire les conditions de fond du pouvoir politique légitime ainsi que leur traduction en termes d’institutions. Par pouvoir politique il faut comprendre le pouvoir qui est utile aux populations, celui qui est chargé d’organiser la vie en commun la plus sereine possible.


Les fonctions essentielles du pouvoir : un pouvoir réel, légitime et durable

D’un point de vue institutionnel, il importe de mettre en œuvre une nouvelle organisation politique dans laquelle le pouvoir apparent est réel, donc nécessairement durable, et légitime.

A) Un pouvoir réel

D’un point de vue formel, la réalité du pouvoir suppose que le pouvoir apparent est conforme au pouvoir réel.

Sur le fond, la réalité du pouvoir suppose que l’on tient compte de ses caractéristiques intrinsèques que sont le fait de rendre la justice et de disposer pour ce faire du pouvoir de contrainte. Justice et contrainte sont les deux attributs existentiels, c’est-à-dire essentiels et vitaux, du pouvoir.

1) Sur la forme : un pouvoir apparent conforme au pouvoir réel

Le pouvoir, pour être réel doit être officiel c’est-à-dire non caché. Traduit en termes institutionnels, cela signifie que pour être légitimes les représentants du pouvoir doivent être issus d’un processus officiel et contrôlable, ils ne doivent pas provenir directement ou indirectement d’un processus caché ou occulte. Cette assertion se décline en trois propositions distinctes.

La première proposition est que les détenteurs du pouvoir politique doivent être identifiés et identifiables par tous ; cette identification permettra aux détenteurs du pouvoir d’être dotés des prérogatives du pouvoir. Il permettra également aux détenteurs du pouvoir d’être responsables de leurs actes, et donc politiquement légitimes.

La seconde est que les détenteurs du pouvoir doivent être désignés par l’ensemble des individus du groupement qu’ils auront la charge de régir. En d’autres termes, les détenteurs du pouvoir politique doivent faire l’objet d’un processus de désignation au cours duquel toutes les tendances sociétales sont représentées. Nous analyserons plus en détail cette proposition lorsque nous aborderons la légitimité du pouvoir (voir ci-dessous).

La troisième composante d’un pouvoir réel est que le processus d’attribution du pouvoir doit être clair, explicite et conforme à une méthode publique immuable et pérenne acceptée par la population concernée. Le processus de désignation des détenteurs du pouvoir ne doit pas permettre son accaparement par des groupes non officiels, opaques ou secrets – qui est la triste situation que nous connaissons actuellement.

Cette condition entraîne la nécessité institutionnelle de mettre fin à l’opacité des groupements secrets qui tapissent actuellement les allées du pouvoir politique. Il est donc de première nécessité d’imposer de façon institutionnelle et sans dérogation possible, une déclaration publique à tous les groupements et autres clubs secrets, opaques ou occultes, de quelque type que ce soit. Les loges maçonniques devraient impérativement, au même titre que tous les groupes religieux, ou dérivés d’un ordre religieux, faire l’objet d’une déclaration publique tendant à l’identification de leurs membres ainsi qu’à celle de la fonction sociale à laquelle ils répondent. Les membres de ces groupements doivent être rendus publics au même titre que l’objectif social auquel ils répondent. De la même façon, leurs thèmes et méthodes de travail ainsi que les résultats de leurs efforts doivent faire l’objet d’un contrôle public institutionnel.

En contrepartie de leur publicité, les membres de ces groupements bénéficieront d’une reconnaissance officielle et institutionnelle qui trouvera une traduction politique au travers des corps intermédiaires (cf. description ci-dessous du fonctionnement des « corps intermédiaires »).

En cas de litige dans l’officialisation de telle ou telle appartenance ou dans la détermination de l’objet sociétal ou politique de ces groupements, le processus en cause devra être soumis à un contrôle juridictionnel officiel et étatique.

2) Sur le fond : le concept de pouvoir est intimement lié à la justice et à la contrainte

La justification essentielle du pouvoir politique est celle d’imposer des règles permettant à une collectivité particulière de vivre ensemble le plus sereinement possible. La première condition pour assurer l’existence et la pérennité d’une vie en commun d’un groupe d’humain est d’assurer la justice au sein de ce même groupe. Dans ce sens, on constate que la justice est bien plus qu’un simple apanage du pouvoir politique, elle est consubstantielle à l’existence même du pouvoir politique.

Par ailleurs, il ne saurait être question de justice si le pouvoir n’a pas les moyens d’imposer ses décisions à tous. En ce sens, le pouvoir de police est la conséquence logique de la prérogative de justice.

De la même façon, assurer la vie en commun d’un groupement d’individus passe nécessairement par le devoir d’assurer la sécurité de ce groupement. En ce sens, la force militaire est, au même titre que la justice et la police, un apanage existentiel du pouvoir politique. La justice et la contrainte sont, sur le fond, les deux manifestations incompressibles et indissociables, du pouvoir politique.

– Le pouvoir est lié à la justice : pas de pouvoir politique réel sans justice et pas de justice sans pouvoir politique réel

Depuis les temps les plus reculés de la naissance de la civilisation, le pouvoir politique s’est manifesté par le fait de « rendre justice » ; au point qu’il est possible d’affirmer que le pouvoir politique est intrinsèquement lié à la capacité de rendre la justice. S’il n’existe pas de pouvoir sans justice, l’inverse est également vrai, il n’existe pas de justice sans pouvoir : en d’autres termes, la justice est ab initio une fonction régalienne de l’État.

Techniquement, cela suppose deux réalités institutionnelles différentes. La première réalité est que la justice doit être organisée selon un processus garantissant son impartialité vis-à-vis des litiges considérés ; ce qui suppose d’organiser institutionnellement la disparition du conflit d’intérêt entre les juges et les parties au litige.

La seconde réalité institutionnelle est que le « pouvoir politique » doit, de façon structurelle, conserver un droit de regard sur la décision juridictionnelle rendue. Si l’on suit cette logique, le « pouvoir », représenté par le gouvernement, doit toujours conserver une capacité à juger en équité et en dernier ressort des cas qui pourraient lui être déférés sur le territoire soumis à son autorité.

– Le pouvoir est lié à la contrainte : la police et l’armée sont l’apanage du pouvoir politique

La contrainte, attribut incontournable du pouvoir, est acceptable en ce qu’elle permet à chacun de se définir en tant qu’individualité appartenant à un groupe cohérent. La vie en collectivité suppose, par essence, une contrainte individuelle: celle qui impose de ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’autrui nous fasse. Autrement dit, la contrainte, ni trop forte ni trop faible, est nécessaire à l’épanouissement individuel et collectif, à l’épanouissement de l’individu dans le groupe auquel il appartient. La contrainte a pour particularité d’être irrémédiablement liée au pouvoir, elle existe et existera toujours.

La contrainte a une double caractéristique. Premièrement, le niveau d’acceptabilité de la contrainte collective dépend de la légitimité du pouvoir qui l’exerce. Plus le pouvoir est légitime, plus la contrainte est acceptable car elle émane d’un gouvernement qui reste sous le contrôle de ses assujettis. Deuxièmement, le niveau de nocivité de la contrainte est paradoxalement proportionnel à son degré de perception : moins la contrainte est apparente, plus elle est forte et nocive car incontrôlée. Inversement, plus la contrainte est apparente et moins elle est nocive et toxique pour les individus. Il s’agit là d’un paradoxe irréductible, inhérent à la vie en commun.

Sur le fond, nous avons vu que la fonction consistant à assurer la justice est à la fois une condition d’existence et une contrainte irrémédiable du pouvoir. Pour assurer la justice, le pouvoir a besoin de disposer de la contrainte. Dans ce sens, la police est intimement liée, de façon indirecte c’est-à-dire par la médiation de la justice, à la notion de pouvoir. La mise en œuvre de la vie en commun d’un groupement, qui est la mission première du pouvoir politique et donc d’un gouvernement légitime, rend également nécessaire d’assurer la sécurité de ce groupement. L’armée, en tant que force, est en conséquence un autre attribut essentiel du pouvoir politique.

Pour résumer, le pouvoir dispose, par nécessité, du « glaive » et de « l’épée ». En décider autrement supprimerait la fonction politique (c’est-à-dire la fonction consistant à garantir la possibilité de vie commune dans le groupe) du pouvoir car c’est justement la capacité à organiser la vie en commun d’un groupe et à assurer sa sécurité qui justifie et légitimise le pouvoir, qui en fait un pouvoir politique au sens propre.

La police et l’armée, en tant que fonctions régaliennes de l’État, sont d’ordre défensif : elles servent à imposer un ordre public qui a pour vocation de défendre l’intégrité des ressortissants de l’État. En d’autres termes, la fonction liée au respect de l’ordre est une fonction défensive: il s’agit, fondamentalement, de défendre l’intégrité physique et morale des personnes qui acceptent, librement, le pouvoir ainsi déterminé. Toutefois, comme le dit l’adage populaire « mieux vaut prévenir que guérir ». La nature défensive de la contrainte n’exclue pas son utilisation à des fins offensives. La nature de la contrainte est défensive mais sa mise en œuvre peut être d’ordre offensif.

Sur le plan militaire, comme la meilleure défense est l’attaque, le pouvoir militaire doit en permanence être en mesure, en cas d’agression imminente, d’attaquer le premier. De la même façon, le pouvoir de police inclut un aspect prophylactique et anticipatoire : la police doit pouvoir intervenir en amont d’éventuels dommages à la population afin de les éviter ; cette fonction prophylactique a pour objet de garantir le « bien commun » et « l’ordre public ».

B) Un pouvoir légitime

Sur le fond, ce pouvoir apparent doit être issu d’un processus de détermination public, institutionnel immuable, dans lequel toutes les composantes de la société sont intéressées. Parler de pouvoir légitime signifie, comme expliqué en introduction, que le pouvoir apparent est sous le contrôle direct des populations assujetties à ce pouvoir. Le contrôle institutionnellement organisé est la meilleure garantie que le gouvernement sera au service de sa population et non la population au service du gouvernement.

Ce que nous connaissons actuellement en occident est à l’exact opposé de ces principes car le pouvoir réel est caché derrière une apparence fictive d’institutions politiques prétendument d’origine populaire et réellement d’origine économique. Les assujettis au dit pouvoir se trouvent de facto être mis au service du pouvoir réel, sans que cette réalité soit clairement et consciemment perçue par les populations. Cette précision essentielle apportée, il s’agit maintenant de définir les institutions qui permettront l’avènement d’un pouvoir politique réellement au service de la collectivité auquel il s’impose.

1) Les moyens institutionnels du pouvoir politique : l’organisation de corps intermédiaires

Nous allons voir que l’avènement d’un pouvoir politique légitime est antinomique avec la notion de représentation populaire de type parlementaire que nous connaissons en occident.

– La démocratie est antinomique avec la représentation de type parlementaire

Le système de représentation parlementaire a été instituée conséquemment au rejet initial, explicite (en France tout du moins), du mandat impératif des élus par les forces économiques ; lesquelles sont à l’origine des toutes les Révolutions survenues dans le monde depuis le siècle dit des « Lumières ».

Le système du mandat représentatif consiste pour un corps électoral à donner a priori un blanc-seing à des élus dont il (le corps électoral) ignore tout, non seulement des allégeances réelles, mais encore des activités parlementaires réelles et du vote des lois qui en découlent. Ce blanc-seing est donné dans un contexte de pouvoir intégral c’est-à-dire que les « élus » ont structurellement la capacité juridique institutionnelle de légiférer sur n’importe quel sujet.

L’évolution de la pratique des institutions fait que le pouvoir législatif n’est qu’un lointain parent de ce qu’il était initialement. Le pouvoir exécutif, élu pour une durée temporaire (notons-le), a repris, dans les faits et par la grâce des « bureaux » non élus et inamovibles, la grande majorité de l’initiative des lois. Néanmoins, ce pouvoir exécutif est, tout comme les « élus » constituant le pouvoir législatif, une émanation directe des partis politiques, qui ont confisqué la notion même de pouvoir politique. Par le biais des partis politiques (organisés sur le mode hiérarchique des entreprises), le processus électif est mis en « coupe réglée » par les principaux détenteurs de capitaux qui financent de façon plus ou moins officielle (selon les cas) les partis politiques en vue des élections, véritables gouffres financiers, et qui contrôlent les organes dirigeants des partis.

Les élus, qu’ils appartiennent au pouvoir législatif ou au pouvoir exécutif, sont désormais issus des partis politiques : ils sont d’autant plus dociles vis-à-vis de leurs mandants financiers qu’ils sont perpétuellement soumis à renouvellement. Quant aux résiduels élus a-politique (c’est-à-dire n’appartenant pas à un parti officiel) pourvus d’un mandat local, ils devront plier le genou devant « le ou les partis de gouvernement » afin d’obtenir les moyens financiers de gérer leur commune ou département. La situation est la suivante : les élus locaux doivent, pour assurer correctement leurs fonctions politiques, inéluctablement respecter les règles du jeu imposées par les grands partis politiques de pouvoir.

En conclusion, rien n’est plus éloigné conceptuellement et pratiquement d’un processus démocratique que le mandat représentatif des élus du peuple associé à l’existence des partis politiques. Nous sommes ici, en réalité, en présence d’une démocratie institutionnelle auto-proclamée, de façade, entièrement soumise à la cooptation et gérée par les élites économiques.

Outre leur présélection par les partis politiques (le vote populaire s’apparente à une simple chambre d’enregistrement d’un fait accompli), les parlementaires sont institutionnellement chargés de légiférer sur tout type de sujets, ceux conforment à l’intérêt général, autant que ceux conforment aux seuls intérêts particuliers, ceux dont ils maîtrisent la substance et ceux dont ils ignorent à peu près tout. Il n’est conceptuellement pas possible de donner un cadre-limitant à un pouvoir susceptible de s’appliquer à tous les domaines.

La démocratie, qui suppose le respect de l’intérêt général – c’est-à-dire de tous les intérêts générés dans une Société humaine – est structurellement incompatible avec le parlementarisme car le mandat représentatif n’est structurellement contrôlable ni dans son attribution, ni dans son champ d’action, ni dans son exercice. Tout le monde doit bien comprendre les processus juridiques et institutionnels en cause dans le concept de régime parlementaire 1.

Dans ces conditions, retrouver un pouvoir politique réel suppose un changement dans l’organisation interne des institutions et un abandon subséquent du système de représentation parlementaire, structurellement inapte à mettre en œuvre une démocratie réelle. Il s’agit donc de définir de nouvelles institutions politiques dans lesquelles tous les individus constituant le corps social seront concernés, quel que soit leur statut économico-social. Dans un tel système, la politique convergerait avec ce qu’elle est censée être, c’est-à-dire avec les raisons premières justifiant son existence : l’organisation de la vie en commun, le tout générant une Société humaine viable.

– La démocratie mise en œuvre par l’institutionnalisation de « corps intermédiaires »

A l’opposé du système dit « représentatif », un système fondé sur le mandat impératif accorderait aux élus un « pouvoir-lié » : c’est-à-dire un pouvoir lié à la mission que ces élus sont chargés de remplir. Les élus seraient alors parfaitement encadrés et contrôlés par leurs mandants, c’est-à-dire leur corps électoral. Dans un tel système, les élus ont la capacité juridique de déterminer des règles sur les seuls sujets qu’ils connaissent réellement, et qui sont liés à l’exercice de leur activité au sein de la Société. Les mandants, c’est-à-dire le corps électoral concerné, ont par ailleurs la capacité technique de contrôler le travail des mandataires élus.

– Un corps intermédiaire par type d’activité sociale

Afin de pourvoir à la représentation la plus exacte possible des intérêts de la population, les corps intermédiaires doivent évidemment être non exclusivement économiques. Plus les corps intermédiaires seront variés, plus ils refléteront les différentes composantes du corps social et mieux l’intérêt général sera représenté.

Les corps intermédiaires, officiels et déclarés, doivent être organisés par thématiques. Nous proposons trois thématiques principales : une thématique économique, une thématique non économique et une thématique religio-spirituelle.

La thématique économique sera une version modernisée des « corps intermédiaires » en vigueur sous l’Ancien Régime. Chaque corps intermédiaire sera chargé de la vérification des compétences professionnelles de ses membres. Chaque métier ou type de métiers sera représenté par un « corps intermédiaire ».

La thématique non économique comprendra les activités génératrices de lien social : mère au foyer, clubs d’échecs, de sport, de musique… ainsi que la représentation des catégories désocialisées en raison de la perte d’un domicile fixe. Dans ce type d’organisation, le sport et tous les types de spectacles reprennent la place qui est naturellement la leur dans la société, ils cessent de facto d’être des alibis au blanchiment d’argent. Le sport n’est plus ici une tirelire que l’on actionne ad vitam æternam, il redevient une discipline et un apprentissage répondant à la nécessité d’apprendre à vivre en commun et à donner le meilleur de soi-même.

Enfin, la thématique religio-spirituelle comprendra la représentation des différentes religions, mouvements religieux et autres groupements à vocation plus ou moins spirituelle, y compris les partisans du principe de laïcité que l’on rencontre dans les loges maçonniques. Ainsi, les loges maçonniques entrent de facto dans cette catégorie de « corps intermédiaires », de la même façon que le corps des « jésuites », l’ « Opus Dei » et autres chevaliers rattachés à un quelconque clergé. Toutes les religions et toutes les institutions ayant vocation à agir sur la vie privé et collective des gens, ainsi que leurs variations ou mouvements rattachés (frères musulmans par exemple), doivent être ici représentées.

Le gouvernement devra prendre en compte chacun des intérêts représentés par les « corps intermédiaires » officiellement déclarés. En négatif cela signifie qu’aucun intérêt ne pourra être politiquement considéré s’il n’est pas représenté par un « corps intermédiaire » officiel.

Afin d’assurer la parité, c’est-à-dire l’égalité de représentation politique de chacune des trois grandes thématiques, il est essentiel que chacune d’elle comporte le même nombre de « corps intermédiaires ». Il s’agit, pour les Sociétés humaines de tirer des leçons de leur histoire. Après le surinvestissement politique « du sabre et du goupillon » sous l’Ancien Régime et de celui de la banque et des grands capitaux depuis 1789, il faut veiller à éviter, pour l’avenir, toute sur-représentation qui, tôt ou tard, fini par nuire au développement collectif. D’un point de vue organisationnel, l’équité de représentation politique de tous les membres d’un corps social déterminé est un impératif de développement sociétal imposé par les leçons de l’histoire humaine.

2) Les relations entre le gouvernement et les corps intermédiaires

Le gouvernement est institutionnellement issu des corps intermédiaires. Pour la première désignation du gouvernement, et par la suite en cas de vacance du pouvoir, chacune des trois grandes thématiques de corps institutionnels propose un gouvernement qui sera validé par un vote populaire direct de l’ensemble des ressortissants de l’État en âge de voter. Suite à cette validation populaire, le gouvernement sera officiellement reconnu et entrera en fonction.

La loi est pareillement issue des corps intermédiaires qui émettent à l’adresse du gouvernement des propositions de textes généraux. Le gouvernement élu est chargé de transformer ces propositions en lois après s’être assuré de l’équilibre et de la cohérence d’ensemble des textes et de leur conformité au droit naturel. Le gouvernement sera formellement la seule institution habilitée à transformer les propositions de textes en lois.

– La désignation du gouvernement : il émane des corps intermédiaires mais dispose, en toute autonomie, d’une mission propre

Le gouvernement émane des corps intermédiaires. Il appartient à chacune des trois grandes thématiques des corps intermédiaires (économique, non économique et religio-spirituelle) de proposer un gouvernement.

La désignation du gouvernement intervient après sa validation populaire au suffrage universel direct. En d’autres termes, la proposition de gouvernement émanant de chacune des trois grandes catégories de corps intermédiaires sera soumise à ratification populaire par référendum. Tous les ressortissants majeurs de l’État auront la capacité juridique de se prononcer lors de ce référendum.

Une fois élu, le gouvernement est chargé d’organiser les services de justice, police et l’armée. Il est également chargé de coordonner, valider ou rénover, la législation en vigueur. Cette mission doit être remplie par le gouvernement nouvellement élu en toute impartialité vis-à-vis de son rattachement d’origine à tel ou tel type de corps intermédiaire.

Le gouvernement peut, de façon exceptionnelle, être démis de ses fonctions en cas de demande en ce sens faite par un nombre déterminé (par exemple cinq ou sept) de corps intermédiaires.

Cette demande de démission doit être motivée par le fait que le gouvernement aurait contrevenu de façon pérenne et répétée soit à son devoir d’impartialité vis-à-vis des différents corps intermédiaires, soit à son devoir consistant à faire respecter le droit naturel dans l’édiction des lois, soit à son devoir de justice. Il peut également être démis de ses fonctions s’il s’avère incapable d’organiser correctement les services de justice, de police et de l’armée.

Le gouvernement peut également être démis, dans les mêmes conditions, en cas de suspicion « légitime et étayée » de manquement grave au devoir d’impartialité indispensable au respect de sa mission. Cette modalité de démission est liée à la composition trop partisane c’est-à-dire trop polarisé autour d’un seul thème (de corps intermédiaires), du gouvernement pressenti et éventuellement validé par référendum populaire.

En cas de départ du gouvernement, le nouveau gouvernement sera désigné selon la même procédure que son prédécesseur.

– La mission du gouvernement : une autorité arbitrale et de contrôle, qui organise les différents services de l’État

Le gouvernement ainsi élu a pour mission de gouverner de façon impartiale vis-à-vis de ses corps intermédiaires d’origine. Il organise le service de la justice et dispose, en dernier recours, de la capacité à juger une affaire « en équité ». Il organise la police et l’armée.

S’agissant de l’édiction des lois, le gouvernement a, par construction, un lien organique et institutionnel avec les lois qui s’appliqueront à ses assujettis. Le gouvernement a pour fonction d’arbitrer entre les règles contradictoires émanant des différents corps intermédiaires. Autrement dit, le gouvernement a pour mission d’arbitrer entre les intérêts antagonistes des corps intermédiaires de façon à générer un corpus de lois cohérent. Le gouvernement doit par ailleurs veiller à ce que ce corpus de lois soit conforme au droit naturel.

Le lecteur attentif aura bien compris que « gouverner » ne se confond absolument pas avec la pratique hystérique que nous connaissons actuellement du pouvoir réglementaire et législatif. En matière législative, gouverner signifie au contraire mettre en œuvre des principes législatifs aussi rares dans leur conception que féconds dans leurs mises en pratiques ; c’est aussi et surtout, d’une manière générale, faire preuve de modération. L’hystérie législative est le signe d’une perte de légitimité du pouvoir qui utilise la fonction législative et la contrainte pour asseoir l’autorité morale qu’il reconnaît ainsi ne pas avoir sur la population.

– Un gouvernement qui légifère : il contrôle la législation et transforme formellement les propositions de textes en lois

De façon conceptuelle, la capacité de gouverner ne peut être utile et efficacement exercé que si le gouvernement contrôle les lois qui s’appliquent sur son territoire. La perte du contrôle des lois par le gouvernement est historiquement liée à la chute du régime politique.

L’Ancien Régime a précisément succombé pour n’avoir pas compris cela et pour s’être départi du contrôle législatif, prérogative essentielle du pouvoir. Les Rois de l’ancien Régime avaient dans un premier temps abandonné aux Parlements la capacité de contrôle des lois qui est un attribut essentiel de la fonction politique. En effet, l’Ancien Régime avait connu une inversion des fonctions du pouvoir : le Roi faisait les « édits » que les Parlements contrôlaient et validaient en pratiquant leur « droit de remontrance ». Cette inversion des fonctions du pouvoir politique en matière législative a finalement eu raison de la légitimité du pouvoir de l’Ancien Régime et a participé de façon conceptuelle à sa chute irrémédiable.

Dans un second temps, après la Révolution de 1789, les Parlements sont passés d’une fonction juridictionnelle et de contrôle des lois (Ancien Régime) à une fonction législative autonome pleine et entière (à partir de la Révolution de 1789). Nous avons vu que cette fonction législative était et est encore, dans son exercice, tout à fait dépourvu de contrôle populaire réel ; en désignant les élus, le corps électoral leur donne de facto un blanc-seing pour légiférer comme ils le souhaitent, la seule sanction officielle consistant en une éventuelle non réélection future. Cette évolution de la fonction législative a été accompagnée par l’avènement de partis politiques organisés de façon hiérarchique, desquels les élus sont devenus des émanations ; les populations sont simplement chargées, à grands renforts d’élections médiatiques très coûteuses, d’entériner les choix « d’élus » réellement opérés par les partis politiques.

Au surplus, cette fonction législative s’applique sans limite de champ, à tout type de sujet. Cerise sur le gâteau, les conditions dans lesquelles les lois sont fabriquées appartiennent aux seules assemblées, échappant de facto totalement à tout contrôle populaire effectif. De la même façon que la désignation des « élus » échappe aux assujettis de l’État, la fonction législative est tout à fait hors de tout contrôle populaire. Le choix des élus ainsi que le champ d’application de la fonction législative opèrent ainsi en vase clos hors de tout contrôle effectif des populations qui seront régies par lesdites lois.

Récemment et dans un troisième temps, nous avons encore franchi un pas de plus dans l’incongruité et l’illégitimité du processus législatif. La loi est, par le fait de l’intégration européenne, aujourd’hui une émanation directe des lobbies des multinationales, le peuple n’ayant plus rien à y voir 2. L’intégration européenne, c’est-à-dire techniquement la soumission totale de tous les anciens États à l’ordre commercial anglo-saxon, a eu pour corollaire une inflation législative tout à fait extravagante. Aucun individu, pas même les spécialistes du droit, ne peut plus se prévaloir de connaître et comprendre définitivement la loi (y compris en matière répressive) devenue aussi prolifique que versatile. Les « lois », qui ne sont que des « réglementations », sont de plus en plus souvent découvertes par les ressortissants d’un État, au moment où ces derniers sont sanctionnés pour ne pas les avoir appliquées.

Ce phénomène d’insécurité juridique endémique est lui-même une manifestation de la disparition du concept d’État et de « fait politique ». Plus précisément, l’insécurité juridique est l’exacte matérialisation de la disparition de la légitimité du pouvoir politique, lequel n’a de réelle existence que pour lutter contre tout type d’insécurité visant sa population. Remettons les choses dans leur bon ordre et les troubles sociétaux – atteintes au bien commun – disparaîtront : dans un régime politique légitime et viable, le gouvernement contrôle les lois dont il n’est pas, à strictement parler, à l’origine.

C) Un pouvoir durable : pas de pouvoir sans durée

On a vu plus haut que les fonctions de police et de justice sont, pour le gouvernement, le gage de sa capacité à gouverner dans l’espace, c’est-à-dire sur son territoire. Pour être effectif, le « pouvoir » politique doit également avoir les moyens de gouverner dans le temps.

Le gouvernement, pour avoir les moyens de gouverner, doit être multi décennal. La faible durée du gouvernement est en réalité synonyme de vacuité du pouvoir. Plus précisément, un gouvernement apparent qui ne dispose pas du facteur temps, n’est en réalité qu’un homme de paille au profit d’un pouvoir réel qui nécessite une certaine pérennité pour traiter et suivre des dossiers comme par exemple la mise en place d’une politique énergétique, d’une politique d’organisation du territoire, ou encore l’organisation stratégique d’un système de défense etc.

Le facteur temps doit appartenir au gouvernement, ce qui signifie qu’il ne doit pas y avoir de distorsion de durée de vie entre le gouvernement et les bureaux qui le servent. Autrement dit, afin de valider la réalité et la légitimité du pouvoir, non seulement le gouvernement doit être multi décennal mais il doit choisir les fonctionnaires, peu nombreux, qui le serviront pour la même durée. Les bureaux ne doivent pas avoir une durée de vie supérieure à celle du gouvernement lui-même.

Un gouvernement élu pour cinq ans « secondé » par un cabinet ministériels composé de hauts fonctionnaires inamovibles signifie que celui qui gouverne ment, car il ne gouverne pas réellement. Ce sont les hauts fonctionnaires inamovibles qui sont en capacité de gérer les dossiers sur la longue durée qui peuvent imposer, plus ou moins subrepticement, leur propre vision des choses aux ministres de passage. Ces ministres de passages ne savent rien ou pas grand-chose du domaine d’activité de leur ministère, à la tête duquel ils ont été propulsés pour des raisons très largement indépendantes de leur connaissance et capacité propres à le gérer ; le choix des membres du pouvoir exécutif, quel que soit leur rang, relève plutôt, aujourd’hui, de leur capacité à obéir tout en faisant croire qu’ils décident réellement.

Autrement dit, le renouvellement tous les cinq ou sept ans du pouvoir politique par suffrage revient à mettre ce pouvoir dans l’arène de la concurrence médiatique, elle-même biaisée par l’appropriation de type oligopolistique des médias, pendant que le pouvoir réel, qui nécessite une continuité, se situe chez les hauts fonctionnaires inamovibles et leurs donneurs d’ordre, qui sont à rechercher parmi les détenteurs du pouvoir économique.

En conclusion, l’émergence d’un pouvoir politique réel et légitime passe par le nécessaire alignement de la durée de vie du gouvernement avec celle de ses services administratifs.

A SUIVRE…

Valérie Bugault

Note

  1. Le lecteur curieux d’en savoir plus sur l’analyse des institutions actuelles est renvoyé au livre « Du nouvel esprit des lois et de la monnaie » co-écrit avec Jean Rémy, ainsi qu’à sa présentation au cours de l’émission Zoom de TVLibertés du 12 juillet 2017
  2. Lire à ce propos « Du nouvel esprit des lois et de la monnaie », édition Sigest, juin 2017, pages 43 à 64

 

 


De la véritable nature de la monnaie

Par Valérie Bugault et Jean Remy − 11 juillet 2017

Alors que les économistes, formés pour être les gardiens du temple financier actuel, sont unanimes pour dire que la monnaie est, notamment mais essentiellement, un instrument de stockage de la valeur, Jean Remy et moi-même avons démontré dans notre ouvrage intitulé Du nouvel esprit des lois et de la monnaie (publié en juin 2017 aux éditions Sigest) que la monnaie est, de façon bien plus fondamentale, un service rendu à la collectivité par une puissance publique légitime. La monnaie n’est en aucun cas une marchandise dotée d’une valeur intrinsèque, et n’est donc pas non plus, contrairement à ce que d’aucuns affirment, un instrument de stockage de la valeur. En décider autrement revient à justifier tout l’édifice financiariste et dogmatique actuel, c’est-à-dire, in fine, à justifier le contrôle des monnaies par quelques banquiers anonymes, par le biais du jeu séculaire des banques centrales et des marchés subséquents de taux de change et d’intérêt.

 

La conception d’une monnaie-marchandise est, de façon structurelle, un empêchement rédhibitoire à ce que la monnaie joue pleinement le rôle pour lequel elle a été créée : celui de faciliter les échanges. En effet, une monnaie-marchandise a pour principale caractéristique d’être accaparée ; il en résulte, de façon mécanique, le fait que la gestion monétaire devient, à terme, réalisée par des intérêts privés, exactement contraires à l’objectif d’intérêt général auquel le concept de monnaie répond. Un pas plus loin, nous avons démontré dans notre ouvrage que pour être pleinement efficace, une monnaie doit être émise par des instances politiques légitimes, c’est-à-dire des instances politiques dont le rôle est effectivement de garantir l’intérêt général.

Pour comprendre ce qu’est la monnaie, il faut se référer aux temps les plus anciens qui ont vu sa naissance et ses premiers développements, c’est-à-dire s’ouvrir aux découvertes de l’archéologie. Il faut également se référer à la sémantique et à la nature réelle des choses, et non pas rester dans la scolastique. Les apparences actuelles de la monnaie, en tant qu’instrument de réserve de valeur (autrement dit une « monnaie-marchandise »), reposent sur des analyses qui ont été entièrement élaborées et renouvelées depuis quatre siècles par des individus intéressés à faire croire que la monnaie était foncièrement un bien, c’est-à-dire une réserve de valeur, de façon à justifier la conservation du contrôle de cette dernière par des banquiers tout-puissants.

Dans ce contexte, il est tout à fait essentiel de comprendre que les crypto-monnaies qui émergent actuellement et reposent sur la technologie des blockchains (le bitcoin étant la plus connue), dont tout un chacun parle beaucoup sans les connaître vraiment, ne diffèrent aucunement de la monnaie-marchandise telle qu’actuellement, généralement et frauduleusement, conçue. Ces crypto-monnaies sont en effet structurellement tout à la fois un instrument de circulation des biens et une réserve de valeur. Techniquement, la valeur de ces monnaies dématérialisées est entre les mains des « mineurs » qui réalisent de facto et dans le même temps une communauté d’utilisateurs. Quelle que soit la dénomination de la crypto-monnaie (bitcoin ou autres) ces « mineurs » peuvent ou non se connaître et peuvent ou non réaliser une collusion d’intérêts. Dans l’hypothèse où ces « mineurs » se connaîtraient préalablement, ils réaliseraient une société de fait dont chacun d’eux détiendraient une part du capital. Dans tous les cas, les émetteurs des premières quantités d’une crypto-monnaie sont obligatoirement des « mineurs » de leur propre monnaie. La façon dont ils conçoivent la comptabilisation de cette monnaie ainsi créée est d’ailleurs très révélatrice : elle rentre dans leur capital ; ils pourront ainsi profiter d’une façon continue de l’accroissement de sa valorisation.  S’il semble excessif a priori d’estimer que d’une façon générale en matière de blockchain tous les « mineurs » d’une crypto-monnaie particulière réalisent et génèrent une collusion d’intérêt dans l’objectif de contrôler ladite monnaie, il est en revanche des points obscurs du concept de blockchain que l’on ne peut pas, sous prétexte de naïveté, passer sous silence.

Premièrement, ce concept de monnaie dématérialisée (crypto-monnaie) est apparu fort opportunément en 2009 à la suite de la crise financière de 2007 elle-même organisée par les plus hautes instances bancaires en partenariat étroit avec les instances politiques américaines qui ont organisé et géré la dérégulation financière au niveau mondial. Il semble inutile ici de revenir sur toute la construction de l’édifice monétaire et financier que nous avons décrit par ailleurs.

Deuxièmement, l’actuelle demande pour les bitcoins a été considérablement accrue par le fait d’actes de piratages informatiques, les rançons réclamées par lesdits pirates devant être libellées en bitcoins.

Troisièmement, l’existence de ces crypto-monnaies réalise la création de circuits financiers parallèles, que l’on pourrait appeler « de l’ombre », en complète infraction avec toutes les règles péniblement édictées afin de réguler un tant soit peu la circulation des monnaies officielles.

Pour résumer, en tant que « monnaie-marchandises », toutes les crypto-monnaies issues de la technologie blockchain sont, de façon structurelle, susceptibles d’accaparement ; elles sont même précisément « une invitation à l’accaparement », tout comme l’or l’a été en son temps. Par ailleurs, toutes ces nouvelles crypto-monnaies échappent, de façon fonctionnelle et structurelle, à tout contrôle public et citoyen.

La caractéristique de monnaie-marchandise rend, de fait, extrêmement suspectes les crypto-monnaies, tout comme le sont les monnaies classiques actuelles. L’histoire nous apprend que de l’accaparement des monnaies-marchandises a résulté la domination économique et politique par une petite minorité d’individus qui se sont rendus maîtres « du fait monétaire ». Il résulte de l’application de ce schéma une disparition du sens de ce qu’est la politique par une domination intégrale du « fait politique » par le « fait économique ».

Ne rééditons pas avec des crypto-monnaies l’erreur historique ayant consisté à considérer la monnaie comme une marchandise ; peu importe le support, matériel ou dématérialisé de la monnaie, seule compte sa raison d’être qui est, de façon conceptuelle, un service rendu à la collectivité, celui de fluidifier les échanges. Nous vivons actuellement une ère d’imposture universelle dont la seule façon de sortir est d’analyser sans concession les fondamentaux historiques de toutes les constructions humaines, dont la monnaie ainsi que le « fait politique » font essentiellement partie.

 

Valérie Bugault et Jean Rémy


Les catholiques royaux votent-ils ?

Les catholiques royaux votent-ils ?

Cet entre-deux tours d’élection présidentielles (ou « pestilentielles » selon la formule d’un internaute) pose peut-être aux membres du mouvement dispersé « Royauté Catholique » une question de conscience.

Faut-il voter et ce faisant accomplir un devoir de mouton de panurge en obéissant aux règles d’une République qui est depuis les origines anti-Christ  - elle voulait bien de « l’être suprême » puis du Gadlu, le grand architecte de la destruction, surtout pas de Jésus-Christ - et pour cela même anticatholique et anti-royale ?

Lorsqu’on a compris quel  esprit anime la République révolutionnaire, le catholique royal ne peut aller voter de gaité de cœur, excepté sans doute au municipales dont les enjeux sont locaux.

Cependant en morale chrétienne, il y a la thèse et l’hypothèse, en gros ce qui relève de la théorie et ce qui relève de la pratique et des cas particuliers qui justifient parfois la suspension de certains règles d’application générale et même universelle, non pour nier la loi, mais pour mieux la faire respecter et faire prévaloir une règle d’intérêt plus général, plus impérieux (la guerre juste par exemple suspend l’interdit de tuer).

A certains égards, telle pourrait sembler la situation dans laquelle se trouvent les Catholiques royaux aujourd’hui à en juger rapidement du profil des deux candidats à l’élection suprême de la république maçonnique.

En effet, qui est l’homme d’ « En marche », un Kennedy de pastiche, un jeune homme préfabriqué par les milieux d’affaires qui ne réalisera que des « amusettes »[1] politiques afin que se réalise ce mot du Guépard de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change » et ce qui ne changera pas c’est la destruction de ce Pays du fait de son aveuglement sur ce qu’il est devenu et sur ce qu’il fait à la face des nations.

Un Etat et une société qui tolère le fait de tuer 600 bébés par jours en moyenne (25 par heure) est un Pays sans avenir.

Un Etat qui a la présomption d’ouvrir les bras généreusement (ses frontières) à des populations miséreuses ou pleines de ressentiment et qui se disent que le moment est venu d’islamiser le Pays et de se repaître de ses dépouilles est un Etat malade.

Que propose justement Macron, homme de la banque, et que les lobbies espèrent, au-delà de ses propositions purement quantitatives :  de rendre plus facile les conditions de l’avortement et du planning familial ; de ne rien changer aux lois iniques ; d’accompagner une immigration intelligente assortie d’une « discrimination positive » d’emplois dits « réservés »… aux étrangers.

Bref de poursuivre la mise à mort qui s’achèvera probablement par la fureur des fous de « Dieu » prêt à rejoindre l’enfer.

Après le président polygame, faut-il prendre le risque d’avoir un président bisexuel ?

Voter pour cet homme, qu’on ne peut que plaindre de se dire ou de se croire sincère, ne se discute pas une minute pour un catholique digne de ce nom.

Ainsi, la question du vote pour Marine Le Pen se pose au catholique royal qui par acquis de conscience et par amour de son Pays ne veut pas  aggraver les maux qui le détruisent.

Le Front National est-il ce frein, cette atténuation nécessaire du mal ?

N’était-il pas en effet favorable à une politique nataliste et à une politique d’arrêt de l’immigration, musulmane en particulier.

N’est-il pas le parti de la souveraineté c’est-à-dire de l’autorité, ce dont manque le plus nos sociétés sans pères et sans familles.

Avec une femme présidente, ça commence mal pour l’autorité du père, mais bon…, Jeanne d’Arc fut maîtresse femme dans la guerre de reconquête.

Là s’arrête pourtant la petite comparaison car Marine se fiche comme d’une guigne des questions les plus fondamentales de la politique.

Pour elle le débat sur l’avortement serait « lunaire » et les questions d’homosexualité ne l’intéresse pas, c’est pour les « cathos de m… » (phrase qu’on lui attribue).

Marine Le Pen va-t-elle abolir la loi Veil qui est un génocide de plus grande ampleur que celui de la shoah (10 millions d’âmes depuis 1975) ?

Il n’en est pas question, ce qui pour une politique nataliste, est mal barré également.

Ainsi, le premier axe, le plus fondamental de tous, celui qui relie la vie pratique à la vie morale et spirituelle qui anime tout le corps social et individuel est ignoré, sinon méprisé par cette droite nationaliste.

Il y aurait toutefois le frein à l’immigration, mais que vaudra ce frein ? Ce sera la culture du « quant à soi », que la droite libérale et conservatrice républicaine cultivent en spécialistes de l’onanisme complaisant, ce qui fait le dégoût des peuples, car tout onaniste même culturel ou spirituel (faute originel des anges) est dégoûtant.

Or, c’est là la cause, la première sans doute de la malédiction qui pèse et pèsera encore sur la France, celle qui l’aveugle et l’empêche d’attaquer les vrais sujets et de renaître.

Puis, Marine, a insisté sur la valeur de la laïcité, l’outil des maçons pour décomposer la civilisation catholique (maçons qui sont bien représentés au FN). Marine a aussi martelé que la souveraineté appartient au peuple et rien qu’au peuple, ce qui n’est qu’une voie possible de transmission du pouvoir chez les catholiques Royaux qui place la souveraineté dans le Christ-Roi.

Ainsi, quelle que soit par ailleurs l’excellence du programme politique et économique du Front National (arrêt de l’immigration, sortie de l’Euro et de l’Europe LGBT, libération des petites entreprises de l’étau réglementaire et fiscal), la source empoisonnée des maux : la rejet de Dieu par la laïcité et la négation de la loi naturelle ne seront pas tarie par la politique bleu marine.

Le choix et le calcul métapolitique (ce mot commence à devenir à la mode mais il est à propos je crois) est donc entre :

Soit faire la nique à ce système de mensonges orchestré par des brigands en col blanc, en votant pour la candidate qui semble lui faire horreur ( ?), avec l’espoir incertain mais patriote d’atténuer les maux de la France ;

Soit s’abstenir par refus de jouer un jeu où les règles sont faussées, avec le danger d’aggraver le mal moral.

Dans le premier cas, le risque est de retarder la fin du régime républicain, mais ce n’est qu’une hypothèse car son élection pourrait entraîner une réaction révolutionnaire et une guerre civile.

Dans le second cas, le risque est d’aggraver le mal moral ; mais là aussi cela n’est pas sûr car il n’est toutefois pas impossible que l’élection et la politique d’E. Macron accélère la fin de la Ve république sans aggraver les maux : on parle d’attentat sur lui qui précipiterait le Pays dans la guerre et l’écroulement financier.

Hélas, à tous les coups l’on gagne !

Il me semble qu’ici « la thèse », c’est d’ignorer cette république et de la laisser couler avec sa méchanceté, tandis que  « l’hypothèse » commande par acquis de conscience de voter massivement Marine avec l’espoir d’ouvrir la voie  politique au roi du Sacré Cœur.

Royauté Catholique

 

 



[1] Mot de Pompidou qui malgré son grand charisme venait aussi de Rothschild et à qui nous devons la loi de 1973, qui ruine la souveraineté monétaire de l’Etat, et le début des vagues migratoires.


Lettre ouverte à Marine Le Pen, subsidiairement à Florian Philippot et accessoirement à Jean-Luc Mélenchon

Bien que le Cercle de l'Aréopage se défende de tout engagement politique partisan, il nous a semblé utile de porter à la connaissance de ses membres la lettre ouverte suivante écrite par Emmanuel Leroy car elle a le mérite de soulever un certain nombre de questions essentielles, notamment sur le plan religieux. Ces écrits n'engagent bien évidemment que leur auteur et nous ne souscrivons pas à toutes les propositions énoncées dans ce texte mais elles permettront sans doute de lancer une réflexion fort utile sur l'avenir de la France et cela dans un esprit excluant toute prise de position polémique.

Lettre ouverte à Marine Le Pen, subsidiairement à Florian Philippot et accessoirement à Jean-Luc Mélenchon

 

Chère Marine,

 

Honneur aux dames, je commencerais donc par toi, d’abord pour te féliciter d’avoir mené le Front national au niveau où il navigue aujourd’hui, c’est-à-dire, bon an, mal an, entre 30 et 40% et plus si affinités. Ce n’était pas gagné d’avance quand nous travaillions ensemble voilà quelques années à faire évoluer, faire muter même je dirais, ce grand vieux parti fondé par ton père en 1972, bientôt un demi-siècle, comme le temps passe !

Oui, en 2010/2012, pendant les quelques mois où j’ai oeuvré à tes côtés, il était devenu nécessaire et urgent de faire évoluer le FN vers les qualités qu’exige un parti de gouvernement et de sortir des sentiers stériles de la contestation systématique en rendant enfin crédible l’alternance que représentait ce mouvement. Il était urgent de sortir du clivage mortel droite/gauche que le Système a mis en place afin de maintenir ses positions avantageuses quel que soit le parti qui tient les manettes. De ce point de vue-là, avec le recul du temps et un peu de sagesse acquise, je considère que ton père s’était trompé lorsqu’il a ancré à droite le mouvement qu’il a lancé. Certes, il tempérait cet ancrage en qualifiant cette droite de sociale et de populaire, ce qui était vrai mais insuffisant pour les millions de Français qui votaient à gauche par un vieux réflexe de protection contre la haute finance et par souci de justice sociale.

J’ai beaucoup de respect tu le sais, et je dirais même une grande estime pour ton père qui a été un phare dans les temps sombres que nous avons subis depuis des décennies et qui n’a jamais trahi son rôle de vigie dans la tempête. Malheureusement, et ça je le savais depuis longtemps, ton père n’a jamais vraiment voulu le pouvoir ; être à la tête d’un des principaux partis d’opposition lui convenait parfaitement ; exercer son grand talent oratoire sur les estrades ou sur les écrans était un rôle somme toute confortable et qui lui allait comme un gant, pourquoi alors aller se salir les mains en tentant de conquérir, réellement, le pouvoir ? Ton père était d’autant moins motivé dans cette quête suprême que bien qu’il fît ses premières armes sous la 4ème république, il avait parfaitement compris quelle était la logique de fonctionnement de la 5ème et qu’à partir de 1986 lorsque les partis de « droite » (RPR et UDF) eurent fait serment devant certains cénacles de ne jamais s’allier avec le Front national, il était devenu clair que l’arrivée au pouvoir d’un parti anti-Système, hors d’un contexte exceptionnel, était devenu hors d’atteinte. Le fameux plafond de verre. Nous allons en reparler un peu plus loin.

Dans son rôle de Cassandre, Président en titre ou Président d’honneur ou même Président exclu, ton père, que tu le veuilles ou non, continue de jouer un rôle indispensable dans l’inconscient des Français, même de ses ennemis les plus féroces. Et jusqu’à son dernier souffle il continuera à jouer le rôle que le destin lui a réservé : asséner les vérités aux Français, même celles qui font mal et qui ravivent de douloureuses souffrances. Faire comprendre aux Français par exemple qu’ils n’ont pas été libérés par les Américains mais asservis de manière subtile par ceux-ci et qu’ils sont passés de la dictature bottée et casquée des nazis à la dictature du fric des anglo-saxons, voilà quelque chose que les Français commencent à comprendre et ton père y est pour quelque chose.

Même si politiquement, je peux comprendre les raisons qui t’ont amenées à rompre avec lui, je pense néanmoins que tu n’aurais pas dû le faire car ce qu’il incarne est aussi légitime que ce tu représentes et qu’il te faudra désormais rassembler non seulement tout ton camp, mais au-delà, tout le peuple de France enfin réveillé. Il est temps maintenant pour toi de sortir de la stratégie de dédiabolisation qui était nécessaire dans un premier temps pour porter plus loin et plus fort ton message. Au stade où nous en sommes arrivés, les Français comprennent peu à peu – mais bon sang que c’est long - que le diable ce n’était ni toi, ni même ton père, mais au contraire tous ceux, et ils sont nombreux, qui se sont mis au service du grand capital au détriment de la cause des peuples (http://www.actionfrancaise.net/craf/?Pour-en-finir-avec-l-extreme).

Alors maintenant, faisons un peu l’état des lieux. Il devient de plus en plus clair aux yeux de nos compatriotes que la classe politique française de « droite » comme de « gauche » incarnée ces dernières années par les deux pantins pathétiques que sont Sarkozy et Hollande n’a plus de réelle légitimité tant elle a montré qu’elle n’était là que pour servir le véritable pouvoir qui n’est plus politique mais financier. Les peuples ont compris désormais que les décisions se prennent dans les bureaux feutrés de la City ou de Wall Street et que les hommes politiques, à Bruxelles comme à Paris, ne sont que des commis chargés de les appliquer, y compris contre la volonté des peuples (« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » selon Jean-Claude Juncker dans un numéro du Figaro paru le 29 janvier 2015).

Mais si les Français commencent à comprendre et admettre maintenant que tu n’étais pas la fille du diable, ils ne sont toujours pas convaincus de ta capacité à leur proposer une réelle alternative au monde qui était le leur jusqu’à présent et dont ils sentent confusément qu’il est en train de s’effondrer. Pour cela, il est indispensable que tu opères deux clarifications préalables :

La première sur ta conception de la nation française.

La seconde sur ta conception de l’économie dans un marché globalisé.

Concernant la première, il ne t’a pas échappé que la France, comme l’Europe, avait beaucoup changé ces dernières décennies et que les 50 millions de Gaulois que chantait Sardou en 1976, sont maintenant un peu plus de 66 millions et sont loin de se sentir tous gaulois. Comme le taux de fécondité des femmes françaises, toutes origines confondues, n’a jamais atteint depuis la fin des années 60 le fameux seuil de 2,1 enfants par femme assurant le renouvellement des générations, il est absolument certain que le différentiel, le « gap » comme disent les bobos, est composé majoritairement des populations essentiellement africaines qui ont afflué dans notre pays par vagues successives, en y intégrant les naissances bien entendu. N’hésite pas à rappeler, encore et encore, que cette immigration s’est faite en parfaite collaboration des partis politiques « républicains », des syndicats et du grand patronat. Quand viendra le temps de rendre des comptes, il faudra que les Français sachent à qui les demander.

Une fois ce constat, très politiquement incorrect, établi, deux voies s’offrent à toi : celle de l’apaisement, comme tu le suggères à travers ta dernière affiche, ou celle de la confrontation comme le réclament les partisans de la « remigration ». Tu auras remarqué comme moi que depuis quelques années déjà un certain nombre d’attentats avait endeuillé notre pays et qu’il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour penser qu’il y en aura d’autres et des pires. Bien évidemment, ces actes horribles sont tous commis par des hommes d’origine étrangère et dont on nous dit qu’ils professent l’islam, radical évidemment et en lien assumé avec Al Quaeda ou Daesh cela va de soi. Sans être complotiste, tu me connais, je t’invite néanmoins à lire cet article prodigieux de clarté de deux journalistes américains paru dans le New-York Times du 23 janvier 2016 (http://www.nytimes.com/2016/01/24/world/middleeast/us-relies-heavily-on-saudi-money-to-support-syrian-rebels.html?_r=0) où tout est dit, ou presque, sur les véritables tireurs de ficelle du prétendu terrorisme islamique.

Cela posé, de deux choses l’une, ou tu accompagnes la grande colère des Français de souche, de « droite » et de « gauche » qui majoritairement vont être transformés, bon gré, mal gré, en petits soldats d’une nouvelle croisade contre l’Islam – et c’est ce que souhaitent certains au sein du Système – ou tu désamorces la bombe en tenant un discours de vérité aux Français musulmans, en leur disant en substance : « Je vous ai compris ! » ce qui ne va pas faire plaisir à ton père, ni à certains de tes partisans, ni à BHL non plus d’ailleurs mais pour des raisons diamétralement opposées..

Bref, pour résumer mon propos, ou tu rentres dans la logique d’une guerre civile sur le sol national entre des populations d’origine étrangère - dont certaines se sentent ou se veulent sincèrement françaises - et les Français de souche en stigmatisant l’Islam, même si tu l’appelles Islam radical ou islamisme - dans l’esprit de tous ceux qui vont à la mosquée et ils sont nombreux, et pas seulement les salafistes ou les takfiristes, tu seras dans le camp des ennemis de l’Islam - ou tu tentes d’échapper au piège diabolique en refusant de te battre là où certains veulent t’entrainer et pas seulement tes ennemis. A ce sujet d’ailleurs, rappelle-toi que dans la longue histoire de France il est parfois nécessaire de s’allier avec de curieux partenaires (de François 1er allié au Grand Turc en passant par Richelieu allié aux princes protestants, l’histoire ne manque pas de chemins détournés pour faire avancer les peuples vers leur destinée).

Bref, en isolant les racailles et les fous d’Allah contaminés par le wahhabisme ou par les Frères musulmans (http://www.legrandsoir.info/les-dessous-des-relations-americaines-avec-les-freres-musulmans-d-egypte.html), qu’il faudra rapidement expulser de la terre de France, tu peux tenir un discours de réconciliation nationale, voire d’égalité, en désignant le véritable ennemi, qui est, comme l’avait très bien dit Hollande avant sa trahison… attendue, la grande finance, bien évidemment.

 Ce n’est pas un choix aisé, j’en conviens, car dans un cas comme dans l’autre tu te feras des ennemis mortels mais tu n’échapperas pas à l’obligation de trancher, dans un sens ou dans l’autre et c’est là la fonction sacrée du politique, choisir, ainsi que te l’a enseigné ton père.

Concernant ta conception de l’économie, dans un marché globalisé comme ils disent, là aussi tu es attendue, et pas qu’un peu, par tous ceux qui ont été contaminés par l’idéologie marchande et ils sont nombreux, et là encore, comme Alexandre devant le nœud gordien, il te faudra trancher.

Je suis de ceux qui pensent et tu le sais, que les questions économiques sont subsidiaires au politique, mais comme nous vivons dans un monde où les valeurs ont été inversées, eh bien les marchands, ou plutôt les banquiers des marchands tiennent le haut du pavé et ont réussi à faire croire aux gens que pour être un bon politique il fallait être bon en économie. Je pense plutôt quant à moi que ce dont manque la France de nos jours ce n’est pas d’économistes, mais bien plutôt d’hommes politiques dotés d’une bonne dose de testostérone, et ça, paradoxalement, je sais que tu n’en manques pas.

Je me souviens de longues discussions, à Montretout ou au Carré, en ta présence ou non, sur le positionnement économique que devait prendre le FN. Malgré tous mes efforts pour dénoncer le libéralisme comme l’une des racines à extirper, je n’ai pas réussi à te convaincre dans ce domaine-là. Et donc du coup, sur cette question, hélas essentielle de nos jours, tu es restée au milieu du gué… et les Français te regardent en se demandant ce que tu as à leur proposer. Pourtant dans ton discours d’Arras, avant que tu ne prennes les rênes du parti, tu avais avalisé cette ligne profondément anti-libérale que je t’avais suggérée.

Encore une fois, le libéralisme est l’arme utilisée par les anglo-saxons pour marchandiser le monde et pour accaparer ses richesses. L’aboutissement logique du libéralisme quel que soit l’endroit où tu positionnes le curseur, c’est la mondialisation et le transfert progressif du pouvoir des états à celui des banques centrales. Ce qui est en train de se passer aujourd’hui sous notre nez à vitesse grand V. Il n’y a pas de bon et de mauvais libéralisme, dès que ce poison, d’esprit profondément bourgeois, entre dans la conscience du peuple, tu transformes celui-ci en individus atomisés dont le but essentiel dans la vie consiste à remplir à ras bord un Caddie de supermarché.

Tu as donc accepté de suivre la ligne de ceux qui te disaient que l’ultra-libéralisme ce n’est pas bien, mais qu’une petite dose d’un libéralisme de bon aloi dans ton programme était absolument nécessaire pour ne pas te couper du monde de l’entreprise, des artisans et des commerçants. C’est en gros le positionnement du funeste Henry de Lesquen (patron de Radio Courtoisie) qui continue à œuvrer pour cette sacro-sainte idéologie libérale sans avoir compris, malgré son QI stratosphérique parait-il, qu’elle n’était qu’un poison destiné à corrompre les esprits.

Je côtoie ce monde de la petite et moyenne entreprise par nécessité professionnelle depuis des décennies et je peux t’assurer que ce milieu est aujourd’hui dans une profonde mutation parce que ceux qui en font partie commencent à comprendre eux aussi qu’ils sont les prochains sur la liste et que le Système « libéral » auquel ils ont longtemps cru était en train de les sacrifier au profit des multinationales et des banques centrales, dont ils commencent tout juste à se rendre compte qu’elles ne sont pas là pour servir le bien commun mais pour servir exclusivement des intérêts privés.

Quand tu parles avec Florian de l’Etat stratège, il faut que tu ailles au bout de cette logique et que tu sois plus explicite sur ce que cela signifie et ce que cela entraînera, concrètement, sinon ça restera un concept creux, tout juste bon à être repris par un Sarkozy moyen, ce qu’il a déjà fait d’ailleurs. Je te livre ici quelques réflexions en vrac mais elles sont essentielles pour que ton discours dans ce domaine devienne audible et surtout crédible.

1/ Sur l’euro, il ne faut rien lâcher, quoi qu’en disent les libéraux de ton parti ou ceux du camp d’en face. Un Etat stratège sans la possibilité de battre monnaie ne peut lancer aucune stratégie et surtout se met entre les mains de ceux qui détiennent ce pouvoir régalien. Relis les textes de Jacques Sapir, ils sont d’une limpidité totale.

2/ Il faut que tu martèles sans relâche que les conséquences de la loi scélérate Pompidou/Giscard du 3 janvier 1973 sur l’interdiction faite à l’Etat et aux collectivités locales de s’endetter auprès de la Banque de France, même si elle a été transcrite dans les traités de Maastricht (art. 104) puis de Lisbonne (art. 123), seront remises en cause par la dénonciation immédiate de ces traités.

3/ Le tournant de la rigueur initié par Jacques Delors alors ministre des finances du second gouvernement Mauroy en 1982 a supprimé l’indexation automatique des salaires sur l’inflation ce qui a permis de transférer une part importante des revenus du travail aux « happy few » de la mondialisation. Sans ce tournant, qui était en fait une pure spoliation, le SMIC aujourd’hui devrait tourner autour de 2500 € (prend le salaire minimum en Suisse en 2016, il est d’environ 3000 FS soit à peu près 2750 €). Pour illustrer cette dérive inacceptable, regarde donc la fortune insolente d’un Bernard Arnault dont on nous dit (http://www.challenges.fr/classements/fortune/) que sa fortune est estimée aujourd’hui à 34 milliards d’euros alors qu’il n’aurait investi que 40 millions de francs en 1987 pour prendre le contrôle du groupe Boussac. Cela signifie que d’acquisitions en cessions, de fusions en licenciements, cet homme aurait gagné depuis cette date plus d’un milliard d’euros par an pour devenir la première fortune française et la quatrième mondiale. Dans une société saine et avec un Etat stratège, ce genre de dérive n’aurait pas été possible car des garde-fous juridiques, fiscaux ou réglementaires l’auraient tout simplement empêché. En mettant en exergue le patron de LVMH, il ne s’agit pas de stigmatiser un homme, d’autant qu’il faudrait aussi étudier de près l’accroissement exponentiel dans cette même période des fortunes de tous les dirigeants des sociétés du CAC 40, et surtout celle de leurs banquiers préférés, il s’agit essentiellement de dénoncer une logique de système qui est conçue pour asservir le monde au profit d’une microscopique oligarchie. Un Etat stratège pourrait édicter une loi qui qualifie de manœuvres dolosives les méthodes utilisées pour spolier le peuple au profit de la grande finance et remette ainsi en question la légitimité de ces fortunes aussi insolentes qu’imméritées. Un peu comme ce qui vient de se passer avec les derniers rebondissements des affaires Bernard Tapie. Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais c’est de même nature.

4/  L’arme décisive contre le libéralisme ce sont les nationalisations. J’entends déjà les cris d’orfraie de tous ceux qui du MEDEF jusqu’à certains de tes amis vont hurler à la dérive collectiviste, mais là encore tu peux argumenter : tout ce qui relève de l’intérêt national (Banque de France, SNCF, Air France, Télécommunications, défense, spatial, énergie…) doit être protégé des prédateurs financiers transnationaux. Pour cela, la nationalisation peut se faire d’une manière originale qui consisterait à offrir à chaque citoyen français des titres de propriété incessibles de ces entreprises ce qui rendrait l’ensemble des Français réellement propriétaires de ces biens en les mettant hors d’atteinte des rapaces de la haute finance. A ce sujet, tu pourrais d’ailleurs commencer à avertir tous ceux qui comme politiques, hauts fonctionnaires ou chefs d’entreprise ont bradé le patrimoine national (France Telecom, Alstom, Areva, EDF/GDF, Airbus etc.) ces dernières années à des intérêts étrangers, qu’ils pourront se voir mis en cause et accusés de crime contre l’intérêt national.

A ceux qui te diront que la gestion des sociétés nationalisées aboutit inévitablement à la gabegie, tu pourras rétorquer qu’un Etat stratège mettra en place dans ces entreprises un système de gouvernance (comme on dit aujourd’hui) qui permettra de limiter les effets négatifs que l’on trouve dans la fonction publique, notamment par la mise en place d’un conseil d’administration intégrant des représentants de l’Etat, des experts venus du privé et des représentants des usagers ou de la société civile. Bien évidemment, il faudra réintroduire le droit de révocation pour les hauts fonctionnaires qui failliraient à leur mission. 

Je m’arrêterais là pour ce qui concerne les suggestions pratiques mais qui me semblent indispensables à mettre en avant si  tu veux briser ce fameux plafond de verre dont on nous rebat les oreilles, surtout depuis ton relatif échec des dernières élections régionales.

Je conclurais cette lettre ouverte en te disant que ta profonde originalité c’est d’être à peu près la seule en France à incarner politiquement une véritable alternative au Système (ce que ni Asselineau ni Dupont-Aignan n’ont encore compris). Je sais que tu es une femme droite et que tu as, comme ton père d’ailleurs, ce don rare qui est celui de l’instinct politique. En cela tu es légitime à mener le combat que tu as choisi de livrer aux ennemis de la France.

La terre de nos ancêtres, comme le reste de l’Europe, va entrer dans une phase de profonds bouleversements dont le terrorisme ne sera qu’une des composantes. Il n’est pas impossible que l’Union européenne éclate après le Brexit, ce qui ne manquera pas de nous réjouir, mais ne résoudra aucun des problèmes structurels auxquels la France est confrontée aujourd’hui. Il va te falloir désormais le courage de trancher tous les nœuds gordiens qui enserrent notre malheureux pays depuis des lustres. Tu auras des ennemis partout, y compris dans ton propre camp et je t’adjure à ce sujet de ne pas tomber dans le piège de l’affrontement avec Marion que certains – pas elle - préparent en coulisses.

Un dernier point encore, la guerre qui est menée contre la France est de nature profondément religieuse, même si cela ne transparait guère dans le journal vespéral de TF1. Aucun peuple au monde ne peut survivre sans un fondement spirituel profondément ancré. La laïcité n’est pas une religion. Elle est même une des armes qui ont été utilisées contre la France pour tuer son âme. Les Français musulmans, te respecteront lorsque tu affirmeras, haut et fort, la foi de tes ancêtres. Les autres se réveilleront… peut-être.

 Tibi

Emmanuel Leroy

LETTRE OUVERTE A FLORIAN PHILIPPOT

Mon Cher Florian,

On ne peut pas dire que l’on soit des intimes tous les deux, même si j’ai assisté à ton arrivée dans le premier cercle  des amis de Marine voilà déjà quelques années et que nous avons eu quelques échanges, peu nombreux au demeurant, sur des sujets de fond. Mais, contrairement à ceux qui te poursuivent de leur vindicte comme le funeste Lesquen (toujours patron de Radio Courtoisie, hélas) et beaucoup d’autres, je considère pour ma part que tu joues un rôle essentiel dans le positionnement, disons colbertiste du FN. Ce positionnement qui est en quelque sorte la résurgence du planisme d’un Henri de Man est intéressant à plus d’un titre car il permettrait d’envisager, s’il était mis en place par un gouvernement FN, une sortie progressive de la dérive idéologique libérale.

Mais si j’apprécie assez volontiers la plupart de tes nombreuses interventions médiatiques, celles-ci me laissent souvent sur ma faim, car de mon point de vue tu ne vas pas assez au fond des choses et notamment tu n’as pas suffisamment clarifié la position alternative du FN face à l’idéologie du Système. Et c’est bien de cela dont les Français ont besoin aujourd’hui, et surtout les gens de gauche, complètement abandonnés et mortifiés par la trahison de leurs élites. Toi qui es passé par les cercles chevènementistes, tu devrais le savoir.

Les Français, toutes tendances confondues, constatent tous les jours que le régime en place ne répond plus à leurs besoins, qu’on leur dissimule la vérité sur quasiment tous les sujets, que leur niveau de vie diminue, qu’on brade le pays et ses richesses, qu’on délocalise son industrie, que l’on détruit son agriculture, que l’on démantèle ses services publics, que l’on poursuit la criminelle politique d’immigration forcée et j’en oublie. Les Français ont besoin qu’on leur explique ce qui se passe et se dire gaulliste, ce que tu es sans doute sincèrement, pour leur proposer un retour vers un passé plus glorieux est certes un moindre mal par rapport à la politique de haute trahison en place depuis de longues années mais ne répond pas au fond à la nature réelle des enjeux. D’autant plus et tu le sais, que la politique d’immigration a commencé dès le tout début des années 60, et donc en pleine apogée du gaullisme triomphant.

N’oublie pas qu’en 68 - je sais bien que tu n’étais pas né et ça ne peut pas être à l’ENA que l’on t’a appris cela - nous avons assisté à une des premières révolutions de couleur dont a été victime le Général pour lui faire payer son refus d’obéissance aux maîtres anglo-saxons sur la question de l’or et que l’héritage politique du gaullisme a fini dans l’escarcelle du bouffon Sarkozy. Triste fin !

Alors je sais bien que tu pourras me dire que le FN d’aujourd’hui est l’héritier légitime du Général de Gaulle et dans un certain sens tu auras raison… et après ? L’héritage du grand Charles n’a t-il pas été dilapidé par l’ancien fondé de pouvoir de la banque Rothschild qu’était Pompidou ? (cf. la loi du 3 janvier 1973 dont je parle dans la lettre à Marine et cette très bonne vidéo où tout est dit sur ce sujet : https://www.youtube.com/watch?v=bTq6XyP1n_g). Au surplus, il faut reconnaître que le programme du Front national aujourd’hui, y compris sur la question sensible de l’immigration, est beaucoup plus édulcoré et diaphane que ne l’était celui du RPR en 1976.

Vois-tu mon cher Florian, je peux te dire à toi que j’ai longtemps baigné dans la haine du gaullisme pour de très vieilles histoires dans lesquelles ni toi, ni moi n’avons trempé mais qui déchirent toujours l’âme des Français car ces histoires ont été bâties sur des mensonges, et sans être freudien tu t’en doutes, je sais que les peuples, comme les hommes, trimballent dans leurs gènes tout leur passé, y compris celui de leurs ancêtres, le bon comme le mauvais. La France pourrait d’ailleurs sur ce sujet s’inspirer de l’exemple que la Russie nous donne aujourd’hui en acceptant l’intégralité de son passé, impérial ou communiste,  y compris ce qui fut le plus abominable, en le critiquant si nécessaire, mais en l’assumant sans l’occulter. La France, elle, refuse toujours de regarder en face ce qu’elle a été vraiment de 40 à 45 et de 54 à 62. C’est une des raisons, mais pas la seule, de notre malheur.

 Mais avec le recul, et je vais peut-être te surprendre, je suis devenu, non pas gaulliste, faut pas pousser, mais gaullien, c’est-à-dire portant une reconnaissance réelle à l’homme du 18 juin, non pas tant pour son rôle historique dans la seconde guerre mondiale que parce qu’il avait compris, sans doute pour les avoir côtoyé de près à Londres, à Alger  et à Washington, qui étaient véritablement les ennemis mortels de la France et de l’Europe. J’ai acquis la conviction aussi qu’il était un des rares à avoir  compris que l’Allemagne nazie avait été instrumentée par la City et Wall Street, essentiellement pour s’épuiser dans une lutte à mort contre la Russie (http://novorossia.today/qui-a-finance-hitler-la-liberte-en-echange-du-silence-des-noms-et-des-faits/.)

Il a prouvé sa clairvoyance par sa volonté absolue de redonner l’indépendance et la grandeur à la France lorsqu’il reprit le pouvoir en 1958. Mais si de Gaulle avait parfaitement identifié qui étaient nos ennemis, je crois qu’il n’avait pas véritablement compris quelle était leur réelle nature (http://lesakerfrancophone.fr/etiologie-du-terrorisme). Car s’il avait vraiment mesuré à qui il avait affaire, il ne se serait pas contenté de mettre en place des hommes comme Jacques Rueff pour instaurer le planisme à la française qui fit la fortune d’un certain capitalisme français ou Jacques Foccart pour développer la Françafrique et ses dérives barbouzardes.

Et pour finir, mon cher camarade - on ne va quand même pas s’appeler compagnon tous les deux, ce serait du dernier ridicule - je te dirais que je suis de ceux qui pensent que tu joues un rôle utile au FN, pour les raisons que j’expliquais plus haut et que je crois parfaitement à la sincérité de ton engagement auprès de Marine, mais je crois de mon devoir de te rappeler que ce parti que je connais depuis longtemps et dans lequel tu exerces des fonctions éminentes,  s’appelle encore le Front national et qu’il a vocation à rassembler tous les Français, de gauche comme de droite (https://francais.rt.com/opinions/21053-lecons-autriche) et qu’en mettant l’accent sur ton tropisme gaulliste – sois gaullien quoi ! C’est plus chic -, tu réveilles de vieux démons qu’il vaudrait mieux tenir éloignés aujourd’hui. L’heure n’est pas encore venue pour la France de s’allonger sur le divan.

Bien à toi,

Emmanuel Leroy

LETTRE OUVERTE A JEAN-LUC MELENCHON

Mon cher Jean-Luc,  cher camarade,

Toi aussi j’espère, bien que l’on ne se connaisse pas, tu me permettras de t’appeler ainsi au vu de notre vieux passé révolutionnaire, toi comme militant trotskyste et moi comme militant nationaliste.

Certes nos chemins sont fort différents et peut-être même nous sommes nous mis des coups de trique dans la gueule dans les années 70 dans une fac quelconque, lors d’un meeting à la Mutu ou lors d’un collage nocturne.

Je ne te surprendrai pas en te disant que le marxisme-léninisme n’a jamais été ma tasse de thé, surtout dans sa version trostkarde évidemment. Quoique, avec le recul du temps, là aussi, j’aurais tendance à devenir, non pas marxiste, mais marxien et cela pour la raison simple que je crois tout à fait nécessaire aujourd’hui de relancer la lutte des classes –ça devrait te faire plaisir - mais en la focalisant sur l’hyper classe mondiale que tu dénonces aussi si j’en crois ce que tu dis lorsque tu t’exprimes.

Cela étant dit, tu faisais plutôt partie du courant lambertiste m’a-t-on dit, et donc nous avons un point commun toi et moi, c’est que nous avons été manipulés tous les deux pour faire de l’antibolchevisme primaire (là, il n’y a vraiment que les initiés qui vont comprendre !). J’ai mis un certain temps à prendre conscience que les mouvements politiques anti-communistes passablement agités que j’ai pu fréquenter à l’époque où tu militais à l’OCI (Organisation communiste internationaliste) sous le pseudo de « Santerre » étaient plus ou moins vérolés par des gens vendus au Système. Mais ce n’est pas parce que je te fais aujourd’hui l’aveu que les mouvements politiques dans lesquels j’ai milité étaient en fait destinés à faire de l’anticommunisme intégral au bénéfice des banques anglo-saxonnes qu’il faut te croire exonéré de tout reproche en ce domaine.

En effet, si tu es un des nombreux héritiers du « groupe Lambert » avec Jospin, Cambadélis et beaucoup d’autres, que tu le veuilles ou non, tu as servi toi aussi la soupe, avec tes camarades, volens, nolens, aux intérêts anglo-saxons. Que je sache, la création de Force Ouvrière en 1947 et dont l’OCI a été largement partie prenante a bien été soutenue par la CIA (https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_communiste_internationaliste) pour contrer les bolchos de la CGT.

Mais bon, on ne va pas ressortir les barres de fer pour régler ces questions-là, elles appartiennent largement au passé et si je t’en parle, c’est juste pour te montrer que toi comme moi, nous avons été largement manipulés, et par des gens qui suivent une logique de laquelle, si j’en crois une vieille interview où un journaliste belge t’interroge sur l’existence du Club Le Siècle, tu réponds en substance que tu n’en as jamais entendu parler. Bon, j’ai eu un peu de mal à te croire sur ce coup là, mais ce n’est pas ça le plus important.

Ce qui me semble intéressant, c’est que malgré ton parcours d’agitateur trotskyste, puis d’éminence socialiste et maintenant de dirigeant (ex-dirigeant ?) du Parti de Gauche, certaines de tes diatribes politiques résonnent positivement à mes oreilles. Par exemple quand tu fustiges le projet de Traité transatlantique que concoctent les banques anglo-saxonnes et les néocons, quand tu critiques le manque de démocratie au Parlement européen, quand tu prends la défense de Julian Assange ou encore quand tu envisages la sortie de l’euro, ou que tu manifestes contre la loi El Khomri, tu me fais plaisir et nous sommes sur la même ligne. C’est déjà pas mal pour envisager une unité d’action à la base. Pour le sommet on verra plus tard.

Alors, tu vois Jean-Luc, c’est là que je voulais en venir. Je sais bien que l’on est aux antipodes sur le plan politique, que tout nous sépare dans nos parcours politiques respectifs, mais au crépuscule de notre vie, on peut se poser et faire un peu le point, chacun de son côté bien sûr, et se dire que si on a identifié les mêmes ennemis de la Nation - ça en tant que vieux républicain c’est encore un terme que tu peux entendre – on pourrait peut-être arrêter de se taper sur la gueule et travailler ensemble sur ce que l’on pourrait encore sauver dans notre cher et  vieux pays. Il y a eu pendant la dernière guerre un truc épatant qui s’est appelé le CNR (Conseil National de la Résistance) dont tu te souviens certainement et qui ne comptait pas que des gaullistes et des communistes parmi ses membres. Il y avait à peu près tout l’échiquier politique français, y compris des cathos de droite comme Bidault ou Debu-Bridel. Et ne me parle pas de Pétain s’il te plait, sinon je te sors la liste des députés socialistes ou radicaux, éventuellement francs-maçons, qui ont voté pour lui en juin 40.

Alors, je sais que tu dois te poser des questions sur ton plafond de verre à toi. Pourquoi, alors que tu es un excellent orateur, doté d’un réel charisme et d’un sens politique indéniable, tu ne dépasses pas les 12% alors même que le PS, du fait de ses trahisons, est en pleine déconfiture ?

Eh bien ? Tu veux que je te dise ? C’est que tu as tellement trempé dans l’internationalisme prolétarien et dans la croyance sanctifiée de la République que tu en as oublié le peuple de France. Toi qui fus professeur d’histoire, tu sais bien que la France n’est pas née en 1789, nom d’un chien ! Et le peuple de France il en a ras la casquette des banquiers, des politicards, des profiteurs, des médias menteurs et de l’immigration. Tu es parfait dans la dénonciation des quatre premiers mais tu oublies toujours le cinquième et donc tu apparais encore aux yeux de la majorité des Français comme un complice du Système que tu dénonces si bien par ailleurs.

Alors, si tu veux un bon conseil pour exploser ton plafond de verre à la prochaine présidentielle, dénonce la collusion NPA/MEDEF, syndicats réformistes ou non et le conglomérat LR/PS/PC/EELV sur la question de l’immigration et là tu vas vraiment monter dans les enquêtes d’opinion. Tu crois que je te demande de te renier en devenant raciste ? Stopper l’immigration n’est pas un acte de racisme, c’est un acte de survie pour sauver le pays qui a inventé les droits de l’homme, et construit la cathédrale de Chartres, entre autres.

A bon entendeur,

Salut.

 

Emmanuel Leroy 


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Théorème du nationisme

par Henri Temple


Contemporaine évidence des nations

Texte intégral

Un théorème est une affirmation, destinée à être démontrée, qui peut être établi comme vrai au moyen et à l’issue d'un raisonnement logique construit à partir d'axiomes. Une fois le théorème démontré, il sera considéré comme vrai.

De plus, les axiomes ci-après (v. 2, 3, 4, 5, 6 et 7) qui sous tendent le raisonnement sont démontrables, ce qui est exceptionnel pour des axiomes, et rend en cela la démonstration encore plus forte.

Nous démontrerons, dans les lignes qui suivent, que les faits nationaux facilement observables, forment une matrice qui engendre un être humain façonné de sentiments et de psychologie en général, de psychologie politique en particulier. Tout le reste en découle, imparablement, de cause en conséquence. C’était si évident qu’on l’avait oublié.

Voici la construction de ce théorème :

Préliminaire et liminaire

1 Observation et qualification du fait national dans ses multiples dimensions

2 Conséquences psychologiques et neurologiques individuelles du fait national

3 Conséquences sociologiques collectives des faits psychologiques

4 Conséquences sociales (réflexes) des faits sociologiques

5 Conséquences économiques des faits (réflexes) sociaux

6 Conséquences juridiques des faits sociaux et économiques

7 Conséquences politiques de la conjonction des faits juridiques, sociaux et économiques

8 Conclusion : Théorème du nationisme.

CQFD - Morale

Préliminaire : du nationisme

Le terme de nationisme est un néologisme, et le concept qu'il désigne, très récent.

On peut définir le nationisme comme étant la méthode intellectuelle, appliquée aux faits nationaux, par laquelle on constate et étudie ces faits, leurs corrélations, et le résultat appliqué. On l’oppose ainsi au “nationalisme”, discours et pratique politiques dures, voire agressives ou oppressives. Au contraire, le nationisme, entendu comme science, entendra affirmer le simple constat selon lequel ces communautés culturelles, géographiques et historiques que sont les nations existent, que l’homme en a besoin pour s’organiser, et qu’elles doivent être respectées par les autres nations et les organisations internationales.

Philosophiquement et politiquement l'idée de nation, historiquement récente (apparue au XVIIIème siècle), a souffert, à peine introduite dans le discours et les attitudes politiques, des dérives, souvent agressives ou totalitaires, du nationalisme, qui ont discrédité le terme. Inversement, les courants de pensée marxistes, socialistes, fédéralistes, a-nationalistes, internationalistes – de droite ou de gauche- ont recherché des voies théoriques en dehors ou au dessus des cadres nationaux.

Pourtant l’idée de « nation »(et celle, très proche, de « peuple ») apparaît dans des textes emblématiques, telle la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Les doctrines nationalistes initiales de cette époque ont permis de fonder l'idée et la pratique politiques d’État-Nations, d'émanciper ainsi les peuples des royautés et des empires, mais aussi de forger une mystique de l'état, aboutissant à estomper la nation sous jacente.

Le terme de nationisme est apparu très récemment pour le démarquer du concept philosophique et politique de nation, historiquement pourtant assez récent (XVIIIème siècle), du nationalisme. En effet, depuis la fin du XXème siècle et en ce début du XXIème déjà écorné, l’évolution du monde, et celle des sous régions (Europe, notamment) reposent la question des nations. Ce sont des penseurs issus d’un itinéraire passant par la gauche radicale ou romantique qui imaginent le néologisme, sémantiquement assez clair, de nationisme pour désigner une approche plus objective, anthropologique, et apaisée, de ce fait sociologique et politique qu’est la nation. Pierre-André Taguieff avait ainsi proposé dès 20031 –ce qui nous semble être le plus ancien emploi de ce néologisme en France2- le terme de nationisme. Le terme sera repris, dans la même acception, par des penseurs ayant eu des parcours politiques personnels comparables, comme Emmanuel Todd, Régis Debray. D’autres ont un point de départ à gauche aussi (Hubert de Champris), qu’ils ont relativisé (Alain Finkielkraut3) , ou non-gauchiste (Pierre Manent4, Marc Chevier5, Henri Temple6), mais ils convergent tous vers le même point focal syncrétique : la nation est une réalité culturelle et sociologique, un mode d’organisation économique, social,politique. La mondialisation, et la répulsion intellectuelle que ses abus ont suscité, ont accentué de telles convergences, impensables avant la fin des années 90.

Tous ces intellectuels renouent ainsi avec des débats et des intuitions de l’entre deux guerres : Richard de Coudenhove-Kalergi auteur d’un essai monumental intitulé « Pan Europa » et paru en 19237, mais aussi Julien Benda8 et Marcel Mauss9. Ce dernier, sociologue élève de Durkheim, avait échoué à terminer son projet de grand œuvre sur la nation, qui l’avait épuisé jusqu’à sa mort, et dont on ne possède que des fragments non organisés en un plan achevé. Et Edgar Morin, héritier de cette réflexion, constate que la théorie générale de la nation reste à écrire10.

Le plus souvent, les réflexions sur la nation accompagnent, les précédant ou les suivant de peu, les grands séismes de l’humanité occidentale (1783 en Amérique, 1789 en France, puis 1870, 14/18, 39/45 ; enfin pour l’Europe de l’est et le monde global : les années 1990). C’est pour débarrasser de ses connotations péjoratives l’étude de la nation, cette structure sociologique majeure, que le terme nationisme paraît souhaitable. Et dans la relation entre les nations, de même que l’on propose désormais de passer outre le terme « nationaliste », on pourrait suggérer de se dispenser des termes internationaliste ou international, pour les remplacer par le néologisme nécessaire de inter-nationiste, porteur d’une conception nouvelle des relations mondiales.

En effet l’histoire immédiate de l’humanité a vu, paradoxalement et simultanément, l’autodestruction du socialisme internationaliste et l’avènement d’un ultra capitalisme mondialiste anti national. L’avènement de la démocratie dans les républiques ex-socialistes, la chute du mur de Berlin, de la Yougoslavie, de l‘URSS, est concomitant avec ce que l’on perçoit, de plus en plus souvent, comme un recul des libertés à l’Ouest : OMC, FMI, Traités de Maastricht, puis de Lisbonne, confiant en grande partie les droits des nations et des peuples à des entités supra nationales.

Or, si en 1910, il y a un siècle, la planète Terre ne comptait guère plus d’un milliard d’habitants, en 2011, elle en dénombrait sept. Comment organiser une telle Humanité ? L’organisation politique de l’espace habitable devient alors une question primordiale : la question des nations est au cœur de ce problème. Faut-il les abaisser devant les organismes supranationaux ? Faut-il les dépasser, comme le proposent Derrida mais, plus prudemment, Morin ? Ou faut-il les protéger, en faire le cadre des échanges mondiaux, les briques de l’architecture du monde, un « concert de nations » égales ? Les réponses à ces questions, qui conditionnent la survie de chacun, passent par une réflexion complètement renouvelée sur les nations.

Sociologues, psychologues, juristes, politistes et économistes doivent impérativement reprendre des réflexions abandonnées depuis l’entre deux guerres, et les inclure dans une approche holistique.

Liminaire

Si l’homme est bien par nature –ce qui n’est contesté par personne depuis Aristote- un animal social, il est beaucoup moins bien compris (ou on perd de vue) qu’il ne devient tel qu’il est que par imprégnation, imitation, adaptation, éducation, information et instruction. Parfois même, hélas, par déformation.

La transmission des savoirs et des habitudes est essentielle et, en particulier, le système instructionnel va jouer un rôle capital. Sans même parler de la solidité, du sérieux, de l’accessibilité de ce système (ce qui est en soi un sujet), on devrait, avant tout s’interroger sur la façon dont il transmet les connaissances, et plus encore sur la façon dont on peut en faire l’acquisition personnelle et l’approche critique, puis, idéalement, sur la libre création de raisonnements personnels, autonomes, rigoureux, justes et utiles. Notamment en matière morale, philosophique, scientifique, religieuse, politique, économique.

Or, une telle formation à la méthodologie n’est pas prodiguée (ou très insuffisamment) dans les écoles ni –plus grave encore, si c’est possible- dans les écoles dites « grandes » et à l’université.

Les élites –qui détiennent une grande influence intellectuelle et médiatique, voire un pouvoir décisionnel- sont mal formées, mal contrôlées par des gens mal formés eux- mêmes, et la société toute entière est impotente -par connivence ou faiblesse- à sanctionner les erreurs et les fautes préjudiciables commises par les élites. L’erreur politique, militaire, diplomatique, voire intellectuelle, qui était si lourdement punie à Athènes (ὄστρακον = ostrakon), devient, hic et nunc, habituelle, banale, impunie, vite oubliée. Pourtant les plus grands penseurs et leurs disciples ont constamment stigmatisé les « élites » et rappelé sans cesse que la pensée doit, pour être juste (et donc pour mériter d’être ainsi qualifiée de pensée), répondre à des critères, des canons :

  • la sémantique, la maîtrise du sens des mots, (Platon, Aristote, Confucius, Abélard)

  • l’observation, la qualification des faits, (Aristote, Descartes, Claude Bernard, J. Stuart Mill11)

  • la méditation et l’intuition, (Bouddha, Platon, Aristote, Pascal...)

  • l’agencement des mots et des idées pour produire un raisonnement rigoureux et juste (Platon, Aristote, Thomas d’Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Claude Bernard, J.S. Mill)

On se demande alors ce qui est le plus grave dans notre système politique :

  • est-ce le fait que les décideurs sont incapables ou non désireux de former la population en l’initiant aux outils de la pensée (organon) ?

  • ou est-ce le fait qu’ils n’en connaissent pas l’existence, la justesse et l’impérieuse nécessité ?

Le résultat est là et les conséquences en terme de négligence de l’intérêt national, du bien commun, ne cessent de s’aggraver, qui ont été pourtant constamment dénoncées depuis Ronsard, Condorcet, Michelet, Bloch, Camus...

Plus récemment Crozier, Bentolila, Brighelli, Finkielkraut, Michéa, Onfray..., venant d’horizons politiques variés, mais posant, finalement, des diagnostics convergents, se rejoignent en une préoccupation constante : préserver et développer l’intellection sans laquelle on sombre dans l’erreur collectivement dommageable.

Aussi essayerons-nous, dans cette ligne, et dans le cadre de ce bref essai en forme théorématique, de respecter les principes du discours de la méthode, systématisés par Aristote, suivi en cela par Descartes puis Stuart Mill, et appliqués ici à l’étude du fait national.

1. Observation et qualification du fait national dans ses multiples dimensions

Intrinsèquement, ce sont six éléments12 qui fondent l’identification d’une nation en tant que telle, puis son unité, et l’identité nationale13 d’un groupe humain, éléments dont l’ordre et l’importance peuvent varier selon les pays :

  • la langue,

  • la religion et/ou un corps de croyances fondant une éthique collective,

  • l’histoire, les figures emblématiques,

  • le territoire, les paysages

  • la culture, les relations humaines

  • un consensus collectif majoritaire sur les cinq éléments précédents, et sur l’idée d’une communauté d’intérêts et de destin14.

Certes ces six éléments ne sont pas associés ou dosés selon des proportions toujours identiques. On peut observer des peuples, bien distincts, mais qui ont la même langue en partage (l’anglais, le français, l’espagnol). La religion, quant à elle, peut diviser, voire faire exploser des nations (Pays-Bas/Belgique ; Serbie/Croatie, Arabes chiites/ sunnites, Inde/Pakistan, Timor), sans même qu’il soit besoin d’exhumer une ascendance ethnique hétérogène (Irlande).

Inversement, la religion peut constituer un ciment qui traverse les âges et fédère (israélites ; dont certains sont pourtant hostiles à Israël ou fidèles à leur nation européenne ; Pologne, Québec...). D’autres peuples connaissent à peine leur histoire, ont une culture faiblement typée (Roms), ou n’ont pas de territoire propre délimité (Roms, Peuls).

Mais lorsqu’il n’existe pas (plus) de conscience collective consensuelle, de particularités communes vécues ensemble, il sera impossible de parler de nation.

On a souvent essayé de démentir la réalité objective du fait national. On ne comprend pas trop pourquoi, sinon parfois par un mal-être propre et personnel au chercheur en sciences sociales qui voudrait régler ce mal être en faisant disparaître le fait. Peut être peut on ranger dans cette démarche André Siegfried, un pionnier d’avant la première guerre, théoricien de l’enracinement et des traditions familiales, plus forts selon lui que l’identité nationale, qui inspire sans doute parfois encore Emmanuel Todd lorsqu’il s’enflamme contre l’idée d’identité nationale. Mais aussi, paradoxalement, Siegfried pourrait servir de référent à ceux qui professent que l‘intégration des immigrés échouera.

Plus récemment, et sous l’influence de courants marxistes et internationalistes, entre les années 1960 et 2000, on tenta alors de minimiser les faits nationaux et de les dépasser par l’étude des relations de travail, de consommation ou de domination économique : les échanges économiques sont désignés comme étant les éléments essentiels pour la construction du sentiment identitaire des individus. La rubrique Wikipedia (V° Nation) s’étend sur cette approche d’études qui « ...tendent à se mettre dans une perspective comparatiste par l'intervention de chercheurs de nationalités différentes. D'origines diverses, on trouve, dans ce mouvement de pensées, Eric Hobsbawm, Norbert Élias, Benedict Anderson, Ernest Gellner, France, on retrouve sur ce terrain Pierre Bourdieu, Jean-Loup Amselle, Dominique Schnapper, Gérard Noiriel, etc. ». Mais comparer les systèmes d’identité, les nuancer ou les relativiser ne doit pas aboutir à les nier ; ce qui est, dissimulé dans cette confusion, est un un dessein autre ; or le comparatisme n’est pas le cosmopolitisme. La relativisation systématique n’est pas le déni. D’ailleurs le verbum Wikipedia ne laisse aucune place au concept de nationisme ni aux travaux modernes sur ce champ.

Cependant ces courants paraissent avoir désormais épuisé cette veine tant il est vrai que les sciences humaines sont tributaires du contexte politique et de ses traductions dans la recherche. De plus -et surtout- un monde surchargé de bientôt 8 milliards d’habitants (8 fois plus qu’en 1900), puis 11 milliards ou plus en 210015 a besoin d’explications moins matérialistes, plus culturelles et plus psychologiques pour pouvoir s’expliquer à lui-même. Face à une construction aussi complexe que celle du fait national, les explications par la position économique de la personne, sont certes utiles, mais sont loin d’être suffisantes, ni même centrales.

De tous les éléments énumérés ci-dessus, la langue, la culture, les valeurs communes (religion incluse) sont les plus déterminants. Les chercheurs sur le cerveau ont observé que, même lorsque cette sollicitation corticale remonte à la petite enfance, la première langue entendue marque pour toujours certaines zones du cerveau16

Le besoin d’identité nationale existe car les nations et les cultures existent. Ce besoin va avoir pour conséquences une élaboration affective décisive pour la vie de l’être humain.

2. Conséquences psychologiques et neurologiques individuelles du fait national17

Pour les psychologues le sentiment national réapparaît comme objet d’étude et de réflexion car les sentiments, ceux qui durent, construisent la personnalité (en bien ou en mal) :

Frustrations ou satisfaction (intellectuelle, sociale, affective, physique) ;

  • altruisme, pitié, dévouement, amour, admiration ou égoïsme, indifférence, mépris, haine.

  • Consensus, sentiment d’appartenance (familiale, régionale, religieuse, socioprofessionnelle, nationale), patriotisme et abnégation, ou bien rejet, exclusion, anomie18, ou repli communautaire.

Ces sentiments, plus durables, voire constants, se révèlent dans une relation d’altérité et peuvent être très structurateurs du comportement d’une personne. L’école lacanienne, axée sur la psychanalyse, a inhibé, en France du moins, les approches génétiques19 et psychologiques de la personnalité de l’individu, certes plus descriptives, mais plus pratiques aussi. Cette personnalité s’organise autour de cinq dimensions principales20 assez unanimement acceptées par les auteurs (extraversion, agréabilité, conscience, névrosisme, ouverture), chacune démultipliée en six sous dimensions et, désormais, ces trente facettes sont identifiables, avec une certaine précision, par des tests (par exemple NEO PI R et Alter Ego). Or ces dimensions, et leurs démultiplications, seront très largement influencées, inhibées ou excitées, par la culture nationale et/ou communautaire, notamment du fait de la place qu’elles consacrent à la liberté, à l’individualisme, et en raison du type de relations qui se créent au sein des structures familiales. Ces marqueurs psychologiques sont puissants et s’ils pourraient, en apparence, paraître masqués par la world culture uniforme (des tablettes aux sports en passant par les modes vestimentaires et musicales), il pourrait ne s’agir là que d’un vernis, vite fondu par les besoins profonds d’identité, les pressions du groupe, les racines, les valeurs de rattachement, l’appartenance à une communauté fermée. Des événements récents peuvent même démontrer que ce vernis envahissant est parfois le facteur déclenchant de réactions communautaristes virulentes. « Il existe [en effet], des mentalités qui peuvent caractériser la personnalité de certains groupes sociaux »21

L’immigré se trouve confronté, surtout s’il est musulman, à des tensions internes, provoquées par ce que les chercheurs et écrivains musulmans nomment souvent eux -mêmes l’hybridation culturelle22. La psychosociologie et les neurosciences sociales ont désormais consolidé les premiers travaux sur l’influence des structures sociales et de la culture nationale et religieuse sur la psychologie individuelle.

Le sentiment national a été étudié par John Stuart Mill et les chercheurs qui ont suivi son sillage précurseur. C’est surtout l’incidence du milieu sur ce sentiment (approche éthologique) qui a retenu J.S. Mill.

Mais il manque que soit étudiée plus avant l’influence de ce sentiment national sur l’élaboration sociologique du groupe et, au-delà, de celle de la nation.

3. Conséquences sociologiques collectives des faits psychologiques

Des sociologues, historiens et philosophes tels Edgar Morin23 et Fernand Braudel24, comme avant eux Mounier25, étudiant la nation, y trouvent la richesse essentielle pour accomplir l’être humain. Pour Edgar Morin, notamment, l’histoire nationale opère un processus d’identification très intime de l’individu avec un « Grand Être Historique vivant [la nation] luttant pour sa propre immortalité...grand nourricier de l’individu qui, en échange, lui doit fidélité. »26

L’identité nationale, outre sa dimension intrinsèque a aussi une dimension extrinsèque, excellemment résumée par une formule de Benda27.

Chaque nation, en effet, est capable de s’auto-identifier par rapport aux autres, et c’est d’ailleurs le « concert des nations » qui peut reconnaître, par un consensus extrinsèque, un (nouvel) état-nation en tant que tel : en droit international public, on reconnaît, dit-on, un État, un gouvernement, à l’observation des éléments de l’amorce d’un État : un territoire, même occupé, une population, un début d’organisation politique…Ainsi apparaissent des états-nations nouveaux, voulus par leurs peuples, et reconnus par les autres Etats nations : Erythrée, Slovaquie, Slovénie, Soudan Sud… Les nations sont parfois contestées : Kossovo, Tchétchénie, Monténégro, Sahara ; ou elles peinent à conserver leur indépendance (Tibet) ou à l’obtenir (Kurdistan, Palestine, Azawad), comme ce fut le cas jadis de la Pologne. Et même de l’Italie.

Mais, par delà les artefacts diplomatiques et juridiques, la nation a bien une identité ; car l’identité, c’est l’essence, c'est-à-dire les caractéristiques permanentes dominantes et majoritaires d’un objet d’étude. Or l’essence de la nation constitue en grande partie l’essence de l’individu, sa « personnalité de base » comme disent les anthropologues après les travaux des culturalistes (Abraham Kardiner28). L’essence de la nation apporte donc aussi la part culturelle de l’essence et de l’identité individuelles.

Les « neuroscientifiques » du XXIème siècle, ont effectué des travaux de recherche de plus en plus fins et pénétrants sur le déracinement, l’acculturation, la « crise d’identité »29, notion tant utilisée en psychopédagogie, voire la « résilience », après les traumas affectifs de l’enfance. Ces derniers souvent liés aux sentiments que l’on a de son identité intime30 posent, de façon frontale les questions de l’élaboration de la conscience, de la compréhension, de l’estime, du SOI. Et l’affect national, qui est un élément central de l’intime, peut aussi, s’il est défaillant ou négatif, comporter des stigmates, des éléments déconstructeurs. L’archétype national, sa codification sociologique, qualifie autant qu’il peut disqualifier sentimentalement en creusant des fossés au sein d’une population territorialisée, mais hétérogène (minorités religieuses, ethniques, sociales, physiologiques)31.

Cette grande et nouvelle osmose entre sociologie et psychologie a bénéficié du renfort des travaux de Tajfel et Turner32 sur l’interrelation psychosociologique, qui ont fait évoluer l’approche de ces phénomènes profonds de sentiments d’appartenance (dont le sentiment national) ou d’exclusion. Le développement, très récent, de la psycho-sociologie, des neurosciences, de la neuropsychologie, et plus particulièrement des neurosciences sociales33, permet de percer progressivement les mécanismes physiologiques, neurobiologiques et hormonaux qui sous-tendent les comportements sociaux et les relations interpersonnelles. On découvre, alors, que les réactions électrochimiques du cerveau ont, plus que souvent, un lien direct avec l’environnement sociologique, affectif et culturel de l’être humain. Cet environnement provoque des sentiments, conditionne l’émotivité. Ce lien entre le sociologique et le physiologique oblige à en considérer l’incompressabilité : l’échec séculaire, relatif ou sanglant, de (certaines, mais pas toutes) sociétés de mixité ethno-culturelle peut et doit être observé : Bosnie, Irlande du nord, Irak, Roms en Europe centrale, Turquie, Syrie, Liban, Israël/Palestine, Soudan, Ceylan, Fidji, Rwanda, Timor, Mali… Nous avons proposé, pour compléter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, d’en déduire et énoncer le “principe sociologique de précaution”34.

La crise d’identité si elle devient un conflit d’identité, avec une issue violente, va non seulement remettre en cause le consensus individuel mais jeter le trouble pour des millions de personnes qui ressentent la crise, et les dizaines de millions qui observent le devenir de leur communauté nationale : la crise de « Charlie » n’a pas encore livré tous ses symptômes.

4. Conséquences sociales (réflexes) des faits sociologiques

Les animaux connaissent la solidarité et l’expriment par des sons, des postures : alerte, détresse, défense, nourriture ; et les animaux supérieurs en outre organisent une protection collective du groupe, des petits, honorent les plus vieux, respectent les morts, s’imitent en leurs « langages » qu’ils enrichissent par emprunt mutuels. Ce sont des réflexes collectifs innés ou transmis par le goupe.

Chez les humains, la charité, l’entraide, et aussi le respect des faibles et des femmes, voire le combat physique (qui fondent presque partout dans le monde la tradition masculine et chevaleresque) ont pris désormais les traits de la solidarité collective et organisée par l’Etat.

Il existe, en matière d'économie et de solidarité sociale humaine, une approche nationiste, conséquence considérée comme inévitable et cohérente des données psychologiques, sociologiques et des droits de l’homme qui les protègent : si les hommes sont liés par leurs sentiments, puis par leur consensus sociologique inféré, il en découlera des élans altruistes (le don chez Marcel Mauss) entre membres de la même communauté nationale : de cette Fraternité, découle une solidarité organisée.

Le sentiment et le consensus nationaux sont confortés, outre leurs réalités sociologiques, culturelles et affectives, par les nécessités politiques et économiques (se gérer ensemble, décider ensemble), et par les nécessités socio-économiques (produire, consommer, partager, répartir, redistribuer). C’est l’origine d’une telle solidarité qu’avait ressentie Jean Jaurès : « À celui qui n’a plus rien la patrie est son seul bien ». « La Nation est le seul bien des pauvres ». Mais on peut considérer que c’est aussi le seul bien des jeunes, des vieux et des malades, car seule la nation dispose d’un système permanent et moderne de solidarité entre les différentes catégories de la société : jeunes/vieux, riches/pauvres, célibataires/familles, valides/malades, hommes/femmes, travailleurs/chômeurs… La Nation assume, par État interposé, les missions de protéger, défendre les droits, éduquer, soigner, organiser…Mais l’idée de solidarité nationale est si évidente qu’elle est à peine exprimée dans la Constitution.

Pourtant elle est puissante ; mais on ne veut pas voir qu’elle ne pourra en aucune façon être découplée de l’économie ; car il ne pourra pas y avoir de solidarité nationale sans le soutien de l’économie nationale qui, seule, peut l’abonder.

5. Conséquences économiques des faits (réflexes) sociaux

Pour l’économie, il existe aussi une approche nationiste, conséquence imparable et cohérente des données psychologiques, sociologiques et de droits de l’homme qui les sanctifient : si les hommes sont liés par leurs sentiments et leur consensus, les élans altruistes qui en découlent entre membres de la même communauté nationale ont un coût social ; de cette Fraternité, découle une solidarité organisée dont le financement est directement tributaire de la prospérité de l’économie nationale.

C’est un grand économiste allemand, Friedrich List35 qui a été l’artisan principal de ce qu’il appela le système national d’économie politique.

En effet les solidarités sociales qu’appellent les liens affectifs et sociaux, enjoignent une solidarité, jeunes/adultes/vieux, hommes/femmes, malades/bien portants, actifs/retraités/ chômeurs36.

Cela supposera dès lors, à tout le moins, une protection (sans excès protectionniste) des filières économiques nationales lorsqu’elles sont menacées de disparaître. Car chacun est censé pouvoir comprendre que sans cette défense de l'outil national de production qui les financent et en garantissent la pérennité, tous les systèmes de solidarité nationale s'effondreraient. Aussi le nationisme économique doit il permettre d’utiliser tous les arguments du droit (et pas seulement de la technique textuelle des lois et traités) pour permettre à une économie nationale de défendre sa survie (par exemple par les clauses de sauvegarde ; voire des dénonciations unilatérales de Traités), face aux superstructures supra étatiques (FMI, BM, UE, OMC).

Malheureusement la prétendue technicité arborée par les « spécialistes » de ces questions, a abouti à dissimuler les vérités et les droits simples, justes, forts et puissamment fondés. Les citoyens ont fini par se soumettre à l’idée de leur incapacité à comprendre des questions dont dépendent leur vie quand les politiciens rarement compétents en économie qui les gouvernent ressassent des données et doxa abstruses, supposées savantes (Commission européenne, FMI, BCE, ”économistes” de banques...).

Pourtant la preuve est faite, en France par exemple, que l’ouverture aveugle des marchés mondiaux, la finance comme finalité économique, la monnaie unique ont fait bondir, en 30 ans, le chômage de 700 000 demandeurs d’emplois à 6 millions de vies brisées. Et une fragilisation terrible de la cohésion nationale.

D’autres grands économistes (après Adam Smith lui-même), on réaffirmé la nécessité de protéger, quand c’est nécessaire, une économie nationale (Keynes, Maurice Allais, Gérard Lafay, Jean-Jacques Rosa, Jean-Luc Gréau) contre une mondialisation subie et non maîtrisée et souhaité le retour du droit (J.E Stiglitz)

6. Conséquences juridiques des faits sociaux et économiques

Le droit, dès lors, ne pouvait ignorer la réalité des phénomènes sociaux individuels et collectifs de sentiment national, consensus, ainsi que la nécessité de la solidarité, de l’économie. D’une part car ce sont des faits que le droit a la charge d’organiser, d’autre part car c’est le sentiment, indistinct mais puissant, qui rend perceptible la nation, la légitime. Et c’est la nation qui légitime le sentiment national, voire l’exige.

Au plan du droit civil, d’ailleurs, les attributs de la personnalité : nom, prénom, date et lieu de naissance, adresse, situation familiale, et bien entendu nationalité, sont des éléments de l’identification, et donc de la différenciation, très imprégnés des substrats nationaux et reproduits sur la « carte nationale d’identité ».

Le droit ne pouvait ignorer des flux affectifs aussi puissants sans tenter de les protéger, s’il y a lieu, ou de les maîtriser si nécessaire. Dans les deux cas, en fait, pour empêcher l’apparition des sentiments de souffrance : celle des sujets traumatisés dans leur amour national ; ou celle des victimes de la haine nationaliste.

Le sentiment national est conforté, outre ses réalités culturelles et affectives, par les nécessités politiques et économiques (se gérer ensemble, décider ensemble), et par les nécessités socio-économiques (produire, consommer, partager, répartir, redistribuer). Le droit agit pour l’harmonie sociale, qui ne se concevrait pas sans lutte contre les sentiments individuels ou collectifs de frustration et même de souffrance. Ainsi le droit intervient-il soit pour protéger le sentiment national, notamment en le consacrant par un des différents Droits de l’homme, soit pour en restreindre ou endiguer les débordements.

Cette protection de la nation, du lien à la nation, et donc du sentiment national, s’intègre aux principes essentiels communs à l’humanité, principes qui ont été posés par des textes à vocation universelle, le plus souvent des textes internationaux.

On se contentera ici de rappeler quelques uns de ces principes déjà développés dans de précédents écrits37 Les grands textes fondateurs sont, par ordre chronologique :

1. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en France (1789),

2. La Déclaration universelle des droits de l’homme, des Nations Unies (1948),

3. La Convention européenne des droits de l’homme, du Conseil de l’Europe, (1950),

4. Le Pacte international des Nations Unies sur les droits civils et politiques (1966),

5. La Convention Internationale sur la discrimination raciale, Nations Unies (1981),

6. La Charte des droits fondamentaux, Union européenne (2000).

7. Déclaration sur les droits des peuples autochtones (2007)

Souffrir dans le principe de son rattachement national peut générer un conflit affectif complexe, profond, injuste, dangereux tant pour la personne que pour l’ensemble du groupe. Le droit, très influencé par le nationisme implicite sous jacent (principe de réalité), tente de l’empêcher et affirme, pour tout être humain, des droits de homme individuels ; et pour les peuples des droits de l’homme collectifs.

Les droits de l’homme individuels

Le droit à une nation

Le droit pour tout être humain d’avoir une nation qui l’accueille en son sein, et lui confère des droits, est affirmé par la Déclaration universelle des droits de l’homme de 194838.

Le droit à émigrer

Situation inverse de la précédente mais (moins) douloureuse, quoique le sentiment de frustration natio-culturelle puisse s’éveiller, s’intensifier et s’accumuler bien plus tard : le candidat migrant sous-estime la souffrance qui résultera de son choix39.

Le droit d’asile40

Complètement différente est la situation de l’étranger qui rentre sur le territoire national parce que sa vie, sa sécurité, sa santé, sa liberté, et ceux de sa famille, ses biens, sont menacés en raison de son appartenance sociologique, politique, ethnique ou religieuse.

Le droit à parler de sa nation et de sa situation politique ou sociologique

Sous les régimes oppressifs, le seul fait de prononcer le nom d’une nationalité a pu être, et est encore parfois, passible de poursuites pénales. Des mots comme Erythrée ou Pologne, voire Italie sous le joug autrichien, ont été longtemps proscrits et, aujourd’hui encore, certains régimes refusent que soient utilisés les termes de Palestine, Tibet, Sahara, Kurdistan, Azawad, Somaliland ou Ouïgouristan. En Chine, Turquie, France le débat est encore souvent pris en otage par des considérations politiques.

Les droits de l’homme collectifs

Observons que la Déclaration Européenne des Droits de l’Homme (1950) fausse la perspective des droits de l’homme en ignorant que les nations bénéficient, elles aussi, de droits de l’homme collectifs, reconnus pourtant par des textes universels d'autorité supérieure.

D’ailleurs le non-respect de ces droits collectifs entraîne, le plus souvent, des atteintes aux droits de l’homme individuels (comme au Tibet, au Kurdistan, etc.). Et donc, bien évidemment, provoquent aussi des souffrances individuelles.

Le droit à être reconnu comme nation41

Le sentiment de frustration et de colère qui découlent de la négation d’un fait national et d’un besoin d’indépendance, contre un pouvoir colonial, une puissance occupante ou un dogmatisme politique, peut affecter collectivement des millions de personnes.

Le droit pour chaque nation de décider librement de sa culture42

Le droit de chaque nation de décider de sa culture est exprimé de façon précise par l’article 1er du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques :

« [Les peuples] [...] assurent [...] librement leur développement social et culturel. »

La culture nationale, intimement liée, à la culture personnelle, est à la fois la marque de l’existence d’une nation et l’objet de ses choix fondamentaux.

Le droit pour la nation de sauvegarder son existence

Ce droit est affirmé par l’article 4 du Pacte des Nations Unies pour les droits civils et politiques : « Dans le cas où un danger [...] menace l’existence de la Nation,[celle-ci peut] prendre [...] des mesures [de sauvegarde] dans le respect du droit des minorités ». De ce texte on infère que la minorité, si elle doit être respectée, n’est que la minorité et l’exception, et donc que la règle est posée par la majorité historique et culturelle de la nation.

Le célèbre anthropologue, Claude Lévi-Strauss appelait à ce que la civilisation mondiale soit la « coalition à l’échelle mondiale de cultures préservant chacune son originalité [….].  « La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition à l’échelle mondiale de quelques cultures préservant chacune son originalité »43.

Il existe, enfin, en droit pénal interne, des sanctions tantôt contre les atteintes au sentiment national, tantôt contre les excès du sentiment national44.

Mais la loi consacre aussi les choix collectifs relatifs au type d’économie, la protection ou l’ouverture des frontières, la structure des entreprises, la fiscalité et les lois sociales qui forment une galaxie inter dépendante. En somme, tout va être encadré par un système politique et constitutionnel.

7. Conséquences politiques de la conjonction des faits juridiques, sociaux et économiques

Le droit des peuples à se libérer, s’unifier, et celui de se gouverner par eux-mêmes, apparaît dans l’Histoire des idées politiques au XVIIIème siècle : la Pologne, la Grèce, l’Italie, la Roumanie, l’Irlande, les Slaves, revendiquèrent ce que John Stuart Mill dénommait le « sentiment de nationalité ». Il en inférait le droit souverain des êtres humains de chercher avec qui s’associer en Nation « pour unir tous les membres de la nationalité sous le même gouvernement (…), la question du gouvernement devrait être décidée par les gouvernés »45. Enfin, l’État ne doit être considéré que comme le vêtement de la nation ou du peuple. Mais une sorte de vêtement « sacerdotal ». Mais c’est parce que la nation est souveraine que l’État est souverain. C’est parce que le peuple est souverain qu’il choisit démocratiquement et souverainement les décisions qui le concernent. Le principe du « gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple », que l’on croyait pérenne, entre dès lors en conflit avec des modes nouveaux et supranationaux de gestion de l’économie (UE, OMC), du commerce (OMC, GATT), de la finance (BM), de la monnaie (FMI).

Le nationisme politique découle logiquement des autres aspects du nationisme, alors que pendant près de deux siècles (19ème et 20ème) une mystique de l’Etat, imposée mais peu démontrée par la raison, avait, tant à l’est qu’à l’ouest inversé l’approche de ce sujet. Dans la mesure où l’état adoptait des mesures, voire des abandons de souverainetés, les peuples n’avaient rien à y redire, même par référendum...

Le sujet a pâti, longtemps, d’un contresens fâcheux et persistant porté sur l’œuvre de Carré de Malberg : dans ses derniers travaux il ne sacralisait plus l’Etat que pour autant qu’il est l’expression de la volonté populaire ou nationale ; Malberg renoua ainsi avec Rousseau, dont on avait pensé abusivement le désolidariser46. Cette question est devenue plus que jamais brûlante : car, désormais, de nombreux partis politiques européens, de plus en plus suivis par les électeurs, affirment leur préférence pour une Europe des nations, au rebours de l’actuelle construction fédérale centralisatrice, peu transparente, peu démocratique, rejetée par des peuples à l’occasion de plusieurs occurrences référendaires, discréditée au yeux d’un part croissante de l’opinion publique, et plus encore en raison de ses échecs économiques, sociaux et migratoires. Le nationisme permet de canaliser cette revendication démocratique et culturelle, là où le nationalisme aurait provoqué des guerres.

Le nationisme cessera d’être un néologisme : il ne devra plus s’écrire en italiques, car il devient, ainsi démontré, un théorème qui s’exprime en 7 propositions :

Théorème du Nationisme

1 Dans leurs multiples et fines dimensions on peut observer des faits permettant de qualifier, pour chaque nation, 6 éléments essentiels, différents, mais associés et combinés.

2 Chaque nation ainsi observée est unique et produit des conséquences psychologiques et neurologiques sur les individus nationaux, pris isolément

3 Les individus présentant des analogies selon les critères nationaux, se rapprochent entre eux et se dissocient d’autres nationaux différents, ce qui est la conséquence sociologique collective des facteurs psychologiques individuels.

4 La proximité issue de cette construction sociologique engendre toujours des conséquences sociales (réflexes) telle la solidarité (l’entraide, la charité)

5 Une telle convergence culturelle et affective individuelle, et le réflexe solidariste permettent, mais aussi rendent obligatoire, la maîtrise du système national d’économie politique : sans économie nationale, pas de solidarité nationale

6 L’émergence d’un système solidariste appuyé sur un système national d’économie politique, appelle à la construction d’un système juridique perfectionné. Il est à la fois le reflet et la condition de ce qui précède.

7 Tout système cohérent : social, juridique et économique, s’insère nécessairement dans une superstructure politique, qui en émane tout en en étant le garant

CQFD Morale

Le monde phénoménique, qu’il soit inerte, vivant ou humain, s’organise selon un principe constructal et non pas fractal : du plus petit au plus grand. Chaque « étage » résulte de, mais aussi s’appuie sur, l’« étage » inférieur et en adopte les lois. L’ignorer serait encourir des échecs graves et durables.

La psychologie des individus est façonnée par le contexte national en toutes ses dimensions, y compris politique et économique. Mais cette psychologie emporte des conséquences sur toute l’organisation sociale.

Toute société durable et harmonieuse suppose le respect de la démarche constructale et de la précaution. Le principe sociologique de précaution nous commande de décider en matière de nations, avec beaucoup de prudence, après les avoir observées, attentivement et sans tabous ou dénis.

Ignorer les signaux des psychologies individuelles c’est non seulement dénier les droits de l’Homme, mais aussi fragiliser, pour longtemps parfois, voir définitivement, une construction nationale.

Les droits de l’homme collectifs (droits des peuples), qui sont les plus importants dans la hiérarchie, rendent illégitime toute tentative en vue de priver les nations de leur liberté politique ainsi que de faire peser sur leur identité un risque de dilution, de submersion, ou même de disparition.

Notes

1  Pierre-André TAGUIEFF, Vous avez dit « Communautarismes », Tribune, Le Figaro, 17, juillet, 2003

2  V. cependant un usage très antérieur : FISHMAN, J. (1968) Nationality-Nationalism and Nation-Nationism , in J. Fishman, C. Ferguson et J. Das Gupta (dir.), Language Problems of Developing Nations, New York, John Wiley & Sons

3  Alain FINKIELKRAUT, Qu'est-ce que la France ? (Stock, 2007) : une série d'entretiens avec des intellectuels français sur la France, l'identité française, la question de la nation et de post-national.
Alain FINKIELKRAUT, L'identité malheureuse, Stock, 2013.

4  Pierre MANENT, La Raison des nations. Gallimard, collection "l'esprit de la cité", 2006.

5  Marc CHEVIER, La république québécoise, Boréal, 2012.

6  Henri TEMPLE, Théorie générale de la nation -L’architecture du monde, L’Harmattan, mars 2014, 290 pages ; Sentiment national et droits de l’Homme, in Le sentiment et le droit, CNRS UMR 5815 Ed. Univ. Sherbrooke (Canada), oct. 2012 ; Sentiment national et droits d l’homme, Cahiers de psychologie politique (en ligne), n° 25, août 2014.

7  Richard VON COUDENHOVE-KALERGI (le père intellectuel de l’Europe), Pan Europa, Éditions Paneuropéennes, Paris, 1927 (2ème édition, 1988 - 3ème, 1997) ; à signaler que Kalergi, d’abord assez hostile, dans ses premier travaux de l’entre deux guerres à l’idée nationale et au sentiment national, modifia son opinion après la deuxième conflagration mondiale et se rapprocha du Général de Gaulle, devenant « nationiste » avant que le mot n’existe. Ses idées on été exploitées par Schumann et Monnet. Mais pas forcément comprises de ces derniers.

8  Julien BENDA, Discours à la nation européenne, 1933.

9  Marcel MAUSS, La Nation, (inachevé), 1920.

10  Edgar MORIN, Sociologie, p. 165, Fayard

11  John Stuart Mill, Système de logique déductive et inductive. Exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifique, 1853, 6ème édition traduction 1866par Louis Peisse. Une œuvre remarquable et trop méconnue

12  V. nos développements sur ces 6 éléments in TEMPLE, Théorie générale..., op. cit.p.42 à 108.

13  V. aussi Marcel MAUSS, La Nation, (inachevé), 1920, qui, influencé sans doute par le droit international public, ajoute la stabilité, le gouvernement central démocratique et la souveraineté.
Henri TEMPLE, Sentiment national et droits de l’homme, in Cahiers de psychologie politique, en ligne n° 25, août 2014

14  Ernest RENAN, Qu’est-ce qu’une nation ? Discours à la Sorbonne, 1882.

15  Rapport de l’ONU, in Review : Science , 3ème trimestre 2014.

16  Lara PIERCE: “The infant brain forms representations of language sounds, but we wanted to see whether the brain maintains these representations later in life even if the person is no longer exposed to the language,” in “Mapping the unconscious maintenance of a lost firstlanguage,” in Department of Psychology. the November 17th edition of scientific journal Proceedings of the Natural Academy of Sciences (PNAS). 2014 Université de Mc Gill - Canada

17  Ce passage est en partie repris de notre article, in Cahiers de psychologie politique n° 25 , août 2014.

18  Emile DURKHEIM, (De la division du travail social, 1893), fut un des pères, en France, de la sociologie. V. aussi Jean DUVIGNAUD, Anomie et mutation sociale, Balandin éd., 1970.

19  La personnalité est en partie héritée : Aurélie CHOPIN et Diane PURPER-OUAKIL, Forger sa personnalité : Entre gênes et environnement, in L’Essentiel, Cerveau & Psycho, nov.2013-janv.2014, p. 40-45 et les références aux travaux de N.AMIN (2013) et S. YAMAGATA (2006).

20  Les « big five » : L.GOLDBERG, The structure of phenotypic personality-traits, in American Psychologist, vol. 48, pp. 26-34,1993 ; cité in Martine BOUVARD, Les cinq dimensions de la personnalité, in L’Essentiel, Cerveau & Psycho, nov.2013-janv.2014, p. 8-13.

21  Pascal de SUTTER, Cultures et mentalités, in L’Essentiel, Cerveau & Psycho, nov. 2013-janv.2014, p. 46-51, qui suggère (avec énormément de précautions) que « la question [...de la difficulté du vivre ensemble...] des groupes culturels mériterait que l’on y consacre des études scientifiques sérieuses et objectives » (p.51). V. aussi une étude approfondie sur les signes vestimentaires d’un appartenance communautaire religieuse : Camila Areas, Le voile comme véhicule politique et utopique du corps : émancipation sociale et investissement territorial. Encyclo. Revue de l'école doctorale ED 382, 2013, pp. 145-156.
N. de l’A : Il ne serait que temps, en effet, que les tabous politiques soient levés par la science psychosociologique.

22  Références à Omar BA, Mohsin HAMID, Samia MIHOUD-DRAME cités in Henri TEMPLE, Théorie générale de la nation, op.cit., p. 154 et s.

23  Edgar MORIN, Le paradigme perdu, la nature humaine, Le Seuil, 1979.

24  Fernand BRAUDEL, L’identité de la France, Flammarion,, 1990

25  Emmanuel MOUNIER, Le personnalisme, PUF, 2001

26  E.MORIN, Sociologie, Fayard, p. 168

27  Julien BENDA : « Toute formation de nation comporte deux mouvements : le semblable s’unit au semblable, puis se sépare du dissemblable... », in Discours à la nation européenne, 1933.

28  Abram KARDINER, L'individu dans sa société : essai d'anthropologie psychanalytique, Gallimard, 1969 (Bibliothèque des Sciences Humaines).

29  Expression inventée par Erik ERIKSON, Enfance et société, 1950. L’auteur est un concentré de conflits de sentiments nationaux : juif danois, né en Allemagne, réfugié aux États-Unis. V. aussi Anne-Marie THIESSE, Faire les Français, Stock, 2010, p. 28 et s.

30  Boris CYRULNIK, Les nourritures affectives, Odile Jacob, 2000.

31  Erving GOFFMAN, Stigmate. Les usages sociaux des handicaps (1963).

32  Henri TAJFEL et John TURNER, Social psychology of intergroup relations, Pacific Grove CA/Brooks/ Cole, 1979, p. 33.

33  Selon l’expression de deux psychologues biologistes, John T.CACIOPPO, de l’Université de Chicago et de Gary BERNTSON, Université de l’Ohio, Social Psychological Contributions to the Decade of the Brain, Doctrine of Multilevel Analysis , in American Psychologist Review, August 1992, 47, 1019-1028 ; J.T. CACIOPPO & J. DECETY, Challenges and opportunities in social neuro-sciences, in Annals of New-York Academy of Sciences (2010). PERRY, HUBEL et WIESEL, eux, se sont partagés, en 1981, le Prix Nobel de médecine pour leurs « découvertes concernant la répartition fonctionnelle des hémisphères cérébraux ».

34  Henri TEMPLE, Théorie générale de la nation, op.cit.p. 73.

35  Friedrich LIST, Le système national d’économie politique, préface d’Emmanuel TODD, Gallimard, 1968

36  Henri TEMPLE, Théorie...op.cit. p. 182 et s.

37  Henri Temple, Sentiment national et droits de l’homme, Cahiers de psychologie politique, n° 25 Août 2014

38  Pus précisément dans son article 15 qui rappelle que tout homme a droit à une nationalité, et qui prohibe la situation d’apatridie, qui est non seulement une anomalie juridique, constitutionnelle et administrative, mais une souffrance affective.

39  V. ci-dessus, note 22

40  DUDH, Art.13 ; Charte des droits fondamentaux ; CEDH.

41  Le droit pour toute nation d’être reconnue en tant que telle fut exprimé, pour la première fois, dans la Déclaration d’indépendance et des droits américaine de 1776, et sera reformulé plus tard comme « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » (article 1er du Pacte des Nations Unies sur les droits civils et politiques). Le corollaire, intimement lié, est celui de la souveraineté (interne et externe) des Nations, solennellement proclamée par l’article 3 de l Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789 « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation ». La Convention africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP de 1981),elle,affirme que « tout peuple a un droit imprescriptible et inaliénable à l’autodétermination… » (art.20.1), que les « peuples colonisés et opprimés ont le droit de se libérer » (20.2) et même « droit à l’assistance des états parties dans leur lutte de libération… ».

42  En Afrique, la CADHP (art.22) souligne aussi ce droit « au développement économique, social et culturel [des peuples] dans le strict respect de leur liberté et de leur identité… ».

43  Claude LEVI-STRAUSS, extrait de Races et histoire, 1952 ; et Races et culture, 1971, édition UNESCO. V. aussi Claude LEVI-STRAUSS, membre de l’Académie française, Discours à la cérémonie du 60ème anniversaire de l’adoption de l’acte constitutif de l’UNESCO, 16 novembre 2005.

44  C’est ainsi qu’en France, le code pénal sanctionne :
- désertion, trahison, espionnage (art. 411-1 du code pénal)
- outrage aux représentants de la nation, qu’il s’agisse de la Nation autochtone (article 433-5) ou d’une nation étrangère (loi de 1881, art. 37, outrage à diplomates étrangers).
- outrage au drapeau (art. 433-5-1) et à l’hymne national (code pénal, art. 433-5-1).
- discriminations (art. 225-1, 4 ; 225-19 ; 225-18) ;
- haine raciale ou religieuse (art. 225-15-1) ;
- génocide (art. 211-1, 212-1, 213-1), et négation de génocide ;
- diffamation raciale et nationale (loi de 1881, art. 24, 32, 33, 48).

45  Grand Larousse du XIXe siècle : V° Nationalité.

46  R.CARRÉ DE MALBERG, La loi comme expression de la volonté générale, Sirey, 1939 ; v.aussi, G.BACOT, Carré de Malberg et l’origine de la distinction entre souveraineté du peuple et souveraineté nationale, CNRS,1985 ; H.TEMPLE, op.cit., Théorie générale...,op.cit., p. 239 et s.

Pour citer ce document

Henri Temple, «Théorème du nationisme», Les cahiers psychologie politique [En ligne], numéro 27, Juillet 2015. URL : http://lodel.irevues.inist.fr/cahierspsychologiepolitique/index.php?id=2979

Quelques mots à propos de :  Henri Temple

Universitaire, avocat, expert international, philosophe politiste

Stabat Mater de  Théophile de Wallensbourg

Stabat Mater de  Théophile de Wallensbourg

 

Deux magnifiques musiciens chrétiens en concert à Paris le 18 juin 2015 présenteront à 20 h en l’église allemande, 25 rue Blanche, 75009, (métro Trinité ou Blanche) le magnifique Stabat Mater de Théophile de Wallensbourg au cours d’un concert-lecture d’œuvres baroques françaises et allemandes dont des poèmes de Nicolas Gdalia, interprétés par Alexis Vassiliev contre-ténor, Nima Ben David, viole de Gambe, et Théophile Choquet, comédien. Entré libre et libre participation aux frais.

 

Alexis Vassiliev est un contre-ténor colorature et une exception vocale : sa voix est très proche du timbre mezzo du castrat et désormais chante le répertoire de contralto. Son souffle puissant, parfaitement conduit, lui permet tout : virtuosité, intensité, étendue et s’épanouit tout particulièrement dans le répertoire baroque. Ce soir là il interprètera le Stabat Mater de Théophile de Wallensbourg, pianiste, pédagogue et compositeur, un art auquel il se consacre maintenant. Ancien élève du Conservatoire de Bordeaux puis du CNSM de Paris, il a également travaillé la composition par Krzysztof Meyer, compositeur polonais, ami et biographe de Dimitri Chostakovitch. Son langage esthétique est très spécifique, alliant atonalisme et modalité, donnant un style très intemporel. Mise à part son Stabat Mater qui sera interprété ce soir-là, on peut signaler entre autres compositions Et Verbum Caro Factum est, (Prologue de Saint-Jean) pour chœur mixte et orchestre, des Arabesques persannes, une Symphonia Finis Gloriae Mundi pour orgue seul composée en hommage aux victimes d’Hirochima et de Nagasaky, un De Profondis pour piano seul dédié en hommage à Dimitri  Chostakovitch, entres autres œuvres disponibles su Youtube.  

             Alexis Vassiliev est un enfant de la balle, son père ayant été directeur d’une école de musique  dans le nord de la Russie où il accompagnait souvent sa mère qui avait elle aussi une belle voix. Tout naturellement ses parents le mirent très jeune devant un piano où il connut très tôt le succès grâce à un travail intensif, mais il fut rapidement fasciné par l’Opéra. C’est donc en tant que chanteur il entra à l’Académie Gnessine de Moscou où il fit toutes ses études supérieures de musique et travailla la technique des contre-ténor en se tournant vers le répertoire baroque. De France où il s’est Installé, il a participé à de nombreux concours internationaux et rayonné dans le monde.

A W a enregistré des mélodies de Tchaïkovsky accom^pagné au piano


Le glas des églises de France pour les victimes du génocide arménien

La phrase du jour vient du Pape

“Aujourd’hui, l’Eglise est une Eglise de martyrs“

au cours de la messe du jour.

A Lyon, vendredi 24 avril à 19h15, le glas pour les martyrs du génocide arménien

CardBarbarin         @CardBarbarin Suivre

Vddi 24 avril : 100e anniversaire du génocide arménien. Les paroisses de Lyon sont invitées à sonner le glas à 19h15 (en mémoire de 1915).

11:44 - 21 Avr 2015

Allez, en faisant circuler ce post, le glas sonnera-t-il dans toute la France? Bravo !
Excellente initiative !

Et dans les autres villes et villages, les prêtres sonneront-ils le glas en mémoire du martyre de tous nos frères et sœurs arméniens, ou resteront-ils indifférents à leur génocide, comme si rien ne s’était passé en Arménie en 1915 ?

Ce serait bien de le faire aussi pour toutes les victimes chrétiennes actuelles en Orient. quand les évêques français vont-ils sortir de leur torpeur?Elles devraient sonner chaque jour jusqu'à ce qu'on arrête de massacrer des chrétiens.

 

Le glas des églises de France pour les victimes du génocide arménien (5)

Le glas sonnera dans les paroisse du diocèse de Saint-Etienne :

" Une messe sera célébrée à la cathédrale Saint-Charles jeudi 23 avril à 18h45, présidée par Mgr Dominique Lebrun, en présence des arméniens apostoliques et catholiques, et avec leur curés respectifs : le père Sahak et le Père Adamian.

 Une messe sera célébrée à la paroisse arménienne apostolique, 7 rue Bernard Palissy à Saint-Etienne, vendredi 24 avril à 10h30, à laquelle l’évêque sera présent.

 Une cérémonie officielle au monument commémoratif, place d’Arménie le 24 avril à 12h30. Notre évêque y sera également. Il demande à chaque paroisse de bien vouloir faire sonner les cloches des églises le 24 avril à 19h15, et d’inviter tous ceux qui le souhaitent aux différentes célébrations et cérémonies qui ont lieu à cette occasion".

Le glas des églises de France pour les victimes du génocide arménien (4)

Les églises de Chaville sonneront le glas : 

"Jeudi 23 avril à 18h45 MESSE DE REQUIEM ET RECUEILLEMENT EN L’ÉGLISE ARMÉNIENNE

18H45 :messe de requiem en l’église arménienne Saint Grégoire l’Illuminateur. 19H15 : retentissement du glas (100 coups). Les églises Notre-Dame de Lourdes et Sainte Bernadette feront sonner leurs cloches à l’unisson, en signe de solidarité. 
Église arménienne (6, rue du Père Komitas)"
 

Chrétiennes arméniennes crucifiées pendant le génocide

Le glas des églises de France pour les victimes du génocide arménien (3)

Les églises de Bayonne sonneront le glasvendredi 24 à 19h15 : 

"VENDREDI 24 AVRIL 2015, DATE ANNIVERSAIRE DU DÉBUT DU GÉNOCIDE

15 h - En l’église Sainte Eugénie de Biarritz : ​Messe de requiem à la mémoire des martyrs du génocide. ​(Sonnerie du glas dans les ​églises à 19 heures15)"

Comme dans toutes les paroisses du diocèse comme l'a demandé l'évêque de Bayonne, Lescar Oloron, monseigneur Marc Aillet :

"Le 24 avril 2015 marque le 100ème anniversaire du début du génocide arménien mis en oeuvre par l'Empire ottoman et qui fut le premier, mais non le dernier génocide du XXème siècle (les historiens s'accordent sur le nombre de un million et demi de morts)... Le message du Pape François publié le 12 avril dernier à l'occasion du Centenaire du génocide arménien invite à faire mémoire de ces tragiques événements. Dans notre diocèse, une Messe à la mémoire des victimes de ce génocide sera célébrée vendredi 24 avril à 15h  à Biarritz (église Sainte-Eugénie); une gerbe sera ensuite déposée à 17h au Monument aux morts (Rocher de la Vierge) en présence du maire de Biarritz, de Mgr Aillet, de diverses personnalités et des représentants de l'association "Agur Arménie".

En hommage à toutes les victimes de cette tragédie, Monseigneur Marc Aillet prie les curés de paroisses de bien vouloir faire sonner le glas, vendredi 24 avril à 19h15, dans l'église principale ou l'une des églises de leur paroisse (19h15 correspond symboliquement à l'année 1915). 

Nous serons d'autant plus sensibles à ces commémorations que les chrétiens d'Orient sont, dans de nombreux pays (Irak, Syrie etc.), de nouveau victimes, aujourd'hui, de terribles persécutions de la part de fondamentalistes qui rêvent d'éradiquer toute présence chrétienne, encouragés par le "silence complice" (Pape François le 3 avril 2015, à l'issue du chemin de croix du Vendredi Saint) qui est trop souvent le nôtre".

Le glas des églises de France pour les victimes du génocide arménien (2)

Après l'archidiocèse de Lyon qui sonnera le glas le vendredi 24, c'est au tour du pays d'Aix-en-Provence

"À l’occasion de la commémoration du centenaire du génocide arménien, à la demande de l’association arménienne du Pays d’Aix et en accord avec Madame le Maire Maryse Joissains-Massini, les églises du pays d’Aix feront sonner le glas le jeudi 23 avril à 16h15".



Conférence du Cercle: Qu’est-ce que la beauté ?

Par Boris Lejeune (sculpteur, essayiste, poète) et Bernard Dumont (directeur de la revue Catholica), autour de la publication d’un inédit du philosophe Jean Brun
Avec la participation de S.A.R. le Prince Site de Bourbon-Parme


Bref aperçu de la conférence:

On peut légitimement s'interroger sur l'homme d'aujourd'hui. Quel est-il ? Comment se voit-il ?

Nicolas Berdiaev l'avait déjà relevé dans les années trente dans son livre Le Destin de l'homme dans k monde contemporain: « L'homme a cessé d'être une valeur spirituelle, on lui a substitué d'autres valeurs, qui ne sont pas supérieures à l'homme, mais inférieures, ou on lui substituera un tout autre être, fruit d'un dressage étatique de classe ou de race. Dans ce même livre, Berdiaev écrit : « Nous vivons dans un monde de folie, nous n'avons pas remarqué que l'homme était devenu fou... La déchristianisation a entraîné la déshumanisation, et la déshumanisation la folie, car elle a abîmé l'image même de l'homme. » Il s'agit de produire un objet humanoïde en ôtant à la matrice humaine ce qui en fait l'essentiel, ce qui témoigne fondamentalement de son être, à savoir l'image de l'infini dans son âme.

Comme le dit Jean Brun : « Nous touchons ici au stade dernier de ces vertiges de la production, quand le champ de la production en arrive à se dévorer lui-même. Après avoir annoncé la "mort de Dieu", quelques-uns annoncent maintenant "la mort de l'homme". » Reprenant et développant une affirmation de Lévi-Strauss, selon laquelle « le but dernier des sciences humaines n'est pas de constituer l'homme mais de le dissoudre », Michel Foucault annonce la dernière bonne nouvelle : « Réconfort [...] et apaisement de penser que l'homme n'est qu'une invention récente, une figure qui n'a pas deux siècles, un simple pli dans notre savoir, et qu'il disparaîtra dès que celui-ci aura trouvé une forme nouvelle. » L'homme lui-même est donc appelé à être

consommé et à s'effacer « comme à la limite de la mer un visage de sable34. »

Toutes ces personnalités éclairées semblables à celles dont il vient d'être question, Jean Brun les rassemble dans un « Club des incomparables». Le Club des incomparables rassemble des écrivains, des artistes, des philosophes engagés à « corriger l'histoire ». Car pour ces gens, l'histoire n'a qu'un sens : par le progrès de la technique réaliser l'autodéification de l'homme toutes les manifestations spirituelles de l'humanité, en particulier l'art, doivent suivre ce progrès. Ce club rassemble des gens qui éprouvent les uns pour les autres une grande sympathie. Il tient en son pouvoir toutes les grandes maisons d'édition et le système des médias.

Cette nomenclature qui exerce son pouvoir par tout un réseau complexe d'institutions publiques et semi-publiques (fondations, ministères, universités, associations subventionnées, galeries d'art, innombrables centres scientifiques et musicaux, sociétés d'histoire, théâtres, musées) est une sorte de gendarme technocratique, qui veille fidèlement sur le dogme officiel prédominant-né, il y a plusieurs siècles, de la révolution des Lumières.

Thus ces changements que les Temps modernes ont apportés au regard que l'homme jette sur lui-même et sur le monde qui l'entoure et qui est devenu en fait l'expression de ses fantasmes, modifient l'essence même de l'art, qui était restée inchangée depuis la nuit des temps. On comprend dès lors que soit souvent posée la question de la frontière entre l'art et le non-art, et qu'il soit devenu légitime de parler « d'art » à propos de cette forme jusque-là tout à fait inconnue d'activité « artistique », qui a désormais reçu le nom « d'art contemporain ».

Prenons le visiteur d'un musée de province où, dans un espace relativement réduit, sont présentées — même si c'est, comme souvent, par quelques pièces seulement — les

grandes périodes que l'art a traversées. Il commencera sa visite par la salle consacrée à la préhistoire, puis il passera aux « primitives », représentants des « arts premiers »,


comme les ont appelés ces « âmes nobles » du « Club des incomparables ». Quittant ces salles à demi souterraines, il passera à la section antique. Il verra se dresser sous ses yeux des fragments de statues en marbre, des figures drapées ou nues, de déesses ou de dieux, Il traversera la salle consacrée à Rome, avec son art sévère, ses bustes d'empereurs, les majestueux césars. Il arrivera au Moyen Âge, qui a pris la relève de la Ville éternelle tombée sous son prppre poids, et il sera saisi d'admiration par l'auréole spirituelle qui accompagne ces oeuvres. Il pénétrera dans des salles au nom très pompeux : « Renaissance ». L'homme y est montré avec son poids et son volume, car il est devenu le centre et l'organisateur de l'univers. Notre visiteur parcourt ensuite l'enfilade des salles où s'offre à ses yeux toute la variété des styles qui se succèdent pendant les Temps modernes. Les oeuvres de facture froide et officielle, annonciatrices des tendances idéologiques et des propagandes à venir, alternent avec des chefs-d'oeuvre authentiques.

Soudain, alors qu'il est arrivé au xxe siècle, notre visiteur s'arrête, perplexe. Sur les murs sont accrochées des toiles enduites de pigment noir, d'autres couvertes d'arabesques, de taches de couleur... Sur les socles, au lieu des statues habituelles d'hommes, de femmes, d'animaux, sont déposées des formes en métal, en pierre. Plus loin, ce sont des amas informes de toutes sortes de choses. Les pièces exposées sont des objets de la vie quotidienne tels que des

urinoirs, des ampoules électriques, des boîtes de conserve.

Notre visiteur éprouve de la gêne, des pensées lui viennent fiévreusement à l'esprit : « Qu'est-ce que c'est que tout ça ? Je suis dans un musée. En face de moi, il y a un gardien. Les objets exposés sont inventoriés, donc ils ont une valeur nationale... Mais est-ce de l'art ? » Il s'en va sans avoir trouvé de réponse et retourne à sa vie de tous les jours.

Bien que l'art ait accompagné et éclairé l'homme pendant toute son histoire, il est extrêmement difficile d'en donner une définition incontestable. Il suffit de consulter les dictionnaires et encyclopédies pour s'en convaincre. Qu'est-ce qui a été reconnu comme art pendant vingt-cinq ans de pensée européenne ?

Voyons comment de grands penseurs du passé se sont représenté cette activité si propre à la nature humaine. Poursuivons notre exploration de l'Histoire. Inspirons nous de Jean Brun, pour qui l'érudition philosophique n'est pas un poids mais, au contraire, un précieux instrument d'analyse. Le philosophe a comparé entre eux tous les événements qui ont eu lieu dans la vie spirituelle de l'humanité et les a considérés dans leur relation véritablement dialectique et historique.

Chez Platon, comme dans tout le monde de l'Antiquité, jusqu'à la Renaissance, les mots « artiste» et « art » n'étaient pas mis à part dans une sphère particulière réservée aux beaux-arts. L'artiste était appelé « démiurge », d'un mot qui signifie « artisan », et par « art » on entendait une activité

soumise à des règles strictes, une « tekhné ». Faisaient partie de cette activité les métiers artisanaux, l'architecture, la poésie, la musique et la médecine. Selon la théorie de Platon, seule l'idée de beauté existe absolument ; elle existe pour soi-même et en soi-même. Toute autre beauté ne fait

que participer à sa vie. Pour Platon, la création artistique est indissolublement liée aux idées de Bien, de Vérité et d'Être ; la Beauté est leur compagne. Platon élabore une hiérarchie de la beauté. En utilisant les couleurs ou les mots, l'artiste ou le poète ne produisent que la copie d'une copie. Pour le philosophe, en effet, le monde qui est donné à nos sens, le monde visible, n'est que l'ombre du monde véritable des Idées. De sorte que l'artiste n'est « qu'un sophiste parfaitement étonnant », comme il dit dans le Sophiste. Pour lui, l'art n'est pas autre chose que la création d'une triple illusion. En tant qu'image, l'oeuvre est placée entre l'Être et le Non-Être et sert de pont entre les deux.

 la différence de son maître Platon, qui avait une attitude ambiguë face aux images du monde sensible, Aristote fonde son esthétique sur le principe d'imitation, de mimesis. Platon ne plaçait pas la mimesis très haut puisque, pour lui, l'artiste, qui n'imite que l'apparence, est loin de la vérité. Aristote, en revanche, estime que, de manière générale, l'imitation est propre à l'homme et lui apporte de la satisfaction. Cette philosophie est la philosophie d'un désir cosmique qui se répand de bas en haut. Si l'on part du principe philosophique fondamental qu'est la voie

du particulier au général, ou universel, la fonction de l'art est « d'élever », « d'améliorer » le modèle. C'est ainsi que se réalise une idée chère aux Grecs, à savoir que l'homme peut devenir semblable à Dieu. L'homme est un « dieu mortel », et la plus grande source de bonheur est pour lui une activité qui l'amène à imiter Dieu. Pour Aristote, nous ne devons pas renoncer aux choses éternelles, « mais, dans la mesure du possible, nous devons devenir des non-mourants.

Sans doute le philosophe le plus important de l'Antiquité tardive est-il Plotin. Chez lui, nous trouvons une conception radicalement autre du monde, qui émane de Dieu, comme des rayons de lumière d'un point unique. Reprenant les idées de Platon, il fonde une nouvelle esthétique, où l'art devient le moyen de s'élever vers l'Un, vers le Premier Principe. L'Un est le centre unique du

cosmos. Cette unité première est en même temps le Bien, c'est-à-dire la perfection et la plénitude absolue. L'Un n'est pas l'être, il en est le créateur. L'Un est la perfection totale, il ne manque de rien et n'éprouve aucun besoin. Il a créé le monde en s'épanchant à travers soi, empli de

soi-même. La création est un processus ininterrompu ; c'est un mouvement vers le bas, appelé émanation. Mais il y a aussi un mouvement en sens inverse, auquel l'art participe. C'est le mouvement de retour vers le Divin par la méditation de l'Intelligence et de l'Âme,

mouvement tout à la fois de contemplation et de création de la beauté. Pour Plotin, l'acte de voir est lumière, ou plutôt c'est la possibilité, pour un objet que l'on choisit de voir, d'être éclairé par la lumière de l'âme. Voir; c'est dissiper l'obscurité du monde matériel inférieur. Les idées de Plotin ont exercé une grande influence sur les arts des générations suivantes. Surtout, les idées de Plotin ont trouvé leur expression au cours de l'Antiquité tardive, dans l'art roman et gothique du Moyen Âge, et en particulier dans l'art byzantin. L'aspiration à la clarté, à la façon dont l'image se perçoit et naît dans et par l'âme, explique la frontalité des figures représentées, le refus des constructions complexes en spirale. L'idée de la nature « non terrestre » de la lumière s'exprime dans les fonds lumineux ou dorés des mosaïques et des icônes, où les personnages sont pour ainsi dire poussés, ou remontent, au premier plan sous l'effet de cette lumière.

À la frontière entre l'Antiquité tardive et le premier Moyen Âge, Denys l'Aréopagite fonde ce que l'on appelle la théologie « apophatique » ou « négative », exposée dans le Corpus Areopagiticum. Le système hiérarchique de Denys est une structure spirituelle composée d'éléments terrestres et célestes qui perçoivent la lumière divine, les éclats de l'énergie lumineuse qui rend possible la transfiguration et l'ascension vers la Beauté. Les membres de


la hiérarchie deviennent alors autant de « miroirs » reflétant et reproduisant la Beauté, qui est rayonnement de la connaissance absolue.

Dieu, pour le théologien, est l'unique beauté en même temps que la cause de la beauté de toute chose. Dans l'esprit de cette conception si élevée de la beauté, l'art doit suivre cette dernière en imitant la réalité idéale perçue dans les choses. Pour pénétrer jusqu'à la Beauté divine, jusqu'au « Beau suressentiel », rien de ce qui est trop sensible ne doit distraire le regard, il faut chercher l'harmonie des proportions en même temps qu'une « Lumière unique et unifiante ». Les idées de l'Aréopagite ont trouvé une expression très nette dans l'architecture, avec la construction en Orient de basiliques dotées d'une coupole centrale sur la surface intérieure de laquelle étaient représentées la hiérarchie céleste et la hiérarchie terrestre.

Dans ses réflexions sur la beauté, saint Thomas ne se décide pas à se prononcer nettement en faveur de sa transcendalité. Ce terme de transcendance désigne un aspect, une propriété de l'être, l'idée de celui-ci qui, partout, lui est indissolublement liée. Tout transcendantal est une image

personnelle, un visage de l'être. Pour saint Thomas, la sensation est une sorte de compréhension. De même que la connaissance procède par voie d'assimilation, de sympathie entre le sujet et l'objet de la connaissance, la beauté relève de « la cause formelle ». Saint Thomas le reconnaît : « Comme on peut le conclure de paroles de Denys, "à la notion de beau ou de plaisant concourent l'éclat et la bonne proportion" ; il dit en effet que Dieu est beau comme cause de l'harmonie et de l'éclat de l'univers. » Si chez Denys la luminosité ou l'éclat symbolisent l'émanation de l'essence divine, chez l'Aquinate la claritas, l'éclat, la luminosité, sont des attributs de l'intellect. « Nous l'avons vu, la beauté consiste dans un certain éclat et une harmonie de proportions. Or ces deux facteurs ont leurs racines dans la raison ». Si saint Thomas ne se résout pas à considérer la beauté comme un transcendantal, c'est, semble-t-il, en grande partie parce qu'il souhaite accorder davantage de place à celui qui perçoit cette beauté avec plaisir, avec une jouissance esthétique. En effet, sans le sujet qui perçoit il ne peut y avoir acte de perception en tant que tel. La conception de la beauté chez saint Thomas est incomparablement plus rationnelle

que chez ses devanciers. C'est l'éclat de la lumière de la raison qui éclaire la beauté. C'est ce qui a permis à Jacques Maritain d'affirmer que « le lieu naturel de la beauté est le monde intelligible, c'est de là qu'elle descend».

Mais dès avant saint Thomas, et surtout dans les générations qui suivent, l'homme commence à se voir comme source principale et voix de la vérité. L'image réaliste de l'homme, issue de sa nature physique, évince la symbolique de l'art roman et gothique. Au coeur même de son existence, de son être-au-monde, l'homme commence à reconsidérer sa place et le rapport entre le réel et le surréel, l'humain et le surhumain.

Rupture

Environ un siècle avant saint Thomas, un autre clerc,

l'évêque Hildebert de Lavardin, avait prophétisé, dans son

Voyage à Rome, quel serait le sentiment ésthétique de l'Italie

à l'époque de la Renaissance :

g Ici les dieux eux-mêmes admirent les formes des dieux

Et désirent s'égaler à leur apparence fictive

La nature fut impuissante à leur prêter l'aspect

Que l'homme sut donner à leurs statues sublimes

Un visage reste à ces dieux, et la vénération qui les entoure


Va bien plutôt

Au génie des artistes qu'à leur divinité même. »

Il y a une grande proximité entre ce poème et les lignes qu'écrira bien plus tard, en 1435, Léon Battista Alberti, un des plus éminents représentants de cette période appelée « Renaissance », qui dit des artistes renommés : « Lorsqu'ils voient leurs oeuvres admirées, ils comprennent qu'ils sont

presque égaux à un dieu. » Le nom de « Renaissance » a d'abord été donné en application d'une conception de l'histoire comme processus téléologique, comme flux positif et comme esprit s'affirmant soi-même. En outre, comme le note à juste titre Jean Brun, « La France laïque et rationaliste a injustement méprisé le Moyen Age, à tel point que la formule "la nuit du Moyen Âge" est devenue un cliché admis par tous.

Grâce aux efforts de nombreux représentants de cette époque, on voit petit à petit l'homme occuper une place centrale dans l'univers. Dans son ouvrage De la dignité de l'homme, Pic de la Mirandole écrit que Dieu, ayant placé l'homme au centre du monde, lui dit : « Pour les autres créatures, leur nature définie est tenue en bride par des lois que nous avons prescrites : toi, aucune restriction ne te bride, c'est ton propre jugement, auquel je t'ai confié, qui te permettra de définir ta nature. Si je t'ai mis dans le monde en position intermédiaire, c'est pour que de là tu examines plus à ton aise tout ce qui se trouve dans le monde alentour. Si nous ne t'avons fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, c'est afin que, doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de te modeler et de te façonner toi-même, tu te donnes la forme qui aurait eu ta préférence. » Publié pour la première fois en 1496, et donc après la mort du philosophe italien, ce discours exprime de la façon la plus claire ce que fut l'orientation de la pensée à la Renaissance, en même temps qu'il donnait aux générations à venir un repère philosophique général et un fil conducteur.

L'intronisation de la philosophie de René Descartes et le phénomène que furent ensuite les Lumières suscitèrent sans doute l'ébranlement le plus puissant qu'ait jamais connu l'Histoire. Le fruit du doute cartésien, le postulat « Je pense, donc je suis », sont désormais au fondement de tout l'édifice de la philosophie moderne. Une nouvelle ère s'ouvre avec cette primauté de la conscience et du sujet sur l'existence. Au cours de cette période — contrairement à ce qui se pissait auparavant, où la raison se soumettait au réel —, on voit l'homme se faire la mesure de toutes choses, devenir son propre dieu, l'idole de soi-même. La conception que Descartes se fait de la beauté n'est pas sans lien avec son attitude vis-à-vis des perceptions sensorielles (dont, pour lui, le caractère corporel est infondé et qui n'ont rien d'apodictique). Pour lui, la beauté est tout aussi douteuse et arbitrairement subjective. Dans sa lettre du 18 mars 1630 à Mersenne, il écrit : « Mais généralement, ni le beau ni l'agréable ne signifient rien qu'un rapport de notre jugement à l'objet ; et parce que les jugements des hommes sont si différents, on ne peut dire que le beau ni

l'agréable aient aucune mesure déterminée [...] Mais ce qui plaira à plus de gens pourra être nommé simplement le plus beau. » La préférence que le cartésianisme apporte clairement au conceptuel et au géométrique sur le vécu émotionnel et sensible amène à conclure que la nature de la beauté n'a pas de fondement ontologique et que celle-ci est réductible a une évaluation purement personnelle ou au jugement de la majorité.


Après la révolution des Lumières, la conscience humaine se hausse pour la première fois au rang de divinité suprême. Marx déclare orgueilleusement, surenchérissant sur les idées de Feuerbach : « La conscience humaine est la divinité suprême. »

Descartes inaugure une ère nouvelle, caractérisée par le rôle dominant qu'y joue une des formes de la connaissance humaine : le concept. Le mot « concept » vient du verbe latin concipere, qui signifie « concevoir ». Un concept, c'est ce qui a été conçu, engendré. L'une des caractéristiques essentielles du concept, c'est qu'il place entre parenthèses le sujet, lequel souffre alors d'un déficit d'existence ; il asphyxie même le sujet en ce sens que l'existence n'est inhérente qu'au particulier, pas au général. Un pommier n'a pas deux feuilles qui soient identiques, et chacune tremble au vent de façon différente. Dans un jardin conceptuel, il n'y a pas de vent et les feuilles du pommier sont toutes semblables. Tout s'est figé dans le vide de l'opération mentale que l'on vient d'effectuer. « L'abstrait arrache l'individu à son existence en la plongeant dans le continent des concepts. »

À mesure que, dans le temps de l'Histoire, les années passaient, on constatait chez l'homme une tendance de plus en plus évidente à s'isoler et à s'entourer de murs translucides, comme s'il voulait retourner dans la célèbre caverne de Platon, se mettre à l'écart, se séparer du flot d'émanations suprasensibles dans lequel il était précédemment enfoncé jusqu'au cou et dont les courants le transperçaient. Les flammes froides des concepts jettent, sur les murs de sa cellule, des reflets qui se mêlent en des motifs très complexes que l'homme prend volontiers pour la réalité.

Sous l'influence des idées des Lumières, l'art s'éloigne de plus en plus de la religion, et chacun des genres de la création artistique cherche à affirmer sa singularité. Le concept de « génie » joue un rôle croissant ; il désigne le super-sujet qui ne reconnaît pas la contrainte et qui est le créateur de ses règles et de ses lois. Dans son Encyclopédie, Diderot consacre un article au mot « génie ».

David Hume va encore plus loin : pour lui, la beauté n'existe que dans l'esprit de celui qui l'observe, et chaque esprit perçoit une beauté différente car celle-ci n'est pas une propriété inhérente aux choses. Tel individu peut voir de l'informe là où un autre percevra de la beauté.

Avec Kant, une nouvelle discipline scientifique se développe, qui a pour objectif d'étudier la beauté, l'art et la perception sensible. Elle se nomme esthétique (du grec aisthésis « sensation »). Dans sa Critique de la faculté de juger (1790), entièrement consacrée à ces problèmes, Kant reprend, en les systématisant, les thèmes abordés par ses prédécesseurs. Kant repousse au-delà de l'horizon et des limites pensées par la raison ce qui est suprasensible, en d'autres termes, le divin. Ce divin devient fantomatique, quelque chose de fictif ou tout simplement de non existant. Le beau dans l'art dépasse le beau de la nature, qui ne peut se manifester qu'à travers l'art : « La nature était belle lorsqu'en même temps elle avait l'apparence de l'art ; et l'art ne peut être appelé beau que si nous sommes conscients qu'il s'agit d'art et que celui-ci prend cependant pour nous l'apparence de la nature ». À la différence de ce que l'on avait toujours pensé, et peut-être pour la première fois, la nature devient un instrument ou un moyen pour créer des oeuvres et non plus un modèle à imiter.

Regel introduit dans l'histoire de l'art trois catégories qui se suivent dans l'ordre chronologique et correspondent dans une certaine mesure aux périodes généralement admises en histoire de l'art. La première période, qu'il appelle « symbolique », correspond à l'art archaïque (Inde, Égypte ancienne, islam). La deuxième, qu'il nomme « classique », connaît son apogée à l'époque classique de l'art grec, en particulier dans la sculpture. Le philosophe berlinois y voit « l'été » de l'histoire de l'art. La dernière période, « romantique », correspond à la civilisation chrétienne et comprend

le Moyen Âge et les Temps modernes. Le dernier âge, la période « romantique » — qui, il faut l'admettre, n'a pas pris fin avec la mort du philosophe qui lui avait donné ce nom —, se poursuit encore de nos jours, sans être passée à un niveau de qualité plus élevé comme l'exigeaient les lois de la dialectique hégélienne. En deux siècles, les traits propres à cette catégorie d'art se sont plutôt accentués, confirmant ainsi le bien-fondé de l'analyse extrêmement précise que le philosophe avait faite du phénomène.

Au départ, l'art romantique puise ses thèmes dans les Saintes Écritures et contribue, avec ses propres moyens, à la vie religieuse de la société. Cependant, pour Hegel, le subjectivisme se substitue à l'effervescence spirituelle et au raffinement liturgique grâce aux réalisations artistiques très remarquables de la Renaissance. Selon lui, à mesure que la période « romantique » s'approche de sa fin et qu'elle entre dans les Temps modernes, le trait distinctif de l'art réside dans le fait que la subjectivité de l'artiste prend le pas sur les impératifs de la réalité extérieure et sur son matériau.

L'artiste choisit arbitrairement aussi bien le contenu que le mode d'exécution de son oeuvre. C'était sans doute la première fois qu'un philosophe abordait avec une telle vigueur la question de la situation de l'art dans la société de son temps. La critique à laquelle il soumet la troisième, et dernière, catégorie est si évidente, si convaincante qu'elle n'a rien perdu de sa pertinence en ce début de xxie siècle. Hegel a désigné prophétiquement le mécanisme du nouveau système social qui allait entraîner pour l'art, qui avait accompagné l'humanité depuis le début de son histoire, la perte graduelle de son milieu vital. Et le philosophe n'excluait pas que l'art puisse mourir définitivement. L'artiste de l'époque classique trouvait pour son activité créatrice un contenu tout prêt. Ce contenu était proposé à son imagination ; il était délimité par les dogmes dé la croyance commune, par les chants populaires et les traditions. Phidias emprunte son Zeus à Homère, et des artistes chrétiens comme Raphaël ou Dante partent, dans leur création, de ce qui était déjà donné par la foi et par l'idée religieuse. Avec les Temps modernes, l'art sort de ses limites au moment même où l'homme rentre en soi. « L'art, dès lors, cesse d'être attaché à un cercle déterminé de contenus et de formes, et il se consacre à un nouveau culte, celui de l'humanité. Tout ce que le coeur de l'homme renferme dans son immensité, ses joies et ses souffrances, ses intérêts, ses actions et ses destinées devient son domaine. Ici l'artiste possède véritablement son sujet en lui-même. C'est l'esprit de l'homme inspiré par lui-même63. »

Si, au début du xixe siècle, Hegel s'était permis — certes avec prudence, et non sans circonspection — d'évoquer une éventuelle mort de l'art, à la fin de ce même siècle Nietzsche allait écrire dans Humain trop humain, non sans regretter avec une nostalgie évidente les temps anciens : « De même que dans la vieillesse on se souvient du jeune âge et qu'on célèbre les fêtes du souvenir, de même l'humanité se laisse aller à considérer l'art comme un souvenir ému des joies de la jeunesse. Peut-être que jamais auparavant l'art n'a été compris avec tant de profondeur et d'âme qu'au temps actuel, où la magie de la mort semble jouer autour de lui. » Pour Nietzsche, l'art est, en essence, une boisson enivrante, c'est une décoction stupéfiante que l'instinct offre à son invitée tardive, la vie, pour réchauffer un sang qui s'était refroidi sous l'effet de la fraîcheur nostalgique

du soir. Il le dit : « Ce qu'il y a de meilleur en nous vient peut-être de ce sentiment d'époques antérieures, que nous pouvons maintenant à peine atteindre directement ; le soleil s'est déjà couché, mais il éclaire et enflamme encore le ciel de notre vie, quoique déjà nous ne le


voyions plus. » Nietzsche considère que l'art est de nature rituelle et narcotique. Â notre époque, cette conception de l'art est sans doute surtout celle des fantasmagories publicitaires conçues pour exciter les masses de consommateurs.

Au xxe siècle, et surtout depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, toute référence au Divin, au Transcendant — qui nous amène à cette limite du monde où « la langue devient muette », mais où s'ouvre la « vision intérieure » — est exclue de la théorie et de la pratique de l’art.

 

Après avoir brièvement passé en revue les conceptions du sens et du rôle de l'art au cours des siècles, et avant d'aborder le moment actuel, c'est-à-dire le début du xxie siècle, on est malgré soi amené à se dire que, depuis que la mort de Dieu a été proclamée et que, à cette occasion, tout le continuum religieux a été rejeté à la périphérie de la société dans une sphère qualifiée de « personnelle » ou « individuelle », ce qui s'est en même temps défait, c'est la possibilité de disposer de critères solides et reconnus pour pouvoir fixer les frontières de l'art.

Après Nietzsche, il est admis que l'on ne peut plus, dans la pratique, faire de l'esthétique une science disposant de critères bien précis pour distinguer ce qui appartient au domaine de l'art de ce qui relève du non-art, avec, pour axe central, une définition positive de la beauté. Non sans qu'il y ait un lien avec l'absence de ce « grand style » en art auquel Nietzsche rêvait, nous constatons un refus de l'esthétique chez Heidegger, par exemple, qui y voit un « rejeton de la métaphysique ». Un penseur comme Jean-Paul Sartre compte au nombre de ses critères esthétiques la formule « rien n'est beau que ce qui n'est pas».

Pour le philosophe analytique américain Morris Weiz, ce que l'esthétique traditionnelle s'est efforcée de fonder est tout simplement impossible. Le problème, à ses yeux, est de savoir quel concept on peut utiliser pour l'objet « art », et dans quelles conditions. George Dickie, lui, renonce purement et simplement à définir un critère d'expérience esthétique, celle-ci étant, selon lui, trop spécifique et n'ayant aucune analogie dans le monde empirique. En revanche, il propose une théorie qui, au fond, est très répandue de nos jours. Selon lui, c'est le « Monde de l'art » qui décide s'il y a art ou pas. Par « Monde de l'art », il entend la vaste institution sociale au sein de laquelle les oeuvres d'art trouvent leur place. Elle est constituée par l'artiste, le critique, le metteur en scène, le musée, la galerie, la fondation culturelle, le ministère, la salle des ventes, etc. Les institutions publiques et privées, liées par toutes sortes de combinaisons, forment un réseau mobile, à savoir le « Monde de l'art », qui constitue une sorte de tribunal du goût et qui décide de ce qui relève de l'art ou pas. Un éminent représentant de la philosophie analytique ­cette variante moderne du nominalisme scolastique sous sa forme post-wittgensteinienne, où l'idée dominante est que toute la problématique de l'être est réductible à des formes de fonctionnalité linguistique —, Arthur Danto, s'est efforcé de « dissocier l'esthétique de l'art et de trouver le moyen de faire en sorte qu'elle relève de la connaissance, en particulier de la connaissance scientifique » Ce qui est scientifique chez Danto, c'est la théorie esthétique qui, appliquée à l'objet étudié, qu'il s'agisse des boîtes de savon « Brillo » d'Andy Warhol, de l'urinoir de Marcel Duchamp ou de tout autre objet de la vie courante, les transforme en authentiques oeuvres d'art.

Jean Brun constate « qu'il n'y a pas d'histoire de l'art ni de la poésie ». Il cite l'exemple de l'astronomie de Ptolémée, qui est aujourd'hui une simple curiosité intellectuelle que nul ne peut plus tenir pour valable, alors que personne ne considérerait comme des curiosités historiques dépassées une église romane, des peintures de Memling, des poésies de Villon ou des cantates de Bach. Il est vain de vouloir faire coïncider le mouvement de l'art avec


l'évolution de la science et de la technique. Rien n'est plus contraire à la nature de l'oeuvre d'art que les enchaînements de concepts déduits les uns des autres et qui excluent toute beauté dans leur progression froide, spéculative et mécanique. C'est dans cette tentative pour construire l'oeuvre d'art comme expérience scientifique destinée à prouver une hypothèse ou un phénomène social au lieu de poser l'acte créateur autour d'un mystère, d'un moment inexplicable et inopiné, c'est là que se manifeste la ruse qui a pour but de substituer la réalité de l'immanence technique et mécanique à l'une des valeurs transcendantales, à savoir la beauté poétique. En dépit des tentatives très nombreuses et parfois brillantes qui ont été faites pour la définir, la Beauté ne se laisse pas enfermer dans tel ou tel concept ; toujours elle le déborde. La méthode utilisée pour mettre au jour une qualité essentielle de la Beauté aura beau être juste, on aura beau appliquer l'étalon ainsi trouvé pour reproduire la Beauté volonté, on ne manquera jamais d'aboutir à l'échec. C'est ainsi qu'on a vu apparaître toutes sortes d'académismes et d'arts « officiels », tous aussi privés de vie et d'esprit les uns que les autres. La Beauté ne se démontre pas « comme un théorème de géométrie».

L'amateur d'art se tient, émerveillé, devant la statuette de grès de la reine Néfertiti, dont les traits se sont légèrement effacés en plus de 3 000 ans. Tout aussi émerveillé, le voici devant un portail roman, dont les statues ont parfois été décapitées par des foules en colère lors d'une des nombreuses péripéties historiques qu'a connues le pays. C'est lui encore qui ne peut détacher ses yeux du tableau de Vermeer La Liseuse à la fenêtre où, malgré nous, nous sommes les témoins d'une mystérieuse Visite, laquelle, à en juger par l'harmonie inhabituelle des couleurs, par la douceur des contrastes entre les ombres et la lumière et par la délicatesse des proportions, est sans doute la bienvenue. Ces oeuvres appartiennent à diverses époques, qui n'ont guère en commun sur le plan de la religion ou du régime politique. L'esthétique qui leur est propre, les méthodes et moyens d'exécution sont radicalement différents. Or une petite scène de genre représentée par un peintre qui ne réalise pas plus de deux tableaux par an, les statues de saints qui, manifestant une extase religieuse très élevée, s'élancent vers le haut avec une verticalité marquée, et le buste sculpté dans une pierre chaude d'une jeune femme dont le visage semble baigné des rayons d'un soleil méridional, toutes ces oeuvres nous ravissent par la Beauté qui en émane. La Beauté est donc sans aucun doute universelle, elle « parle » toutes les langues, et tout le monde la comprend.

Elle n'est pas soumise au temps car elle ne connaît pas la vieillesse et demeure au-dessus de ce monde transitoire dont elle défie les changements et les hasards. Tout en éclairant le monde de sa lumière, la beauté n'appartient pas à ce monde. « La Beauté échappe au Monde à partir du moment où il veut la définir ; s'il peut la reconnaître, il ne sait exactement qui elle est ni d'où elle vient, il est incapable de lui délivrer une carte d'identité. Toutes les définitions de la Beauté, ou bien restent si floues qu'elles sont inconsistantes, ou bien ne résistent pas l'analyse83. »

L'oeuvre d'art ouvre une brèche dans le monde et dans l'existence et offre l'occasion de voir la lumière venir non pas du monde, mais sur le monde, pour l'éclairer. Le temps de l'art, c'est cet instant où, par la bouche du Principe des Principes, est sorti le premier-né de tous les mots, le mot bénissant : « Oui », et son écho prolongé, infini, sonore, retentit dans la pierre transformée par la sculpture, dans la gamme de couleurs du peintre et dans le mouvement enchanteur de la fugue.


 

Boris Lejeune

Provins, printemps 2014

Traduction du russe par Bernard Marchadier


Je ne suis pas Charlie

Un jour de deuil national, rien que ça. Jusqu’aux panneaux d’affichage lumineux des autoroutes utilisés pour appeler au recueillement : « Solidarité - Hommage aux victimes ». La sidération et le bourrage de crâne sont portés à leur paroxysme. Le régime veut faire de ces morts le symbole de la République, en les présentant comme de grands défenseurs de la liberté, alors qu’au gré des gouvernements successifs, il n’a cessé de la restreindre (1).

Il s’agit de la récupération politique par une falsification, mise en scène par un régime aux abois, d’une peur et d’une colère populaires qui sont ainsi canalisées et affublées des oripeaux de la solidarité et du multiculturalisme prétendument républicains.

Nous ne pouvons répondre à l’appel d’une caste politico médiatique qui est entièrement responsable de l’actuelle situation. Un appel qui vise à occuper les esprits naïfs et ignorants, un battage qui vise à éviter la recherche des causes. Cette personnification fallacieuse de la défense de la liberté d’expression et de la république n’est qu’une diversion ridicule, une comédie lamentable à laquelle adhèrent malheureusement comme des moutons des gens qui n’ont même jamais lu cet hebdomadaire, qui ne connaissent pas le combat politique et le passé des victimes.

Confondre le Hara Kiri (journal bête et méchant) des années soixante et soixante-dix avec le Charlie Hebdo des vingt dernières années, est aussi bête que trompeur. À la satire et à l’humour insolent du premier, les tenanciers du second ont substitué la haine militante de l’extrème Gauche et l’athéisme fanatique.

Quelles sont ces victimes d’aujourd’hui, que cette caste encense ?

Ce sont des subversifs professionnels, soixante huitards, militants acharnés,  tombés sur d’autres subversifs professionnels.

Les extrèmistes se sont heurtés mortellement à d’autres extrèmistes. Leur verve virulente et leurs dessins blasphémateurs et orduriers n’ont rien pu faire face au 7,62 x 39. Ils salissaient, insultaient, profanaient notre civilisation ; ils crachaient sur ce que nous sommes, ils nous vomissaient ; ils appelaient à la subversion. Ils s’étaient fait les chantres de la transgression, du désordre, de la négation, du nihilisme. Ils chiaient sur toutes les règles, sur toutes les convenances, sur tous les repères, toutes les traditions, toutes les définitions, toutes les identités, toutes les cohésions ; ils s’appliquaient à saper, à détruire tous les fondements de notre société. Ils nous faisaient une guerre intellectuelle permanente et sans aucune pitié.

Parallèlement, ils se faisaient les chantres de l’immigration massive, anti identitaire et antinationale.

Wolinsky travaillait auparavant au journal L’Humanité, qui paraissait, depuis les années trente jusqu’en 1991, grâce à l’argent de l’URSS dont il était le pur représentant médiatique. Faut-il rappeler aux Je suis Charlie, que l’URSS était une dictature anti occidentale plus sanguinaire encore que le troisième Reich et où n’existait aucune liberté d’expression ?

Lui et ses petits camarades anarcho-trotskystes se présentaient comme nos adversaires, si ce n’est comme nos ennemis. Ils ont participé avec hargne et acharnement au bouleversement dont souffre notre pays, qui sombre désormais dans le chaos ; ils sont tout à la fois les coresponsables et les victimes de la guerre civile qu’ils ont déclenchée. Ils ont instillé le renoncement et la barbarie. Ils n’ont jamais défendu ou prôné la liberté d’expression, si ce n’est la leur. Ils luttaient pour faire taire ceux qui n’avaient pas leurs idées. Ils recouraient à l’insulte ordurière dégradante et haineuse, mais n’avaient pas le courage de l’avouer. Ils jouaient les innocents et prétendaient être drôles.

Tout comme Caroline Fourest qui nous expliquait que les Femen, aspergeant de gaz d’extincteur les familles et les enfants, aux cris de : « Fuck God », étaient elles aussi très drôles.

Ils ne méritent aucun respect de notre part. Nous ne les regretterons pas un  instant. Leur action était facilitée et fortement renforcée par le soutien judiciaire, médiatique, et financier émanant du régime en place, et ce depuis la parution du titre en 1992. Ils constituaient l’un des fers de lance pseudo indépendants qui servent le combat de la subversion discrète et permanente, dirigée en coulisse par l’oligarchie.

Officiellement, ce sont des électrons libres. Dans la réalité, ils ne souffrent jamais des baisses de vente, leur ligne de crédit bancaire est perpétuelle, ils ont toujours de bons salaires, et leur journal est mis en avant dans tous les kiosques. Ils peuvent écrire avec irrespect, indignité, perdre des procès régulièrement pour calomnie ou injure, jamais leurs petits camarades, journalistes ou politiciens ne les ont mis et ne les mettront en cause. Jamais un Mitterrand, un Chirac, un Sarkozy, un Hollande, n’a demandé la disparition de Charlie Hebdo. Tout au contraire, Sarkozy, en tant que président de la république française, nomma son directeur Philippe Val à la direction de France Inter, la grande radio nationale française. Philippe Val ayant été de nombreuses années le grand complice du pédophile Patrick Font, condamné à six ans de prison ferme.

Et Radio France propose maintenant à cet hebdomadaire de s’installer dans son bâtiment et de mettre ses employés à sa disposition, le tout gratuitement.

Leur assassinat est un drame humain indéniable, révélateur de l’État de notre pays. Il est le fait de personnes immigrées issue d’une civilisation barbare, mais nous ne pouvons pas être solidaires de ce que représentent ces personnes qui n’ont cessé de saper notre société et de promouvoir tout ce qui la ronge depuis des décennies. Nous ne pouvons accepter la promotion jusqu’alors occulte et maintenant outrancière de ces extrèmistes haineux, faite avec l’argent des contribuables, de la façon la plus anti démocratique.

La mobilisation de notre peuple ne doit pas concerner les effets de ces actes criminels sanguinaires, mais leur cause. C’est parce que la caste politique en place ne veut surtout pas que la cause soit révéler, soit publiquement reconnue, qu’elle dirige l’attention de la population uniquement vers leurs effets, en organisant une grande comédie d’indignation nationale. Elle utilise cette comédie pour propager le slogan désinformateur selon lequel ce crime a été perpétré contre la liberté de la presse et la démocratie, et que par conséquent il ne peut venir de l’Islam, religion de paix et d’amour. Il lui suffirait donc d’affirmer ce faux syllogisme pour nier la réalité. Son refus de nommer le mal et donc de le combattre, ce mal dont elle est depuis trop longtemps complice par sa politique ultra immigrationniste et collaborationniste envers l’Islam, la rend ainsi coresponsable des prochains attentats.

Mais les assassins étaient-ils aussi extrèmistes que leurs victimes ou répondaient ils seulement aux préceptes de base de leur religion ? Sont-ce ces assassins qui sont extrèmistes ou leur religion ? Toute la question est là. Elle n’est donc surtout pas posée, elle demeure le tabou absolu.

« Ne pas faire d’amalgame » est le refrain officiel, même dans la bouche de politiciens diabolisés. L’amalgame désigne un mélange. Ce sont les mêmes qui ne cessent d’assimiler (ce qu’ils appellent amalgame (2) par manque de vocabulaire) à l’encontre des Français qui osent mettre en cause le bienfondé de l’immigration et les prétendues vertus de l’Islam, à des racistes, des xénophobes, des islamophobes, jusqu’à porter plainte pour leur extorquer des dommages et intérêts et les réduire au silence.

Ils prétendent dénoncer une pratique dont ils font un emploi systématique et infâme pour imposer leur doctrine.

Nous sommes donc sévèrement invités à ne pas mélanger les Musulmans actifs avec les Musulmans passifs. Nous sommes donc sommer de les distinguer, c’est-à-dire de les discriminer. Il faut que nous discriminions les Musulmans ; c’est Valls, Taubira et consorts qui nous le disent.

Nous sommes astreints à dissocier les Musulmans en deux groupes, les passifs qui seraient modérés, et les actifs qui seraient islamistes, fondamentalistes, radicaux. Il y aurait donc des Musulmans modérés et des Musulmans.

Cette religion est exemplaire, comme on ne cesse de nous le rabâcher, par son pacifisme et sa tolérance. On nous dit tout autant qu’elle a ses modérés. Leur pacifisme est donc modéré, leur tolérance est donc modérée. Et il y a les non modérés, les islamistes, c’est-à-dire partisans de l’Islam, les fondamentalistes, c’est-à-dire ceux qui respectent les fondements de l’Islam, les radicaux, c’est-à-dire ceux qui cultivent les racines de l’Islam.

Nous n’allons donc pas les mélanger. Nous allons devoir regarder sur leur visage pour dissocier les Musulmans des Musulmans modérés républicains. Et si nous n’y arrivons pas, peut-être le ministre républicain de l’intérieur va-t-il leur demander poliment, aux uns de coudre une étoile coranique verte sur leur vêtement, et aux autres un croissant, tout aussi vert bien entendu. Nous attendons impatiemment cette belle mesure de salubrité républicaine qui éviterait l’amalgame anti républicain et permettre d’entrer dans le paradis du vivre ensemble toujours républicain.

La bande de Charlie s’acharnait sur les Catholiques, n’osait rien sur les Juifs et faisait très rarement un dessin sur les Musulmans, et un dessin plutôt modéré, ce qui correspondait évidemment très bien à cette religion notoirement tout aussi modérée. Ces si courageux membres mirent très longtemps, et y allèrent avec la pointe des pieds, ou plutôt du crayon, pour titiller le barbu, poussés par la volonté de ne pas paraître trop partiaux, de libres esprits leur disant qu’il était un peu trop facile et visiblement trop tendancieux de ne s’en prendre toujours qu’à ceux qui tendent l’autre joue. Eh bien, ils n’auront pas tiré la barbe très longtemps avant de casser leur mine.

Ce n’est pas le fait que les employés de cet hebdomadaire furent les victimes qui nous importe, c’est le fait qu’une pensée criminelle anime désormais une partie de notre population, une partie distincte, c’est-à-dire une communauté, trop étrangère et trop hostile au reste de la population.

Une pensée assez forte pour pousser à l’acte les plus décidés, les plus audacieux, pour les pousser à l’insulte, aux crachats, aux vols, aux coups de poing, de pied, de couteau, aux jets de pierres, aux viols, aux séquestrations, aux incendies, à la torture, à l’assassinat, un peu plus chaque jour, une pensée anti occidentale, anti chrétienne, anti française.

Fruit pourri d’une immigration démentielle, d’un abandon de l’assimilation, de la désintégration de notre communauté nationale, par la promotion militante du multi ethnisme et du communautarisme doctrinal, l’éclatement dramatique de notre pays commence sous nos yeux.

Les dessinateurs engagés et militants de Charlie Hebdo ont travaillé à détruire les fondements de notre société, à neutraliser ou à détruire notre volonté de préservation de notre identité, de notre fierté, pour faciliter ce communautarisme cosmopolite ultra conflictuel.

Ils ont tout remis en cause, tout rabaissé, ils se prétendaient anarchistes, ils voulaient le chaos. Ils en sont morts.

Non, je ne suis absolument pas Charlie, surtout pas.

 

(1)  Dans le classement des pays pour la liberté de la presse, réalisé annuellement par Reportaires sans Frontières, la France est placée, en 2014, à la trente neuvième place entre le Salvador et les Îles Samoa.

(2)  - En ce sens, malgame est un américanisme. Ce mot à la mode est employé improprement en substitution au mot assimilation, qui désigne le fait de rendre similaire, de présenter l’un comme égal à l’autre.


Anne Pedrono


Le Roi Juan Carlos et le jugement de l'histoire

Le 2 juin dernier, le roi Jean Carlos a annoncé à l'Espagne sa volonté d'abdiquer en faveur de son fils. Sa réputation et son image publique sont considérablement détériorées. À cette situation s'ajoute le mauvais cours économique du pays à cause de la crise économique.

La Catalogne menace la sécession de Madrid et les poussées centrifuges séparatistes sont très fortes même dans d'autres parties de l'Espagne. La classe politique connaît son pire moment à partir des années vingt.

Juan Carlos avait été proclamé roi d'Espagne devant les Cortés les 22 novembre 1975, en conformité avec la loi de succession adoptée en 1947 et en vertu d'une investiture directe voulue par le Généralissime Franco. Son choix avait exclu la possibilité de la montée au trône de l’Abarendado carliste, le prince Alphonse de Bourbon-Parme, ou de son fils le prince Sixte : probablement le choix légitimiste aurait été bien plus sage que celle d'Alphonse XIIIe.

Don Jean Carlos hérita une nation avec un régime autoritaire, aux libertés publiques limitées, mais qui avait une économie très saine et prospère et une cohésion territoriale solide. Aujourd'hui, 38 ans plus tard, le roi laisse en héritage à son fils un pays intégré dans toutes les institutions européennes mais au bord du collapsus au point de vue économique : dominé politiquement par la corruption et sur le point de se désintégrer comme État unitaire, à cause des menaces séparatistes de la Catalogne et du Pays basque.

José Javier Esparza écrit sur la Gaceta : « Aujourd'hui tout le monde affirme que le roi Juan Carlos a été l'artisan de la démocratie espagnole ; mais très probablement le jugement de l'histoire sera beaucoup plus mitigé ».

Son ambition personnelle a toujours été de pouvoir bâtir une nation pacifique, parfaitement insérée dans les structures du monde occidental, suffisamment forte pour être capable de stériliser les éventuels problèmes politiques et sociaux qui auraient pu ouvrir la porte à la gauche révolutionnaire et aux tendances séparatistes.

Au final, après 40 ans de règne, on peut affirmer tranquillement que l'objectif du souverain n'a pas été atteint. La parenthèse du gouvernement de Zapatero a complètement bouleversé les consciences et la morale du pays, a imposé les stéréotypes mondialistes et la société en est sortie complètement révolutionnée. Les séparatismes se sont renforcés et l'État central ibérique est sur le point d'imploser avec des conséquences imprévisibles.

De plus, une sensibilité philo-républicaine s'est développée d’une façon marquée, au point de réussir à conquérir même la droite traditionnelle monarchique.

Celui qui le 18 juillet prochain prendra le nom de Philippe VIe devra se confronter à un défi formidable : régner sur l'Espagne la plus pleine de problèmes et la plus divisée de 1940 à nos jours. L'unité nationale est très en péril et la continuité de l'institution monarchique est mise en discussion ; la classe politique est totalement inadaptée, l'économie est dévastée et le tissu social est très désillusionné, prostré et exaspéré.

L'Espagne nécessite d'une nouvelle période de transition, mais le peuple espagnol et sa classe politique ne savent pas quelle direction prendre.

En conclusion, comme son père même Philippe VIe sait bien que le jugement qui sera prononcé sur lui en tant que roi sera celui de l'histoire. Mais il sait également bien que dorénavant tout sera beaucoup plus difficile pour lui que pour son père.


Conférence d’Ivan Blot au Parloir Chrétien du Colombier

dans Culture / Par Aloysia Biessy / le 24 juin 2014 à 2:24 /

Ivan Blot revenait ce lundi 23 juin 2014 au Parloir Chrétien du Colombier (9 rue du Vieux Colombier) sur ses derniers ouvrages Notre héritage grec et l’Europe colonisée[1]. Cet ancien député européen et membre d’un corps d’inspection de l’Etat, actuellement consultant auprès de la radio « La Voix de la Russie » s’est exprimé sur ses deux récents ouvrages : Nous les descendants d’Athéna et l’Europe colonisée.

Nous les descendants d’Athéna

Soulignant l’importance de l’héritage grec dans la constitution de la civilisation occidentale, le parlementaire a rappelé les qualités de ce legs d’une remarquable richesse en termes philosophique, scientifique, sportif ou linguistique. Mais c’est surtout sur le catholicisme que s’exerce cette brillante influence ; la langue parlée durant les premiers siècles de l’ère chrétienne était en effet le grec[2]. L’idée même de l’Incarnation n’était pas étrangère à certaines croyances grecques[3] alors qu’elle paraitrait hérétique aux yeux du judaïsme ou de l’islam.

Dans le domaine politique (de polis cité), cette succession est également d’une importance majeure : Aristote est le premier à mentionner la nécessiter de fonder un système basé sur le bien commun. Selon lui, tout système politique se dégrade ; doit se jouer un équilibre des pouvoir entre eux, faisant intervenir un exécutif pouvant être spontanément monarchique, où il peut être fait recours au référendum populaire lorsque la situation l’exige[4]. Actuellement, Ivan Blot voit en la politique gouvernementale une oligarchie (de oligos, petit nombre), soit un groupe d’individus restreints dont les préoccupations répondent surtout à la satisfaction d’ambitions personnelles.

Enfin, l’Occident est redevable à son héritage grec en termes psychiques ; Platon parle de l’existence de trois natures de l’âme : sa nature instinctive, amoureuse et intellectuelle. Si Raison (ou intellect) et Amour dominent les instincts, la civilisation occidentale peut aspirer à la perpétuation de son existence. En revanche, si Raison et instincts s’allient, l’Amour en sera anéanti ; comment ne pas constater les méfaits de cette seconde éventualité, triomphante au sein de notre civilisation actuelle, où l’esprit aliéné par une société individualiste impose un assouvissement de ses instincts naturels au détriment du don de soi et l’Amour de son prochain ?

L’Europe colonisée

Dix ans d’expérience de députation européenne ont amené Ivan Blot à la conclusion que l’Europe est en proie à une colonisation s’exprimant à l’aune de quatre phénomènes : une colonisation économique (exploitation), politique (satellisation), humaine (immigration) et psychique (aliénation). Si la politique migratoire incontrôlée de ces dernières années a contribué à renforcer l’occupation physique du territoire, c’est surtout à l’aliénation morale, induite par une colonisation de la culture et des mœurs états-uniennes, qu’il convient de faire face. Par exemple, l’OTAN est en grande majorité soumise à l’hégémonie américaine sans que les puissances européennes ne puissent y revendiquer une place décisionnelle.

L’Union Européenne s’inscrit dans cette même inféodation ; le pouvoir d’un député européen est factice, puisqu’il ne peut proposer une loi, au contraire du Parlement, et que tous les pouvoirs (législatifs, exécutifs, …) sont détenus par la Commission de Bruxelles dont les fonctionnaires sont largement soumis à l’oligarchie mondialiste. Le Grand échiquier (1997) de Zbigniew Brzezinski annonçait les velléités hégémoniques des Etats-Unis ; le politologue y confit la revendication des Etats-Unis d’imposer leur schéma gouvernemental à l’échelle mondiale et exprime des projets en étroite corrélation avec l’actualité – comme la nécessité d’émettre un conflit en Ukraine afin de constituer un intermédiaire indispensable entre l’Union Européenne et la Russie.

Les propagandes anti-souverainistes exercées avant-guerre à l’égard de la France, d’abord par l’URSS puis par les Etats-Unis, ont entraîné un abandon du patriotisme dans notre civilisation actuelle. La Russie présente une alternative à cet empire mondialiste et une alliance avec certains pays souverains européens s’avérerait salvatrice pour le Salut de l’Occident ; le monde est scindé entre deux traditions différentes : celui de l’impérialisme américano-maçonnique et celui de la tradition romaine, en accord avec la Russie. Et le conférencier de conclure : « Il y a une lumière à l’Est qu’il faut suivre ».


[1] Deux ouvrages datés de 2014 publiés aux éditions Apopsix.

[2] Les Evangiles ont été rédigés au préalable en cette langue tout comme les premiers Conciles.

[3] Les métamorphoses dionysiaques ont été mises en parallèle avec le « phénomène » du Verbe fait chair en Christ.

[4] Il oppose ainsi le monarque, gouvernant dans l’idéal du Bien commun et le tyran, dont l’objectif est l’atteinte individualiste qui consiste à satisfaire sa propre concupiscence.


Dessin animé avec des Catholiques, des nazis, Jeanne d’Arc etc… (vidéo Arte)


REFLEXIONS SUR DOSTOÏEVSKY ET LE RENOUVEAU SPIRITUEL DE LA RUSSIE Par Yvan BLOT

Chers amis auditeurs de Radio Courtoisie bonjour. J’ai le plaisir et l’honneur d’ouvrir cette nouvelle saison 2013 en accueillant au « Florilège des Arts » une importante personnalité du monde littéraire, Monsieur Yvan Blot que les auditeurs de Radio Courtoisie connaissent bien. A la fin du printemps il était déjà venu au Florilège des Arts pour présenter aux auditeurs de Radio Courtoisie, son livre sur « Les Faux prophètes », consacrés à quatre pestes de la littérature politique : Voltaire, Rousseau, Marx et Freud, aux éditions Apoxis.

         Aujourd’hui il est revenu pour nous parler d’un géant de la littérature mondiale, le russe Fiodor xxxx Dostoïévsky , étudié dans un texte inéditet d’un livre capital pour comprendre le renouveau spirituel de la Russie aujourd’hui: « L’Evangile de la Liberté, les Valeurs de la Tradition dans la société laïque », paru aux éditions du Cerf en 2006. Ce livre est certainement à l’origine de ce renouveau spirituel qui inspire l’Eglise orthodoxe mais aussi le pouvoir politique russe. La Russie connait en effet un virage politico-spirituel étonnant depuis la chute de l’URSS. C’est ce que va nous expliquer Yvan BLOT dans l’émission d’aujoud’hui.

 

Mais auparavant je voudrais inviter les auditeurs de Radio Courtoisie à aller l’écouter  le lundi 30 septembre 2013, prochain,  à 19 h précises, au siège de l’association « Dialogue Franco-russe », 120 Champs-élysées, 75008 Paris, pour écouter une conférence où il évoquera «  L’homme défiguré : notre civilisation en danger de mort ! » tout à fait complémentaire de notre émission d’aujourd’hui comme il va l’expliquer aujourd’hui aux auditeurs de radio courtoisie.

 

Le vingtième siècle a été un siècle d’horreurs : crise économique majeure, deux guerres mondiales dévastatrices parties de l’Europe, massacres de masse commis par des régimes totalitaires inspirés par l’Occident. Darwin, l’inspirateur d’Hitler et Marx, l’inspirateur de Lénine étaient bien des Occidentaux.

           Le vingt et unième siècle est lourd de menaces pour l’avenir. La natalité occidentale s’effondre, l’immigration est toujours plus envahissante et l’endettement irresponsable mine notre avenir économique. Nos traditions morales millénaires sont remises en cause et l’humanité de l’homme est niée pour en faire un animal calculateur au mieux simple jouisseur, au pire véritable criminel. Nos nations ont perdu toute indépendance au profit d’oligarchies internationales sans foi ni loi. Notre spiritualité s’éteint et la vie privée de sens laisse la place à une culture de mort.

             La politique peut-elle nous sauver ? Nous sommes censés vivre en démocratie mais la classe politique s’éloigne de plus en plus du peuple. La formation intellectuelle des gouvernants est étriquée et tronquée. Mais la formation morale est aussi déficiente, ce qui est encore plus grave. Une oligarchie bassement utilitariste et carriériste a pris le pouvoir en Occident. La suppression du service militaire a pour effet d’éloigner la jeunesse de l’idée de tout don, de tout sacrifice en faveur du bien commun. La disparition de la morale laïque et l’effacement de la religion n’arrangent rien.

Face à toutes ces carences, qui dépassent la politique pour toucher la philosophie et la religion, nous pouvons essayer de redonner une figure à l’homme et le sauver grâce à quatre outils venant de la réflexion philosophique et de l’engagement spirituel : le quadriparti d’Aristote et Heidegger, la théorie des trois cerveaux de Mac Lean, la théorie des trois sources des valeurs de Hayek et l’échelle sainte de Jean Climaque.

Les conférences de cette année vont porter sur les sujets suivants :

 

-          L’homme défiguré par l’aveuglement des Lumières et du scientisme (septembre) ;

-          Le « Gestell », ou la société utilitariste contre l’homme et sa dignité (octobre) ;

-          Le matérialisme occidental : l’immonde moderne à l’assaut de la civilisation (nov);

-          La personne civilisée contre la barbarie « reptilienne » ;

-          Liberté, égalité, fraternité ET la mort !;

-          Origine et oubli de nos traditions européennes ;

-          Les traditions, recours contre le laxisme et contre les dictatures ;

-          L’incarnation du Divin en l’homme : la spiritualité européenne ;

-          Les limites de la raison et la réhabilitation du « cœur » ;

-          Géopolitique du retour à la figure humaine : le soleil se lève à l’Est.

 

Les défis politiques sont aujourd’hui inséparables des exigences culturelles et spirituelles. Nous essayerons de le montrer à l’aide des maitres de la philosophie de l’existence, Heidegger, Nietzsche, Kierkegaard, Dostoïevski, des penseurs de la tradition culturelle Gehlen, Hayek, Mattéi, Burke, Dumézil, et des maîtres de la tradition spirituelle : Jean Climaque, Blaise Pascal, Thomas d’Aquin et Grégoire Palamas.

 

 

EXPOSITION

LES ROMANOV UNE DYNASTIE AU SERVICE DE LA RUSSIE (161-2013)

         Jusqu’au 22 septembre seulement, à l’hôtel d’Estrée, 79 rue de Grenelle, dans le septième arrondissement, dans le  la résidence en France de SE M. l’Ambassadeur de Russie, M. Alexandre Orlov une exposition a organisée  dans le cadre des « Journées du Patrimoine » à l’occasion du quatre centième anniversaire de l’accession au trône de Michel Fédorovitch Romanov, devenu tsar sous le nom de Michel 1er (1593+1645) après son élection par le Zemsky sobor (assemblée des boyards) à la fin de la période des troubles, de 1598 à 1913.

         Vous y verrez de très nombreuses œuvres d’art et documents historiques illustrant la vie des dix-neuf souverains et souveraines,  devait élever la Russie au rang d’une des plus grandes puissances jusqu’en 1914 où engagée dans la guerre, elle fut quasiment  anéantie par la déchirure de la Révolution bolchevique qui tenta de faire de la Sainte Russie une  anti-patrie cosmopolite et matérialiste en faisant du passé table rase. L’exposition a été inaugurée le 13 septembre dernier par SAI la grande duchesse Maria Vladimirovna  de Russie, ce qui montrerai s’il en était besoin de la renaissance qui marque la Russie en voie de redevenir la Sainte Russie. Si vous le pouvez, précipitez vous d’aller voir cette exposition qui est encore ouverte les 21 et 22 septembre. Les autres jours la visite se fait par groupe, sur rendez-vous, de 13 h à 18 h.Renseignements et réservations M. Michel Charron, 01 45 56 13 49 ou 06 50 00 65 51. Courriel : exposition.ambassade.russie @gmail.com

 

 

 

 

 

Deux  textes importants : l’un sur Dostoïevsky, encore inédit, l’autre, sur le Renouveau spirituel de la Russie,  déjà paru dans la Nouvelle Revue Universelle, (NRU), 7 rue Constance, Paris XVIIIe

 

Liberté, égalité, fraternité

Vues par Fiodor Dostoïevski

(extrait des « Frères Karamazov, tome 1, pages 564 et suivantes)

 

Dostoïevsky, comme Kierkegaard, peut être compté parmi les fondateurs de la pensée existentielle et Nietzsche, Camus ou Heidegger ont notamment reconnu leur dette envers ce génie.

           Dans « Les Frères Karamazov », il fait une critique impressionnante du monde moderne occidental. « Le monde a proclamé la liberté, ces derniers temps surtout, » déclare le staretz Zosima, « et nous, que voyons-nous dans ce qu’ils appellent la liberté ? Rien que de l’esclavage et du suicide ! Car le monde dit : tu as des besoins et donc satisfais les car tu as les mêmes droits que les hommes les plus riches et les plus notables. N’aie pas peur de les satisfaire, et même fais les croître. Voici la doctrine actuelle du monde. C’est en cela qu’ils voient la liberté. Et quel est le résultat de ce droit à multiplier les besoins ? Chez les plus riches, l’isolement et le suicide spirituel, et chez les pauvres, la jalousie et le meurtre, car les droits sont certes donnés mais les moyens de satisfaire ces besoins, eux, on ne les indique pas encore. (..) En comprenant la liberté comme une multiplication et une satisfaction rapide de leurs besoins, ils déforment leur nature, car ils font naître en eux une multitude de désirs absurdes et stupides, d’habitudes et de lubies des plus ineptes. Ils ne vivent que pour s’envier les uns les autres, pour satisfaire leur chair et leur vanité. »

          Dostoïevsky montre ce qui est attesté par les phrénologues comme Mac Lean et ce qui avait été déjà vu par intuition chez Platon (le Philèbe notamment).

          Nous avons trois cerveaux : le cerveau reptilien, ou paléocortex (commun à nous et aux reptiles) qui guide l’agressivité, la faim ou l’instinct sexuel. C’est le cerveau instinctif que Platon compare à un dragon.

          Nous avons un cerveau affectif (limbique) commun avec les mammifères qui règle notre comportement affectif.

           Nous avons un cerveau néo cortex siège de l’intelligence abstraite. Lorsqu’on satisfait les besoins primaires, on accroit le poids relatif du cerveau reptilien. C’est le cas de la société moderne qui a vu depuis 1968  la criminalité quadrupler. Dostoïevsky annonce aussi la révolution russe en disant que les pauvres sont frustrés par cette idéologie des droits, que leur énergie est bridée par l’alcoolisme mais que bientôt : « au lieu de vin, ils boiront du sang ».    

           C’est ce qui s’est passé avec le Bolchevisme.

           Le staretz Zosima continue : « il n’est pas étonnant qu’au lieu de la liberté on soit tombé dans l’esclavage et qu’au lieu de servir la fraternité et l’union de l’humanité, on tombe au contraire dans l’isolement et dans la solitude (..) Voilà pourquoi s’éteignent de plus en plus dans le monde l’idée de servir l’humanité, celle de la fraternité (..) car comment abandonner ses habitudes, où donc ira ce prisonnier s’il est habitué à satisfaire ses besoins innombrables qu’il s’est inventés lui-même ? Réduit à un atome individuel, qu’ira-t-il faire du tout ? Et pour finir, plus les objets s’accumulent, plus la joie disparaît ». La fraternité reste abstraite et débouche en fait sur le refus de servir, l’absence d’amour héroïque. Le staretz oppose à cette vie de « divertissements » (Pascal) ou « esthétique » (Kierkegaard) la vie du moine qui apprend la maitrise de soi. Cela le rend libre de son ego et lui apporte la gaieté spirituelle.   

          « Qui est capable de porter cette grande pensée (..) le richard solitaire ou cet homme libéré de la tyrannie des objets et des habitudes ?

          La Russie sera sauvée par la spiritualité des moines enracinés dans le peuple : « du peuple viendra le salut de la Russie. Le monastère russe de tout temps, a été avec le peuple. (..) le réformateur incroyant, chez nous en Russie, ne fera jamais rien, serait-il sincère dans son cœur et génial. Cela, souvenez-vous en . Le peuple verra l’athée et il le combattra, et il n’y aura plus qu’une Russie unie (c’est le nom du parti de Poutine !) et orthodoxe ! (..) Voilà notre œuvre monacale parce que ce peuple est théophore (porteur de Dieu ; idée de la sainte Russie).

          Pour Dostoïevsky, « notre peuple croit encore à la justice, il reconnait Dieu » et il sait lorsqu’il agit mal. « C’est autre chose chez les grands. Eux ils veulent une société qui suive la science pour la justice par leur seule intelligence, mais sans le Christ. (..) et ils ont déjà proclamé que le crime n’existe pas, et le péché non plus. Ils ont raison de leur point de vue car si tu n’as pas de Dieu, qu’est-ce donc que le crime ?  A un autre chapitre du livre, Ivan Karamazov, le frère athée et intellectuel proclame que si Dieu n’existe pas, tout est permis ! Dostoïevski pense qu’en Europe, « le peuple se dresse contre les riches par la force, les meneurs du peuple le mènent partout vers le sang et lui enseignent que sa colère est juste. Mais leur colère est maudite parce qu’elle est cruelle ». Il annonce le totalitarisme communiste à venir.

          Pour l’auteur, le peuple est naturellement digne. « C’est quand je te respecte sans envie que je montre devant toi ma dignité humaine. En vérité, le peuple ne dit pas cela car il ne sait pas encore le dire. C’est ainsi qu’il agit (existentialisme) et qu’il reste suffisamment humble pour servir et aimer autrui. « Croyez le, cela finira ainsi : l’égalité, elle ne réside que dans la dignité spirituelle et cela, on ne le comprendra que chez nous, les Russes. (..) Nous gardons l’image du Christ, et elle luira comme un diamant précieux dans le monde entier ».

           Autrement dit, voici la leçon que nous donne Dostoïevsky par la bouche du staretz Zosima :

1/ La liberté proclamée en Occident débouche sur l’esclavage matérialiste car c’est un appel à libérer le dragon des instincts chaotique qui est en nous. Cet excès mènera l’Occident au suicide (refuis de l’héroïsme, donc du combat, incapacité à avoir des enfants par égoïsme)

2/ L’égalité prônée conduira à des rivières de sang. Elle a comme moteur la jalousie et le meurtre et profite de la libération du reptile qui est en nous.

3/ La fraternité suppose qu’il y ait des frères, or ce n’est pas le cas dans une société où tout le monde est prisonnier de son ego. Le refus de servir devient la norme.

        Ce monde d’esclaves jaloux et refusant de servir va à sa perte. Il sera sauvé par l’imitation du Christ qui est la valeur permanente du peuple russe, le peuple théophore de la Sainte Russie. Sur les armoiries de la Russie, on voit saint Georges terrassant le dragon : c’est bien le combat qu’il faut mener contre le dragon intérieur. Ce dragon a été libéré par les Lumières de l’Occident et le christianisme seul permettra de retrouver un ordre conforme à la nature humaine créée par Dieu.

          Quelles sont les valeurs universelles à opposer à la liberté des instincts, l’égalité jalouse et meurtrière et la fausse fraternité des individus refusant de servir quoi que ce soit sauf soi-même ?

          Face à la fausse liberté des droits illimités, le salut est dans la maîtrise de soi qui permet l’authenticité de la personnalité (alors que la liberté sans devoirs déforme la personnalité au profit de sa composante reptilienne)

          Face à l’égalité fondée sur la jalousie et qui conduit au meurtre, il faut opposer la vraie égalité qui est dans la dignité spirituelle de chacun.

          Face à la fausse fraternité, il faut opposer l’l’humilité de celui qui accepte de servir les autres, de les aimer, au besoin jusqu’à l’héroïsme (modèle christique).

            Maitrise de soi qui rend libre, dignité spirituelle pour chacun, humilité qui conduit à l’amour héroïque, telles sont les valeurs qui, selon Dostoïevski, sauveront l’humanité. 

                                                                                                            Yvan BLOT

 

 

 

LE RENOUVEAU SPIRITUEL DE LA RUSSIE

ET SES CONSEQUENCES POLITIQUES

par Yvan Blot

 

             Le nouveau patriarche de Moscou et de toutes les Russies Cyrille 1er, patriarche depuis 2009, est notamment un spécialiste des relations entre l’Eglise orthodoxe et l’Etat. Il a publié aux éditions du Cerf en 2006 un livre remarquable : « L’Evangile de la Liberté, les Valeurs de la Tradition dans la société laïque », qui inspire l’Eglise orthodoxe mais aussi le pouvoir politique russe. La Russie connait en effet un virage politico-spirituel étonnant depuis la chute de l’URSS.

 

Souvenirs de voyage en Russie

           Vers 1997, j’avais rencontré à Moscou le numéro 2 du parti communiste russe au siège de leur club de pensée « Héritage spirituel de la Russie ». J’étais étonné de l’intitulé de cette fondation censée être communiste. A l’entrée, on voyait une plaque dorée représentant Saint Georges terrassant le dragon. Dans le bureau du président de la fondation, il y avait beaucoup d’icônes. Je le lui fait remarquer en disant que j’étais surpris de voir ces icônes dans le bureau du président d’une filiale communiste.

        Mon interlocuteur me dit : « de quel communisme parlez-vous ? » Je répondis le communisme de l’URSS ? « Ah ! Répondit-il, l’ancien régime ? Nous avons changé tout cela » ! Je savais que le parti communiste russe avait fait un virage nationaliste, mais j’ignorais son attitude envers la religion.

          Mon interlocuteur me dit alors : « l’URSS  a échoué et la jeunesse n’a plus de repères. Nous ne voulons imiter l’Occident que pour ce qui y marche bien. Mais on ne veut pas de votre décadence morale. Nous cherchons donc une troisième voie et, pour cela, nous nous sommes tourné vers le patrimoine intellectuel et éthique de l’Eglise orthodoxe avec laquelle nous dialoguons beaucoup ».

          A l’époque, j’avais été très surpris. Je me disais : si c’est cela, le nouveau parti communiste, qu’en est-il des autres partis ? Effectivement, d’autres surprises m’attendaient. Le ministre de l’intérieur Anatoly Koulikov me fit visiter la galerie de tableaux de son ministère où les tableaux ont tous été peints par des policiers. Chaque année, le ministre remet un prix à un policier qui est l’auteur du plus beau tableau. Cette année là le tableau primé représentait le Tsar Nicolas II  sur fonds de cathédrale de Moscou. Le deuxième prix avait été donné à un peintre qui montrait des bolcheviks en train de fusiller un pope, et l’âme du Pope montait au ciel où elle était recueillie dans les mains de la Vierge Marie ! Koulikov m’invita ensuite à l’inauguration d’une nouvelle Eglise dans un gigantesque camp militaire du ministère de l’intérieur. Il m’indiqua que l’on construisait des Eglises dans les ministères et les casernes. Je demandais : « Qui a pris cette décision » ? Réponse : « ce sont les soldats et les policiers qui demandent d’avoir une église ! »

         Après l’inauguration, je fus invité à un déjeuner avec le ministre de l’intérieur, en uniforme de général, et le patriarche de toutes les Russies Alexis II en grande tenue d’apparat. Le ministre décora le patriarche en le remerciant pour le travail de l’Eglise orthodoxe qui contribue à lutter contre le crime par l’éducation du peuple et notamment de la jeunesse. Il affirma que pour assurer cet enseignement moral indispensable à la stabilité de la société russe, on ne pouvait pas se passer de l’Eglise. Quant au patriarche, il décora à son tour le ministre  en expliquant que le ministre de l’intérieur faisait œuvre chrétienne (et patriotique !), en luttant contre le crime.

           J’étais, en tant qu’occidental, étonné par cette collaboration étroite entre l’Etat et l’Eglise orthodoxe et j’avais l’impression que l’Etat s’en remettait à l’Eglise pour bâtir une sorte d’idéologie nouvelle, de « Weltanschauung » à mi chemin entre la religion et la politique.

         L’Etat russe actuel est laïc mais tient le plus grand compte des avis du patriarche. On me disait par exemple qu’il n’y avait pas de sex shops  à Moscou parce que le patriarche n’en voulait pas. Le maire de Moscou, Loujkov avait interdit le défilé d’une « gay pride » dans Moscou parce que, disait-il, ce serait une offense envers le patriarche, l’Eglise et ses paroissiens.

          Actuellement, plusieurs villes russes ont pris des arrêtés pour interdire la « propagande homosexuelle » dont le bruit court qu’elle est pilotée par l’Occident pour démoraliser la jeunesse russe. Une loi a par ailleurs interdit la consommation d’alcool et notamment de bière sur la voie publique.

        

Le livre exceptionnel du patriarche Cyrille 1er : la dialectique entre liberté et tradition

           J’ai mieux compris ce qui se passait en Russie lorsque j’ai lu le livre, tout à fait exceptionnel par sa hauteur de vue et le niveau de sa réflexion philosophique, du patriarche Cyrille 1er.

          Celui-ci affirme qu’il faut équilibrer les libertés par des règles éthiques portant sur les devoirs. Sinon, la liberté, sans règle morale, peut déboucher sur la délinquance et le crime comme en Occident.

          En France pour mémoire, le nombre de crimes est délits a quadruplé depuis 1968  alors qu’il était stable depuis 1945  avec 1,5 millions de crimes et de délits. On est à présent à 4,5 millions. Aux Etats-Unis, le nombre de personnes emprisonnées est le plus élevé du monde et il est passé de 500 000  en 1980  à  2, 3 millions en 2006. Le taux de prisonniers américain pour 100 000  habitants est aussi le plus élevé du monde avec le chiffre de 714  contre 100  en France et 64 en Norvège.

         Pour le patriarche, le danger réside dans le fait que la pensée qui ne raisonne qu’en termes de libertés et de droit, exclut totalement l’idée de péché. Il écrit à titre d’exemple (page 81) : « Est-ce que le mariage des homosexuels porte atteinte à votre propre liberté ? Non. Par conséquent, (...) il faut considérer le fait comme normal. Les orthodoxes demandent : pourquoi permet-on de corrompre les gens ? Pourquoi la télévision est-elle libre de diffuser la pornographie ? (..) La réponse est que l’œuvre des producteurs de télévision ne gêne aucunement la liberté du téléspectateur ».

       Cyrille 1er précise : « on prend rarement en considération le fait que le mal est dynamique. Il ne reste jamais dans un cadre prédéfini. Le mal tend toujours à l’expansion : telle est la logique de son existence (..) L’apogée du développement du mal est la mort, le non-être Le mal ne s’arrête pas sans avoir atteint son apogée, le triomphe de l’inexistence. Par conséquent, le monde qui vit selon la loi du péché ne peut avoir d’avenir. Je suis profondément convaincu qu’une des raisons de la chute de l’Empire romain et de la désagrégation de la civilisation de la Rome antique fut la dégradation des mœurs. L’absence de principes éthiques a mis fin au plus grand empire de tous les temps. (..) L’Empire n’a pas perduré et s’est effondré. La raison en est la corruption de l’homme car des hommes corrompus ne peuvent faire fonctionner une société saine ».

        « L’humanisme séculier (occidental) prétend supplanter la religion dans les sociétés contemporaines après avoir adapté ses propres impératifs éthiques aux nécessités égoïstes de l’homme pécheur. Cependant, l’humanisme séculier est incapable de rendre la personne éthiquement autonome. (..) C’est bien ce qu’affirmait Dostoïevski en disant que si Dieu n’existe pas, alors tout est permis ». La pensée du patriarche est proche de celle des philosophes existentiels comme Pascal ou Kierkegaard en Occident et du principal penseur existentiel russe qui est sans conteste Dostoïevski.

Selon Cyrille 1er, les adversaires du Christianisme font désormais appel non pas à la conscience mais aux instincts de l’homme.(...) (p. 85) Ces instincts sont inscrits dans notre nature (...) Sans eux l’homme n’aurait pas survécu (.. .) nous serions morts de faim de soif, n’aurions pas éviter les dangers, n’aurions pas mis d’enfants au monde, etc. Les instincts humains forment ensemble le système d’autopréservation de la vie. Le même système est possédé par les animaux. La différence réside dans le fait que les animaux suivent inconditionnellement les instincts tandis que l’homme est capable des maîtriser en se fondant sur des convictions éthiques ».

         « La publicité, le cinéma, les medias (..) visent l’exploitation des instincts (..) L’homme est transformé progressivement en un esclave de ses instincts, perd ses repères vitaux. L’image de Dieu s’efface en lui, et il cesse d’être homme au sens propre du terme, se réduisant à une sorte d’animal de consommation ». Les jeunes sont les premières victimes de la propagande de la théorie du « tout est permis ».

        L’Occident des libertés, des droits de l’homme et du marché néglige une vertu chrétienne essentielle, celle du don. Or, la famille, le travail, la patrie reposent largement sur la capacité des hommes à se donner aux autres. L’effondrement des valeurs de don devant l’utilitarisme marchand menace la cohésion sociale.

        Selon Cyril 1er, « la contradiction fondamentale de notre époque et le principal défi de la société du 21ème siècle est l’opposition entre les standards libéraux de notre civilisation et les valeurs de l’identité culturelle, religieuse et nationale ». Il plaide pour le style de vie orthodoxe qui « se distingue par son enracinement dans la tradition de l’Eglise ». La foi, écrit-il n’est pas une « connaissance » mais une « vérité existentielle » (comme disent Heidegger et Dostoïevski). C’est la fidélité à la norme religieuse et éthique qui permettra de sauver la liberté face à l’esclavage du péché.

          Les traditions religieuses des différentes religions se rapprochent sur ce point. La science avec la découverte des trois cerveaux reptilien, mammifère et rationnel au sein de l’homme va dans le même sens. Le danger pour l’homme, comme le dit fort bien l’anthropologue Arnold Gehlen, est de devenir esclave de ses instincts reptiliens ou de ses passions affectives de mammifère. L’homme doit pour être libre, triompher du crocodile et du lion qui sont en lui.

Selon le patriarche, le problème actuel est le suivant : « aujourd’hui, il n’existe plus de barrières qui puissent protéger le bien-être spirituel du peuple, leur originalité religieuse et historique face à la diffusion de facteurs socioculturels étrangers et destructifs, face au nouveau mode de vie qui s’est formé indépendamment de toute tradition dans le monde postindustriel. Les fondements de ce mode de vie sont les idées libérales unissant l’anthropocentrisme païen (...) , la théologie protestante et la philosophie juive. A la fin de l’époque des Lumières, ces idées ont pris la forme d’un ensemble de principes libéraux. La Révolution française a été l’étape finale de cette révolution spirituelle et philosophique qui se caractérise par le renoncement au sens normatif de la tradition. (...) Les protestants ont résolu le problème en faveur des droits de l’homme et au détriment de la norme traditionnelle. »

        Le patriarche explique qu’il n’est pas hostile à cette nouvelle liberté. Mais au-delà de cette liberté, «  c’est le domaine du mensonge pernicieux qui commence. (...) La liberté véritable est acquise quand l’homme se délivre du pouvoir obscur des instincts et principes mauvais qui l’accablent (..) le système libéral n’appelle pas à une libération du péché car la notion de péché est inconnue du libéralisme. Les pulsions peccamineuses de l’homme sont admises si elles ne sont pas en contradiction avec la loi et n’empiètent pas sur la liberté d’autrui. La doctrine libérale contient l’idée de l’affranchissement de l’homme pécheur de toute contrainte et par conséquent de l’expression du potentiel de péché contenu dans la personne humaine. L’homme libre a le droit de rejeter tout ce qui le contraint et tout ce qui représente un obstacle à l’affirmation de son ego. Tout cela relève de l’autorité de la personne souveraine, autonome et indépendante. Sur ce point, la doctrine philosophique libérale est diamétralement opposée au christianisme et pourrait même être qualifiée d’antichrétienne. »

        Cyrille 1er   estime que l’on doit pouvoir critiquer cette doctrine sans être diabolisé. Il précise que « les libertés civiles et individuelles y compris la possibilité pour notre Eglise d’exister sans pression extérieure, qui sont une acquisition de la dernière décennie, demeurent à nos yeux des valeurs absolues et ne peuvent être remises en question. »

Il se démarque en cela totalement de l’URSS communiste.

         Mais que faire face à cette liberté qui permet aussi au péché son expansion ? La première réponse est isolationniste mais le patriarche ne croit pas à l’isolement d’une nation, même grande, dans le monde moderne. La deuxième est l’adoption du modèle occidental par les medias, la publicité, l’éducation pour changer la mentalité du peuple. « Cela suppose que la tradition historique et culturelle de notre pays soit tombée en désuétude, que seules les valeurs universelles aient droit à l’existence, que l’uniformisation du monde soit la condition indispensable de son intégration. Il n’y a aucun doute que dans ce cas, les orthodoxes se retrouveront «également dans l’isolement spirituel ».

Peut-on alors « proposer un modèle de conduite et d’organisation sociale qui pourrait assurer la coordination entre les valeurs traditionnelles et les idées libérales ? (...) Si l’idéologie libérale est utilisée comme un mécanisme d’expression et de libération de tous les désirs, si elle provoque l’explosion du principe charnel, si elle pose comme pierre angulaire l’égoïsme humain, si les institutions libérales servent à la légalisation des droits au péché, alors la société, privée de la notion de norme éthique, est condamnée à une mort spirituelle, devenant le champ de déchaînement des passions obscures. D’autre part, sous la pression du péché libéré et triomphant, la société qui accepte un tel système de valeurs sera tôt ou tard conduite à la disparition. Si nous ne le voulons pas, les valeurs libérales doivent être considérées comme admissibles en politique, dans l’économie et la vie sociale à condition de renoncer définitivement à l’affirmation des principes de l’axiologie libérale appliquée à la personne humaine. (...) Si l’idée libérale est aujourd’hui le fondement du développement politique et social de notre pays, alors il est nécessaire, conformément au principe libéral de multipolarité et d’égalité, de lui juxtaposer une politique de promotion, dans le domaine de l’éducation et des relations entre les personnes, du système de valeurs traditionnelles de la Russie. C’est pourquoi la question de la nature de la législation, de l’éducation, de la culture, des relations sociales, de l’éthique, est celle de la préservation de notre civilisation nationale dans le siècle à venir, de la place qu’elle occupera dans la communauté universelle des peuples et de notre survie en tant que peuple orthodoxe. »

         « L’expérience tragique et intolérable de la Russie au 20ème siècle comme cela arrive souvent dans l’histoire, servira au bien de tout le genre humain, lui indiquant les dangers qu’il faut éviter de toutes ses forces. (...) la Russie doit unir harmonieusement l’obéissance à la loi éthique avec la liberté de la personne ».

          En clair, le patriarche pense que la Russie, en raison de son expérience tragique, est mieux placée que d’autres pays pour apporter au monde un nouveau modèle spirituel et social. La science, écrit-il peut maintenant détruire l’humanité tant elle est puissante. La question éthique est donc plus urgente que jamais.

           La question éthique est moins un problème d’intelligence qu’un problème de volonté. « La volonté humaine se trouve entre deux volontés, celle de Dieu et celle du diable (...) C’est l’homme lui-même qui décide dans quel sens il exercera sa volonté. La capacité de diriger sa volonté vers le bien ou vers le mal s’appelle aujourd’hui la liberté ». La valeur de la liberté n’est pas de pouvoir choisir entre le bien et le mal mais dans la capacité à choisir le bien. La valeur de la liberté ne peut donc pas être séparée de l’éthique.

         La tradition russe se rattache à la 6ème novelle de l’Empereur Justinien (6ème siècle). « selon la 6ème novelle, le devoir de l’Etat consiste dans la mise en pratique de la loi divine dans la vie publique et dans la défense de la foi. L’Eglise en revanche est chargée des questions spirituelles et soutient l’Etat dans l’accomplissement de ses fonctions. Cela supposait une certaine autonomie de l’Eglise (...) qui fut réduite par Pierre le Grand en Russie.

          Selon le patriarche, « au 20ème siècle, aussi bien en Europe occidentale qu’en Russie, on assiste au développement du libéralisme qui prend d’ailleurs une direction dangereuse, réduisant la liberté à la possibilité de choisir et donc à celle de choisir le mal. Cela aboutit à un rejet radical du sens normatif de la tradition avant tout religieuse,  et à l’absolutisation du droit de l’individu de définir ce qui est le bien et ce qui est le mal. En pratique, cette absolutisation a donné naissance au relativisme éthique et axiologique qui a trouvé sa plus parfaite expression dans les régimes autoritaires du 20ème siècle où la place de l’individu a été occupée par celle du parti ou de son leader, et dans l’individualisme postmoderne où la liberté de la personne face à toutes les normes éthiques traditionnelles a trouvé un appui dans la législation.

         Le patriarche considère donc les totalitarismes comme le libéralisme éthique comme des conséquences d’une même philosophie de rejet de la tradition.

         Au nom de la liberté, on introduit des normes politiques qui contredisent les traditions religieuses. « Il est proche le temps où un chrétien ou un autre croyant ne pourra plus occuper des postes d’importance publique et entreprendre certaines activités parce qu’il sera exigé de lui ce qu’il ne pourra accomplir sans trahir sa foi. L’exemple le plus connu de l’éventualité d’un tel scénario a été donné récemment par les institutions de l’Union Européenne, lorsque le parlement européen a rejeté la candidature de l’Italien Rocco Buttiglione pour le poste de commissaire à la justice et aux affaires intérieures de la Commission parce qu’il refusait d’admettre l’homosexualité comme norme ».

         « La liberté et l’éthique sont deux catégories de l’anthropologie patristique. Ce qui est très important, c’est que ces deux catégories se trouvent dans un lien indissoluble. L’absolutisation d’une de ces deux catégories aux dépends de l’autre conduit inévitablement à des tragédies sociales. (...) Les droits de l’homme (...) sont des éléments importants de la vie sociale et politique (...). Mais  ce qui est tout aussi important, c’est le respect des normes éthiques et leur prise en compte dans l’élaboration des lois et l’organisation de la politique. Dans cette tâche, l’Eglise orthodoxe peut et doit s’appuyer sur une union qui comprendrait les Eglises chrétiennes et les religions traditionnelles. »

 

Sobornost et démocratie

        Le patriarche se réfère à la notion de « sobornost » développée par les slavophiles du 19ème siècle : « la sobornost était pour eux bien plus que la démocratie. C’était la participation du peuple à la vie du pays ». Khomianov considérait que ce n’était pas seulement le mode de fonctionnement de l’Eglise mais le fondement spirituel de l’organisation de la société. « la sobornost établit l’harmonie entre le principe d’unité sociale et la liberté de la personne par l’amour à l’égard de Dieu et du prochain. C’est l’unité par la participation dans un esprit d’amour qui doit coexister avec la liberté. C’est la démocratie participative orientée vers le bien commun. « Nous pouvons contribuer à la recherche de la sobornost (conciliarité) en réfléchissant et en agissant conformément aux valeurs spirituelles qui unissent notre société même si notre Etat est laïc et si notre société est composée de personnes d’autres confessions. Nos valeurs communes sont la famille, l’amour du pays, l’éthique et le travail honnête. Sur ce point toutes les religions traditionnelles de la Russie, l’orthodoxie, l’Islam, le bouddhisme et le judaïsme s’accordent. D’ores et déjà, l’Eglise orthodoxe russe fait des pas concrets pour contribuer à ce que les questions importantes de la vie de notre pays soient résolues sur le fondement des valeurs traditionnelles. Avec la participation de l’Eglise ont lieu régulièrement les assemblées conciliaires panrusses où les représentants de l’Eglise, des autorités civiles et de diverses catégories sociales élaborent une vision commune des problèmes de la Russie ».

          Cette forme de démocratie veut éviter l’abime de plus en plus grand entre l’état intellectuel et l’état éthique du monde.

          Le patriarche s’appuie beaucoup sur Dostoïevsky : « il voit un danger spirituel dans le déracinement, la solitude et l’isolement. Une liberté solitaire se transforme en possession, en individualisme et peut amener l’homme à l’autodestruction. Dostoïevsky montre bien comment la liberté est capable de réduire l’homme à l’esclavage des idées, des rêves, des passions et le conduire à la violence et à la tyrannie. Ce déracinement périlleux qui nourrit une liberté solitaire est opposé à l’idéal de vie intègre de la personne conservant des liens organiques avec Dieu et l’environnement » (on retrouve cette idée avec le quadriparti de Heidegger). « la liberté ne peut rester elle-même et éviter de se pervertir en un individualisme destructeur que par l’amour mais l’amour ne peut exister que dans un contexte de liberté. Dostoïevsky laisse le dernier mot à l’Eglise dans cette réflexion. Leskov fait écho en disant : « le peuple est heureux là où les justes se multiplient ».

 

La conciliation de la laïcité avec l’identité culturelle nationale (p173)  

        L’Eglise enseigne à bâtir une famille solide, à travailler honnêtement et de manière créative, à aimer son pays, à obéir aux autorités et aux lois, à prendre soin des pauvres (..). Le principe de la liberté de conscience défini par la loi est sans aucun doute important et indispensable. » Mais  il doit coexister avec deux autres principes.

          D’une part, l’égalité des droits des religions doit être assurée mais ne signifie pas l’égalité entre elles : « Il est naturel de prendre en compte le rôle particulier joué par une religion dans l’histoire et la vie actuelle d’un pays et dans la formation des valeurs spirituelles et éthiques de la société. (..) l’Orthodoxie définit notre identité nationale. De ce fait, lorsque l’on parle du principe de liberté religieuse et d’égalité des religions, on ne peut ignorer la contribution de l’Eglise orthodoxe russe à la vie spirituelle et intellectuelle de la Russie ». Les autorités civiles ont donc le devoir d’apporter leur aide en échange (principe de proportionnalité).

         « La législation des régions témoigne de la nécessité d’avoir recours à un autre principe dans la réalisation locale de l’idée de liberté religieuses. Je veux parler de la préservation de l’identité culturelle des peuples de la Russie. L’identité culturelle n’est pas un mot vide. C’est par elle que l’homme est psychologiquement lié à la société et à l’Etat. (..) C’est pour cette raison que l’on parle de la « culture chrétienne » etc. Tous les pays qui tiennent compte de leur identité culturelle prennent les moyens de préserver les traditions locales y compris religieuses. Ainsi, dans certaines villes européennes, il est interdit de construire un bâtiment cultuel en dissonance totale avec le style architectural local. Je crois que c’est une mesure sage. Une telle approche entretient et préserve l’amour du pays, de son histoire, de sa culture (le patriarche cite Zurich). »

          Donc la liberté religieuse doit coexister avec l’exigence de proportionnalité et la préservation de l’identité du peuple. C’est respecter le citoyen et donner un « moyen de protéger la particularité spirituelle, culturelle et historique de notre pays ». Cela pacifie aussi les relations entre les communautés religieuses.

 

La conciliation des droits de l’homme et de l’éthique

       La valeur de la liberté n’est pas contestée mais elle n’est pas l’unique condition pour l’accomplissement de la dignité de l’homme. Que dire d’un drogué, qui s’est drogué librement dans une société qui tolère la drogue, et qui est réduit en esclavage par celle-ci ?

          C’est pourquoi le patriarche déclare : « la philosophie des droits de l’homme sert souvent à justifier les violations des normes éthiques : le culte de la violence, du gain, l’idolâtrie de la consommation, les avortements, l’homosexualité, l’euthanasie, etc. » les criminels peuvent invoquer les droits de l’homme pour couvrir leurs activités (réclamer la liberté du trafic de drogue sous prétexte que le consommateur doit rester libre de faire ce qu’il veut de lui-même).

          La liberté peut aussi déboucher sur le déchirement du tissu social provoqué par les haines sociales ou ethniques. L’unité de ce tissu est aussi importante que la liberté. Pour les Orthodoxes, cette unité vient de la conciliarité (sobornost) et de la participation des citoyens. C’est la participation qui promeut la fraternité.

         Pour Cyril 1er, « l’absolutisation de la communauté au détriment de la liberté conduit au régime totalitaire, tandis que l’absolutisation de la liberté de la personne au détriment de la conciliarité aboutit à l’écroulement de la société et à la dégradation de la personne. L’apport de la Russie au développement des droits de l’homme peut consister dans l’établissement de l’équilibre entre la liberté de la personne et la conciliarité de la société. D’ailleurs la déclaration universelle des droits de 1948 affirme que chaque homme a des devoirs devant la société qui seule permet le développement libre et complet de sa personnalité (..) Pour cette raison, en élaborant le système de défense des droits et des libertés individuelles, nous ne devons pas oublier de prendre des mesures pour affermir les principes éthiques et conciliaires sans lesquels la réalisation de la liberté de la personne est impossible ». Cela signifie qu’il faut équilibrer la liberté par des devoirs liés à l’éthique et à l’identité nationale.

          Dans son important chapitre « droits de l’homme et responsabilité éthique », le patriarche affirme : « d’un côté, les droits de l’homme servent le bien » car ils permettent de résister à la tyrannie et ont permis en Russie de renverser le joug de l’athéisme. « Mais d’un autre côté, (..) les droits de l’homme dissimulent quelquefois le mensonge, l’injustice, le dénigrement des valeurs religieuses et nationales. On  intègre progressivement dans la notion des droits et des libertés de la personne des idées qui contredisent non seulement la conception chrétienne de l’homme mais aussi l’anthropologie éthique traditionnelle. Cette dernière tendance est particulièrement inquiétante, car les droits de l’homme sont appuyés par la force contraignante des Etats qui peut pousser l’homme à commettre le péché, à le tolérer ou à y contribuer en vertu d’un conformisme brutal »

          La formulation actuelle des droits de l’homme a-t-elle valeur universelle ? En Occident, « c’est bien la croissance de l’individualisme, qui explique la détérioration de la démographie et certaines conduites asociales ou amorales ». L’Orthodoxie considère que l’homme doit rechercher à ressembler à Dieu. L’homme pêcheur ne peut tout seul y arriver : il doit choisir entre une bonne et une mauvaise conduite. « La pensée occidentale, depuis Jean-Jacques Rousseau, est convaincue, qu’il suffit de donner à l’homme sa liberté et de lui assurer ses droits pour qu’il choisisse inévitablement le bien. Ainsi, aucune autorité extérieure ne doit lui montrer ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. L’homme définit lui-même les normes éthiques de sa conduite. (...) La conséquence tragique de cette approche anthropocentrique est la naissance dans de nombreux pays d’un système social qui incite au péché et s’éloigne du devoir de contribuer à la croissance spirituelle et éthique de la personne. Les sociétés, dont la notre, se trouvent en face d’un renversement cynique : l’absence d’éthique est justifiée par la doctrine de la dignité de l’homme qui, comme nous l’avion dit, a des racines religieuses ».

          L’homme peut être, dans sa volonté et ses sens, sous l’emprise de pulsions amorales. Les traditions religieuses ont dégagé, à travers les siècles, des normes de distinction du bien et du mal qui ont permis à l’humanité de survivre. Détruire ces traditions comme dans les Révolutions, est fort dangereux et peut ramener la barbarie (voir les travaux scientifiques de Hayek et Gehlen  sur ce sujet.)

          Selon Cyril 1er, « la tradition religieuse contient les critères de distinction entre le bien et le mal. Du point de vue de cette tradition on ne saurait reconnaître comme normes le fait de tourner le sacré en dérision, l’avortement, l’homosexualité, l’euthanasie, et d’autres types de comportements protégés aujourd’hui par les droits de l’homme. Hélas, nous assistons ces derniers temps à l’absolutisation de la souveraineté de l’individu, de ses droits et de ses libertés indépendamment de la responsabilité éthique. Cela succède à l’absolutisation de l’Etat qui caractérisait les temps modernes. Une telle absolutisation peut anéantir les fondements de la civilisation contemporaine et la conduire dans l’impasse. Nous savons que le mépris de la loi éthique a conduit de nombreuses civilisations puissantes à la disparition. L’humanité ne peut vivre en dehors d’un contexte éthique. Aucune loi en elle-même ne permettra de préserver la vitalité de la société, ne mettra fin à la corruption, à l’abus de pouvoir, à la dislocation des familles, à l’augmentation du nombre d’orphelins, à la baisse de la natalité ; à la destruction de la nature, au nationalisme violent, à la xénophobie et au mépris du sentiment religieux. En reprenant la pensée de Dostoïevsky, on pourrait dire que, si l’homme ne se rend pas compte qu’il commet un péché, il pensera toujours que tout lui est permis ».

           La poussée de violence et de délinquance s’explique par le vide éthique dans les medias, les écoles, la politique, l’économie et la culture. Il est indéniable qu’une société dans laquelle l’homme est méprisé et où l’Etat écrase les droits de l’homme ne peut être durable et est antihumaine. De la même façon, n’est plus humaine une société dans laquelle les droits de l’homme deviennent un moyen de mettre en relief l’instinct du mal, de confondre le bien et le mal, d’exclure la notion de péché par une doctrine de l’autonomie et du pluralisme éthiques. Une telle société perd la possibilité d’exercer un ascendant éthique sur la personne. La société civilisée doit garder l’équilibre entre ces deux extrêmes. Elle doit partir du principe que tout homme par essence possède une valeur perpétuelle, mais en même temps est invité à grandir dans sa dignité et à être responsable de ses actes devant la loi et l’éthique ».

Comment garantir le libre choix de l’homme et en même temps soutenir la direction morale de ce choix ? C’est le problème de la teneur de la loi.

« Que se passe-t-il lorsqu’une loi permettant ce genre de comportement (non-conforme à l’éthique) est adoptée ? C’est que ces modes de vie deviennent non plus ceux des minorités qui, de toute façon, avaient déjà fait leur choix, mais alimentent une propagande en leur faveur dans la société. Dans la mesure où le péché est toujours attirant, il embrase très vite des couches plus importantes de la société. D’autant plus rapidement si cette propagande est bien financée et à recours aux moyens modernes d’influence sur l’esprit de l’homme.

          Cyril 1er cite la résolution du parlement européen en 2006 demandant qu’on éduque les enfants dans la tolérance pour l’homosexualité et fixant un jour de fête consacré à la lutte contre l’homophobie. « Qu’en résulte-t-il ? La société est invitée non seulement à respecter le mode de vie d’une minorité mais est contrainte de reconnaître l’homosexualité comme une norme. Autre exemple : la publicité pour les jeux d’argent qui vont ruiner des familles. Bien, sûr, il ne s’agit pas de les interdire. Mais la liberté sans restriction nuit à la société.

           Selon le patriarche, « j’ai essayé d’esquisser les dangers que représentent pour les croyants les prétentions d’une approche unilatérale des droits de l’homme qui n’est pas équilibrée par des normes éthiques à être la seule interprétation possible et universelle de ces droits. Dans ce contexte, les autres traditions n’ont qu’à obéir et à se taire. Cela n’est pas une invention. Je n’exagère pas l’esprit dictatorial des tenants d’une telle lecture des droits de l’homme. »

           Le Conseil de l’Europe (assemblée parlementaire de députés cooptés par les parlements nationaux) en 2005  a voté ceci : « la liberté de la foi est limitée par les droits de l’homme ». La hiérarchie est claire : par exemple on peut condamner une Eglise qui n’accepte pas d’ordonner les femmes prêtres ! Or pour les croyants, leurs normes religieuses sont plus importantes : ils devront donc subir le blâme de la société et la pression de l’Etat !

          L’UNESCO en 2005  a affirmé : « les intérêts de l’individu doivent prévaloir sur ceux de la société ». Le patriarche commente : « Une telle approche est dangereuse si l’homme commence à agir de façon à mettre ses intérêts personnels au dessus de ceux de la société. Cela stimule l’égoïsme et l’individualisme. De son côté, l’Orthodoxie a toujours salué l’amour du prochain, donc de la famille, de la communauté locale, de la patrie. L’homme doit renoncer à son égoïsme pour le bien d’autrui. C’est pourquoi il serait juste de contrebalancer les libertés et les droits de l’homme par la solidarité. » Et il ajoute qu’il ne voit pas pourquoi les orthodoxes devraient plier devant des normes étrangères.

           Il fait appel à la démocratie : « L’Etat ne doit pas définir lui-même ce qui est bien et ce qui est mal mais doit inclure dans la législation des normes éthiques partagées par la majorité de la population. »  Si la société estime qu’il ne faut pas favoriser la passion pour l’alcool, elle peut adopter des normes contre la publicité malfaisante. La liberté est un grand acquis mais il faut préparer les citoyens à en user conformément aux exigences éthiques. Selon Cyril 1er, « c’est l’Etat qui doit assurer cette formation mais en collaboration avec les institutions de la société et les communautés religieuses du pays. » Cette collaboration  doit toucher l’éducation, la santé et l’armée.  Les medias doivent collaborer aussi.  « Pour se disculper les gens de la télévision nous disent qu’une telle production (immorale) se vend facilement ! Bien sûr que le vice se vend facilement parce qu’il est plus facile à consommer pour l’homme enclin au péché. Cela depuis l’Antiquité s’appelle la tentation ».

          Pour l’Eglise, les droits doivent contribuer au perfectionnement de l’homme et non à la justification de son péché. « Il est fort regrettable de voir que le droit des peuples et des groupes ethniques à avoir leur propre religion, leur propre langue, et leur propre culture est limité, que la liberté de la foi et le droit des croyants de mener un autre genre de vie est restreint ». « Nous ne pouvons admettre les manipulations des consciences par des sectes destructrices, le détournement de personnes dans la criminalité, la prostitution, l’esclavagisme, le trafic de drogue. Il faut s’opposer à ces phénomènes parce qu’ils privent l’homme de sa dignité ».

           Le refus de citer l’héritage chrétien dans la constitution de l’Europe montre que « seule la conception libérale humaniste à le droit d’exercer une influence dans le domaine social et public », ce qui est dictatorial.

           Selon le patriarche, « les représentants de l’élite politique libérale ont promis et continuent de promettre au monde la liberté mais en réalité, ils ne se privent d’aucun moyen pour « éduquer » ou « châtier » les sociétés humaines qui voudraient persévérer dans leur propre mode de vie. Voici un exemple : Dans les écoles publiques de beaucoup de pays, dont la Russie, l’idéologie matérialiste et l’humanisme libéral font obligatoirement partie du programme tandis que l’enseignement des valeurs religieuses est soit refoulé, soit admis avec de telles restrictions que les enfants ne peuvent y avoir accès. » On oppose artificiellement religion et science comme si elles étaient du même domaine.

          La société ne peut se limiter aux valeurs séculières. « Dépourvues des concepts de péché et de responsabilité personnelle, ces valeurs ne peuvent mettre fin à la dégradation de la société car elles prônent la liberté de l’homme dégradé, une liberté privée de tout contexte éthique. Une telle liberté se transforme en chaos en défoulement des passions, en destruction des repères moraux dans la vie familiale et sociale de l’homme. Le bonheur de l’Europe doit être instauré sur la reconnaissance que les droits de l’homme, la paix et l’harmonie ne peuvent être réalisés pleinement que lorsqu’un sentiment d’obligation et de responsabilité existe dans un système concret de valeurs. »

           Il y a un conflit « entre le nouvel ordre mondial fondé sur les valeurs non religieuses et celui qui, exploitant les valeurs traditionnelles religieuses, désire établir son propre ordre universel »  d’où le terrorisme. Cela montre qu’un monde fondé sur une idéologie unique n’est pas stable. La religion fait partie de la culture de l’humanité et en est le fondement.

Pour éviter l’affrontement, « il faut lorsque l’on veut appliquer les standards internationaux à tel ou tel pays, considérer les traditions nationales et religieuses (..) Pour éviter les guerres, il est nécessaire de créer des conditions dans lesquelles chaque peuple aurait la possibilité de se développer librement dans le cadre de sa propre tradition religieuse et culturelle ».  

La pensée du patriarche est d’abord religieuse et philosophique mais celle-ci a des implications politiques : l’Eglise peut et doit collaborer avec l’Etat pour mettre en place des lois qui sont conformes à l’éthique et aux traditions culturelles de la Russie. L’Etat est séculier mais il doit reconnaître l’apport des religions à la civilisation et il ne peut ignorer la sensibilité des orthodoxes qui représentent plus de 80%  de la population russe.  Ainsi,  l’implication de l’Eglise dans la politique est conforme au respect des convictions de la majorité du peuple, donc à l’esprit de la démocratie, et même de la démocratie participative ou conciliaire qui est une tradition orthodoxe et russe.

                                                                                                                           Yvan Blot

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statue de nos alliés russes taguée

Monsieur l'Ambassadeur de la Fédération de Russie,
 
je prie votre Excellence, de croire au profond regret, et à la vive indignation du peuple français, 
pour le scandaleux outrage   perpétré à Paris contre la très belle statue offerte par la Russie,
à la mémoire du sacrifice de nos camarades russes, alliés de la Première Guerre mondiale, en Champagne et à Salonique.
 
Ce terrible conflit a anéantit la prééminence de l'Europe sur la scène mondiale, toutes les familles françaises furent durement touchées,
deux de mes grands-oncles périrent pour la France.
nous rappelons avec émotion les efforts et les souffrances du peuple russe (évoqués par Alexandre Soljénitsyne dans "Août 14")
et la fidélité de l'Empire Russe dans l'alliance l'unissant à la France.
Nous savons que, sans l'alliance russe, la France aurait été écrasée dès 1914,
par une armée allemande deux fois plus nombreuse, mieux équipée et alors mieux entraînée que la nôtre.
 
cet affront aux  8000 soldats russes morts en France, dont un cimetière ,entre autres, conserve les corps à Suippes, nous est  inacceptable.
mais les amis des terroristes  islamistes en Syrie  et gauchistes qui participent au gouvernement actuel de mon pays, ont depuis longtemps,
par aveuglement idéologique et posture de “repentance” vis à vis de l’islam, pris
l'habitude d’ être sélectifs , de tolérer les nombreuses profanations des  tombes chrétiennes de nos villages,
dans un silence complice des médias.
 
Dans le cas présent, il est permis de se demander, comme pour le financement de FEMEN dans leurs agressions christianophobes
(en fait "d'ukrainiennes", des "escort girls" françaises très grassement payées à l'heure),
si on ne trouverait pas la main de Monsieur Charles H. Rivkin, derrière une infamie visant à déstabiliser davantage la société française
dans le cadre de son programme du "GRAND REMPLACEMENT" ("Minority engagement strategy").
 
Je me réfère au grand remplacement du peuple chrétien de France par un "califat arabo-islamique" marionnette des USA,
tel que planifié par Mr Rivkin dans son message au Département d'Etat, de janvier 2010, publié par Wikileaks en novembre 2010:
cela a commencé depuis plusieurs années par la distribution de centaines de "bourses d’études aux USA" à
" l’élite des jeunes des quartiers africains du  93”,par l’ambassadeur des US à Paris ( cérémonies annuelles diffusées par l’ ambassade us de Paris)
et ...finira par l'implantation de réseaux terroristes aux mains de "Frères musulmans"; comme en Syrie.
 
Je prie votre Excellence d'agréer l'expression mes respectueux sentiments.
 Philippe de Rostolan

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Un pasteur chrétien décapité par des islamistes en Tanzanie

Une dépêche d’hier d’International Christian Concern(ICC) arrivée sous forme de courriel, rapporte le décès par décapitation du pasteur Mathayo Kachili, de l’Église des Assemblées de Dieu, lundi dernier dans la ville de Buseresere (région de Geita, en Tanzanie). Toute l’affaire a été provoquée par l’ouverture de boucheries par des chrétiens, destinées à vendre de la viande aux chrétiens. On ne voit pas trop, évidemment, où est le problème sinon que la communauté musulmane locale est entrée en ébullition sans doute parce que la viande qui y était débitée n’était pas hallal et qu’on y vendait, peut-être du porc. Qu’importe, dès lors que les musulmans peuvent se ravitailler dans les boucheries musulmanes ? Mais ce n’est pas ainsi que raisonnent les musulmans. Ils exigèrent donc la fermeture immédiate de ces boucheries “impures” et comme on ne déférait pas à leurs demandes, un groupe de jeunes musulmans, qu’on dit appartenir à un groupe extrémiste, attaqua les boucheries chrétiennes vers 9 h du matin jeudi dernier, à coup de gourdins, de bâtons, de couteaux et de machettes, blessant de nombreux chrétiens (au moins une des victimes est toujours en soins inensifs). Apprenant cette attaque, le pasteurMathayo Kachili et d’autres chrétiens se précipitèrent sur les lieux pour repousser les assaillants. Quand les assaillants reconnurent le pasteur, ils l’attaquèrent et le décapitèrent. Le pasteur laisse une femme et plusieurs enfants.

Le Qatar contre l’intervention française au Mali: les élites françaises au pied du mur

Nous avons jugé utile de publier ce communiqué officiel de Marine Le Pen du 18 janvier car nous aurions écrit exactement le même (photo: le président accueille l'émir Al-Thani) :

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 "La dénonciation par le Qatar de l’intervention française au Mali confirme le rôle terriblement pervers de ce pays qui aux quatre coins de la planète soutient les forces islamistes, en particulier en Libye et en Syrie.

Si le Qatar ne veut pas que la France s’engage au Mali, c’est parce qu’elle vise à y déloger les éléments les plus fondamentalistes, alliés de l’émirat partout dans le monde.

Les dirigeants politiques français PS et UMP, devenus ces dernières années les grands amis et défenseurs du Qatar, multipliant les aller-retour dans ce pays au point que Doha est aujourd’hui la capitale de villégiature des élites françaises, doivent maintenant clairement faire leur examen de conscience. Par sottise, aveuglement ou cupidité, ils ne cessent de faire la publicité d’un pays qui joue contre nos intérêts nationaux et pour l’expansion mondiale de l’islamisme radical et violent.

qq.jpegMarine Le Pen dénonce très solennellement la soumission indigne des élites françaises à ce pays, qui en quelques années a multiplié les initiatives pour mettre la France sous tutelle : prises de participation dans des entreprises stratégiques (Lagardère, Total, Vinci, Vivendi, etc.), actions de prosélytisme dans nos banlieues à destination d’une jeunesse d’origine musulmane, pressions très fortes sur notre diplomatie dans le sens d’un soutien aux forces djihadistes en Libye puis en Syrie, armement et financement de ces milices islamistes.

La France doit officiellement prendre ses distances avec le Qatar et dénoncer tout aussi officiellement les pratiques de cet émirat, contraires à ses valeurs, ses traditions, ses principes et ses intérêts." (source)

Seuls les Identitaires ont manifesté contre le rachat de la France morceaux par morceaux par l'émirat islamiste, nous rendant de plus en plus dépendant de ses volontés, c'était en mars 2012 :

 

Les acheteurs de l’église Saint-Éloi suscitent la méfiance et le rejet

Le maire s’opposera au rachat de l’église Saint-Éloi par une confrérie qui tient un discours de rejet dans son appel aux dons. Le diocèse, qui a choisi cet acheteur, reste muet.

Alors que l'appel aux dons de la confrérie Saint-Éloi continue sur le thème « Non pour une mosquée dans l'église Saint-Eloi à Vierzon », le maire confirme ce qu'il avait déjà déclaré lors des Assises de la citoyenneté, le 13 décembre dernier : il ne laissera pas faire cette vente (lire entretien ci-contre).

Olivier Bidou, qui se présente comme grand maître de la confrérie de Saint-Éloi, indique, quant à lui, « recevoir des dons régulièrement, de partout en France », sans préciser le montant déjà engrangé.

Pas de commentaire 
du diocèse

Il explique que « pour éviter la polémique, on ne sollicite pas les donateurs dans le secteur ». « J'ai senti que notre message avait pu être mal reçu, comme si on voulait déclarer une guerre de religion. J'envisage de le modifier », précise Olivier Bidou.

Ces dons sont destinés à réunir la somme de 170.000 euros, prix demandé par le diocèse pour la vente de l'église Saint-Éloi. L'appel est relayé principalement sur internet. Un délai a été accordé à la confrérie, jusqu'en juin. Les propos sont les mêmes que ceux lancés quelques jours seulement après la signature d'un compromis de vente avec le diocèse, le 3 décembre dernier (lire nos éditions des 4 et 14 décembre). Ils avaient dévoilé le vrai visage de la confrérie, menant un combat de défense des valeurs chrétiennes en voulant sauver Saint-Éloi des mains des musulman

Le diocèse, qui avait présenté cet acheteur comme une association laïque, ne souhaite pas faire de commentaires. Le service communication indique seulement « que la communication de la confrérie lui appartient et qu'il faut attendre le mois de juin ». Boumedienne Memmou, l'agent immobilier qui avait fait une offre d'achat, non retenue par le diocèse, au nom d'une partie des musulmans de la ville, avoue ne pas comprendre l'attitude des responsables éclésiastiques : « Pourquoi ont-t-il cédé l'église à ces gens-là ? Les yeux fermés, sans chercher à savoir qui ils sont ? Ça me laisse perplexe car ils ont certaines compétences. »

Au sein de la paroisse, le malaise est perceptible. À la sortie de la messe, à Saint-Jean Baptiste, une autre église de la ville, dimanche dernier, quelques pratiquants ne cachaient pas leur inquiétude ou leur manque d'information, s'en remettant parfois à la volonté de Dieu…

Dans le quartier de l'église Saint-Éloi, les habitants même non pratiquants se disent attachés à cette église. « Mes parents habitaient déjà dans la rue, j'ai vu l'église se construire », se souvient Joël Maquaire. « Et notre fille s'est mariée ici ! » Avec son épouse, il tient surtout à la tranquillité du quartier. Le couple relève que les chrétiens qui s'offusquent aujourd'hui si des musulmans s'installaient dans l'église, sont les mêmes qui, autrefois, délaissaient Saint-Éloi parce que « c'était mieux d'aller en ville ».

Véronique Pétreau

 

L’AMBASSADE EN FRANCE DE PIERRE POTEMKINE EN 1668
Entre, d’une part, le mariage, au XIème siècle, du roi de France Henri Ier avec la princesse Anne, dite Anne de Russie, fille du grand-prince de Kiev, la Russie historique étant alors centrée sur la ville de Kiev, et d’autre part, les manœuvres de rapprochement du tsar Pierre le Grand avec l’Europe occidentale, qui culminent avec son séjour en France au printemps de1717, les relations entre la France et la Russie furent assez décousues. Même si elles ne s’ignorent pas, les deux puissances ont du mal à trouver un terrain où leurs intérêts réciproques puissent être assurés ; quand l’une croit avoir intérêt à se rapprocher de l’autre, c’est celle-ci qui a suffisamment de raisons contraires pour se mettre en position attentiste, et inversement. Liens commerciaux et échanges diplomatiques entre les deux puissances existèrent cependant depuis longtemps ; les Valois, puis Henri IV semblèrent en effet pressentir que le royaume tirerait peut-être quelque profit d’une entente avec la lointaine Moscovie, comme on disait généralement avant le XVIIIème siècle, mais rien n’aboutit jamais à stabiliser une relation qui aurait fait d’elles de véritables partenaires ; l’alliance privilégiée que le royaume de France croyait devoir entretenir pour sa sécurité extérieure avec la Turquie, la Pologne et la Suède, le confrontant irrémédiablement aux intérêts russes, et l’histoire intérieure troublée de la Russie ne facilitant pas la régularité de telles tentatives. Sous Louis XIV, avec le tsar Alexis, père de Pierre Ier, puis sa fille, la régente Sophie, demi-sœur du futur Pierre le Grand, on voit cependant, suivant les fluctuations de la politique russe, plusieurs tentatives de rapprochement. A la visite d’un premier ambassadeur moscovite, en 1654, répond, trois ans plus tard l’envoi d’un ministre français à Moscou. En 1668, c’est le premier voyage en France du prince Pierre Potemkine, voyage renouvelé en 1681. Autre voyage d’un ministre russe en France en 1685, pour annoncer officiellement au roi, après la mort d’Alexis, l’avènement conjoint au trône de ses fils, les demi-frères Ivan et Pierre ; et encore un ambassadeur russe à Paris en 1687. Ces visites sans préjudices d’autres contacts diplomatiques qui, jusqu’aux dernières années du règne de Louis XIV, montrent une lente évolution de la perception de la situation européenne. 
Ainsi, en juillet 1667, dans une tentatives de rapprochement entre son pays et le royaume des lis, le père du futur Pierre le Grand, le tsar Alexis Mikhaïlovitch, qui régnait depuis 1629, prit la décision d’envoyer une ambassade à Louis XIV. Officiellement, il s’agissait d’abord d’annoncer la conclusion de la paix entre la Russie et la Pologne, mais Alexis voulait aussi en profiter pour prendre langue avec l’Espagne, qui figurait alors parmi les puissances de premier plan. Comme chef de la délégation, le choix d’Alexis se porta sur le prince Pierre Potemkine, avec Siméon Roumiantsev et son propre fils, Etienne Potemkine, comme adjoints. Ce voyage nous est bien connu par le récit qui en fut publié en 1855, en français, sous le titre La Russie du XVIIème siècle dans ses rapports avec l’Europe occidentale. Récit du voyage de Pierre Potemkin, envoyé en ambassade par le tsar Alexis Mikhailovitch à Philippe IV d’Espagne et à Louis XIV en 1668. Précédé 1e 27 juin 1668, donc, venant de Madrid, la délégation russe est à Irun, d’où elle dépêche un messager à Bayonne pour annoncer son arrivée et demander que l’on communique sa demande d’audience au roi de France ; les ambassadeurs d’Alexis –disent les instructions données au messager, André Sidorov-, portent une lettre de leur maître, destinée à Louis XIV, « relative à des intérêts d’Etat d’une haute importance pour les rapports de bonne entente et d’amitié fraternelle entre les deux souverains ».Le 2 juillet, l’ambassade s’installe à Bayonne en attendant les instructions de la cour de France. L’attente se prolongeant, Potemkine décide de se déplacer jusqu’à Bordeaux, mais un certain nombre de difficultés administratives contraignent les Russes à résider à Gradignan.Le 31 juillet, enfin, arrive de Paris l’envoyé du roi qui doit les escorter jusqu’à la capitale du royaume. C’est un voyage non sans pittoresque que les Russes entament alors à partir de Bordeaux, par Blaye, Angoulême, Poitiers, Amboise, Blois, Orléans et enfin Bourg-la-Reine où, arrivés le 18 août, ils doivent attendre jusqu’au 21 que le maréchal de Bellefonds amène les carrosses du roi pour leur entrée dans Paris, qui a lieu dans la soirée du même jour. Dans la capitale, où l’atmosphère est à la liesse après les fêtes célébrant l’heureuse conclusion de la paix d’Aix-la-Chapelle, la délégation russe est installée à l’hôtel des ambassadeurs extraordinaires, rue de Tournon, mais leurs audiences eurent lieu au château vieux de Saint-Germain en Laye où la cour résidait principalement depuis le mois de janvier.Avec de pittoresques difficultés protocolaires que Potemkine ne cessa de soulever, l’ambassade fut reçue trois fois par Louis XIV, qui fit tous les efforts possibles pour faciliter les choses : une première fois le 4 septembre où l’ambassadeur Xremit au roi en mains propres la lettre de son maître accompagnée d’une traduction en latin. La réponse du roi fit l’objet d’un incroyable chassé-croisé, Potemkine prétendant toujours qu’elle n’était pas assez respectueuse pour son maître. Selon La Gazette, divers cadeaux furent aussi donnés à Louis XIV : un sabre couvert de pierreries, de « rares fourrures » et de « riches étoffes ». La deuxième audience eut lieu le 8 septembre, et la troisième, l’audience de congé, le 23. De la part de son maître, Potemkine proposa l’échange immédiat d’ambassadeurs et un traité de commerce permettant aux Français d’apporter leurs produits au port d’Arkangelsk ; mais, peut-être, l’Europe connaissant l’intérêt vital que la France attachait au trône de Pologne, le point le plus important de la mission russe était-il de sonder Louis XIV sur le projet d’Alexis de faire élire son fils Fédor à ce trône. Potemkine s’entretint avec les principaux ministres français, Lyonnes, Villeroi, et Colbert, et il reçut une délégation des marchands de Paris qui voulaient savoir quels produits avaient les meilleures chances de plaire aux acheteurs russes. La plupart des produits manufacturés français pouvaient en effet leur plaire, mais Potemkine précisa à ses interlocuteurs qu’il était interdit de faire entrer en Russie l’alcool et le tabac. Pour le tabac, utilisé plutôt en prise, il était l’objet d’une interdiction formelle de la part de l’Eglise russe, qui faisait condamner à l’amputation du nez, ceux qui étaient surpris à l’utiliser, mais Alexis multipliait les efforts pour assouplir ces contraintes. On sait que, dans sa volonté d’occidentaliser le pays et de diminuer le pouvoir de l’Eglise, Pierre le Grand favorisa au contraire l’usage du tabac, allant jusqu’à fumer lui-même la pipe en public. Promenés à travers Paris, qui entamait alors une modernisation à grande échelle, les envoyés russes furent menés à un spectacle de voltige à cheval, et Molière XE "Molière" joua devant eux son Amphytrion, qui venait d’être créé, «avec machines et entrées de ballets», ce dont –dirent-ils– ils furent très contents. Dans son ouvrage, Les Fêtes à la Cour du Roi Soleil Marie-Christine Moine montre l’attrait des étrangers pour la cour de France dont les fêtes «étaient –écrit-elle– sans comparaison avec celles des autres cours d’Europe», et elle ajoute que «la profusion des mets et la richesse de la décoration aux fêtes de cour, fut sans doute à l’origine du mythe de l’abondance, d’une richesse inépuisable et d’une puissance inégalée du Roi de France», tel que Potemkine contribua à le diffuser en Russie, ce qui ne fut sans doute pas étranger à l’attrait que le futur Pierre le Grand éprouva pour ce pays. Comme celui-ci le demanda expressément un demi-siècle tard, Potemkine fut conduit à la manufacture des Gobelins où Le Brun XE "Le Brun" , qui avait alors la haute main sur la vie artistique française et dirigeait effectivement la manufacture, lui fit les honneurs de la visite.Cette fois-là, déjà, l’envoyé du tsar reçut en cadeau pour son maître un exemple des productions du prestigieux établissement : une tenture en cinq pièces à or, récemment terminée, représentant l’histoire de Constantin. Sans doute cette œuvre spectaculaire fut-elle exposée dans la résidence des souverains de Moscou, et l’on peut penser que, tant par la puissance évocatrice du sujet que par sa technique de fabrication, pratiquement inconnue chez les Russes de ce temps, elle marqua l’imagination enfantine de Pierre, suscitant au moins chez lui l’intérêt qu’il manifesta toujours envers l’art de la tapisserie. Revenu pour une seconde mission, en 1681, le même Potemkine reçut de nouveaux cadeaux qui firent encore mieux connaître les créations de l’artisanat parisien : une autre tenture des Gobelins, celle-ci à six pièces représentant des bacchanales, sur des dessins de Jules Romain XE "Romain" , une « boîte à portrait » et de luxueux habits de brocart et d’écarlate.Tout cela avait pu donner l’impression que les deux pays étaient sur la voie d’une forme de reconnaissance mutuelle, voire d’une alliance formelle mais, comme pour les ambassades précédentes, il n’y eut aucune suite concrète. L’ambassade de Potemkine quitta Paris le 16 septembre 1668, après un séjour de trois semaine. Pour son retour, devant se rembarquer à Calais, elle suivit à travers la France du nord le même chemin que Pierre Ier devait prendre lui-même en sens inverse en arrivant, un demi-siècle plus tard.                                                                                                   Philippe Champion

Si l’on voulait «faire russe», on dirait qu’il s’agit du prince Piotr Ivanovitch Potemkine. (d’ailleurs, pour respecter la prononciation russe, il faudrait alors plutôt écrire Patiomkine) Mais je respecte évidemment l’ancien usage de France, qui était d’assimiler les noms étrangers par traduction ou francisation. La mode actuelle, prétendant à une forme de la langue originale, n’est qu’une manifestation de cuistrerie. Dans le cas présent, il serait enfantin et inutile d’écrire, en français, Piotr Ivanovitch Potemkine, indiquant que le prénom du père de ce personnage était Ivan ; explicable et justifiée en russe, où n’existe pas la souplesse des traitements de courtoisie français, cette forme d’appellation ne correspond à aucune de nos catégories.

L’AMBASSADE EN FRANCE DE PIERRE POTEMKINE EN 1668
Entre, d’une part, le mariage, au XIème siècle, du roi de France Henri Ier avec la princesse Anne, dite Anne de Russie, fille du grand-prince de Kiev, la Russie historique étant alors centrée sur la ville de Kiev, et d’autre part, les manœuvres de rapprochement du tsar Pierre le Grand avec l’Europe occidentale, qui culminent avec son séjour en France au printemps de1717, les relations entre la France et la Russie furent assez décousues. Même si elles ne s’ignorent pas, les deux puissances ont du mal à trouver un terrain où leurs intérêts réciproques puissent être assurés ; quand l’une croit avoir intérêt à se rapprocher de l’autre, c’est celle-ci qui a suffisamment de raisons contraires pour se mettre en position attentiste, et inversement. Liens commerciaux et échanges diplomatiques entre les deux puissances existèrent cependant depuis longtemps ; les Valois, puis Henri IV semblèrent en effet pressentir que le royaume tirerait peut-être quelque profit d’une entente avec la lointaine Moscovie, comme on disait généralement avant le XVIIIème siècle, mais rien n’aboutit jamais à stabiliser une relation qui aurait fait d’elles de véritables partenaires ; l’alliance privilégiée que le royaume de France croyait devoir entretenir pour sa sécurité extérieure avec la Turquie, la Pologne et la Suède, le confrontant irrémédiablement aux intérêts russes, et l’histoire intérieure troublée de la Russie ne facilitant pas la régularité de telles tentatives. Sous Louis XIV, avec le tsar Alexis, père de Pierre Ier, puis sa fille, la régente Sophie, demi-sœur du futur Pierre le Grand, on voit cependant, suivant les fluctuations de la politique russe, plusieurs tentatives de rapprochement. A la visite d’un premier ambassadeur moscovite, en 1654, répond, trois ans plus tard l’envoi d’un ministre français à Moscou. En 1668, c’est le premier voyage en France du prince Pierre Potemkine, voyage renouvelé en 1681. Autre voyage d’un ministre russe en France en 1685, pour annoncer officiellement au roi, après la mort d’Alexis, l’avènement conjoint au trône de ses fils, les demi-frères Ivan et Pierre ; et encore un ambassadeur russe à Paris en 1687. Ces visites sans préjudices d’autres contacts diplomatiques qui, jusqu’aux dernières années du règne de Louis XIV, montrent une lente évolution de la perception de la situation européenne. 
Ainsi, en juillet 1667, dans une tentatives de rapprochement entre son pays et le royaume des lis, le père du futur Pierre le Grand, le tsar Alexis Mikhaïlovitch, qui régnait depuis 1629, prit la décision d’envoyer une ambassade à Louis XIV. Officiellement, il s’agissait d’abord d’annoncer la conclusion de la paix entre la Russie et la Pologne, mais Alexis voulait aussi en profiter pour prendre langue avec l’Espagne, qui figurait alors parmi les puissances de premier plan. Comme chef de la délégation, le choix d’Alexis se porta sur le prince Pierre Potemkine, avec Siméon Roumiantsev et son propre fils, Etienne Potemkine, comme adjoints. Ce voyage nous est bien connu par le récit qui en fut publié en 1855, en français, sous le titre La Russie du XVIIème siècle dans ses rapports avec l’Europe occidentale. Récit du voyage de Pierre Potemkin, envoyé en ambassade par le tsar Alexis Mikhailovitch à Philippe IV d’Espagne et à Louis XIV en 1668. Précédé 1e 27 juin 1668, donc, venant de Madrid, la délégation russe est à Irun, d’où elle dépêche un messager à Bayonne pour annoncer son arrivée et demander que l’on communique sa demande d’audience au roi de France ; les ambassadeurs d’Alexis –disent les instructions données au messager, André Sidorov-, portent une lettre de leur maître, destinée à Louis XIV, « relative à des intérêts d’Etat d’une haute importance pour les rapports de bonne entente et d’amitié fraternelle entre les deux souverains ».Le 2 juillet, l’ambassade s’installe à Bayonne en attendant les instructions de la cour de France. L’attente se prolongeant, Potemkine décide de se déplacer jusqu’à Bordeaux, mais un certain nombre de difficultés administratives contraignent les Russes à résider à Gradignan.Le 31 juillet, enfin, arrive de Paris l’envoyé du roi qui doit les escorter jusqu’à la capitale du royaume. C’est un voyage non sans pittoresque que les Russes entament alors à partir de Bordeaux, par Blaye, Angoulême, Poitiers, Amboise, Blois, Orléans et enfin Bourg-la-Reine où, arrivés le 18 août, ils doivent attendre jusqu’au 21 que le maréchal de Bellefonds amène les carrosses du roi pour leur entrée dans Paris, qui a lieu dans la soirée du même jour. Dans la capitale, où l’atmosphère est à la liesse après les fêtes célébrant l’heureuse conclusion de la paix d’Aix-la-Chapelle, la délégation russe est installée à l’hôtel des ambassadeurs extraordinaires, rue de Tournon, mais leurs audiences eurent lieu au château vieux de Saint-Germain en Laye où la cour résidait principalement depuis le mois de janvier.Avec de pittoresques difficultés protocolaires que Potemkine ne cessa de soulever, l’ambassade fut reçue trois fois par Louis XIV, qui fit tous les efforts possibles pour faciliter les choses : une première fois le 4 septembre où l’ambassadeur Xremit au roi en mains propres la lettre de son maître accompagnée d’une traduction en latin. La réponse du roi fit l’objet d’un incroyable chassé-croisé, Potemkine prétendant toujours qu’elle n’était pas assez respectueuse pour son maître. Selon La Gazette, divers cadeaux furent aussi donnés à Louis XIV : un sabre couvert de pierreries, de « rares fourrures » et de « riches étoffes ». La deuxième audience eut lieu le 8 septembre, et la troisième, l’audience de congé, le 23. De la part de son maître, Potemkine proposa l’échange immédiat d’ambassadeurs et un traité de commerce permettant aux Français d’apporter leurs produits au port d’Arkangelsk ; mais, peut-être, l’Europe connaissant l’intérêt vital que la France attachait au trône de Pologne, le point le plus important de la mission russe était-il de sonder Louis XIV sur le projet d’Alexis de faire élire son fils Fédor à ce trône. Potemkine s’entretint avec les principaux ministres français, Lyonnes, Villeroi, et Colbert, et il reçut une délégation des marchands de Paris qui voulaient savoir quels produits avaient les meilleures chances de plaire aux acheteurs russes. La plupart des produits manufacturés français pouvaient en effet leur plaire, mais Potemkine précisa à ses interlocuteurs qu’il était interdit de faire entrer en Russie l’alcool et le tabac. Pour le tabac, utilisé plutôt en prise, il était l’objet d’une interdiction formelle de la part de l’Eglise russe, qui faisait condamner à l’amputation du nez, ceux qui étaient surpris à l’utiliser, mais Alexis multipliait les efforts pour assouplir ces contraintes. On sait que, dans sa volonté d’occidentaliser le pays et de diminuer le pouvoir de l’Eglise, Pierre le Grand favorisa au contraire l’usage du tabac, allant jusqu’à fumer lui-même la pipe en public. Promenés à travers Paris, qui entamait alors une modernisation à grande échelle, les envoyés russes furent menés à un spectacle de voltige à cheval, et Molière XE "Molière" joua devant eux son Amphytrion, qui venait d’être créé, «avec machines et entrées de ballets», ce dont –dirent-ils– ils furent très contents. Dans son ouvrage, Les Fêtes à la Cour du Roi Soleil Marie-Christine Moine montre l’attrait des étrangers pour la cour de France dont les fêtes «étaient –écrit-elle– sans comparaison avec celles des autres cours d’Europe», et elle ajoute que «la profusion des mets et la richesse de la décoration aux fêtes de cour, fut sans doute à l’origine du mythe de l’abondance, d’une richesse inépuisable et d’une puissance inégalée du Roi de France», tel que Potemkine contribua à le diffuser en Russie, ce qui ne fut sans doute pas étranger à l’attrait que le futur Pierre le Grand éprouva pour ce pays. Comme celui-ci le demanda expressément un demi-siècle tard, Potemkine fut conduit à la manufacture des Gobelins où Le Brun XE "Le Brun" , qui avait alors la haute main sur la vie artistique française et dirigeait effectivement la manufacture, lui fit les honneurs de la visite.Cette fois-là, déjà, l’envoyé du tsar reçut en cadeau pour son maître un exemple des productions du prestigieux établissement : une tenture en cinq pièces à or, récemment terminée, représentant l’histoire de Constantin. Sans doute cette œuvre spectaculaire fut-elle exposée dans la résidence des souverains de Moscou, et l’on peut penser que, tant par la puissance évocatrice du sujet que par sa technique de fabrication, pratiquement inconnue chez les Russes de ce temps, elle marqua l’imagination enfantine de Pierre, suscitant au moins chez lui l’intérêt qu’il manifesta toujours envers l’art de la tapisserie. Revenu pour une seconde mission, en 1681, le même Potemkine reçut de nouveaux cadeaux qui firent encore mieux connaître les créations de l’artisanat parisien : une autre tenture des Gobelins, celle-ci à six pièces représentant des bacchanales, sur des dessins de Jules Romain XE "Romain" , une « boîte à portrait » et de luxueux habits de brocart et d’écarlate.Tout cela avait pu donner l’impression que les deux pays étaient sur la voie d’une forme de reconnaissance mutuelle, voire d’une alliance formelle mais, comme pour les ambassades précédentes, il n’y eut aucune suite concrète. L’ambassade de Potemkine quitta Paris le 16 septembre 1668, après un séjour de trois semaine. Pour son retour, devant se rembarquer à Calais, elle suivit à travers la France du nord le même chemin que Pierre Ier devait prendre lui-même en sens inverse en arrivant, un demi-siècle plus tard.                                                                                                   Philippe Champion

Si l’on voulait «faire russe», on dirait qu’il s’agit du prince Piotr Ivanovitch Potemkine. (d’ailleurs, pour respecter la prononciation russe, il faudrait alors plutôt écrire Patiomkine) Mais je respecte évidemment l’ancien usage de France, qui était d’assimiler les noms étrangers par traduction ou francisation. La mode actuelle, prétendant à une forme de la langue originale, n’est qu’une manifestation de cuistrerie. Dans le cas présent, il serait enfantin et inutile d’écrire, en français, Piotr Ivanovitch Potemkine, indiquant que le prénom du père de ce personnage était Ivan ; explicable et justifiée en russe, où n’existe pas la souplesse des traitements de courtoisie français, cette forme d’appellation ne correspond à aucune de nos catégories.

 cardinal Tauran.jpgEt pendant ce temps là le cardinal Tauran (photo) inaugure  le centre du Roi Abdulaziz basé à Vienne destiné à promouvoir la tolérance à l'égard de l'islam en Europe avec la bénédiction du Vatican. Car selon Tauran le problème est  “l’ignorance des gens qui sont contre l’islam" (27.07.2010) qui seraient des paranoiaques, même si le Grand Mufti d'Arabie Saoudite a récemment réclamé la destruction de toutes les églises de la Péninsule Arabe.

Le cardinal en charge des relations avec l'islam Tauran n'avait osé critiquer le Grand mufti pour préserver le dialogue, il ne pipera non plus mot sur cette dernière illustration de la tolérance islamique :

Source : Saudi detains dozens for "plotting to celebrate Christmas", Alakbar, 27 décembre 2012. Extrait traduit par Poste de veille 

"La police religieuse saoudienne a fait une descente dans une maison de la province d’al-Jouf et arrêté plus de 41 invités pour « complot en vue de célébrer Noël », selon une déclaration de la police publiée mercredi soir.  

Cette descente est la dernière d’une série de mesures de répression contre les résidents qui seraient une menace pour les lois religieuses strictes du royaume.

L'hôte de la réception présumée de Noël serait un diplomate asiatique dont les invités comprenaient 41 chrétiens ainsi que deux musulmans saoudien et égyptien. L'hôte et les deux musulmans auraient été en état d’ébriété. Les invités auraient été référés aux «autorités compétentes ». On ne sait pas s’ils ont été libérés.

Le royaume, qui ne reconnaît aucun autre culte que l’islam, interdit les célébrations chrétiennes en public mais demeure ambigu sur les célébrations dans les maisons privées. Le Grand mufti d’Arabie saoudite, cheikh Abdel Aziz Ben Abdallah, avait condamné les «invitations aux célébrations de Noël et aux mariages».

Un membre du Conseil supérieur des savants islamiques d’Arabie saoudite, le cheikh Mohammed al-Othaimin, a récemment interdit de transmettre des vœux aux «hérétiques» pour Noël et les autres fêtes chrétiennes."

 

41 personnes arrêtées pour avoir célébré Noël en Arabie Saoudite

"Poutine veut un monde multipolaire pour contester l’hégémonie américaine"

Syrie, Afghanistan, anciennes républiques soviétiques, BRICS et liens avec l'Otan: les domaines d'intervention de l'actuelle politique étrangère de Vladimir Poutine ne manquent pas. Pour Jean Geronimo, Docteur des Universités à l’UPMF Grenoble, auteur de "La Pensée stratégique russe, Guerre tiède sur l’échiquier eurasien", le président russe nouvellement réélu vise à affirmer "la Russie comme Grande puissance eurasienne soucieuse de défendre ses intérêts nationaux".


Source : L’Humanité.fr


Après l’élection de Vladimir Poutine pour un troisième mandat présidentiel, quelles vont être les principaux enjeux et les priorités de la Russie sur le plan de la politique internationale?


Jean Geronimo. Ces enjeux se réduisent à l’achèvement du retour russe: l’affirmation de la Russie comme Grande puissance eurasienne, soucieuse de défendre ses « intérêts nationaux » – et non plus idéologiques – élargis à l’espace de l’ex-URSS, la Communauté des Etats indépendants (CEI) . Sous la houlette de Vladimir Poutine, la Russie va poursuivre sa stratégie de puissance (derjava), sur la base de l’accélération de son développement économique et militaire (surtout nucléaire) et de sa reprise en main de la CEI, son « Etranger proche », devenue la priorité de sa politique extérieure. Dans le prolongement de la Pérestroïka gorbatchévienne, Vladimir Poutinevise à instaurer une gouvernance mondiale plus équilibrée, intégrant les nouvelles puissances (ré-)émergentes (dont Russie, Chine, Inde) et privilégiant le rôle de l’ONU, comme vecteur du pluralisme démocratique. A terme, l’objectif est de créer un monde multipolaire contestant l’hégémonie américaine.

"Une Russie revancharde qui cherche à défendre ses positions"


Quelles réponses les Russes vont apporter dans les relations américano-russes alors que Barack Obama va se lancer dans la course aux présidentielles?


Jean Geronimo. Dans la mesure où la Russie se sent aujourd’hui plus forte, un durcissement de sa politique américaine semble inéluctable. Vladimir Poutine estime que la Russie a trop reculé depuis la transition post-communiste induite par la disparition de l’URSS, le 25 décembre 1991 . Il voudrait avancer sur 3 dossiers brûlants : le bouclier de l’OTAN, le chaos afghan, l’impasse syrienne. La Russie espère être davantage « écoutée » et, surtout, comprise dans son appréhension des menaces à sa sécurité nationale.

  1. 1. D’abord, elle espère que l’axe OTAN-Etats-Unis révisera sa version « anti-russe » du bouclier anti-missiles, suspectée de poursuivre « l’encerclement ».
  2. 2. Ensuite, elle espère de cet axe une politique plus cohérente en Afghanistan, dans sa lutte contre la drogue et le terrorisme – pour bloquer leur progression vers la CEI.
  3. 3. Enfin, elle prône une approche plus équilibrée au Moyen-Orient, notamment en Syrie, pour éviter la déstabilisation de la région. Sur l’ensemble de ces questions, Moscou espère une réelle prise en compte de ses intérêts.

Globalement, c’est donc une Russie revancharde qui cherche à défendre ses positions contre les velléités expansives de la puissance américaine, avide de la supplanter dans son espace historique. Dans ce but, elle renforcera son contrôle de sa proche périphérie, en vue d’y stabiliser sa domination – via ses structures collectives économiques (Communauté économique eurasienne) et politico-militaires (Organisation de coopération de Shanghai et Organisation du Traité de sécurité collective) – et consolider, ainsi, son glacis sécuritaire.

Désormais, il s’agit pour Vladimir Poutine de neutraliser la stratégie de reflux de la puissance russe, structurellement menée par l’administration américaine depuis la fin de la Guerre froide. Son avancée au cœur de l’ancien Empire soviétique se réalise sur la base de l’extension des révolutions libérales « de couleur », du contrôle des circuits énergétiques et de l’implantation de bases militaires. Elle implique le contrôle des Etats stratégiques – les « pivots géopolitiques » de Z. Brzezinski. Retour vers la Guerre tiède. A terme, la Russie s’efforcera de reconquérir son pré-carré, contre les intérêts américains et, en cela, réactivera les tensions américano-russes.

 

Syrie: "Méfiance face à ces "révolutions" instrumentalisées"


Au Proche Orient, comment expliquez-vous la position russe sur la question syrienne et sur les révolutions arabes?

 
Jean Geronimo. La position de Moscou sur la Syrie exprime, de manière globale, sa méfiance face à ces « révolutions » instrumentalisées, selon elle, par des forces extérieures. La Syrie, qui abrite une base russe, est son dernier bastion dans la région, perçu comme un verrou sécuritaire stabilisateur des tensions frontalières.
Dans la vision russe, les instabilités arabes constituent une menace, déclinée en deux temps. Dans un premier temps elles expriment un recul sensible de la Russie sur l’échiquier arabe. Dans un second temps, Moscou redoute une contagion révolutionnaire dans son espace politique intérieur (Caucase, Oural) et extérieur (Asie centrale), où la population musulmane est courtisée par l’idéologie émancipatrice de l’Islam radical. Cette vague « démocratique »  est encouragée par la puissance américaine, dans la mesure où elle sert son objectif de déstabilisation, donc d’affaiblissement et de démantèlement de la Russie.
Moscou s’oppose à toute ingérence extérieure en Syrie selon le « modèle libyen » d’instrumentalisation de l’ONU, au nom de principes moraux et humanitaires à géométrie variable. D’autant plus qu’elle garde en mémoire le « scénario yougoslave » de 1999, marqué par le bombardement meurtrier de l’OTAN, en violation des règles onusiennes. De ce point de vue, la Syrie sera un symbole fort du retour de la puissance russe et de sa capacité à s’opposer à l’unilatéralisme occidental, via le levier de l’Otan.

 

Vladimir Poutine va-t-il reprendre et développer une politique eurasienne et se rapprocher de Pékin?

 
Jean Geronimo. L’ancrage eurasien de sa politique étrangère est une nécessité vitale pour la Russie, d’une part, pour influencer la gouvernance mondiale et, d’autre part, pour stopper sa marginalisation de la scène mondiale. Cette inflexion a été impulsée dés la fin des années 1990 par E. Primakov, le vieux « soviétique », face au maintien de l’hostilité américaine. Le rapprochement avec la Chine (et l’Inde)s’inscrit dans le cadre d’un partenariat multidimensionnel (économique et stratégique) renforçant l’axe eurasien pour contrebalancer l’hégémonie de la gouvernance mondiale néo-libérale, portée par l’axe américain. Or, si la Chine est un partenaire fiable à court terme, elle deviendra à long terme pour la Russie une source d’incertitudes. En se réarmant de manière accélérée, via sa force nucléaire, la Chine exprimera une menace latente pour la Russie, aggravée par sa stratégie migratoire.

 

Les européistes contre l’Europe, la vraie

Maurice Gendre

Source : Enquête & Débat

Publié le 23/03/2012

 

 

 Moi je dis qu’il faut faire l’Europe avec pour base un accord entre Français et Allemands. (…) Une fois l’Europe faite sur ces bases (…), alors, on pourra se tourner vers la Russie. Alors, on pourra essayer, une bonne fois pour toutes, de faire l’Europe tout entière avec la Russie aussi, dut-elle changer son régime. Voilà le programme des vrais Européens. Voilà le mien”. Charles de Gaulle (Conférence de presse, 1949) 

 

Les peuples européens ont à faire face à “un Islam que sa force encore indomptée pousse de ses territoires surpeuplés vers l’Europe”, à une concurrence économique “des peuples d’Extrême-Orient” et enfin à “une Amérique qui les aliène culturellement”, “qui les rackette économiquement” et “qui les vassalise politiquement”. Jordis Von Lohausen dans la postface écrite en 1995 de Les Empires et la puissance

 

Ce qui est : l’Empire du Rien

Qu’est-ce que l’Europe ?

 

L’Europe est une civilisation, somme des civilisations qui la composent.

Pour qui regarde avec recul une carte du continent, quatre ensembles émergent. Une Europe latine, marquée par la catholicité et, dans une certaine mesure, par le rejet républicaniste de cette dernière (laïcité française, anarchisme espagnol).

Une Europe « anglo-saxonne », ou disons anglo-hollandaise, caractérisée historiquement par la prédominance d’un protestantisme que nous qualifierons pour simplifier de « libéral » (acceptation de la liberté individuelle, encadrée par une véritable mystique de concurrence).

Une Europe germanique, caractérisée historiquement par la prédominance d’un protestantisme que, toujours pour simplifier, nous qualifierons « d’ordo-libéral » (conjonction d’une métaphysique luthéro-réformée inégalitaire et d’une acceptation relative du libre examen).

Une Europe slave, dominée par l’orthodoxie, puis par sa sécularisation parfois inconsciente, mais surtout subie, dans des systèmes à la fois autoritaires et/ou égalitaristes (tsarisme absolutiste, soviétisme).

Ces quatre ensembles possèdent en outre des zones de recouvrement périphérique. Une partie de la Hollande est en réalité germanique. La Scandinavie est caractérisée par l’interpénétration des deux héritages protestants. La Pologne est catholique, donc latine, et pourtant fondamentalement slave. A l’inverse, la Roumanie, principalement orthodoxe, est un pays linguistiquement latin.

Certains pays sont même traversés de façon radicale par une ou plusieurs de ces ruptures anthropologiques. L’exemple le plus frappant étant l’Ukraine, dont la partie occidentale, longtemps dominée par la Pologne, est uniate, de rite orthodoxe mais reconnaissant l’autorité romaine, tandis que la partie orientale est rigoureusement orthodoxe et tournée vers Moscou. La France elle-même est traversée par plusieurs de ces ruptures, même si le temps a largement effacé les lignes de partage, monarchie capétienne et jacobinisme obligent : l’Alsace-Moselle est germanique, par exemple.

Facteur additionnel de diversité (la vraie), l’histoire a engendré au sein des quatre grands ensembles des mécanismes réactionnels complexes qui ont produit, à partir d’un héritage culturel relativement homogène, des variantes très significatives. Le cœur parisien de l’ensemble français s’oppose, par sa tradition laïque ancienne, aux marches profondément catholiques (Vendée). Le sud de l’Espagne et la Catalogne, anarchisants, s’opposent au nord castillan héritier d’une pure tradition catholique autoritaire. L’Allemagne du sud, majoritairement catholique (Bavière), présente des traits presque latins aux yeux d’un Allemand du nord.

 

Paradoxalement, c’est de cette extrême diversité religieuse, culturelle et anthropologique que l’Europe tire son unité. L’existence d’une infinité de variantes capables de se combiner et de se recombiner participe du génie européen. Elle rend impossible la création de fractures irréversibles. Comme il n’existe en réalité aucun grand pays européen homogène sur le plan anthropologique, chaque grand pays « contient » en quelque sorte une partie des autres. C’est particulièrement vrai pour la France, mais pas seulement pour la France.

 

Ce qui a rendu possible ce miracle, ce mariage improbable d’une multitude de variantes apparemment inconciliables, c’est l’existence d’un sous-jacent commun : le socle civilisationnel chrétien, formulation de l’hellénisme dans le cadre du message biblique (Cf. Saint-Thomas d’Aquin). Ce socle civilisationnel implique un ensemble de valeurs communes : la reconnaissance de la personne humaine comme sujet du religieux, donc du politique, porte en germe des idées de démocratie, d’égalité ontologique des êtres humains, et, par conséquent, d’égalité de respect accordée aux citoyens dans la Cité, aux conjoints dans le couple, etc. (1) Même si la notion d’égalité n’a pas la même portée et le même sens selon les variantes culturelles de la civilisation européenne, lorsqu’il s’agit fondamentalement d’une exigence de respect accordé à l’Autre (le vrai), les Européens, entre eux en tout cas, se reconnaissent toujours.

 

L’Europe, la vraie, c’est cela.

 

Qu’est-ce que l’Union Européenne ?

 

Cette Europe s’est progressivement désagrégée à partir de la Première Guerre Mondiale. Elle avait déjà été perturbée (euphémisme) par les guerres de religion et les aventures sanglantes napoléoniennes, mais le « système Europe » s’était malgré tout reconstitué, autour de la conscience partagée de valeurs communes.

 

A partir de 1914, et surtout à partir de 1917, ce « système Europe » s’est disloqué. Les bolcheviks ne reconnaissent pas la valeur de la personne humaine en leur adversaire. Par opposition, ce sont apparemment des non-européens, les nord-américains, qui semblent porteurs d’une exigence accrue de respect, y compris pour leurs adversaires (nous n’entrerons pas ici dans le débat relatif à la sincérité de Wilson). Ensuite, à partir de 1933, et surtout de 1938, les logiques du nazisme viennent contredire totalement les fondamentaux de la civilisation européenne. Le « sous-homme » slave n’est plus un être humain, et, en réponse, l’Armée Rouge démontrera en 1945 qu’elle ne tient pas le respect des populations civiles pour une donnée primordiale.

 

Après le collapsus du « système Europe », un mouvement général se produisit, au niveau des classes dirigeantes, pour faire en sorte que « plus jamais ça ». Dès le départ, ce mouvement fut ambigu : ses instigateurs principaux, messieurs Monnet, Spaak, De Gasperi et Schuman, n’étaient en effet pas nécessairement d’accord sur tout, et leurs mandants propres pouvaient avoir des demandes bien distinctes. Si l’on s’en tient à la version officielle, les motivations de ces pères fondateurs issus de la démocratie chrétienne pour la plupart ne relevaient que de l’universalisme européen.

 

La réalité semble avoir été un peu plus complexe. Prenons les deux Français. Monnet est un ancien haut fonctionnaire, auteur, en 1940, d’un projet d’union franco-britannique, et il joua pendant toute la Seconde Guerre Mondiale un rôle charnière entre Grande-Bretagne et États-Unis. On ne lui connaît pas de liens particulièrement forts avec l’Eglise catholique. Robert Schuman, franco-luxembourgeois de langue allemande, fit partie du premier gouvernement Pétain, avant d’être arrêté par les Allemands pour des raisons obscures. Evadé, il rejoignit la Résistance, dans un de ces parcours incompréhensibles aujourd’hui, mais caractéristiques de l’époque.

 

Un procès en béatification de Robert Schuman a été ouvert par l’Église catholique : Monseigneur Pierre Raffin, évêque de Metz, a autorisé l’ouverture du procès en 1991. En 2004, le procès diocésain a été clôturé. Les documents ont été envoyés au Vatican où la Commission pour la Cause des Saints est en train d’étudier le dossier.

 

Qu’est-ce qui peut bien avoir réuni deux hommes aussi dissemblables ? L’universalisme chrétien ? Peut-être (hum). Une explication un peu plus sérieuse semble avoir été fournie au début de ce siècle par le journaliste du Daily Telegraph Ambrose Evans-Pritchard : Robert Schuman était, au début des années 50, employé par les services secrets américains. Étant donné le parcours de monsieur Monnet pendant la Seconde Guerre Mondiale, il semble bien que nous tenions ici le chaînon manquant…

 

En fait, l’Union Européenne, au berceau, apparaît comme une créature des États-Unis. Les Américains (plus précisément les réseaux Rockefeller) ont pris appui sur le traumatisme de l’Europe, devenue inconsciente d’elle-même, pour la fédérer sous leur coupe. Dès l’origine, c’est bien de cela qu’il s’agit.

 

Vue sous cet angle, l’Union Européenne est un proconsulat de l’Empire américain. Exactement comme César unifia la Gaule pour la dominer, après avoir soigneusement attisé les tensions entre les tribus pour se rendre incontournable, l’Amérique a capté à son profit le besoin que l’Europe, après le collapsus de son système historique, avait de reprendre conscience d’elle-même et de son destin.

 

Dès lors, toute l’histoire de l’Union Européenne peut être vue comme le processus par lequel, à travers de multiples vicissitudes, un continent désuni, privé de son identité structurante, va devoir utiliser, pour se refonder, les structures mêmes de son maître étranger. Avec évidemment, au bout du chemin, une seule vraie question : peut-on retourner contre l’Amérique la ruse par laquelle elle a dupé l’Europe ? Peut-on, après que César a unifié la Gaule, refonder une Gaule indépendante ?

 

En tout cas, ça n’en prend pas le chemin. Depuis qu’elle avance, et se félicite de chaque avancée, l’Europe des « il faut plus d’Europe » ne semble jamais se poser la question de vers où, au juste, elle « avance ». Cet ensemble qu’on pourrait définir comme l’Empire du Rien, même pas capable de s’entendre sur une référence aux valeurs chrétiennes dans un traité constitutionnel européen (TCE), même pas fichue d’assumer une citation de Thucydide dans le préambule dudit TCE, s’est en revanche montrée tout à fait capable « d’avancer », comme son « partenaire » américain l’exigeait, vers l’intégration à marche forcée de pays aussi stables et compétitifs que la Bulgarie et la Roumanie. Pour l’instant, on nous a épargné la Bosnie, mais c’est uniquement parce que les eurocrates n’ont toujours pas trouvé quelqu’un avec qui négocier ! (authentique : la Bosnie souhaite intégrer l’UE, mais Bruxelles doute de l’unicité du pays ! – et quand des Bruxellois ont des doutes sur l’unicité d’un pays…).

 

Ce qui va probablement arriver

 

Dislocation probable de l’Euroland

 

Un doute subsiste sur la genèse de l’Euroland.

 

Une première interprétation serait que les dirigeants européens, une fois la plupart des restrictions au commerce levée par l’OMC, se sont aperçus soudainement qu’il n’existait à vrai dire plus rien qui distingue formellement leur projet d’une simple déclinaison locale du libre-échange global. Dès lors, l’euro aurait été un moyen, pour l’Empire du Rien, de maintenir la fiction de son existence.

 

Une deuxième interprétation, moins crédible car supposant l’existence d’une réflexion stratégique dans les cervelles de messieurs Mitterrand et compagnie, serait que l’euro a été décidé pour arrimer fermement l’Allemagne réunifiée à l’Europe. Le destin a voulu qu’en fin de compte, ce fut l’Europe désunie qu’on arrima à l’Allemagne, mais ceci est une autre histoire.

 

Une troisième interprétation, qui nous paraît pour notre part la plus envisageable, est que l’euro a été pensé dès l’origine comme la matérialisation d’une zone-mark assez étendue pour faire contrepoids au dollar, dans la perspective d’un marché transatlantique unifié, selon les logiques relativement claires et, il faut le reconnaître, assez judicieuses d’un point de vue américain, du sieur Zbignew Brzezinski (lire à ce sujet « Le Grand Échiquier », et la théorie d’un Occident 1 + 1 associant Europe et Amérique du Nord). Là encore, le destin risque d’être facétieux, puisque la grande question du moment est de savoir si le dollar implosera après ou avant l’explosion de l’euro.

 

Quoi qu’il en soit, le caractère irrationnel, pour ne pas dire fictionnel, de l’entreprise « euro » comme monnaie unique, et non simplement commune, saute aujourd’hui aux yeux même des aveugles. On se demande en toute sincérité qui a bien pu avoir l’idée saugrenue de concevoir une politique monétaire unifiée et intégrée pour la Grèce et l’Allemagne. Le simple examen des différentiels de compétitivité croissant depuis 2002 entre l’Europe du nord et l’Europe du sud montre immédiatement qu’on a voulu marier artificiellement et enfermer dans une logique homogénéïsante des pays trop hétérogènes, et même des cultures fondamentalement différentes. En arrière-plan, on trouvera ici de toute évidence une ignorance crasse de ce qu’est véritablement l’Europe, telle que nous l’avons défini au début de ce texte : des valeurs communes appuyées fondamentalement sur l’helléno-christianisme, mais pour le reste, des civilisations diverses.

 

L’explosion de l’euro est désormais une quasi-certitude. Seul un traité uniquement soumis à la voie parlementaire (et surtout pas référendaire), qui permettrait un passage à un fédéralisme fiscal et budgétaire, empêcherait l’inéluctable. Mais si une telle décision était prise, l’UE, une fois encore, prouverait sa dimension antidémocratique, pour ne pas dire tyrannique. Et en outre, même ce fédéralisme budgétaire et fiscal ne résoudrait pas tout. Il y a un moment où on doit comprendre que, peut-être, tout simplement, les sociétés latines ne peuvent pas fonctionner comme des sociétés germaniques – et si on les y oblige, tôt ou tard, la réalité se vengera.

 

Les images de cette femme grecque menaçant de se suicider en sautant de son balcon après avoir appris son licenciement de son administration, licenciement qui ne lui permettra plus de payer les soins de son enfant gravement malade, en disent beaucoup plus long que n’importe quelles données chiffrées ou n’importe quel tableau statistique, sur l’état de faillite morale des élites de ce continent, sur l‘étendue de leur échec et – n’ayons pas peur des mots – sur leur degré de trahison. (2)

 

Tensions probables au sein de l’UE

 

Nécessaire démondialisation et urgence de la réindustrialisation

 

L’incapacité plus ou moins flagrante à organiser un protectionnisme continental, et la volonté manifeste de ne surtout pas laisser les États en organiser un à l’échelle nationale, double-conséquence du “concept-zombie” (se référer au sociologue allemand Ulrich Beck) de libre-échange, s’avère d’ores et déjà suicidaire.

 

Ce refus idéologique des technocrates bruxello-maastrichtiens de laisser les gouvernements ou les Chefs d’Etat (avec l’accord plus ou moins tacite de ces derniers) à mettre en place des mesures de protection, devenues désormais vitales face à la concurrence sud-est asiatique notamment, relève d’une attitude parfaitement mortifère et criminelle pour l’industrie européenne. Y compris allemande. Car la “désinflation compétitive” présentera aussi ses tragiques limites à plus ou moins court terme.

 

Il ne serait donc guère surprenant que l’on assiste dans un avenir plus ou moins proche à des tentatives agressives, unilatérales et sans aucune concertation préalable d’un “retour aux frontières”, pour user de cette expression qui visiblement leur donne des sueurs froides.

 

Autre solution possible : aucune mesure forte et d’envergure n’est prise et la situation pourrit progressivement.

 

Dans ce cas, deux options : apathie générale des populations européennes, lassitude et résignation l’emportent ou au contraire le continent s’embrase avec des insurrections ici et là, une colère de plus en plus vive avec les conséquences dramatiques que l’on peut envisager (recours au terrorisme, stratégie de la tension entretenue par les États et la nomenklatura européiste, émeutes incontrôlables). Bref, ces deux options n’en sont pas.

 

A moins d’accepter que le destin européen n’est plus.

 

Les Européens authentiques et sincères ne devront évidemment jamais accepter un tel état de fait.

 

Fractures identitaires irrémédiables ?

 

La crise aidant, les divisions internes à chaque pays vont probablement se faire sentir plus cruellement encore.

 

Des pays comme l’Espagne avec la Catalogne et le Pays Basque, le Royaume-Uni avec l’Écosse mais surtout la Belgique avec la Flandre vont voir s’accentuer les pressions sécessionnistes et devront se frotter au prurit indépendantiste. Même remarque pour l’Italie avec le Tyrol du Sud (plus connue sous le nom de Haut-Adige ou province autonome de Bolzano) dont quelques responsables politiques de la province ne font plus mystère de vouloir renforcer leur autonomie par rapport à Rome.

 

Tous les pays européens vont également être confrontés plus durement à la problématique (insoluble?) des populations extra-européennes présentes sur leur sol. La composante musulmane n’étant au final qu’un facteur aggravant mais pas la cause première d’un chaos ethnique et communautaire qui pourrait marquer l’acte de décès de l’Europe en fonction de l’ampleur de la déflagration.

 

Le tragique précédent ex-yougoslave ne pousse guère à l’optimisme si une explosion générale de ce type venait à frapper le continent.

 

Le retour des irrédentismes et des pan-nationalismes ?

 

Lors du grand délire anti-hongrois des dernières semaines, les commentateurs “éclairés” ont fustigé et brocardé, avec l’esprit de nuance qu’on leur connaît, les mesures “liberticides” prises par Orban et le Fidesz (alors que BHO et le Congrès promulguaient les paragraphes 1021 et 1022 du NDAA, mais passons…), mais étrangement ont oublié de dénoncer la seule mesure réellement condamnable de cette grande réforme constitutionnelle, en l’occurrence la réactivation de l’irrédentisme hongrois.

 

Une partie de la droite populiste magyare se réfère toujours à la Grande Hongrie et ne reconnaît pas le traité de Trianon (1920). Le Fidesz s’est engagé à accorder le droit de vote aux Hongrois de souche situés en Voïvodine, en Slovaquie ou en Roumanie.

 

Cette décision a très fortement irrité les voisins de la patrie de Saint-Etienne. Est-ce vraiment surprenant ?

 

La Hongrie pourrait faire école dans cette affaire. On peine à croire que la pasionaria des Allemands réfugiés et expulsés des provinces orientales de l’Allemagne et d’Europe de l’Est, la Frau Erika Steinbach, membre de la CDU et femme extrêmement courageuse au demeurant, ne s’engouffre dans la brèche pour réclamer des réparations substantielles, la restitution des biens et remettre en question avec plus de véhémence qu’elle ne l’a déjà fait, la légitimité du tracé de la frontière germano-polonaise. Ce qui ne manquera pas de déclencher une nouvelle fois l’ire des Polonais qui en ont fait leur ennemi juré.

 

Même remarque pour la République tchèque qu’elle agace prodigieusement. Elle a en effet mis en doute à plusieurs reprises le bien-fondé de la réconciliation diplomatique germano-tchèque, là encore pour des motifs frontaliers essentiellement (voir les décrets Benes à ce sujet).

 

Les Allemands étant très largement culpabilisés et s’enfonçant dans une espèce de contrition éternelle, il n’est pas certain que ces récriminations rencontrent beaucoup d’écho au sein de la population, mais parfois les choses peuvent changer extrêmement vite. La crise est en ce sens un accélérateur de transformation et une machine à bouleverser la donne y compris la psychologie collective des peuples.

 

Ces tensions présentent des risques faibles de concrétisation en conflit ouvert, mais lorsque tout se déglingue, plus rien ne devient impossible et il faut dès lors envisager ce qui semble le plus saugrenu et le plus incongru.

 

Comme dit l’adage populaire : “Mieux vaut prévenir etc.”

 

En revanche, les différends entre Polonais et Russes ne vont probablement pas s’apaiser. Depuis la catastrophe aérienne de Smolensk (sur laquelle planent des zones d’ombres), des dirigeants polonais n’ont pas caché leur inquiétude concernant le rapprochement germano-russe et l’itinéraire prévu pour un certain gazoduc…

 

Le “partage de la Pologne” a laissé des traces dans les mémoires polonaises.

 

En cas de découplage États-Unis/Allemagne, les E-U tenteront probablement de s’appuyer sur les autorités libérales polonaises pour conserver une “base” au cœur du continent européen.

 

On peut donc imaginer aisément les conséquences graves qui résulteraient de frictions fortes entre la Pologne et la Russie.

 

Mise sous tutelle accrue par les États-Unis

 

Le risque face au scénario du pire évoqué plus haut est une mainmise étasunienne encore plus prégnante qu’elle ne l’est déjà sur le continent européen.

 

Le parachutage récent d’hommes de Goldman Sachs à des poste-clefs en constitue probablement un signe

 

avant-coureur.

 

Évidemment, il ne faudra guère compter sur Barroso, Ashton ou Van Rompuy pour faire ce qui doit être fait afin d’éviter qu’un tel cataclysme moral et humain n’advienne.

 

Seuls les Allemands pourraient être en mesure de contrecarrer ces plans. Si la haute bourgeoisie industrielle allemande sent que les États-Unis, tels qu’ils sont depuis 1945 touchent à leur fin, elle décidera peut-être de couper le cordon ombilical avant d’être entraînée elle aussi dans la Chute.

 

De tête de pont des États-Unis en Europe, l’Allemagne pourrait ainsi se métamorphoser en passerelle entre la partie occidentale du continent et le Grand-Est.

 

Il s’agirait de l’acte de naissance de l’axe Paris-Berlin-Moscou cher à Henri de Grossouvre pour ne citer que lui. (3)

 

Chine en embuscade

 

Au-delà de la permanente menace étasunienne, la Chine semble également aiguiser ses incisives et n’hésitera pas à se joindre au festin lorsqu’il faudra dévorer l’agneau européen.

 

Le rachat d’une partie des dettes européennes et l’achat d’actifs dans des secteurs déterminants sont à cet égard emblématiques de l’appétit féroce du Vampire du Milieu.

 

La signature d’un contrat de concession de l’ordre de 3,3 milliards d’euros dans le port du Pirée a notamment permis à l’entreprise publique chinoise Cosco de lancer un programme qui a pour objectif de rivaliser avec Rotterdam.

 

Rien de moins !

 

On citera aussi l’affaire baptisée “Pékin sur Shannon”. Il s’agit d’un projet pharaonique. Un groupe d’entrepreneurs chinois espère obtenir l’autorisation de développer un projet de 48 millions d’euros à Athlone, dans le centre de l’Irlande, afin de construire un centre de production d’articles chinois comprenant des appartements, des écoles, des transports ferrés et des usines. Le projet prévoit de faire venir 2 000 travailleurs chinois pour ériger le site – déjà surnommé le “Pékin sur Shannon” – où devraient également travailler 8 000 Irlandais (Source : Daily Telegraph).

 

Ce qui serait souhaitable

 

Éclatement de l’UE pour repartir sur des bases saines

 

Paradoxalement, malgré le dépeçage de la Grèce, par la Commission européenne et la BCE notamment, l’UE bénéficie auprès d’une certaine couche de la population d’un capital sympathie qui ne se dément pas. Pourquoi une telle mansuétude ? Malheureusement, pour un ensemble de raisons extrêmement triviales. Nombre d’Européens se satisfont de l’UE aux seuls motifs que, grâce à Schengen par exemple, ils peuvent traverser les frontières sans attendre une trentaine de minutes à la douane lorsqu’ils partent en vacances chez leurs voisins, ou lorsqu’ils se déplacent dans un pays de l’Euroland ne sont plus obligés de changer la monnaie ou bien encore peuvent s’accorder une année quasi sabbatique pour faire la fête sur un campus universitaire dans le cadre du programme Erasmus.

 

Devant de telles considérations, il y a évidemment de quoi être affligé, mais il en est ainsi.

 

Évidemment, le jour où les Européens se satisferont de l’UE (ou de la structure qui l’aura remplacé) car ils ont pu profiter d’échanges européens consacrés aux œuvres de Mozart, Molière, Dante, Cervantès, Verdi, Cioran, Wilde, Rembrandt, Tarkovski etc. l’Europe aura fait un très grand pas.

 

Inutile de préciser que l’Europe en est très, très loin.

 

C’est seulement lorsque la phase de dislocation sera enclenchée, si phase de dislocation il y a, que les Européens comprendront que l’Union qualifiée par antinomie “d’européenne” ne les protège en rien, n’est qu’une passoire, un nain politique voire une variable d’ajustement et un terrain de jeu pour des puissances confirmées ou émergentes.

 

Si le vernis ne craque pas définitivement, l’Europe-Potemkine continuera à afficher sans vergogne son décor de carton-pâte et le tout avec l’assentiment dramatique des peuples.

 

Seul l’effondrement permettra peut-être aux peuples et Nations d’Europe d’entrevoir dans toute sa laideur le visage de leur bourreau et de ne plus se vautrer dans cette forme insupportable de soumission librement consentie.

 

Une Europe des européens, par et pour les européens

 

Pour renaître l’Europe devra rompre avec l’homogénéisation destructrice, le fonctionnalisme, l’obsession normative, son impéritie diplomatique, sa naïveté économique, sa bureaucratie soviétoïde, sa sujétion face aux puissances d’argent et aux forces mondialistes, sa crédulité désarmante dans tous les domaines, en deux mots avec son inaptitude chronique.

 

Autant dire qu’il y a beaucoup, beaucoup de travail !

 

Les peuples et les Nations qui la composent devront recouvrer leur liberté, en clair leur souveraineté.

 

Toutes les alliances, toutes les coopérations devront être promues et encouragées.

 

Une Europe des cercles concentriques se dessinera probablement de façon intuitive et spontanée, en fonction d’intérêts bien compris et partagés basés sur des considérations diverses (proximité linguistique, géographique, psychologique etc).

 

L’Europe devra développer une économie de puissance dans le cadre de stratégies permettant de faire face à la concurrence déloyale et faussée émanant des autres espaces civilisationnels.

 

Des agences européennes (réellement européennes celles-là contrairement à Airbus!) devront exister dans tous les secteurs primordiaux.

 

L’Europe devra toujours avoir à l’esprit qu’elle doit lutter contre : la submersion migratoire, l’hiver démographique, le déracinement, le libéralisme hors-sol, la Haute finance transnationale, l’hédonisme consumériste, l’absence de sensibilité artistique et de curiosité scientifique, les menaces extérieures de toutes sortes.

 

L’Europe devra toujours avoir à l’esprit qu’elle doit assurer : l’approvisionnement énergétique des peuples en développant les partenariats intra-européens (inter-continentaux faute de mieux), la prospérité en choisissant autant que possible de privilégier les accords économiques entre pays européens (“l’Europe de Reykjavik à Vladivostok”),

 

l’auto-suffisance alimentaire, une agriculture respectueuse des sols et du cycle des saisons, relocalisée et favorisant la réémergence des petites exploitations, une industrie variée et forte et enfin un système de santé gratuit et performant (autant que cela est possible pour la gratuité).

 

L’Europe devra concentrer des efforts particuliers dans le domaine de la Recherche (fondamentale et appliquée), la technologie de pointe, l’aérospatiale, l’aéronautique, la chirurgie de haute précision, le nucléaire de quatrième génération et bien évidemment l’armement (conventionnel ou non).

 

Européens nous avons du pain sur la planche ! Haut les cœurs !

 

Maurice Gendre

 

(1) La médiéviste Régine Pernoud rappelait dès 1975 (voir Pour en finir avec le Moyen-Âge) que durant le millénaire essentialisé sous l’appellation unique de « Moyen-Âge », les femmes détenaient un pouvoir tant religieux que laïc. Dans les assemblées urbaines comme dans les communes rurales, les femmes votaient, tout comme les hommes. La monarchie comportait donc certains éléments propres à une démocratie.

 

(2) La Grèce a doublé en trois ans son taux de suicide. Elle présentait un des taux les plus bas d’Europe en 2008, désormais elle affiche un des plus élevés. Une manifestation-commémoration a également eu lieu le 14 mars en Italie pour rendre hommage aux deux mille patrons de PME qui se sont donné la mort depuis le début de la crise qui frappe la péninsule.

 

(3) On peut également évoquer Jordis Von Lohausen et la réunion de la grande communauté des peuples européens au sein d’un espace continental allant de “Cadix à Vladivostok”, d’une “Europe grand-eurasienne”.

 

Autres citations dans le même registre pour le plaisir :

 

Il faut « créer avec l’accord de l’opinion publique de ses nations, une Union Européenne ayant un poids vis-à-vis de l’extérieur,  à l’intérieur ne portant pas préjudice aux identités nationales, menant une politique sociale et économique cohérente, préservant les libertés individuelles, le droit, la justice, l’égalité des chances et la démocratie ».

 

Helmut Schmidt,« Die Selbstbehauptung Europas », 2000

 

« Mais je crois que l’Europe ne peut à long terme affermir sa réputation de puissant et indépendant centre de la politique mondiale seulement si elle unifie ses moyens avec les hommes, le territoire et les ressources naturelles russes ainsi qu’avec le potentiel économique, culturel, et de Défense de la Russie».

 

Vladimir Poutine, Discours au Bundestag, 25 septembre 2001

 

« L’essentiel, pour jouer un rôle international, c’est d’exister par soi-même, en soi-même, chez soi ». Général de Gaulle, discours de Dakar, 13 décembre 1959.

 

« Il n’y a pas d’Europe européenne, il n’y a pas d’Europe indépendante dans le monde tel qu’il est, s’il ne s’établit pas un axe Paris-Berlin-Moscou, qui est l’axe de l’indépendance européenne ».

 

Jean-Pierre Chevènement, 21 mai 2000, colloque « Mondialisation libérale, Europe, Etats-Nations »

 

“Le fait que les médias et le monde en général accordent autant d’importance à des rencontres entre la France, l’Allemagne et la Russie, qu’on parle même de la formation d’un axe, signifie que ces rencontres sont un instrument efficaces de notre politique extérieure et un facteur de la vie internationale.”

Vladimir Poutine, Strana.ru, 24 août 2005


 

Tragédie de Montauban, l'innocence bafouée

A la suite : Analyse sur les présidentielles de Yvan Blot

 

 

 

« Nous sommes dans une époque où le consentement au pire semble se faire fort aisément, où tout concourt à ce consentement, par passivité, aveuglement volontaire ou non, lâcheté, résignation…

La marche vers l’autodestruction qui hante ce pays (la France) le mène à sa perte doit être arrêtée » (Guy Millière) 

Ce qui impressionne dans les jours qui ont suivi la tragédie de Toulouse et Montauban, c’est qu’après les revendications militaires et antisionistes du terroriste islamiste Mohamed Mehra, l’ensemble de la classe politique et journalistique continue de manifester contre le “racisme et l’antisémitisme” alors que la revendication du principal intéressé et de son groupe terroriste est un acte de guerre contre l’Armée française et contre l’Etat hébreu. Comme cette France invertie passe son temps à baver sur son Armée et à se pincer les lèvres sur le sacrifice des soldats de Tsahal au service de la cause de la liberté universelle contre le camp des Fous d’Allah, l’ensemble de ceux qui parlent en son nom bottent en touche en perpétuant le plus sérieusement du monde l’antienne du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie, espérant bien – mais sans n’oser plus le dire maintenant ! – que le score de Marine Le Pen en pâtira.  Il n’est de pire sourd que celui qui ne veut entendre.

Dans les années 80, pour les attentats de la rue des Rosiers, de la rue Copernic, de la rue Marbeuf, les chiens pouvaient se ruer sans mal sur cette providentielle extrême-droite perpétuellement accusée, par les fabricants d’opinions, d’ourdir tous les complots les plus barbares et les plus insolubles.  Quel désenchantement quand la racaille mondaine découvre que ni le Che, ni Carlos, ni Abou Nidal ne sont encartés au FN ! Mais les malfaiteurs de l’Opinion ne désarment jamais. Ils accomplissent toujours leur sale besogne. Et les instituts de sondage trop heureux d’annoncer aussitôt que Monsieur Mélanchon vient de dépasser Marine Le Pen. Ah ! Comme ils auraient défilé dans toutes les villes et les villages de France et par centaines de milliers si le tueur avait été retrouvé avec une fausse carte de faux adhérent du Front National !

            Bilan éloquent de l’éducation prodiguée à nos « chances pour la France »,  bilan d’un pur produit de cette république qu’ils aiment, corrompue et confite dans la dévotion anti raciste : Repris de Justice 15 fois interpelé, voleur, voyou, pur rejeton de cette religion d’amour, Medah traite cette France au 11/43. Il touchait le RSA.

            Dans l’école juive ce n’est pas en antisémite qu’il agit puisqu’il est sémite lui-même. C’est en terroriste antisioniste. Il tue des enfants avec le même sang-froid que le firent Ben Bella, Bouteflika et Zorah Drif avec des petits algériens chrétiens, juifs et musulmans d’Algérie. On attend toujours de la part de quelques millions de musulmans dits modérés un défilé géant de protestation contre cet islam « qu’ils ne partagent pas ». Quand les musulmans désapprouvent, ils savent le dire… et on les entend ! Or, c’est le silence total de leur part… Pour les 7 morts et le jeune soldat tétraplégique victimes de Mohamel Mehra, soldat d’Allah, la France risque d’attendre longtemps ce désaveu public que des non musulmans certifient le plus fort. Les terrorisés persistent à rendre hommage aux terroristes en ne leur réclamant pas cette manifestation nationale monstre de désaveu universel. Ils leur rendent également hommage en leur montrant leur soumission. Au lieu de se contenter de la revendication claire et nette d’antisionisme et d’anti France, le carnaval des cuistres continue de répéter l’antienne de l’antisémitisme et du racisme. Même après un pareil forfait il est encore question de campagne électorale et de ne pas être capable de la simple exactitude. Mentir sur les attendus d’un terroriste qui les a exprimés par les actes et les paroles, c’est vouloir imprudemment exploiter ce terrorisme.  Ce n’est pas beau du tout.

            Qui sont les apologistes du Terrorisme que Sarkozy veut poursuivre ? Qui sont-ils sinon tous les services de l’Etat français qui entretiennent, de la naissance à la mort, les parasites de l’Algérie algérienne en faillite ?

            Pour camoufler les complicités et parce que les idiots ne peuvent produire que des idioties comme les pommiers des pommes, toute cette faune religieuse, politicienne, associative, se donne rendez-vous devant des monceaux de fleurs, piétinant le sol où périrent les victimes pour s’entendre une fois de plus sur une escroquerie supplémentaire : Mentir, encore et toujours… Parler en chœur du racisme et de l’antisémitisme, parler du nazisme et du terrorisme en général en faisant semblant d’ignorer que ce terrorisme-là qui n’est ni français, ni israélien, ni allemand, ni serbe, ni moldave, est bel et bien le terrorisme musulman qui tue au moins 50 musulmans par semaine dans le monde. C’est ce terrorisme qui tire des scuds sur Israël et dont les médias ne parlent qu’après la riposte de Tsahal.

            Tandis que Mélanchon, Artaud et Poutou étaient absents aux funérailles des soldats martyrs, déserteurs publics de la cause nationale, fraudeurs de la Nation, dignes héritiers de Marchais, de Thorez et de Doriot, la cohorte alignée des politiciens de la Pensée Unique sont venus psalmodier l’antienne du racisme et de l’antisémitisme devant des attentats revendiqués dans les gestes et dans les écrits par son auteur lui-même comme des actes anti Armée Française et anti sionistes. Pourquoi cette persistance dans le négationnisme ?

Pourquoi vouloir persister dans les montages nauséabonds de la rue des Rosiers et Copernic ?

Pourquoi ce refus d’accepter la vérité quand la répartition des funérailles vient signer une troisième fois la nature même de ces attentats qui sont la poursuite d’un acte de guerre de l’islam contre la chrétienté et Israël ?

Pourquoi persister à vouloir profiter de cette horreur, commencée en 1948 dans l’état hébreu naissant et le 1er Novembre 1954 en Algérie, pour pouvoir clamer qu’à la veille de l’identification du coupable, le porteur de valises Mélanchon avait dépassé Marine Le Pen ? Mais qui exploite l’horreur ? « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles »  a écrit Charles Péguy

Ce regard n’est ni le regard du désespoir ni même celui de la vengeance satisfaite. C’est celui qui voit tomber la pluie sans étonnement. Quand les nuages ont longtemps pesé sur le ciel, ils finissent par s’éventrer. Quand on a survécu déjà à un déluge de ce genre, on n’a pas trop de mérite à être un peu prophète. Tant pis pour les jeunes loups et les vieilles buses qui ne veulent rien entendre. Tant pis pour les météorologistes stipendiés qui répètent que c’est la Brise Marine qui contient le collapsus. Le cumulo nimbus qu’elle leur réserve un jour, sera celui d’un autre raz de marée. Pour l’instant ils se contentent encore de mentir et de mentir… Mais, tout se paie. L’Histoire n’est pas pressée. Les exorcistes des fantasmes bruns sont à l’ouvrage. Ils masquent par tous les mensonges possibles le vert et blanc qui envahit aujourd’hui l’espace de notre vie par le vert-de-gris qui restera le spectre de leur héroïsme raté et de leur trouille maquillée.

 

                                                                       José CASTANO

                                                           e-mail : joseph.castano0508@orange.fr

 

« Les Justes meurent comme des chiens ; les crapules ont leur chance. C’est un monde totalitaire déserté par toute transcendance. Le Mal n’y est pas un scandale mais la règle commune. » (Hélie de Saint Marc)

Cliquez sur : Une France collabo prépare la victoire de la France racaille et de la France halal

 

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Sur la terre imprégnée du sang des légionnaires, le soleil ne se couche jamais

 

Dans le cadre du « cinquantenaire » de la fin de la guerre d’Algérie, hommage aux « Seigneurs de la guerre » des unités dissoutes : 1er Régiment Etranger de Parachutistes, 14ème et 18ème Régiment de Chasseurs Parachutistes, Commandos de l’Air et Groupement des Commandos Parachutistes. Conférences données par Joseph CASTANO :

 

« LES SEIGNEURS DE LA GUERRE »

 

De l’Indochine à l’Algérie, la Légion étrangère au combat

L’Odyssée et la fin tragique du 1er Régiment Etranger de Parachutistes en Algérie.

 

Samedi 14 Avril, 10h, Hôtel restaurant « Le Campanile », 30 rue Ratacas – ZI de Plaisance – 11100 NARBONNE (Tel. 04.68.33.24.40). Un déjeuner suivra. Inscriptions au 04.68.32.70.07 (le matin) (Cercle algérianiste)

Mercredi 18 Avril, 18h, Maison pour tous Mélina Mercoury – 842, rue de la Vieille Poste, (Zone du Millénaire, face à IBM) - 34000 MONTPELLIER (Asso « Mémoire de l’Armée d’Afrique)

 - Samedi 28 avril, 16h, Centre culturel, Place du 1er Octobre 1974 (près de la Mairie) – 34280 LA GRANDE MOTTE (Mémoire de l’Armée d’Afrique et Amicale des PN de la GM)

Samedi 19 Mai, 16h, Espace Vauban, salle Vauban - 207, av gen de Gaulle (1ère impasse après la gendarmerie) – 34400 LUNEL (Mémoire de l’Armée d’Afrique et ANFANOMA)

Samedi 26 Mai, 16h, Salle polyvalente – Bd de la démocratie (près de la Police Municipale) – 34130 MAUGUIO (Mémoire de l’Armée d’Afrique)

 

            Toutes ces entrées sont gratuites - Renseignements au 04.67.17.15.58 et 06.84.66.80.07

 

« De l’Indochine à l’Algérie, le conférencier évoque le vécu, l’héroïsme et les sacrifices de ces légionnaires, Fils de France non par le sang reçu mais par le sang versé. Ces soldats-loups à la démarche souple de félins, accoutumés à la chasse et au guet, infatigables dans le chaos minéral de l’Aurès, acceptaient le défi de la guerre dans  les défilés étroits comme des pièges, sur les pitons enneigés ou brûlés par le soleil, dans l’enfer du désert où le monde mort a chassé celui des vivants. Ces hommes, « soldats pour mourir », constituaient le plus beau régiment du mode ; jalousés, admirés et vénérés parce qu’ils étaient capables de mourir avec panache en criant : « Vive la Légion ! »

… Puis il y eut le 22 avril 1961 et le soulèvement des meilleures unités combattantes dont le 1er REP était le « fer de lance »… sa dissolution et celle des plus belles unités parachutistes… l’émouvant adieu de la population de Zéralda à« ses » légionnaires… le « cessez-le-feu » et la fin tragique de l’Algérie française… Le génocide des harkis commençait.

 

- Cliquer sur : LE BOUDIN puis sur le logo de la fenêtre qui s’affiche en bas à gauche.

 

… Et aussi :

 

Jeudi 12 Avril, 18h30 – Restaurant « LE FLAMAN AND CO » - 4, Centre commercial Les Boutiques du Couchant II - 34280 LA GRANDE MOTTE – Grand débat sur « le droit de vote des étrangers » avec l’association « Nous les Francs » et intervention sur le thème « L’Islam et la conquête de l’Occident » - Dîner obligatoire – Renseignements et inscriptions au 06.77.51.66.08 et 06.68.60.20.37

Lundi 14 Mai, 19h30, Hôtel Mercure - 34280 LA GRANDE MOTTE (Cercle Européen) – Thème :« Islam… Religion conquérante » - Dîner obligatoire – Inscriptions au 04.67.69.06.38 et 06.26.06.86.62

7 Samedi 2 Juin, 16h, Centre de vacances AZUREVA, 4, av de la Butte – 34300 CAP D’AGDE - Thème :« Il y a 50 ans… L’Exode »  (Amicale des Anciens Koubéens) Tel. 05.67.00.32.78

8) Samedi 23 Juin, 15h, Auditorium hôtel Novotel ATRIA (à proximité des arènes) – 5, bd de Prague – 30000 NIMES – Thème : « Il y a 50 ans… L’Exode » - Conférence donnée dans le cadre du cinquantenaire organisé par la ville de Nîmes – Entrée gratuite – Renseignements : 04.66.27.76.80

 

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Analyse sur les présidentielles

par Yvan Blot

Le 27 mars 2012

 

L’évolution des sondages montre une fois de plus que la stratégie de polarisation l’emporte sur la stratégie arithmétique pour gagner une élection. Cette dernière postule que pour gagner une élection, un candidat doit mobiliser ses électeurs mais aussi essayer d’étendre son électorat au dépends de l’adversaire : un candidat de droite, comme Marine Le Pen (et avant elle Chirac ou Giscard) va donc vouloir se recentrer et emprunter des thèmes à la gauche : étatisme économique ou au moins social démocratie, laïcité militante, critique lu libéralisme économique, etc..)

 

A gauche, il s’agit de façon symétrique de récupérer des électeurs du centre ou de la droite. C’est ce qu’on fait pendant longtemps les socialistes français tant ils étaient anticommunistes. Hollande a repris cette stratégie perdante : comme il pense que le socialisme mènera la France à l’échec économique (ce qui est vrai) il prend une position centriste agrémentée de quelques réformes symboliques dites sociétales, qui ne coûtent rien aux finances publiques comme le mariage des homosexuels ou le vote des étrangers. 

 

La stratégie de polarisation tient compte de la dynamique électorale. Il faut mobiliser ses électeurs par un discours offensif sans concessions, et ce discours entrainant permet de mobiliser les abstentionnistes d’où un élargissement réel de l’électorat. 

 

C’est ce qu’avait su faire François Mitterrand qui avait compris qu’il fallait mobiliser toute la gauche et c’est lui qui a réussi à prendre le pouvoir. Mélenchon, sur une position très dure, proche de celle des anciens communistes, est son héritier quant à la stratégie. 

 

A droite, Sarkozy utilisa cette stratégie « dure » lors des précédentes élections présidentielles avec succès. Aujourd’hui, il tente de refaire la même opération, mais c’est plus difficile car pendant cinq ans au pouvoir, il a en partie succombé aux sirènes de la stratégie arithmétique en voulant mordre sur la gauche (reprise de la théorie absurde de la double peine pour le renvoi des étrangers illégaux, nominations de ministres venant de la gauche comme Besson ou Kouchner,etc…)

 

Les résultats indiqués par les sondages ne sont nullement surprenants. Sarkozy par sa politique gouvernementale considérée à tort ou à raison comme trop « centriste » par ses électeurs a démarré la campagne avec de mauvais sondages. Il remonte à présent et double Hollande au premier tour  (29,5% pour Sarkozy contre 28%  pour Hollande. Source BVA, baromètre du 22 mars). Sarkozy reprend des points, un peu sur Bayrou et nettement sur Marine Le Pen. 

 

Mélenchon avec son retour à la lutte des classes sans concession fait une percée à gauche au détriment de Hollande. Ainsi, Mélenchon peut espérer doubler Marine Le Pen en intention de votes (plus 5 points en un mois alors que Marine Le Pen perd deux points ; source BVA). Selon BVA (baromètre du 22 mars), Mélanchon fait 15 points contre 13%  pour Marine Le Pen et 12% pour François Bayrou. 

 

Le différentiel est encore faible mais la tendance des courbes depuis un mois est indiscutable : Sarkozy et Mélenchon montent, Hollande et Marine Le Pen baissent. Une fois de plus, les stratégies de « rencentrage » plombent ceux qui les mettent en œuvre. Hollande n’est pas assez à gauche pour reprendre des voix à Mélenchon. Son discours n’est guère audible car il veut donner des gages à l’Union européenne et au grand tuteur américain (défense de l’Europe et du libre échangisme). 

 

Mélanchon joue, comme la gauche depuis toujours sur la jalousie sociale, la haine des « riches », et donc sur la lutte des classes, et c’est payant, surtout dans le contexte culturel français marqué durablement par la Révolution française. Il peut mettre en avant la république et la laïcité : à gauche, c’est mobilisant de façon non équivoque.

 

A droite, Marine Le Pen, soucieuse de se dédiaboliser, a pris un état major venu du socialisme (Collard, Philippot) voire du communisme (Dutheil de la Rochère). Elle a publié un livre centré sur la lutte des classes mondiales et sur la solution étatiste pour la France. Elle ne gagne rien ce faisant et perd lentement mais sûrement, continuellement des points. La fraction plus dure de son électorat (catholiques, monarchistes, conservateurs en matière de mœurs, libéraux à la Thatcher) se détourne d’elle et devient perplexe. Elle peut essayer de se recentrer sur ses fondamentaux (insécurité, immigration) mais n’est-ce-pas déjà fort tard ?

 

Nicolas Sarkozy a repris la recette de ses précédentes présidentielles et gagne des points peu à peu par rapport à Hollande, lequel en perd au profit de Mélenchon. Cela ne suffit pas toutefois à vaincre au deuxième tour. Sarkozy qui fut surnommé par certains (à juste titre semble-t-il), « l’Américain » (il a fait rentrer la France dans l’OTAN) n’hésite pas à aborder des sujets qui fâchent (notamment madame Merkel) en disant qu’il reverra les accords de Schengen pour mieux lutter contre l’immigration : cette audace est payante. Il tente de prendre des points sur Marine Le Pen sur l’insécurité et l’immigration (et aussi sur l’utilisation du référendum, très populaire chez les Français)  et il est mieux positionné qu’elle (plus crédible) sur les sujets économiques et sociaux. Sortir de l’euro, cheval de bataille de Marine Le Pen n’est absolument pas un bon thème électoral. On n’a jamais vu De Gaulle en 1958  faire campagne sur la dévaluation du franc ! Une fois au pouvoir, il l’a fait mais ce n’était pas ce thème débilitant qu’il avait choisi pour mobiliser ses électeurs.

 

En résumé, les bons choix stratégiques ont été fait par Sarkozy et Mélenchon et ils engrangent les résultats correspondants. Les mauvais choix qui troublent leurs électeurs ont été fait par François Hollande (qui reste économiquement correct par rapport à l’Union européenne et à la tutelle américaine) et Marine Le Pen (ultra laïcisme, références historiques de gauche, jusqu’à Danton et Robespierre, sortie de l’euro, anticapitalisme mondial). 

 

Mélenchon risque de passer devant Marine Le Pen qui avait refusé de débattre avec lui parce qu’il était un « petit » candidat ! En matière de laïcité ou d’anticapitalisme, il sera toujours plus crédible qu’elle ! Sarkozy lui, a déjà doublé Hollande au premier tour. Le deuxième tour sera serré !

 

YB