Communiqué du Ministère russe des Affaires étrangères

Ministère des affaires étrangères
Fédération de Russie

 

Moscou est très préoccupé par le conflit israélo-palestinien. Alors que les deux parties ont interrompu leurs négociations politiques il y a près de trois ans, la situation sur le terrain se dégrade continuellement.

Cette impasse dans laquelle se trouve le processus de paix au Moyen-Orient crée un terreau fertile pour les actions unilatérales qui torpillent les perspectives de résolution du problème palestinien selon le plan approuvé par la communauté internationale garantissant une cohabitation paisible des deux États - Israël et la Palestine - ainsi que la sécurité dans les relations de ces deux pays entre eux et avec leurs voisins.

Moscou considère toujours la solution à deux États comme optimale et répondant aux intérêts nationaux des peuples palestinien et israélien, amis de la Russie, ainsi qu'à ceux de tous les pays de la région et de la communauté internationale en général.

Nous confirmons notre attachement aux décisions de l'Onu sur les principes du règlement, y compris concernant le statut de Jérusalem-Est en tant que capitale du futur État palestinien. Nous soulignons dans le même temps que nous considérons, dans ce contexte, Jérusalem-Ouest comme la capitale de l’État israélien. 

Les paramètres concrets de résolution de tout l'éventail des questions relatives au statut définitif des territoires palestiniens, notamment le problème de Jérusalem, doivent être concertés par des négociations directes entre les parties. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu, co-soutien du processus de paix et membre actif du Quartet pour le Moyen-Orient, la Russie continuera d'accorder son soutien aux Israéliens et aux Palestiniens pour qu'ils parviennent aux ententes nécessaires. Nous accorderons une attention particulière à l'assurance d'un accès libre aux lieux sacrés de Jérusalem pour tous les croyants. 

www.ambassade-de-russie.fr


Des mots, des images et des faits

Il est dangereux aujourd’hui de prendre la parole. On risque d’être aussitôt la victime des amalgames, des interprétations fallacieuses et des incriminations délirantes.

 L’opinion est sans cesse confrontée à une information qui n’a pas pour objectif la vérité des faits mais qui n’est qu’une forme insidieuse de propagande.

 Si on veut une fois pour toutes renoncer aux deux poids et deux mesures qui caractérisent cette propagande il faudrait éviter de porter des jugements dictés par des présupposés idéologiques.

Nul être humain normalement constitué ne peut rester insensible devant les images terrifiantes de la destruction des quartiers d’Alep tenus par les groupes djihadistes et les rebelles dits «  modérés » qui n’ont jamais été qu’un mythe.

Mais un massacre n’existe que lorsqu’on le montre.

Aucun téléspectateur occidental n’a jamais vu les victimes déchiquetées par les bombes qui jonchent encore tous les jours les rues des villes et des villages du Donbass.

Aucun téléspectateur n’a vu les images des charniers découverts à Donetsk.

Aucun téléspectateur n’a vu les images du massacre de Baby Yar.

Aucun téléspectateur n’a vu la destruction effroyable de Hambourg et de Dresde par les armées alliées.

 On a depuis longtemps pris notre parti de la destruction de Hiroshima et Nagasaki par les bombes atomiques qui auraient, paraît-il, mis fin à la guerre.

La guerre pourtant avait déjà été gagnée avec le concours de l’armée rouge.

Mais les Japonais eux-mêmes, tombés dans la sphère atlantiste, n’ont garde de s’en souvenir.  

Quant aux images des villes françaises qui ont été bombardées par les mêmes armées alliées, elles appartiennent au passé.  

La victoire sur Hitler, croit-on, était à ce prix.

Aujourd’hui les Russes, les Syriens et les Iraniens pensent que la victoire sur l’Etat islamique est aussi à ce prix.

 Mais les images des hôpitaux d’Alep sous les bombes frappent les esprits parce qu’elles sont actuelles et parce qu’elles sont instrumentalisées à des fins politiques.

Les bombes ont  tué à Alep nous dit-on vingt civils en deux jours.

Mais l’aviation américaine a tué  « par erreur » quatre-vingt six soldats syriens qui combattent Daech, seulement personne n’a vu les images de ce massacre.

 L’aviation américaine a détruit à Kunduz en Afghnistant un hôpital de Médecins sans frontière, mais elle s’est à peine excusée de cette bavure.

Plus récemment, sans tambours ni trompettes, l’aviation américaine a détruit à Idlib en Syrie un autre hôpital de Médecins sans frontières

Et les bombardements de ces hôpitaux n’ont ému personne parce qu’on s’est bien gardé de les montrer.

On vante pourtant la précision des «  tirs ciblés » de l’aviation américaine, en les opposant aux tapis de bombes pratiqués par l’aviation russe.

On ne doit pas confondre les bombes des armées civilisées et celles des armées barbares.

 On a montré sur BFM les images des quartiers d’Alep qui ont été libérés par l’armée syrienne avec l’appui de l’aviation russe.

On y voit des gens heureux, qui se promènent, se reposent, se baignent dans des piscines.

 Ils disent qu’ils ne font plus attention au fracas des bombes : ils y sont habitués.

 Ils sont aussi heureux et détendus que l’étaient les Français après avoir été libérés par les armées alliées.

 Mais les parents des victimes des bombes alliées étaient moins heureux et détendus que ceux qui avaient eu la chance d’échapper au massacre.

 On invoque des raisons stratégiques pour justifier les bombardements des villes allemandes,  des villes françaises, et des villes japonaises.

Et par ces justifications hypocrites on a mis la compassion « entre parenthèses ».

L’information fait le tri entre les poids et les mesures, elle choisit les images qu’il faut montrer et celles qu’il faut cacher.

Les Etats-Unis l’ont bien compris lorsque pendant la guerre du Golfe ils ont intégré les envoyés spéciaux dans les services de leur armée.

On a donc eu le sentiment rassurant que désormais on pouvait faire une guerre «  propre ».

Mais la guerre n’est «  propre » que pour les combattants, ceux qui sont du bon côté, le côté des agresseurs.

 On évite désormais de montrer les victimes de l’autre côté, celui des agressés.

Sauf lorsque cela est rendu nécessaire par la guerre de l’information, par la fabrique de l’information.  

 La tragédie du conflit syrien est une tragédie de ce qu’on appelle la «  real-politique ».

Certes, les Russes ne cachent pas qu’ils ne poursuivent pas des buts humanitaires  en appuyant par leur aviation les combats de l’armée syrienne pour libérer Alep de la terreur islamiste.

Mais  nous sommes tellement formatés par un sentimentalisme hypocrite que nous prenons spontanément le parti de ceux qui sont bombardés, même s’ils sont nos pires ennemis, ceux contre lesquels nos gouvernants ont déclaré « une guerre totale ».

Nous nous réjouissons quand en Irak les aviations de la coalition bombardent les villes tenues par ces mêmes djihadistes.

Et nous nous soucions fort peu des dégâts collatéraux et des victimes civiles.

Nous exaltons «  les bombes humanitaires » comme l’avait fait le président Havel lors de la tragédie yougoslave.

  Il y a «  les bombes humanitaires » qui sont lancées par les amis de l’humanité, et il y a les bombes inhumaines qui sont lancées par les ennemis de l’humanité.

Je doute que ceux qui les reçoivent puissent faire quelque différence.

Mais cela ne compte pas, seul compte l’effet produit sur les téléspectateurs béats et indignés par la barbarie de Bachar El Assad et  de Vladimir Poutine.

La compassion est devenue une arme de destruction massive.

 On a par compassion détruit des pays entiers qui ne méritaient que leur sort, parce qu’ils étaient gouvernés par des tyrans.

Ces tyrans étaient certes des criminels, mais toute proportion gardée, l’état de leurs pays sous leur dictature était infiniment plus vivable que celui auquel on les a réduits quand on a voulu leur apporter les bienfaits de notre démocratie.

 BFM a eu tort d’opposer les images des quartiers d’Alep sous l’affreuse dictature de Bachar El Assad, et les images des quartiers d’Alep encore occupés par les révolutionnaires et les insurgés qui  se battent héroïquement pour renverser le tyran.

 Le camp du mal y apparaissait comme bien plus attrayant que le camp du bien.

 Et cela, de l’aveu des intéressés eux-mêmes, les civils syriens qui semblaient soulagés d’avoir été libérés de l’oppression islamiste.

On pourrait comparer leur réaction avec celle des prisonniers des camps de concentration quand ils ont été libérés par l’armée rouge ou par les armées alliées.

 Il ne viendrait à l’esprit de personne de confondre ces prisonniers avec leurs bourreaux.

C’est pourtant ce qu’on fait aujourd’hui en envoyant des missiles aux glorieux «  insurgés » des quartiers d’Alep, afin qu’ils puissent se défendre contre la barbarie russe.

Imagine-t-on que l’on ait donné des armes aux prisonniers des camps de concentration, non pour se battre contre leurs bourreaux mais pour se défendre contre leurs libérateurs ?

On donne ainsi à l’Etat islamique le statut de victime.

Et on refuse de reconnaître que sans l’intervention russe, la Syrie aurait depuis longtemps basculé dans le chaos où on a précipité l’Irak et la Libye.

 

 

 

 

 


Discours de Dmitri de Kochko lors de la remise del'Ordre de l'Amitié

"Merci M. l'Ambassadeur
Merci à vous tous d'être venus si nombreux. J'y suis très sensible.
Je suis conscient de l'honneur qui m'est fait en m'octroyant cette décoration qui est la plus haute distinction russe pour un étranger. Je remercie la Russie pour cette reconnaissance d'amitié.

Bien sûr, mon cas, comme descendant en troisième génération de mes ancêtres chassés de Russie et accueillis en France – reconnaissance éternelle -, est un peu particulier. Les gens comme moi – on est plusieurs ici – sont perçus comme Russes par les Français et Français par les Russes. Nous-mêmes, nous nous ressentons russes avec les Russes et français avec les Français. C'est donc comme Français que je reçois aujourd'hui cette décoration russe.

Je suis particulièrement content de cette reconnaissance car je la partage en fait et de bon cœur avec tous ceux qui avec moi œuvrent depuis plus de vingt-cinq ans à l'amitié entre la France et la Russie, au niveau de ce qu'on a coutume d'appeler «la diplomatie populaire de terrain». Par le biais des associations qu'on a créées et activées ensemble.
Et d'abord France-Oural , avec Gregori Nekritch et le regretté Andronik Kholian, à l'origine de toute l'aventure Serguei Skopinov et André Bril avec lesquels nous avons fait pendant cinq ans les Lettres d'Oural
Christine Mestre, qui dirige avec brio le Prix russophonie depuis maintenant dix ans et qui m'a présenté Alexandre Zinoviev, à qui je dois une véritable compréhension du fonctionnement de nos sociétés.
Christine Caillon, Alexandre et Ines Keltchewski avec qui nous faisons dans le franco-russe depuis les bancs de l'université avec en mémoire Nicolas Lazarewitch qui nous a transmis toute la subtilité du mot russe "odnako", en matière de presse.
Et toutes celles et ceux qui sont ou ont été membres de France-Oural ou ses salariés, comme Karine Delmont ou aujourd'hui Christine Glachant et Youlia Bushnina.

La Russie pour moi, c'est aussi la russophonie. Pour la Russie, un impératif linguistique et culturel qui exige un partage d'un morceau de son identité et dont il lui reste à prendre conscience. Mais pour nous, francophones, un allié indispensable pour préserver dans le monde dit «globalisé» d'aujourd'hui, une diversité – peut-on dire une biodiversité pour mieux se faire comprendre - linguistique, et donc d'acquit intellectuel qui concerne autant le français que le russe, car tout le monde ne peut uniquement parler et penser dans la langue des aéroports. Encore une raison d'être amis.

Et lа aussi je partage la médaille avec mes complices Irina Krivova, Maxime Gediliaguine et Igor Chpynov – co-fondateurs de l'Union des russophones de France.
Bien sûr, je n'oublie ni le cercle Kondratieff, ni l'Union des associations France-Bien sûr, je n'oublie ni le cercle Kondratieff, ni l'Union des associations France-Russie-CEI, ni Solidarité enfants de Beslan avec Henri Paul Falavigna et la marraine, Irina Gueorguievna Commeau et sa gazette. Ni bien sûr, le dernier né : le forum des Russes de France et le Conseil de Coordination, qui m'a fait l'honneur de m'élire Président d'honneur après cinq ans de présidence tout cours. Nous avons pu aboutir à des réalisations à partir de pas grand-chose, grâce à l'implication de ceux qui ont été élus avec moi dans les Conseils successifs. On continuera avec Michel Grabar.
J'oublie des amis, des gens qui ont œuvré aussi. Mais je ne veux pas oublier de remercier de leur patience devant mon activisme d'amitié franco-russe et vis-à-vis de certains amis russes, ma femme Isabelle et mes enfants Lara et Nicolas. Ils méritent une bonne partie de cette distinction.
Malheureusement, on ne peut éviter d'évoquer aujourd'hui le prix de l'amitié. Pour eux, les Russes, cibles de messages de haine aussi constants qu'immérités dans notre presse, mais aussi pour nous Français et pour l'Europe, qui aujourd'hui a prolongé des sanctions contre la Russie, malgré le vote de notre Parlement et du Sénat. Contre notre intérêt. Mais pas forcément contre celui des Russes qui se voient contraints de produire eux-même, ce qu'ils auraient dû faire depuis longtemps.
Maigre consolation. Le message de haine qui nous vient d'ailleurs et qui jusqu'à présent ne touchait que certaines couches sociales des grandes villes, finit par pénétrer une population plus large. Pour preuve :
- le prix de l'Eurovision où les commentaires sur la chaine d’Etat française a émis des considérations aux relents racistes incroyables contre le concurrent russe qui «sentait le gaz» (pourtant il a chanté en anglais pour plaire!) et qu'il ne fallait surtout pas laisser gagner. La consigne passée au jury avait été entendue, malgré le vote du public. Et la speakrine de se réjouir que Lazarev, le chanteur, «irait au Goulag». Imagine-t-on des tirades pareilles contre n'importe quelle autre nationalité ou religion ou ethnie en France qui se targue de ses lois anti-racistes ?
- C'est la responsabilité collective imputée aux athlètes russes pour le doping de certains : c'est comme si on interdisait à tout cycliste américain de participer au Tour de France parce que Lance Armstrong s'est dopé.
- C'est aussi les supporters russes, dont je ne me risquerais pas à comparer le Q.I avec celui de leurs homologues d'autres pays, qui sont accusés de tous les maux alors que les dégâts les plus importants à Marseille n'ont pas été commis par eux et que leurs alter ego britanniques avaient sifflé l'hymne russe et s'essuyaient ostensiblement les pieds sur le drapeau… On a oublié les réactions quand la Marseillaise avait été sifflée dans un stade ? Les commentaires ont cependant perdu toute mesure а l'égard des Russes…
Et pourtant, ce ne sont pas des Russes qui massacrent au Bataclan, qui tuent un couple de policiers ou coupent la tête d'un chef d'entreprise, comme ceux qui le font en Syrie, où justement les Russes interviennent contre ceux qui tuent chez nous. Notre ancien chef à tous, jusqu'en mai dernier, le général Philip Breedlove, chef d’Etat-major Europe de l'OTAN, nous martelait que l'ennemi c'est le Russe. Ne nous trompons nous pas d'ennemi ?

Tout cela a un effet boomerang pour nous. La déontologie de mon métier de journaliste, que j'ai fait par vocation et dont j'arrive parfois à avoir honte aujourd'hui, est mise en miettes. La morale est soumise à des jugements а géométrie variable, les affaires, pourtant profitables à tous – demandez donc à Auchan, Leroy Merlin, Total ou à nos paysans ce qu'ils en pensent -, souffrent à l'heure où le chômage nous frappe et où la complémentarité entre l'ouest et l'est de l'Europe est évidente et nécessaire.
Mais surtout, le message de haine prépare les gens à une nouvelle guerre inter-européenne. Et ça, on a déjà donné. Et on a payé cher. Les Russes plus encore.

Alors oui, l'amitié au-delà des mots est nécessaire. Elle est indispensable si nous voulons rester nous-mêmes dans le monde.
Merci
Dimitri de Kochko 21 juin 2016"


Rencontre du président russe Vladimir Poutine avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou

Le président russe Vladimir Poutine s'est entretenu avec le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou pour évoquer le règlement du conflit syrien. Le président a ordonné le retrait de la majeure partie du contingent militaire russe de Syrie dès le mardi 15 mars.

Le chef de l’État russe a également chargé le ministère des Affaires étrangères d'intensifier la participation de la Russie à la mise en œuvre du processus de paix en Syrie.

* * *

Vladimir Poutine: Chers collègues, je vous ai invités pour étudier de nouveau le règlement de la crise syrienne. Je propose d'abord au ministre de la Défense de présenter son évaluation des faits. S'il vous plaît. 

Sergueï Choïgou: Monsieur le président!

Conformément à vos ordres, nous avons entamé le 30 septembre dernier notre opération en Syrie. Depuis, nous avons effectué plus de 9 000 vols, lancé pour la première fois des tirs massifs avec des armes dispersées à une distance de plus de 1 500 kilomètres utilisant des missiles air-sol et mer-sol.

Nos frappes ont permis de freiner considérablement voire d'arrêter dans certaines régions l'approvisionnement des terroristes, qui s'adonnaient à un trafic d'hydrocarbures. Nous avons coupé les voies principales de transit des hydrocarbures vers la Turquie, ainsi que les canaux essentiels d'approvisionnement des terroristes en armes et en munitions.

Les terroristes ont été repoussés de la ville de Lattaquié, la communication avec la ville d'Alep a été rétablie, Palmyre est actuellement en blocus: sa libération des groupes armés illégaux qui l'occupent est toujours en cours. On a libéré la plus grande partie des provinces de Hama et de Homs, levé le blocus de la base aérienne de Kuweires - assiégée pendant plus de trois ans - et pris le contrôle de champs pétroliers et gaziers près de Palmyre: ces trois gisements importants ont repris leur fonctionnement normal.

Nous avons également éliminé plus de 2 000 djihadistes sur le territoire syrien, y compris des ressortissants russes, et 17 chefs de guerre. Notre aviation a détruit 209 sites d'extraction, de traitement et de transfert du pétrole, ainsi que 2 912 moyens de transport des hydrocarbures et camions-citernes. 

Le soutien de notre aviation a permis aux troupes syriennes de libérer 400 villes et villages, ainsi que plus de 10 000 kilomètres carrés de territoire. Il s'agit d'une percée dans la lutte contre le terrorisme. 

Les organisations qui ont accepté le cessez-le-feu grâce aux négociations - il en existe aujourd'hui 42 - ainsi que les villes qui ont rejoint le camp de la paix - plus de 40 - agissent pour garantir cette trêve.

Nous avons assuré le respect du cessez-le-feu en impliquant un groupe important de drones - plus de 70 appareils - ainsi que tous les moyens de renseignement, y compris des radars et notre groupe de satellites. 

Je pourrais poursuivre mon rapport, monsieur le président, mais je pense avoir mentionné les résultats principaux pour cette période.

Vladimir Poutine: Merci.

Monsieur Lavrov, qu'en est-il du règlement du conflit par la voie pacifique?

Sergueï Lavrov: Monsieur le président, l'opération de nos forces aérospatiales a non seulement permis d'obtenir des résultats militaires substantiels sur le terrain et de repousser les terroristes, mais a aussi contribué à réunir les conditions nécessaires pour lancer un processus politique.

Nous avons soutenu de manière cohérente le développement du dialogue entre les différentes parties syriennes conformément aux décisions adoptées dès 2012. Nos propositions se sont heurtées à l'absence de volonté de nos collègues sur cette question mais quoi qu'il en soit, la situation a commencé à changer dès le début des opérations de nos forces aérospatiales.

Tout d'abord, nous avons lancé des initiatives en nous basant sur les résultats de vos entretiens avec le président américain Barack Obama: le couple russo-américain a lancé les préparatifs d'une aide plus large aux négociations syriennes. Cela concerne notamment la création du Groupe international de soutien à la Syrie incluant tous les acteurs-clés du dossier, y compris les puissances régionales. Les accords sur les conditions du processus de paix en Syrie, concertées au sein de ce groupe, ont été ensuite adoptés par deux résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu fixant un processus qui s'appuie sur trois facteurs: l'arrêt des hostilités, l'élargissement de l'accès de l'aide humanitaires aux régions bloquées par le passé, et le lancement des négociations intra-syriennes.

Toutes ces décisions, y compris votre dernier accord avec le président Obama, ont permis de relancer aujourd'hui à Genève les négociations intra-syriennes entre les délégations du gouvernement et les groupes d'opposition. Il s'agit d'un travail difficile et on ne sait toujours pas comment tous ces mouvements pourront se réunir à la même table pour négocier. Pour le moment, les responsables de l'Onu travaillent avec tous ces groupes de manière individuelle, mais le processus a déjà débuté et nous avons intérêt à le rendre stable et irréversible.

Vladimir Poutine: La Russie a créé très rapidement en Syrie un groupe militaire réduit mais très efficace, qui allie des forces et des équipements diversifiés - le renseignement spatial, les drones, l'aviation de chasse et d'assaut ou encore les forces de la marine qui ont utilisé des armes très modernes lancées par des navires de surface et des sous-marins depuis la Méditerranée et la mer Caspienne. Nous avons créé un système antiaérien puissant basé sur les systèmes de missiles sophistiqués S-400.

Le travail efficace de nos militaires a permis de réunir les conditions pour lancer le processus de paix. A mon avis, le ministère de la Défense et les forces armées russes ont rempli leurs objectifs en République arabe syrienne.

La participation des militaires russes, du groupe militaire russe, a permis aux troupes syriennes et aux forces patriotiques du pays de changer radicalement la situation dans la lutte contre le terrorisme international, de reprendre l'initiative pratiquement sur tous les fronts, et de réunir - comme je l'ai déjà dit - les conditions nécessaires pour le lancement du processus de paix.

Nos militaires, nos soldats et officiers ont fait preuve de professionnalisme, d'esprit d'équipe, de capacité à organiser ce travail militaire loin de leur pays - puisque nous n'avons pas de frontière commune avec ce théâtre d'opérations. Ils ont travaillé efficacement pendant près de six mois, en assurant l'approvisionnement nécessaire et le commandement des opérations.

A mon avis, le ministère de la Défense et les forces armées russes ont rempli leurs objectifs. C'est pourquoi j'ordonne au ministre de la Défense de lancer demain le retrait du groupement principal de notre contingent en République arabe syrienne. Et je demande également au ministère des Affaires étrangères d'intensifier la participation de la Fédération de Russie à la mise en œuvre du processus de paix visant à résoudre le problème syrien.

Notre base navale de Tartous et la base aérienne russe de Khmeimim conserveront leur régime actuel de fonctionnement. Il faut assurer leur protection sur terre, en mer et dans les airs. 

Cette partie de notre armée se trouve en Syrie depuis des années. Aujourd'hui elle sera chargée d'une mission cruciale: assurer le respect du cessez-le-feu et réunir les conditions nécessaires pour lancer le processus de paix.

J'espère que cette décision sera un bon signal pour tous les belligérants, permettra de renforcer considérablement la confiance entre tous les participants aux processus de paix en Syrie et contribuera au règlement pacifique de la question syrienne.



Source: site officiel du président russe www.kremlin.ru

 


Le 14 mars 2016
 

Site du MAE de Russie


Etiologie du terrorisme

Allocution d’Emmanuel LEROY

 

Etiologie du terrorisme

Pour aller directement au cœur du sujet, soyons clairs, la majorité des actes terroristes commis dans le monde depuis la fin du siècle dernier ont une référence principale, pour ne pas dire unique : l’Islam. En effet, je n’ai jamais entendu parler d’actes de terrorisme orthodoxe ou catholique. Une fois que l’on a dit cela, on a tapé les trois coups, on a levé les rideaux du théâtre, mais on n’a pas encore vu les acteurs, on ne connait pas l’auteur de la pièce, ni le régisseur, ni le metteur en scène, ni les producteurs, ni tous ceux qui dans les coulisses jouent un rôle important pour faire fonctionner le spectacle… Les techniciens du son, de la lumière, des effets spéciaux, surtout les effets spéciaux

Donc, admettons que l’Islam soit le principal vecteur du terrorisme dans le monde. Mais de quel Islam parle-t-on et qui se cache véritablement derrière les marionnettes que l’on agite devant nos

yeux : Ben Laden, Al Qaïda, Al Nosra, l’Etat islamique, Daesh, Boko Haram

Pour que les choses soient claires sur les véritables commanditaires de ces organisations terroristes je voudrais juste vous lire cet extrait du New-York Times du 23 janvier 2016 :

 

« Lorsque le Président Obama a secrètement autorisé la Central Intelligence Agency à commencer à armer les combattants rebelles de Syrie en 2013, l’agence d’espionnage savait qu’elle aurait un

 p artenaire d isp o sé à aider à fin ancer l ’op ération cland estin e. C’était le  même partenaire sur lequel la CIA s’est appuyée pendant des décennies pour son argent et sa discrétion dans les conflits lointains : le royaume d’Arabie saoudite.

  Le so u tien aux reb elles sy riens n’est q u e le chapitre en cou rs d’un e

 relation qu i du re d epu is d es dizaines d’ann ées entre les services  d’espionnage d’Arabie saoudite et les États-Unis, une alliance qui a traversé le scandale Iran-Contra, le soutien des moudjahidines contre les Soviétiques en Afghanistan et les combats par procuration en

 Af riqu e…

 

  « Ils on t co mp ri s q u ’ils on t bes o in de no u s, et n o u s comp reno n s

 q u e no u s avon s b eso in d’eux , » a déclaré Mike Rogers, originaire du Michigan, ancien membre républicain du Congrès

 

 …Les hau ts f o n ctio n n aires n’on t pas révélé le montant de la contribution saoudienne, bien plus importante que celle des autres

 n atio n s, au prog ramme d’a r me ment d es rebelles co n tre l’ar mée du  président Bachar el-Ass ad. Mais on e sti me le coû t total d e l’ar me ment

 et de l’ent raîne me n t à p lu sieu r s milliards de dollars Fin de citation.

 

 

 

 

 

Cela c’est de l’histoire récente alors remontons un peu plus loin dans l’histoire.

Les historiens savent quel est le rôle que les Britanniques ont joué dès le XVIIIème siècle dans l’avènement de la dynastie des Séoud en favorisant son alliance avec la famille Al Wahhab et cela dans le but de protéger la route des Indes, et plus près de nous, mais c’est le même objectif géostratégique qui est poursuivi, avec le pétrole en plus, des liens privilégiés que le Président Roosevelt a tissés en 1945 entre les USA et le royaume wahhabite.

 

N’oublions pas non plus le rôle que les Anglais ont continué à jouer dans la création des Frères musulmans en Egypte dans les années 20


du XXème siècle. Et qu’est-ce que les Frères musulmans, si ce n’est une espèce de franc-maçonnerie islamique destinée sinon à servir, du moins à appuyer les intérêts anglo-saxons, partout où cette confrérie s’est installée. Dans les jeux subtils d’équilibres et de retournements dans lesquels excellent les anglo-saxons, je vous invite à observer ce qui s’est passé en Turquie ces dernières années, où l’on a assisté au remplacement de l’état kémaliste maçonnique (pourtant pro-occidental mais peut-être pas assez anti-russe) par un état islamique dominé par les Frères musulmans.

Les liens des Frères musulmans avec les puissances britannique et américaine sont documentés, et il est évident que les réseaux de cette fraternité islamique ont été utilisés de la Tunisie jusqu’en Syrie et en passant par la Lybie par les services secrets américains et anglais durant les opérations du printemps arabe.

Donc pour résumer tout ce qui précède, si l’Islam est bien au centre de ce qu’il faut bien nommer un environnement terroriste, il est clair à mes yeux qu’il n’en est nullement le vecteur, ni même la cause, mais qu’il en est l’instrument docile et largement manipulé par ses parrains anglo- saxons et qu’il intègre des visées géopolitiques, économiques, militaires, religieuses, culturelles et qui ont pour finalité ultime la domination du monde par ceux qui s’estiment être les seuls capables de le diriger.

Mais toutes ces actions terroristes, ces « révolutions de couleur», ces renversements de régime, ce ne sont que les symptômes aiguës d’une pathologie bien plus grave et bien plus enkystée dans le monde et que j’ai baptisée l’idéologie anglo-saxonne.

Si l’on ne comprend pas les racines des dérèglements profonds que propage la conception du monde occidentale on se met dans la même position que le médecin qui traite les symptômes sans essayer de comprendre l’étiologie de la maladie. Ce que fait le Docteur Poutine en ce moment en Syrie, et nous sommes tous conscients qu’il est obligé de le faire, c’est d’administrer un traitement chimiothérapique massif pour éviter la mort du patient.


Mais nous savons très bien, que les métastases de ce cancer peuvent se retrouver demain n’importe où dans le monde, par exemple en Macédoine ou au Monténégro, dans le Caucase du Nord ou en Moldavie, en Transnistrie ou en Ossétie.

Essayons de comprendre maintenant comment est née cette idéologie anglo-saxonne.

Il est un fait admis que de tout temps, les hommes ont fait la guerre et que les conquêtes, les invasions, les massacres sont inhérents à la nature humaine et aucun peuple sur la terre ne peut se vanter d’être exempt de tout reproche en ce domaine. Que ce soit pour conquérir des territoires ou pour défendre le sien, les hommes font la guerre depuis que le monde est monde et tant qu’on n’aura pas changé la nature des hommes on ne changera pas cet état de fait.

Ce préalable étant posé, cela ne doit pas nous empêcher d’avoir un regard aiguisé sur les réalités historiques et géopolitiques de ces dernières décennies et d’y observer que la plupart des guerres, des coups d’état, des crises ou des révolutions qui se sont déroulés sur la terre entière avaient une origine clairement anglo-saxonne. De la guerre de Corée à celle de Syrie en passant par le Vietnam, l’Iran, l’Angola, le Panama, l’Afghanistan, l’Irak, la Géorgie, l’Ukraine et bien d’autres, l’idéologie anglo-saxonne est là et bien là et les questions cruciales qu’il faut alors se poser sont : qu’est-ce que l’idéologie anglo-saxonne ? D’où vient-elle ?

Qu’est-ce que l’idéologie anglo-saxonne et comment est-elle née ?

Il faut pour cela à mon avis remonter à la période élisabéthaine de la monarchie anglaise, à la fin du XVIème siècle et au début du XVIIème. Cette époque est marquée par les guerres de religion initiées par l’irruption du protestantisme et par l’affrontement de la monarchie française avec la dynastie des Habsbourg sur la scène européenne. En 1600, l’Angleterre ne compte que 4 millions d’habitants quand la France en compte près de 20 millions. Cette faiblesse démographique comparée aux puissances continentales de l’époque, France et empire des Habsbourg et la menace extrême qu’a


représentée la tentative d’invasion de l’Angleterre par l’Invincible Armada du roi d’Espagne Philippe II est probablement à l’origine de la politique suivie depuis lors par les élites britanniques (politique du faible au fort), à savoir provoquer la division et l’affrontement chez tous leurs ennemis potentiels. Leur seul atout est la puissance maritime et il leur faudra l’exploiter à fond, par tous les moyens, notamment la piraterie et le commerce (nous savons avec l’expérience des Varègues que les deux sont souvent liés).

Le grand rêve de puissance et d’hégémonie mondiale des Anglais est né, selon moi, au retour de l’expédition autour du monde du pirate Francis Drake le 26 septembre 1580 où la part du butin volé aux Espagnols et réservée à la reine Elisabeth représentait selon certaines sources une fois et demie le budget annuel du royaume. Pour que vous compreniez bien l’énormité de ce que cela représentait à l’époque, imaginez aujourd’hui, un oligarque russe allant faire des razzias financières sur toutes les places boursières du monde, revenant avec un trésor de 3000 milliards de dollars et l’offrant au Président Poutine en lui disant : « Tenez Vladimir Vladimirovitch ! C’est pour la Sainte Russie ! Faites-en bon usage ! ».

C’est un peu, toutes choses égales par ailleurs, ce qui s’est passé en cette fin du XVIème siècle avec la dernière représentante de la dynastie des Tudor. Imaginez l’exemple auprès des « gentlemen » anglais de voir ce Francis Drake, ce roturier, cette espèce de moujik de la mer, devenir l’un des hommes les plus riches d’Angleterre et qui fut anobli par la reine, après avoir pillé les trésors du royaume d’Espagne. Francis Drake est probablement devenu après ses exploits le modèle à suivre et parmi ses nombreux admirateurs, un en particulier mérite d’être retenu, William Raleigh (cf. controverse Ecole de la nuit), car il est le premier, selon les sources dont je dispose, à avoir conceptualisé l’hégémonie anglo-saxonne sur le monde. En effet, ce gentilhomme, un peu pirate lui aussi, un peu aventurier et qui finit décapité à la tour de Londres, eut le temps d’écrire avant sa mort un ouvrage intitulé en toute simplicité l’Histoire du monde et dans lequel il affirme : « Qui


tient la mer tient le commerce du monde, qui tient le commerce tient la richesse, qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ».

Donc c’est là, à mon avis, à partir de cet exploit de piraterie exceptionnel, qu’est née cette idée de parvenir à la suprématie mondiale par la puissance maritime et l’accaparement des richesses d’autrui.

Mais cette idée s’est transmise de génération en génération à travers les siècles dans le monde anglo-saxon (par deux sources, souvent liées : source exotérique universitaire et source ésotérique franc- maçonnerie), notamment chez le Britannique Mackinder dont la formule maîtresse est « qui tient l’Europe orientale tient le heartland, qui tient le heartland domine l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde » et qui s’est transformée chez l’Américain Spykman dans la formule plus ramassée « Qui contrôle le rimland gouverne l'Eurasie ; qui gouverne l'Eurasie contrôle les destinées du monde ».

Ce qui est extraordinaire c’est qu’à trois siècle de distance, ces trois personnages partagent tous l’idée de domination du monde et c’est là véritablement qu’il faut comprendre la nature profonde de cette idéologie anglo-saxonne : c’est en toute simplicité l’hégémonie totale sur les affaires du monde, ce qu’ils appellent aujourd’hui avec la morgue qui les caractérise la gouvernance mondiale qui n’est que la continuation du Grand jeu dont parlait Kipling, grand franc-maçon devant l’Eternel, au XIXème siècle.

Et dans ce Grand jeu la plupart des grands acteurs de la scène mondiale ont été vaincus les uns après les autres par le petit peuple britannique qui ne comptait que 4 millions d’individus il y a peine 4 siècles et qui a essaimé à travers le monde avec les pseudopodes du Commonwealth et de la grande Amérique : ce qu’ils appellent eux- mêmes les Fives eyes (Royaume-uni, USA, Australie, Canada et Nouvelle Zélande).


 

 

 

Donc, pour résumer mon propos, le terrorisme instrumenté par les anglo-saxons (grande finance, mafias, services secrets et cercles de réflexion) auquel le monde est aujourd’hui confronté, est soit un instrument de déstabilisation partiel (World Trade Center, Charlie Hebdo, attentats de Paris du 13 novembre) créé pour choquer les populations et leur faire accepter des transformations ou des mutations de société qu’elles n’accepteraient pas dans un contexte normal, soit un instrument de déstabilisation total (Libye, Syrie…) destiné à provoquer un changement de régime ou un éclatement d’un pays en plusieurs structures. Les mêmes méthodes de terrorisme « modéré » peuvent être utilisées aussi en manipulant des esprits faibles (Anders Breiviks) pour punir un Etat dont les orientations de politique internationale sont estimées contraires à ce qui devrait être suivi. Il est clair que les attentats que la Russie a connus ces dernières années appartiennent aussi à cette catégorie.

Tant que la matrice de l’idéologie anglo-saxonne existera, ne nous leurrons pas, le monde continuera d’être agité par ces turbulences incessantes.

Face à l’idéologie anglo-saxonne et à son fantasme de domination totale, les peuples libres ne peuvent opposer qu’une altérité totale. Mais il n’y a plus beaucoup de peuples libres sur la terre car le cancer occidental a touché déjà de nombreuses régions du monde.

La Russie fait partie de ces peuples encore libres qui peuvent faire basculer le monde en dehors de l’hégémonie anglo-saxonne.

A condition qu’elle le veuille !

Et pour le vouloir, encore faudrait-il qu’elle développe une vision du monde, puisqu’elle n’aime pas le mot idéologie, une conception du monde qui soit une véritable alternative au système à tuer les peuples. Cette alternative, conservatrice évidemment, doit être énoncée, formulée, développée et proposée au monde dans une perspective


séparée et antagoniste du mode de vie occidental enfermé dans ses contradictions et son idéologie délétère.

 

 

 

La Russie doit trouver en elle-même ses propres ressources, et elle les a, pour se reconstruire selon ses propres valeurs, tourner le dos à tous les matérialismes, qu’ils soient marxiste ou libéral et remettre les puissances de l’argent à leur place. Peut-être est-il temps de fermer la fenêtre ouverte par Pierre le Grand ? La Russie n’est pas en retard par rapport à l’occident.

Elle est, tout simplement, parce qu’elle est la Terre-mère, la matrice, la terre des origines.

Mais pour accomplir cette révolution, bénéfique celle-là, il faudra d’abord que la Russie se débarrasse des scories du système occidental et des nombreux virus que ce dernier a semé ici et que certains appellent la 5ème colonne.

J’ai été très surpris l’année dernière de découvrir à Moscou, sur les bords de la Moskva, dans l’hôtel où nous étions invités avant de partir avec quelques amis dans le Donbass, l’existence d’un World Trade Center ! Un centre mondial du commerce ? ça intéresse qui ? Les Russes ou les traders de Wall Street ?

Et les diableries du Système occidental se nichent parfois dans les détails, notamment juridiques d’une Constitution.

Prenons l’exemple de l’art. 13 de la Constitution russe de 1993 dont le paragraphe 1 dit que « Le pluralisme idéologique est reconnu dans la Fédération de Russie » (je ne suis pas certain que l’idéologie de Navalny ou celle des Femen apportent des choses positives à la Russie) mais dont le paragraphe 2 affirme que, je cite « Aucune idéologie ne peut s'instaurer en qualité d'idéologie d'Etat ».

Autrement dit que la Russie s’interdit d’avoir une vue du monde. Et quand un pays s’interdit d’avoir une vue du monde, c’est-à-dire en


clair, d’avoir sa propre vision du monde, cela signifie qu’il suivra, bon gré, mal gré, l’idéologie dominante, c’est-à-dire celle qui prévaut aujourd’hui, celle de la toute-puissance de l’argent.

 

 

Je crois intimement, au plus profond de moi-même, que la Russie a un rôle essentiel à jouer dans les années qui viennent pour restaurer un équilibre dans le monde. C’est un message qui est difficile à faire passer car l’âme russe, d’un naturel à la fois introverti et modeste, est assurément peu portée à l’universel, du moins tel que le conçoivent les Français ou les anglo-saxons.

Pourtant la Russie a déjà par deux fois dans son existence, proclamé sa vérité dans le monde. La première fois, c’était au nom de la Sainte Alliance quand le Tsar Alexandre 1er tentait d’élever une digue contre les idées destructrices de la Révolution française. La deuxième fois, et c’est un paradoxe, c’est au nom des idéaux de cette même Révolution française que les bolcheviques répandront sur la terre l’idéal prolétarien, qui pourrait se concevoir en dernière analyse, comme une résistance à l’idéologie bourgeoise et à la puissance de l’argent-roi.

Tout n’est pas à rejeter chez Marx.

En dehors de ces courtes périodes dans l’histoire, l’ours russe préfère rester dans sa tanière, veillant à ce qu’on ne lui vole pas son miel et décochant des coups de griffes de temps à autre quand on le serre de trop près.

Toutefois, si l’on accepte l’idée du moine Philothée selon laquelle Moscou, depuis la chute de Tsargrad, serait la 3ème Rome et qu’elle aurait pour mission de protéger la foi orthodoxe - c’est-à-dire la doctrine droite -, Moscou ne peut dès lors se contenter de protéger sa foi sur son sol. En épousant Zoé Paléologue, nièce du dernier empereur romain d'Orient, Ivan III a rendu la Russie héritière de l’aigle bicéphale, symbole de l’Harmonie, unissant le spirituel et le temporel. Ce symbole puissant, regardant aussi bien à l’orient qu’à l’occident, que la Russie porte à nouveau fièrement dans ses armoiries, oblige les héritiers de Vladimir Monomaque à porter un regard sur le monde au-delà de ses frontières.


La Russie du XXIème siècle, confrontée à cette idéologie occidentale d’essence anglo-saxonne qui peut se définir aujourd’hui par la laideur, le nihilisme et par l’absence de tout repère moral, doit proposer aujourd’hui devant la tribune des Nations unies une nouvelle Sainte Alliance afin de faire renaître l’espoir d’un monde meilleur.

L’idéologie du Système visant à faire disparaître les nations et les peuples pour fondre l’humanité entière dans un magma informe d’individus déracinés et décérébrés, c’est au nom de la défense de toutes les patries, et donc bien au-delà des BRICS ou de l’Organisation de Coopération de Shangaï, que la Russie nouvelle doit faire entendre son message.

Vous connaissez tous par cœur la dernière phrase du Manifeste du Parti communiste : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » eh bien, le nouveau slogan d’une Russie libérant le monde de ses oppresseurs pourrait être : « Patriotes de tous les pays, unissez-

vous ! ». Voilà ce que devrait-être le message d’une Russie fière d’elle-même, débarrassée de tous ses complexes à l’égard de l’occident. Oui la Russie a autre chose à apporter au monde que son gaz ou son pétrole. Ses vertus intrinsèques, son amour de la liberté, ses innombrables martyrs qui sont tombés contre le fascisme ou le bolchevisme lui donnent le droit, et même le devoir de se lever aujourd’hui pour débarrasser le monde du libéralisme anglo-saxon, dernier avatar des idéologies des siècles passés.

C’est dans « L’idiot » de Dostoïevski que l’on retrouve cette phrase :

« C’est la beauté qui sauvera le monde ».

Dostoïevski avait raison : la beauté est la vertu qui sauvera le monde en s’opposant à la laideur d’un monde dominé par l’argent. La Russie est-elle prête aujourd’hui à accomplir le rêve du Prince Mychkine et à forger son destin de grande puissance en s’opposant au règne de Mammon ?

Debout Russie ! Le monde libre attend ta parole !


Emmanuel Leroy

 

Moscou, le 12 février 2016


Allocution et réponses aux journalistes du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov

journalistes du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de sa conférence de presse sur le bilan de l'activité diplomatique russe en 2015, Moscou, 26 janvier 2016

 

 


Le Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie  

 

 

Sergueï Lavrov: Bonjour,

A l'occasion de cette conférence de presse consacrée au bilan de l'année 2015, nous répondrons à vos questions sur les événements d'actualité.

L'année a été difficile. On s'en souviendra certainement comme celle d'une concurrence globale renforcée pour influer sur la formation d'un nouveau système international.

A cet égard, deux approches opposées ont prédominé: d'une part les tentatives de freiner la formation d'un système international multipolaire plus juste, de maintenir sa domination dans les affaires mondiales, d'imposer aux autres sa volonté; et de l'autre une aspiration de plus en plus grande à orienter cette concurrence dans une direction plus civilisée et faire de la lutte contre les défis communs une priorité.

La situation économique mondiale ne s'est pas stabilisée - pratiquement tous les pays l'ont senti, y compris la Russie. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé en détail, tout comme les membres du gouvernement russe. Malgré ce contexte économique, nous avons constaté que certains tentaient de défendre leurs propres intérêts au détriment de ceux des autres, de créer des alliances commerciales et économiques fermées, de morceler l'espace économique mondial - autrement dit un aspect de démondialisation était présent.

Des campagnes médiatiques intensives se sont poursuivies. Vous les connaissez probablement mieux que les autres. Dans un certain nombre de cas, nous avons assisté à de véritables guerres médiatiques avec des tentatives d'empêcher la diffusion d'informations ou de points de vue alternatifs sur les processus en cours. Parfois, des mesures drastiques ont été employées allant jusqu'à l'interdiction directe d'exercer la profession de journaliste. Vous êtes au courant également de ces cas.

De nombreux conflits graves se sont poursuivis et se sont aggravés – en Syrie, en Irak, au Yémen, en Libye et en Ukraine. Plusieurs pays d'Afrique souffrent toujours d'instabilité. Tout cela mis ensemble forme ce que j'appellerais des "paysages de crise", auxquels il faut encore ajouter les risques d'une hausse des tensions interconfessionnelles et d'un approfondissement des fractures intercivilisationnelles, ce qui est extrêmement dangereux pour notre civilisation.

Dans le même temps, la menace terroriste s'est renforcée plus que jamais. Daech a proclamé un "califat" et d’autres organisations extrémistes ont mis la main sur de grands territoires en Syrie et en Irak. Ils ont également cherché - non sans succès dans certains cas - à s’installer dans d’autres pays, notamment en Libye, en Afghanistan et dans plusieurs pays d’Afrique noire. Nous avons été témoins d’attentats inhumains contre des citoyens de Russie, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Afrique, des USA et d’Asie qui ont provoqué un exode, y compris sur le territoire de l’UE. Comme nous le savons, les terroristes projettent et parlent ouvertement de leurs plans de créer un califat "du Portugal au Pakistan". C’est une menace réelle non seulement pour la sécurité régionale, mais également internationale.

Dans ces conditions, la Russie a cherché à agir activement comme membre du Conseil de sécurité des Nations unies. En tant que l'un des plus grands États du monde, elle a agi non seulement pour défendre ses intérêts nationaux, mais également en pleine conscience de sa responsabilité pour la situation dans le monde.

Nos efforts se sont centrés sur la promotion de l'initiative du Président russe Vladimir Poutine pour la formation d'une large coalition antiterroriste sur la base du droit international et sous l'égide de l'Onu. Les actions des forces aérospatiales russes, à la demande du gouvernement syrien, ont réellement permis de renverser la situation dans ce pays et d'assurer une réduction des territoires contrôlés par les terroristes. Dans le même temps notre implication a éclairci la situation: on a vu qui combattait vraiment les terroristes et qui était complice, qui essayait de les utiliser à ses propres fins.

Notre participation active à la lutte antiterroriste a contribué à l'adoption de plusieurs résolutions importantes au Conseil de sécurité des Nations unies, visant à stopper le financement du terrorisme et le phénomène des combattants terroristes étrangers – les résolutions 2199 et 2253. Nous cherchons à faire en sorte qu'elles soient consciencieusement appliquées et, ce qui est tout aussi important, nous exigeons des rapports détaillés du Secrétariat de l'Onu pour savoir qui remplit ses engagements dans le cadre de ces documents et comment.

Le terrorisme ne pourra pas être vaincu par la seule voie militaire. Il est nécessaire de combiner les actions armées avec des processus politiques pour régler les conflits. Il faut aussi prendre des mesures visant à empêcher l'usage de l'infrastructure économique prise par les terroristes, comme l'a fait Daech en Irak et en Syrie - qui fournissait du pétrole de contrebande et d'autres produits en Turquie. Il est également important de penser au rétablissement économique des pays victimes quand la menace terroriste sera écartée, ainsi qu'à la lutte contre l'idéologie extrémiste.

En septembre 2015, quand la Russie présidait le Conseil de sécurité des Nations unies, nous avons organisé une réunion spéciale au niveau des ministres des Affaires étrangères pour mener une analyse complexe de toutes les menaces et mesures à engager pour les surmonter au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. C'était une discussion intéressante. Je pense que cette discussion des possibilités d'actions stratégiques et globales - et pas au cas par cas - doit être poursuivie au Conseil de sécurité des Nations unies.

Nous avons très activement contribué à l'organisation de la réunion de Genève en 2012 et à l'adoption du Communiqué de Genève du 30 juin 2012, ainsi qu'à la formation du Groupe international de soutien à la Syrie et au lancement du Processus de Vienne approuvé par la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui doit être rigoureusement respectée. Je suis convaincu que vous me poserez encore des questions sur les détails de ce processus et je suis prêt à fournir des commentaires plus détaillés.

Le Président russe Vladimir Poutine a déclaré plusieurs fois qu'il était possible de trouver des solutions aux problèmes les plus complexes en s'appuyant sur le droit international et en respectant la diversité culturelle et civilisationnelle du monde contemporain, ainsi que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Nous partons du fait qu'au XXIe siècle, la coopération multilatérale ne peut être construite que sur la base d'une véritable équité, de la prise en compte mutuelle des intérêts, d'un travail conjoint pour des objectifs communs. C'est ainsi que fonctionnent déjà les structures d'intégration de l'espace postsoviétique, y compris l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), l'Union économique eurasiatique (UEE) et la Communauté des États indépendants (CEI). Le travail des Brics et de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), dont les sommets se sont tenus en juillet 2015 à Oufa, repose sur les mêmes principes.

Quand nous travaillions sur les processus d'intégration dans l'espace postsoviétique, nous ne les avons pas opposés pas à d'autres efforts d'intégration - ce qui a été répété haut et fort par les autorités russes. Nous sommes prêts à travailler à l'harmonisation des processus d'intégration et à la construction de ponts, notamment entre l'Europe, l'Eurasie et la région Asie-Pacifique. L'année dernière a été conclu un important accord de libre-échange entre l'UEE et le Vietnam, et des dizaines d’autres États souhaiteraient signer de telles ententes. Nous avons trouvé un accord de principe sur le rapprochement de l'UEE et du projet chinois de "Ceinture économique de la Route de la soie", ce qui offre de très larges opportunités.

Hormis le développement progressif de nos relations de partenariat stratégique et de coopération dans divers domaines avec la Chine, nous avons renforcé notre partenariat stratégique avec l'Inde, le Vietnam et d'autres pays de la région Asie-Pacifique. Nous avons participé activement à l'activité des mécanismes multilatéraux dans cette région.

Des perspectives supplémentaires de coopération s'ouvrent depuis l'initiative du Président russe Vladimir Poutine de lancer avec nos partenaires de l'UEE des consultations avec les membres de l'OCS et de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) concernant la formation d'un éventuel partenariat économique. Toutes ces questions seront à l'ordre du jour du sommet ANASE-Russie à Sotchi en mai 2016, qui sera consacré au 20e anniversaire de nos relations avec l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est.

Le développement de notre coopération avec l'Amérique latine et les Caraïbes, l'Afrique, les unions et les structures régionales qui existent sur ces continents continue. En particulier, nos contacts traditionnels et étroits se renforcent avec l'Union africaine, la Ligue arabe, l'Organisation de coopération islamique (OCI), la Communauté d’États latino-américains et caribéens (Celac).

Guidée par les principes d'équilibre des intérêts, de la primauté du droit international et du rôle central de l'Onu, la diplomatie russe a contribué au succès des efforts collectifs sur plusieurs questions primordiales de l'ordre du jour international.

Je voudrais noter que l'an dernier s'est achevée la procédure de destruction du potentiel militaro-chimique syrien et qu'un accord sur le programme nucléaire iranien a été conclu. Les sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil des gouverneurs de l'AIEA vis-à-vis de l'Iran ont été suspendues il y a quelques jours, ce qui marque le début de la mise en œuvre du Plan d'action global commun appelé à garantir la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien en parfaite conformité avec le Traité de non-prolifération et les règles de l'AIEA sur l'usage pacifique de l'énergie nucléaire. C'est un grand pas vers la normalisation totale de la situation autour de l'Iran. Nous soutenons activement ces avancées, ainsi que toute démarche pour supprimer les obstacles artificiels à la communication internationale et à la participation de tout État à la vie internationale.

Je considère les Accords de Minsk du 12 février 2015 comme un immense exploit. Au cours de toute la période qui a suivi, nous nous sommes efforcés de régler le conflit en Ukraine en nous appuyant sur la mise en œuvre des engagements contenus dans ces accords. Comme vous le savez, tous n'ont pas été remplis - loin de là. Notamment ceux qui concernent les engagements de Kiev d'établir un dialogue direct avec les républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk pour régler les aspects politiques de la crise ukrainienne. Il a donc été décidé de poursuivre ce travail en 2016. Mais les tâches fixées dans les textes de Minsk restent inchangées. Nous continuerons d'exiger leur respect rigoureux conformément aux accords supplémentaires et aux efforts entrepris en particulier dans le cadre des réunions entre les chefs d’État du Quartet Normandie. D'une manière générale, nous resterons attachés à une solution globale et exclusivement pacifique à la crise ukrainienne, nous continuerons de contribuer à ce que les Ukrainiens rétablissent l'entente nationale et reprennent la voie d'un développement normal durable.

Notre ligne a contribué en 2015 à une meilleure compréhension, par tous les acteurs internationaux, de l'absence d'alternative à une large coopération pour une recherche conjointe de sorties aux situations de crise - malgré l'accumulation d'actes connus de politique de confrontation de certains de nos partenaires et la multiplication des problèmes dans les affaires mondiales. Le processus évolue lentement et difficilement. La volonté de refréner la Russie est toujours présente, alors même que cette ligne devrait être depuis longtemps reléguée aux archives de l'histoire. On continue d'essayer d'obtenir des profits unilatéraux et même de nous punir pour notre politique étrangère indépendante.

Bien sûr, nous en tenons et en tiendrons compte dans nos actions. Nous ne l'avons pas choisi. Nous sommes prêts à coopérer étroitement et de manière constructive avec nos partenaires occidentaux, y compris l'Europe et les USA, et sommes ouverts à un développement progressif de la coopération. Mais seulement et exclusivement sur une base d'équité et de profit réciproque sans ingérence dans les affaires intérieures de l'un ou de l'autre et en respectant les intérêts fondamentaux de chaque partie.

Nos collègues occidentaux disent parfois que les affaires avec la Russie ne reviendront pas à la normale. C'est vrai: personne n'essaiera plus de nous imposer des accords prenant en compte avant tout les intérêts de l'UE ou des USA, tout en nous affirmant que cela ne nuira pas à nos intérêts. Cette histoire est révolue. Aujourd'hui en commence une autre qui ne pourra évoluer que sur la base de l'équité et des autres principes du droit international.

Pour l'instant, nous constatons qu'une ligne pas du tout constructive et même dangereuse continue d'être appliquée vis-à-vis de la Russie - je veux parler notamment du renforcement du potentiel militaire de l'Otan à proximité de nos frontières, de la mise en place des segments européens et asiatiques du bouclier antimissile américain auquel participent les pays européens et d'Asie du Nord-Est. Nous considérons ces actes comme déstabilisants et sans perspective. Des tentatives de reconsidérer cette situation sont bien entreprises mais le succès n'est pas impressionnant. Par exemple, un "groupe de sages" a été créé il y a un an à l'OSCE qui devait préparer des recommandations pour faire renaître l'esprit de l'Acte final d'Helsinki et revenir aux principes d'une sécurité égale et indivisible. Malheureusement, cela n'a donné aucun résultat. Les experts occidentaux ont soutenu la ligne officielle de leurs gouvernements visant à refréner la Russie, c'est pourquoi notre expert a dû se distancer de ce document. Cette bonne idée n'a finalement rien donné de sensé. Néanmoins, nous espérons que l'OSCE n'est pas une organisation complètement perdue: elle travaille activement en Ukraine, a reçu un "second souffle" - elle a des chances répondre à sa vocation initiale. Nous espérons que la recherche d'approches réellement collectives et équitables de la mise en œuvre des idéaux de sécurité européenne globale va tout de même commencer.

Dans le cadre de notre activité diplomatique, la tâche de renforcer la présence humanitaire internationale de la Russie et le soutien aux compatriotes russes à l'étranger occupe une place prioritaire. Nous accordons une attention particulière au dialogue avec les ONG, les milieux académiques, les entreprises russes, la société civile dans l'ensemble et à la coopération avec les médias. Selon les statistiques, le Ministère russe des Affaires étrangères est toujours en deuxième place en matière d'activité et d'ouverture médiatique, c'est-à-dire que nous avons encore du travail. J'espère que la conférence de presse d'aujourd'hui nous aidera à avancer sur l'ouverture médiatique.

Je suis prêt à répondre à vos questions.

Question: Le centre stratégique américain Stratfor vient de publier son bilan de l'année 2015 et ses prévisions pour 2016. Dans leur rapport, les experts estiment que l'année ne sera pas facile pour la plupart des pays. Quels sont, d'après vous, les principaux défis pour la Russie et le monde en 2016?

Sergueï Lavrov: D'un point de vue général, le défi n°1 restera celui de mettre en place un système international démocratique juste. Nous ne pouvons pas y parvenir seuls. C'est un processus objectif. De nouveaux centres de croissance économique, d'influence financière et politique sont apparus. Le système international doit s'adapter à ce qui se produit réellement. Cela suppose une réforme des institutions – aussi bien celles qui sont chargées des systèmes financiers et monétaires internationaux et de l'économie internationale que celles qui s'occupent de la politique mondiale. Je veux notamment parler de l'Onu et de son Conseil de sécurité. Surtout, il ne faudra pas seulement refléter les processus objectifs dans la structure de telle ou telle organisation internationale mais bien conduire les affaires mondiales en fonction de la nouvelle situation, ce qui implique l'élaboration de solutions soutenues par tous les pays clés.

Cette approche a notamment triomphé sur le dossier nucléaire iranien, le désarmement chimique de la Syrie, la création du Groupe international de soutien à la Syrie - pour lequel nous nous sommes battus pendant très longtemps parce que plusieurs pays directement impliqués dans le conflit syrien, l'Iran par exemple pour des raisons idéologiques, refusaient de s'asseoir à la même table des négociations. C'est un grand succès d'avoir réussi avec les USA (grâce au Secrétaire d’État américain John Kerry et à sa position) à insister tout de même sur la formation d'un groupe véritablement représentatif.

Il faut agir ainsi dans toutes les autres situations, en invitant tous les acteurs impliqués à la table des négociations. Une telle démarche permettrait de refléter les tendances du monde contemporain et la nécessité de tenir compte des nouvelles réalités économiques et politiques.

C'est probablement la clé de tout conflit, de toute situation problématique - qu'il s'agisse de l'Ukraine, du processus de paix syrien, des conflits en Afrique, des relations entre les Palestiniens et les Israéliens qu'il ne faut surtout pas oublier. Ce principe est absolument sollicité dans le règlement de la tâche principale aujourd'hui: la lutte contre le terrorisme. Quand on essaie de poser des conditions avant d'adopter une approche véritablement collective de cette lutte (par exemple: "acceptez le changement de régime en Syrie et nous commencerons alors à vraiment combattre le terrorisme collectivement en coordonnant nos actions"), je considère que c'est une grande erreur.

La capacité qu'auront nos partenaires et tous les acteurs de diverses négociations à s'entendre sera un autre défi pour la politique mondiale. Ce problème - fréquent - a notamment freiné les efforts pour régler le conflit syrien, quand certains ont refusé de remplir le Communiqué de Genève uniquement parce qu'on n'avait pas réussi à y inscrire l'exigence de la démission du Président syrien Bachar al-Assad et la menace de sanctions si ce dernier ne quittait pas son poste. Au final, plus d'un an après, notre proposition est enfin passée et ce document a été approuvé au Conseil de sécurité des Nations unies. Nous ne sommes pourtant pas parvenus à reprendre les négociations alors même que nous en avions convenu, parce que comme je l'ai dit certains ne voulaient pas s'asseoir à la table des négociations avec d'autres.De tels caprices sont inadmissibles et très dangereux dans la politique contemporaine.

Ces éléments généraux sont un défi pour nous dans le travail sur la formation d'un nouveau système international qui s'appuierait sur la Charte de l'Onu et serait complété sur la base des mêmes principes de la Charte - qui est d'ailleurs un document très souple ne nécessitant pas d'adaptation. Si nous arrivions à assurer ce caractère systémique au travail de tous les acteurs clés du G20 lorsque nous évoquons l'économie mondiale ou les systèmes financiers et monétaires internationaux, ainsi qu'au Conseil de sécurité des Nations unies, au sein du Groupe international de soutien à la Syrie, des structures qui s'occupent du règlement de conflits au Yémen, en Afghanistan, du processus de paix israélo-palestinien et dans diverses régions d'Afrique, alors nous pourrions progresser plus efficacement.

Question: Ces trois dernières années, les relations avec le Canada ont été plutôt froides. Pourraient-elles s'améliorer avec l'arrivée du nouveau gouvernement au Canada? Percevez-vous déjà des signaux en ce sens?

Sergueï Lavrov: Nous souhaitons entretenir de bonnes relations avec tous les pays. Quand nous disons que nous sommes prêts et ouverts à la coopération avec l'Occident, y compris l'Europe et l'Amérique du Nord, nous faisons également allusion au Canada bien évidemment. Nous avons, depuis longtemps, de très bonnes relations. Le Canada est un acteur influent et respecté des relations internationales. Nous partageons de nombreuses tâches et des intérêts communs en ce qui concerne la conquête de l'Arctique - et dans l'ensemble la coopération dans les latitudes Nord - ainsi qu'une bonne expérience de coopération dans divers domaines tels que l'économie, le commerce et les territoires et mers du Nord. Nos relations ont connu des hauts et des bas, mais à chaque fois le bon sens a repris le dessus. Nous avons constaté ces détériorations sous le gouvernement de Stephen Harper.

Je pense que les deux dernières années ont été une période d'opportunités manquées dans les relations avec le Canada, à partir du moment où le gouvernement a soudainement adopté une ligne russophobe, stoppé les liens bilatéraux, décrété des sanctions contre des individus et des entreprises russes et suspendu la coopération de la Commission intergouvernementale pour les questions commerciales et économiques.

Évidemment, nous devions prendre des mesures de rétorsion. Vous connaissez le Décret du Président russe Vladimir Poutine concernant la restriction sur les importations de produits alimentaires. Cela n'a été bénéfique pour personne. Nous avons été surpris par l'absence totale de pragmatisme dans les actes impulsifs entrepris par l'ancien gouvernement, qui a suivi aveuglément les exigences des représentants effrénés de la diaspora ukrainienne au Canada tout en ignorant les intérêts nationaux.

La victoire du parti libéral de Justin Trudeau aux élections d'octobre 2015 est un événement important avant tout pour les Canadiens, pour la vie politique nationale. Mais compte tenu des commentaires de Justin Trudeau et de ses collègues sur la politique étrangère, on peut espérer que réapparaissent des opportunités de rétablir nos relations bilatérales, qui ont été détériorées de manière absolument artificielle et inutile. Je le répète, la rhétorique de campagne et la rhétorique du nouveau gouvernement après les élections indiquent qu'il est prêt à rétablir le dialogue sur les problèmes internationaux et à relancer la coopération bilatérale.

Le Président russe Vladimir Poutine s'est entretenu avec le nouveau Premier ministre canadien Justin Trudeau en novembre en marge du G20. Les deux dirigeants ont dit vouloir normaliser les relations entre nos deux pays. Nous partons du fait que des mesures concrètes doivent être prises par nos partenaires canadiens, qui ont exprimé leur intention de corriger les erreurs de leurs prédécesseurs. Nous attendrons. Nous sommes toujours prêts à de tels changements positifs.

Question: Je voudrais poser une question sur les relations entre la Russie et l'Allemagne qui, malheureusement, battent de l'aile ces derniers temps. Pensez-vous que ces relations sont dans l'impasse, en crise? Qu'attendez-vous des partenaires allemands pour les améliorer? Il n'est plus un secret pour personne qu'en parlant de l'Allemagne on sous-entend souvent l'Union européenne, qu'en évoquant les relations entre Moscou et Berlin nous parlons des relations entre la Russie et l'UE - si l'on part du principe que l'Allemagne est la locomotive de l'Europe. Je pose cette question à l'approche de la visite en Russie de Horst Seehofer, homme politique allemand éminent, et de son entretien avec le Président russe Vladimir Poutine.

Sergueï Lavrov: Je ne dirais pas que les relations entre la Russie et l'Allemagne sont en crise, qui plus est dans l'impasse. Nous menons un dialogue très intensif au plus haut niveau entre le Président russe Vladimir Poutine et la Chancelière allemande Angela Merkel, au niveau des ministres des Affaires étrangères et d'autres ministres. L'activité de plusieurs mécanismes qui nous aident à avancer a été compliquée mais pas stoppée, notamment grâce à la position des entreprises allemandes qui poursuivent activement leur activité pour renforcer les liens avec leurs partenaires russes. J'ai entendu que des dizaines, peut-être des centaines de compagnies allemandes avaient suspendu leur activité en Russie - mais des milliers sont restées. Depuis deux ans j'ai rencontré au moins deux ou trois fois des capitaines d'industrie allemands – une fois à Moscou et une autre à Munich, où avec le vice-chancelier Sigmar Gabriel nous avions organisé un dialogue avec des hommes d'affaires d'Allemagne et de Russie. Je vois la manière pragmatique et le bon sens avec lesquels les entrepreneurs allemands évaluent la situation.

Si nous étions pragmatiques et pensions à nos intérêts nationaux sans enfreindre nos engagements internationaux, alors un résultat positif serait toujours possible. En témoigne le travail actif qui a commencé sur la planification et la construction du gazoduc Nord Stream 2: ce projet est économique et commercial, il est bénéfique pour l'Allemagne, pour toute l'Europe et la Russie. Le fait que ce projet subisse aujourd'hui de telles critiques et que certains appellent à ne pas coopérer avec la Russie car cela nuirait l'Ukraine (même si nous savons tous pour quelle raison ce travail visant à ne pas dépendre du transit via l'Ukraine était justement nécessaire) sont une tentative de compliquer et d'aggraver nos relations de l'extérieur en appelant à la prétendue "solidarité" atlantique et européenne. Je voudrais qu'en l'occurrence et dans d'autres cas également, l'Allemagne, de même que l'Europe et tout autre pays, prenne des décisions en ayant parfaitement conscience de ses intérêts nationaux, indépendamment d'un haut fonctionnaire venu d'un autre pays proche ou lointain pour dicter ce qui doit être fait.

Nous voyons avec quelles difficultés l'UE tente aujourd'hui d'établir une ligne commune sur la question migratoire - et pas seulement. Nous voyons l'importance de l'Allemagne en tant que locomotive de l'UE, à quel point Berlin aspire à tenir compte au maximum des intérêts de tous les pays membres. C'est de plus en plus difficile. Il n'est pas dans notre intérêt que l'Europe faiblisse ou éclate. Nous souhaitons qu'elle soit forte et unie, qu'elle soit un partenaire avec lequel il serait confortable de travailler sur le plan économique, entre autres. Mais nous ne pouvons pas ignorer les faits. Nous voyons et apprécions les efforts de l'Allemagne pour que la minorité "active-agressive de l'UE" réduise ses appétits et ambitions sur plusieurs questions - et pas seulement dans les relations avec la Russie mais également sur de nombreuses questions relatives au fonctionnement intérieur de l'UE - pour suivre des règles communes qui ne peuvent être que consensuelles aussi bien en UE que dans toute autre organisation normale équitable. Nous souhaitons également à l'Allemagne de la réussite pour régler les problèmes gravissimes provoqués par les migrants sur son territoire. J'espère que ces questions ne seront pas "balayées", qu'il n'y aura plus d'histoires similaire à celle de l'adolescente Lisa d'origine russe - quand la nouvelle de sa disparition avait été cachée pendant très longtemps pour des raisons qu'on ignore. Aujourd'hui nous travaillons avec son avocat, qui coopère avec sa famille et notre Ambassade. Il est évident que cette jeune fille n'a pas disparu pendant 30 heures de son plein gré. La vérité et la justice doivent triompher dans cette affaire.

J'espère vraiment que les problèmes migratoires ne conduiront pas à une tentative de "camoufler" la réalité à des fins politiques – cela serait erroné. Les problèmes doivent être exposés honnêtement, il faut les reconnaître devant les électeurs et proposer des solutions claires et transparentes.

Nous souhaitons sincèrement que cette période difficile pour l'Allemagne se passera sans grandes pertes, que des solutions seront trouvées sur le problème migratoire aussi bien dans le pays qu'en UE, ainsi que sur toute autre question - notamment les conséquences du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l'UE et le vote aux Pays-Bas concernant l'accord d'association avec l'Ukraine. Ces défis sont tous importants pour l'UE, pour ceux qui souhaitent que cette structure reste unie et efficace. C'est seulement dans ce cas qu'elle pourrait être un partenaire confortable pour la Russie et tous les autres. Tous ceux qui poursuivent le même objectif doivent bien sûr souhaiter à l'UE de trouver des solutions de consensus s'appuyant sur le principe de solidarité, qui ne seraient pas prises au détriment d'autres pays mais en se basant sur l'équilibre des intérêts nationaux des pays de l'UE, et non sur les positions des "chevaux de Troie".

Je voudrais souligner que, ces derniers temps, nous avons réussi à résoudre conjointement plusieurs questions d'enregistrement des droits sur la propriété diplomatique géorgienne à Moscou et russe à Tbilissi, ce qui constitue encore une initiative utile. Le format de discussion Grigori Karassine-Zourab Abachidze offre également une plateforme permettant de débattre de n'importe quelle question. Les deux hommes se connaissent parfaitement et ont des relations confidentielles qui leur permettent de soulever tout type de question. Par ailleurs, je suis personnellement ouvert à d'éventuels contacts avec mon homologue géorgien. Je suis certain que d'autres liens sont tout à fait possibles: le président russe Vladimir Poutine n'a pas exclu une telle perspective si l'opportunité se présentait.

Question: Je voudrais poser une question sur les relations russo-japonaises. Shinzo Abe, premier ministre du Japon, a récemment évoqué la volonté de Tokyo de développer les relations avec Moscou, de résoudre ensemble les problèmes auxquels fait face le monde entier. Quelles opportunités et perspectives voyez-vous dans ce domaine?

Il existe toujours des divergences considérables sur le problème territorial. La partie japonaise estime que la signature d'un accord de paix signifierait la résolution du litige territorial. La Russie affirme, quant à elle, qu'il n'y rien à discuter.

Sergueï Lavrov: Entretenir des relations étroites et chaleureuses avec le Japon présente un intérêt réel. Il s'agit d'un voisin très important. Nous avons beaucoup de projets communs, ainsi qu'un large éventail de liens commerciaux, économiques, humains et culturels. Les entreprises japonaises travaillent activement sur notre marché dans les domaines du raffinage des hydrocarbures, de l'automobile et des technologies de pointe. Nous souhaitons que ces projets se multiplient pour bénéficier à nos pays et à nos peuples.

Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre japonais Shinzo Abe se sont accordés pour introduire la question de l'accord de paix sur la liste des problèmes à résoudre. A notre avis, sa signature ne serait pas forcément synonyme de la résolution du litige territorial. Il s'agit d'une initiative nécessaire pour que les relations des deux pays soient normales non seulement en pratique, mais aussi sur le plan juridique. Je vous rappelle que le seul texte signé et ratifié par les deux pays (la déclaration de 1956) stipule clairement la primauté de la signature d'un accord de paix indépendamment des perspectives d'un traité définitif sur les îles litigieuses. La déclaration évoque un accord de paix suivi par la transmission - pas la restitution - de deux îles du sud par l'Union soviétique en tant que geste de bonne volonté. Le texte se basait sur un principe crucial: il fixait la reconnaissance du bilan de la Seconde Guerre mondiale par l'Union soviétique et le Japon. Sans confirmer cette position ni reconnaître les résultats de la Seconde Guerre mondiale sous leur forme fixée dans la Charte de l'Onu, il nous est pratiquement impossible de progresser. Nos collègues japonais en sont parfaitement conscients. A la demande du président russe Vladimir Poutine et du premier ministre japonais, nous avons organisé l'année dernière une discussion spéciale consacrée aux aspects historiques de l'accord de paix en marge des négociations sur ce dernier. Il nous faut tirer une conclusion commune de ces aspects historiques. Nous ne formulons aucune exigence irréaliste: nous voulons seulement que le Japon - ainsi que tous les autres pays qui ont signé et ratifié la Charte de l'Onu - affirme son attachement à la Charte de l'Onu dans son intégralité, y compris à l'article 107 interdisant toute révision des résultats de la Seconde Guerre mondiale. A mon avis, ces exigences sont loin d'être trop sévères. Le Japon a ratifié ce texte.

En tout cas, nous sommes prêts à poursuivre le dialogue et envisageons de le faire. La prochaine étape des négociations aura lieu en février au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères. Nous débattrons de toutes les questions soulevées par la partie japonaise et n'éviterons aucun sujet. Les aspects historiques - et notamment le bilan de la Seconde Guerre mondiale - constituent une partie du dialogue qu'on ne peut pas contourner, oublier et mettre de côté. Nous nous heurterons sans cesse à ce problème et nos collègues japonais le comprennent parfaitement.

Le président russe et les premiers ministres japonais - Shinzo Abe et ses prédécesseurs - ont souligné à plusieurs reprises que la signature d'un accord de paix nécessitait un élargissement considérable de notre coopération dans tous les domaines: commercial, économique, humain, culturel et international.

J'ai déjà mentionné le secteur commercial et économique - il faut noter que les entreprises japonaises avancent plus rapidement que les cercles politiques. Certains hommes politiques japonais affirment qu'en cas de signature d'un accord de paix et de résolution du problème territorial, les entreprises japonaises se rendraient massivement en Russie alors que dans le cas contraire elles resteraient frileuses. Mais nous ne voyons aucune frilosité de la part des sociétés nippones. Certaines forces tentent probablement de les freiner et il est peut-être possible d'élargir notre coopération dans les domaines commercial, économique et d'investissement, mais dans la plupart des cas le monde des affaires n'attend aucun message politique et travaille déjà de manière active. A mon avis, plus étroite sera cette coopération, plus facile sera l'étude des questions bilatérales en tout genre.

Nous proposons depuis longtemps au gouvernement japonais de soutenir l'arrivée massive des entreprises nippones sur ces îles. Nous avons suggéré d'y créer un régime spécial, une zone de libre-échange. Plusieurs options permettent de travailler conjointement sur ces îles sans attendre un règlement complet des litiges relatifs à l'accord de paix. Qui plus est, ces derniers sont plus formels qu'autre chose car nous vivons en état de paix et de coopération avec nos voisins japonais sans ressentir l'absence d'accord. Nous ne sommes pas un État hostile, même si formellement la Russie peut être considérée comme un pays ennemi puisque aucun accord de paix n'a été signé. Ce n'est pas le cas. Mais il vaudrait sans doute mieux signer ce document.

Nos liens humains se développent de manière spectaculaire. On organise annuellement, au Japon, des festivals de culture russe inaugurés par le président de la Douma Sergueï Narychkine. L'année 2016 ne fera pas exception. Et le public russe attend toujours avec intérêt l'arrivée d'artistes japonais. Si nous voulons mettre en pratique les engagements des leaders de nos pays et développer nos relations plus activement dans tous les domaines, y compris au niveau international, nous voudrions coopérer de façon plus étroite et voir un Japon plus indépendant - surtout qu'il prétend au rôle de membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu. Nous comprenons parfaitement ce souhait. Nous voudrions que les pays aspirant à une position permanente au sein du Conseil de sécurité apportent une certaine valeur ajoutée, renforcent l'équilibre entre les positions de ses membres. Si quelqu'un reprend mot par mot les positions américaines, cela n'ajoute pas beaucoup au processus politique et ne permet pas d'équilibrer les décisions élaborées. En principe, nous souhaitons - le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué en détails concernant l'Union européenne - que tous les pays soient indépendants sur la scène internationale et ne se laissent guider que par leurs intérêts nationaux. Il ne s'agit pas d'isoler ou de s'isoler, mais de respecter le droit international afin de s'appuyer sur ce dernier en adoptant des décisions qui reflètent les intérêts de l’État et du peuple au lieu de la pression de ceux qui veulent que tu cèdes tes avantages et agisses comme ils l'entendent.

J'espère que nous serons en mesure d'y arriver, bien que la culture diplomatique du monde moderne ait été créée à l'époque de la domination séculaire de l'Occident historique. Il est aujourd'hui très difficile de se débarrasser des habitudes mais j'espère que cette heure viendra.

Question: L'envoyé spécial du Secrétaire de l'Onu pour la Syrie, Staffan de Mistura, a annoncé hier la date des négociations intersyriennes mais a maintenu le suspense sur la composition de la délégation d'opposition. Pourriez-vous apporter des précisions à ce sujet? La Russie et les USA auraient donc trouvé un compromis sur cette question? Est-ce que cela signifie que la Russie aurait pu accepter la participation de groupes tels que l'Armée de l'islam et Ahrar al-Sham aux négociations? Quelles concessions pouvait faire Washington dans ce cas?

Sergueï Lavrov: La Russie et les USA n'avaient aucun mandat pour former une délégation de l'opposition. Ce mandat a été attribué à l'Onu en la personne du Secrétaire général et de son envoyé spécial pour la Syrie Staffan de Mistura. La résolution 2254 stipule clairement que c'est à lui d'envoyer les invitations aux opposants syriens parmi ceux qui ont déjà participé aux réunions au Caire, à Moscou, dans d'autres villes et très récemment à Riyad. Staffan de Mistura a consulté les pays membres du Groupe international de soutien à la Syrie, y compris la Russie. Nous avons exposé notre point de vue, parfaitement évident, selon lequel tous ceux qui avaient participé aux réunions de l'opposition syrienne dans différentes villes et capitales devaient être invités. Certains membres du Groupe international de soutien à la Syrie, si je comprends bien, ont tout de même insisté pour que seuls les participants à la réunion de décembre 2015 à Riyad représentent l'opposition syrienne et que tous les autres restent sur la touche. C'est une violation grossière de la résolution 2254 et c'est la position de la Russie, des USA et de l'Onu qui, comme vous le savez, coprésident le Groupe international de soutien à la Syrie. J'exclus la possibilité que Staffan de Mistura ait pu céder à un tel chantage. Il a confirmé, y compris en conférence de presse hier à Genève, que le cercle des invités serait large. Dans l'idée il doit être inclusif, comme le prescrit la résolution de l'Onu, c'est-à-dire représenter l'opposition dans toute sa diversité.

Ces derniers temps, un membre du Groupe international de soutien à la Syrie émet des doutes concernant la nécessité d'inviter les Kurdes syriens du Parti de l'union démocratique. Je pars du principe que sans ce participant, les négociations ne pourront pas apporter le résultat escompté, à savoir le règlement politique définitif du conflit en Syrie. Les Kurdes syriens représentent près de 15% de la population et occupent une grande partie d'un territoire stratégique dans ce conflit. Savez-vous quel était l'argument avancé contre leur participation: pourquoi les inviter s'ils ne combattent pas Bachar al-Assad? Il n'y a jamais eu de tel critère – inviter aux négociations uniquement ceux qui se battent contre Bachar al-Assad. En fin de compte les négociations doivent porter sur le cessez-le-feu, sur la détermination et l'augmentation de l'efficacité de la lutte contre le terrorisme, ainsi que sur les réformes politiques en Syrie. Comment peut-on parler de réformes politiques dans le pays (d'ailleurs, ceux qui avancent un ordre du jour aussi unilatéral dans le processus de paix syrien font passer les réformes politiques avant la lutte contre le terrorisme) en ignorant le principal parti kurde – une force relativement puissante qui combat activement le terrorisme sur le terrain, notamment Daech.

Ne pas inviter ce groupe serait une erreur gravissime. Je le répète, nous ne mettrons aucun veto même si c'était le cas - le choix revient à Staffan de Mistura. Il doit prendre ses responsabilités, ne pas se cacher derrière la Russie et les USA ni "se faire mener" par ceux qui, contrairement à nous, essaient d'introduire le droit de veto dans l'activité du Groupe international de soutien à la Syrie. Nous espérons que le Secrétaire général et Staffan de Mistura prendront entièrement conscience de leur responsabilité et comprendront à quel point il est inadmissible d'aller dans le sens d'un seul membre du Groupe international de soutien à la Syrie qui a décidé de mettre les Kurdes à l'écart du processus de paix.

Question: Depuis plus d'un an et demi, les Kurdes se battent contre Daech et d'autres organisations terroristes en Syrie et en Irak. De nombreux pays les ont aidés dans ce combat. Quel a été le rôle de la Russie? Va-t-elle augmenter son aide? Quel rôle occupent les Kurdes dans la stratégie russe?

Sergueï Lavrov: Nous considérons évidemment les Kurdes comme une nation importante, dont la population vit historiquement dans plusieurs pays de la région dont l'Irak, la Syrie, l'Iran et la Turquie. Les Kurdes sont aujourd'hui très efficaces dans la lutte contre Daech. Nous soutenons la lutte des gouvernements syrien et iranien contre le terrorisme et avons commencé à le faire bien avant la formation en août 2014 de la "coalition" menée par les USA. Nous avons pris en compte cette menace terroriste dans les livraisons d'armes en Syrie et en Irak pratiquement depuis son apparition. Conscients du fait qu'en Irak Daech était combattu par l'armée gouvernementale et les rebelles kurdes, nous avons tenu compte des besoins des Kurdes dans nos livraisons d'armes en Irak - mais ils étaient comblés via le gouvernement central, via Bagdad. Nous respectons la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Irak, nous sommes au courant des processus à l’œuvre dans les relations entre Bagdad et Erbil, les Arabes et les Kurdes, les sunnites et les chiites en Irak, nous connaissons certaines théories exprimées en faveur du morcellement de l'Irak. Les mêmes théories existent concernant la Syrie, l'Afghanistan, et nous savons qui les avance - y compris les pays voisins qui ont élaboré depuis longtemps une idiosyncrasie envers les Kurdes. C'est très dangereux et nous nous opposerons à de telles tendances. Toute l'aide que nous envoyons aux Kurdes, entre autres, passe par le gouvernement central.

Dans le même temps nous savons que plusieurs pays, surtout occidentaux, aident les Kurdes directement sans que Bagdad n'y voie d'objection. En particulier, l'Allemagne apporte son aide aux Kurdes irakiens par des fournitures directes. Le parti de l'union démocratique de Saleh Muslim (Kurdes syriens) est un allié des États-Unis qui les arment directement, et les instructeurs américains aident les Kurdes à améliorer leur combativité. On essaie pourtant d'empêcher ce parti, qui combat réellement Daech, est un allié des USA et dont les combattants sont soutenus par Washington, de participer aux négociations intersyriennes. Dans cette situation, premièrement, c'est notre problème commun car c'est non seulement injuste mais également nuisible et contreproductif, et deuxièmement c'est évidemment un problème pour les USA parce qu'ils considèrent ce groupe comme l'un de leurs alliés les plus efficaces et les plus proches dans la lutte antiterroriste. J'espère que Washington va réagir.

Question: Les déclarations de Pyongyang sur les essais d'une bombe à hydrogène par la Corée du nord ont suscité de l'inquiétude aussi bien dans la région que dans le monde entier. La question de la menace nucléaire croissante sur la péninsule coréenne est repassée au premier plan. Peut-on envisager à terme le règlement du problème nucléaire de la Corée du Nord à l'instar de l'Iran? Quelles difficultés devront d'abord surmonter les parties intéressées?

Sergueï Lavrov: J'espère que le problème nucléaire de la péninsule coréenne pourra être réglé – nous l'appelons le "problème nucléaire de la péninsule coréenne" et pas le "problème nucléaire de la Corée du Nord". L'objectif n'est pas de priver Pyongyang de l'arme nucléaire, mais que personne n'en possède sur la péninsule – ni la Corée du Nord ni la Corée du Sud, ni les USA qui ne doivent pas y envoyer d'éléments de leur arsenal nucléaire.

Nous avons fait une déclaration à ce sujet après le dernier essai nucléaire de la Corée du Nord, qui a enfreint une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies. A l'heure actuelle nous sommes en pourparlers avec les USA, nos amis chinois, les représentants sud-coréens et japonais pour déterminer la nature de l'essai. Nous ne sommes pas certains qu'il s'agissait d'un essai de bombe à hydrogène car dans ce cas, cela signifierait que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies instaurant des restrictions sévères sur les fournitures en Corée du Nord de tout matériau ayant un rapport avec le programme nucléaire sont inefficaces, et que des matériaux et des technologies nécessaires à la création et à l'essai d'une telle bombe arrivent dans le pays. S'il s'agissait d'un nouvel essai nucléaire d'une bombe atomique classique, cela signifierait que nos restrictions fonctionnent.

Je mets de côté la mesure dans laquelle, en principe, la prolifération de technologies nucléaires est inadmissible. Je le répète: il est important de se demander si les décisions du Conseil de sécurité des Nations unies visant à empêcher le développement progressif du programme nucléaire militaire de la Corée du Nord fonctionnent. Dans les contacts avec nos collègues, y compris chinois, nous travaillons activement sur cet aspect de la situation. Sur le plan politique, l'unique solution est évidemment de reprendre les négociations à six. Des tentatives ont été entreprises ces trois dernières années mais les participants occidentaux, notamment les USA, le Japon et la Corée du Sud, ont rejeté toute approche souple et insisté fermement en disant que la Corée du Nord devait d'abord renoncer à son programme nucléaire avant qu'on ne commence à lui parler. C'était probablement la solution la plus simple et satisfaisante pour tout le monde, mais aussi la moins réaliste.

La position de la Russie et de la Chine s'appuie sur la nécessité de relancer les négociations à six. Nous avons entendu la proposition sud-coréenne de commencer les réunions au format "6 moins 1", c'est-à-dire sans la Corée du Nord. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée car cela signifierait à nouveau que nous cherchons à isoler quelqu'un. Quand la communauté internationale, en l’occurrence nos partenaires occidentaux, avait isolé l'Iran, rien de bon n'avait suivi: le pays avait accru son programme nucléaire très rapidement. A partir de 2004, quand tout cela aurait pu être réglé simplement et que l'Iran disposait d'une vingtaine de centrifugeuses, nos partenaires occidentaux sont restés fixés sur le fait que l'Iran devait y renoncer avant de commencer à dialoguer. Au final le dialogue a débuté quand on comptait déjà des milliers de centrifugeuses. Tout cela parce qu'à l'origine, on avait tenté d'isoler l'Iran au lieu de négocier. On ne peut pas répéter cette erreur avec la Corée du Nord.                                                

Question: Vendredi, la Russie a fermé la frontière russo-norvégienne à cause des réfugiés que la Norvège avait tenté de renvoyer en Fédération de Russie. Des négociations sont actuellement en cours entre les deux pays à ce sujet. Comment peut-on régler cette question pour que la Russie accueille ces réfugiés, qu'elle accepte en principe?

Sergueï Lavrov: Je connais les causes de ce problème. Je n'ai pas tous les détails en mains mais je sais qu'il est question de gens qui sont arrivés en Russie pour travailler dans le pays ou visiter des proches. Dans les formulaires de demande il n'était pas indiqué que le but de leur séjour en Russie était un transit vers la Norvège. En d'autres termes, ils ont invoqué des motifs a priori faux de séjour en Russie. Nous ne voulons pas accueillir ces individus: ils ont enfreint nos lois.

Nous avons trouvé un accord avec les autorités norvégiennes pour marquer une pause et élaborer une formule pour régler ce problème dans l'intérêt aussi bien de la Russie que de la Norvège. Il existe notamment un Accord de réadmission entre la Russie et la Norvège, et notre Service fédéral de migration évoque avec les Norvégiens la possibilité de rédiger un avenant à cet Accord qui réglerait concrètement les problèmes qui surviennent à cause de ces voyageurs frauduleux.

Question: Quelles sont les perspectives de développement des relations commerciales et économiques entre la Russie et la Bulgarie? Y a-t-il une possibilité d'équilibrer les échanges commerciaux bilatéraux dans le domaine de la construction mécanique, de l'industrie alimentaire, le secteur agricole et la construction navale? Le projet South Stream et le Conseil d'entraide économique ont laissé un arrière-goût amer. La Bulgarie et l'URSS travaillaient dans tous ces domaines. La Russie peut-elle accorder davantage de places subventionnées pour former des Bulgares? Sinon, la génération des années 1990 et 2000 ne connaîtra plus son histoire. On est aussi inquiets, en Bulgarie, du renforcement de la présence des armements de pays de l'Otan, y compris de chars Abrams. Comme on dit en Russie, "pourquoi avoir un pistolet quand on n'est pas un voyou"?

Sergueï Lavrov: Cette question est émotionnelle. Je comprends ces émotions et les partage en grande partie. Je pense que la Russie et la Bulgarie sont historiquement, culturellement, spirituellement et humainement si étroitement liées qu'il est affligeant que certains hommes politiques, poursuivant leurs objectifs conjoncturels immédiats dans le cadre de cycles électoraux proches, soient prêt à détruire tout cela et à sacrifier nos acquis au profit de leurs ambitions, qui souvent d'ailleurs ne sont pas les leurs propres mais sont dictées de l'extérieur.

La Russie n'a jamais pris l'initiative de réduire la coopération commerciale, économique ou dans tout autre domaine avec la Bulgarie. Jamais. Cela concerne aussi bien le projet Bourgas-Alexandroupolis que la Bulgarie a quitté unilatéralement en 2013, la centrale nucléaire de Béléné ou le projet de gazoduc South Stream. Comme l'a reconnu le Premier ministre Boïko Borissov, c'est l'UE, plus exactement Bruxelles, qui a empêché la réalisation de South Stream. Je voudrais tout de même faire la différence entre l'UE et Bruxelles. Il y a la Commission européenne composée de commissaires, qui comme toute structure bureaucratique voudrait se reproduire et s'affirmer. De plus en plus souvent, nous constatons que des pays membres commencent à exprimer leur mécontentement par rapport aux démarches entreprises par la Commission européenne sans les concerter. Ce fut le cas en septembre 2014 quand a été adopté le premier bloc de sanctions contre la Russie – la Commission européenne l'avait fait sans respecter les accords des chefs d’État et de gouvernement. Plusieurs dirigeants des pays de l'UE ont écrit des lettres de protestation à Bruxelles. J'ignore si cela aidera. Mais le problème de la bureaucratie bruxelloise est de plus en plus soulevé dans les discussions, y compris d'ailleurs par rapport à la manière dont l'Allemagne se sent dans l'UE.

Nous ne pouvions pas attendre le changement d'humeur de Bruxelles concernant South Stream et avons commencé à chercher une alternative, car l'Europe a besoin de gaz russe. Le transit ukrainien n'est pas fiable - vous le constatez tous les jours. Nos voisins ukrainiens affirment quotidiennement qu'ils vont multiplier par dix le prix du transit même s'il figure dans le contrat, et ainsi de suite. C'est pourquoi le besoin d'un itinéraire direct de livraison du gaz russe en UE est un fait établi sur lequel tout le monde s'accorde. Nous avons trouvé la solution de Nord Stream 2, même si South Stream aurait parfaitement pu être construit si la Commission européenne pensait moins aux jeux géopolitiques et songeait plutôt à faire son travail honnêtement pour améliorer la sécurité énergétique de l'UE.

Vous avez mentionné l'époque du Conseil d'entraide économique, mais le contexte était différent. Bien sûr, on dit aujourd'hui que les projets doivent être mutuellement bénéfiques, rentables, marchands, le soutien de l’État doit également avoir des formes acceptées aujourd'hui dans les relations économiques internationales. Il existe des possibilités d'apporter un tel soutien, y compris via la Banque internationale d'investissement qui existe toujours et à laquelle participent nos deux pays avec d'autres gouvernements d'Europe de l'Est.

En ce qui concerne l'éducation. Erasmus-Mundus et le processus de Bologne – ici il faut probablement aller dans le sens l'un de l'autre. La Russie et nos principales universités rejoignent le processus de Bologne, et en parallèle nous élargissons dans la mesure du possible le nombre d'étudiants qui viennent chez nous avec les bourses de l’État. D'ailleurs, beaucoup viennent faire des études économiques sur une base commerciale, à leurs frais. Cela montre que notre système éducatif a une bonne réputation et qu'il est sollicité dans le monde. Les étudiants ne viennent pas seulement des pays qui envoyaient traditionnellement leurs étudiants en Russie et en URSS, pas seulement des pays émergents et des pays d'Europe de l'Est, mais également des pays occidentaux.

Nous sommes prêts à augmenter le nombre de bourses accordés à la Bulgarie si cet intérêt était exprimé et si la Bulgarie déterminait sa propre ligne à ce sujet, en toute indépendance.

En ce qui concerne les mesures à prendre par la Russie pour que la Bulgarie n'oublie pas notre histoire commune, il ne faut pas oublier que c'est également l'histoire bulgare. Les Bulgares ne doivent pas oublier cette histoire, ne pas oublier qui les a aidés à renverser le joug ottoman, qui les a aidés dans d'autres situations très difficiles. Je suis persuadé qu'il existe en Bulgarie des personnalités politiques et publiques (du moins j'en ai rencontré quand j'étais à Sofia il y a quelque temps), des hommes qui ne veulent pas et ne permettront pas de réécrire cette histoire sur le modèle d'autres pays, notamment comme cela est fait aujourd'hui en Ukraine.

Enfin, vous avez mentionné l'Otan et le déploiement de l'infrastructure militaire de l'Alliance à proximité de nos frontières, y compris en Bulgarie. Cela nous préoccupe également. J'ai lu récemment que le Pentagone demandait près de 4 milliards de dollars sur l'année fiscale 2017 (la demande sera soumise au congrès en février) pour les opérations en Europe au lieu de 790 millions actuellement – c'est plus qu'un quadruplement. L'objectif est d'installer des entrepôts avancés pour stocker le matériel, les équipements et assurer la rotation permanente des militaires américains. Cela a été confirmé par le chef du Pentagone Ashton Carter à Davos.

La Bulgarie est membre de l'Otan, c'est pourquoi elle doit évidemment respecter la discipline collective, mais je rappelle que les décisions au sein de l'Alliance sont prises par consensus. En additionnant les voix de mes collègues, les représentants officiels de leurs pays qui expriment des préoccupations alors que l'Otan recommence d'agir sur la base d'une image d'ennemi, cela représente un grand groupe. Mais alors pourquoi, quand ils arrivent à Bruxelles et votent sur telle ou telle question, ils obéissent à la discipline de l'Alliance et non à leurs intérêts nationaux?

Notre Président Vladimir Poutine a récemment dit qui fixait la discipline dans l'Alliance. Il ne s'agit pas d'idées ou de tentatives de l'Otan d'imposer à tout le monde sa volonté (l'Europe est membre de l'Otan) mais bien du fait que les décisions y soient prises par les USA, que l'Europe se contente de suivre.

Question: Comment la diplomatie russe va-t-elle réhabiliter l'expression "monde russe"? Car vous avez montré à toute la planète qu'aujourd'hui il ne s'agissait pas d'un "monde russe", mais d'une "guerre russe", d'une "mort russe". Dans le contexte de la violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, comment les voisins de la Russie peuvent-ils se sentir en sécurité si, quand c'est nécessaire, la Russie enfreint tous les accords et engagements?

Sergueï Lavrov: Si vous faites allusion au mémorandum de Budapest, nous ne l'avons pas enfreint. Il contient un seul engagement – ne pas utiliser l'arme nucléaire contre l'Ukraine. Personne ne l'a fait et aucune menace n'a été proférée. Par contre l'inverse est vrai: Ioulia Timochenko a déclaré qu'il fallait "punir les séparatistes dans le Donbass par une bombe nucléaire".

En ce qui concerne le "monde russe", je ne peux pas vous dire qu'il est une certaine invention russe. Le "monde russe" existe, ce n'est pas un projet mais une réalité objective, de la même manière qu'il existe une réalité objective du "monde ukrainien" au Canada et dans d'autres États, tout comme la diaspora arménienne. Le fait est que jusqu'à récemment, pour différentes raisons objectives et subjectives, nous manquions d'argent et n'arrivions pas à établir des contacts stables et des canaux de communication avec ces représentants du "monde russe", pour voir comment nous pouvions les aider, avant tout pour qu'ils ne se sentent pas comme des sous-hommes dans leur pays de résidence, pour qu'ils puissent utiliser leur langue, qu'ils disposent de médias dans leur langue natale, qu'ils puissent se rencontrer et organiser des activités qui aident à préserver leur culture, leur identité et qui assurent leurs droits en tant que citoyens dans leur pays de résidence - des droits qui ne seraient pas bafoués et s'appuieraient sur les normes juridiques internationales. Cela concerne également les Russes qui vivaient et vivent toujours en Ukraine. Ces Russes avaient de l'espoir. Les présidents ukrainiens successifs promettaient de faire du russe une langue nationale. En vain. Le maximum qu'a fait Viktor Ianoukovitch est d'adhérer (mais pas totalement) à la Charte européenne des langues régionales et des langues des minorités, ce qui ne distinguait pas pour autant la langue russe mais assurait au russe et aux langues d'autres minorités, qui sont nombreuses en Ukraine, des droits appropriés dans les lieux où ces minorités sont rassemblées.

Nous sommes attachés à la tenue de tous les engagements pris dans le cadre du Conseil de l'Europe, de l'Onu, y compris au respect de la souveraineté, de l'intégrité territoriale, de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, et notamment la déclaration de l'Onu de 1970 sur les principes du droit international. Cette dernière stipule que tout gouvernement qui attend envers lui une attitude s'appuyant sur le principe d'intégrité territoriale de son État doit, dans le cadre de cette intégrité territoriale, garantir l'autodétermination des nations qui peuplent ce pays, y compris en ce qui concerne les droits linguistiques, culturels et autres. Ce gouvernement doit assurer son intégrité territoriale sans recourir à la violence.

Aujourd'hui, si nous analysons ce qui s'est produit entre début novembre 2013 et février 2014 à la lumière de ces engagements - qui sont en vigueur aussi bien pour l'Ukraine que pour la Russie et tous les autres pays - on voit clairement qui a enfreint ses engagements, qui a porté atteinte à ce qu'on appelle le "monde russe". Je peux citer Dmitri Iaroch (c'est loin d'être un plaisir). Tout le monde connaît ses propos, qu'il tenait bien avant le référendum en Crimée. Il a déclaré fin février que "le Russe ne comprendrait jamais l'Ukrainien, qu'il ne parlerait jamais ukrainien, qu'il ne penserait jamais comme l'Ukrainien, qu'il ne glorifierait jamais Bandera et Choukhevitch, c'est pourquoi les Russes n'ont pas leur place en Crimée et doivent être expulsés". Je crois qu'il a utilisé des expressions encore plus dures. Puis Dmitri Iaroch a organisé des "trains d'amitié", si vous vous souvenez, avec des hommes armés pour s'introduire en Crimée, avant d'organiser la "cinquième colonne" qui a pris d'assaut le Conseil suprême d'Ukraine et ainsi de suite. Quand dans le Donbass, des dirigeants de région élus légitimement et conformément aux lois et règles ukrainiennes ont commencé à se révolter politiquement et moralement contre le coup d’État, quand à leur place on a commencé à envoyer de Kiev des chefs et des commissaires, quand ces commissaires n'ont pas été acceptés et qu'on a commencé à élire des maires populaires, le gouvernement ukrainien arrivé au pouvoir après le putsch a utilisé l'armée et l'aviation contre son propre peuple. Vous vous souvenez des bombardements de Lougansk? Et je ne parle pas d'Odessa. Il n'y aura jamais d'enquête sur cette affaire. Le Conseil de l'Europe a déjà émis une décision après laquelle il est clair que les autorités ukrainiennes ne laisseront jamais la vérité remonter à la surface. D'ailleurs, pendant le Maïdan, les pays otaniens, les Américains et le Secrétaire général de l'Otan nous appelaient à faire pression sur Viktor Ianoukovitch pour qu'il n'utilise pas l'armée contre son propre peuple. Il ne l'a pas fait. Mais quand l'armée officielle a été lancée dans l'"opération antiterroriste" avec l'aviation et des armes lourdes contre ceux qui n'avaient pas accepté le putsch et protestaient contre celui-ci de manière pacifique, l'Otan nous a répondu: "Vous savez, en quelque sorte ils défendent leur État".

Tout individu normal et impartial, y compris les journalistes, comprenait alors quel monde était défendu par qui, qui assurait la cohabitation des "mondes" russe, ukrainien, polonais, hongrois, bulgare et roumain dans un même État, qui avait établi les circonscriptions électorales pendant les dernières élections organisées par le gouvernement ukrainien actuel de manière à ce qu'il n'y ait aucun Hongrois au parlement, alors que Budapest et la communauté hongroise en Ukraine suppliait de créer une circonscription qui permettrait d'avoir au moins un représentant au parlement. C'est pourquoi les discussions sur le "monde russe" et tous les autres "monde" ont plusieurs facettes.

Pour conclure, je voudrais souligner que beaucoup tentent d'analyser tous les événements à travers le prisme du "monde russe" vu comme l'obstination de la Russie de protéger, y compris par la force, les Russes à travers le monde. C'est sur cette vision du "monde russe" comme une menace que s'appuient les décisions prises actuellement par l'Otan à la grande joie de l'industrie de l'armement. Comme je l'ai déjà dit, les seules dépenses des USA pour l'aménagement des frontières extérieures de l'Otan plus près de la Russie ne coûteront plus 700 millions de dollars, mais 4 milliards de dollars en 2016. C'est précisément le but.

Tout le monde a le droit de prendre soin de ses citoyens. Mais seule la Russie, quand elle commence à le faire, tombe dans la catégorie des agresseurs et des fauteurs de troubles, des saboteurs de toutes les règles et lois de la communication internationale. Tout cela est malsain. Donc si on parle de ceux qui remplissent leurs engagements, j'ai déjà cité l'exemple du mémorandum de Budapest qui n'a pas été enfreint, parce que nous ne nous sommes pas engagés, tout comme les USA et le Royaume-Uni, à soutenir des coups d’État en Ukraine.

En ce qui concerne les textes de l'Onu je vous ai déjà présenté, dans les grandes lignes, les critères qui permettent d'assurer le respect de l'intégrité territoriale des États.

Concernant les documents plus concrets, je voudrais souligner que le texte même des accords de Minsk stipule que c'est principalement le pouvoir de Kiev qui doit les mettre en œuvre. Vous pouvez consulter encore une fois ce document pour en avoir le cœur net.

A mon avis, il faut parvenir à la mise en œuvre de tous les points concertés. Quand j'ai évoqué les défis principaux de cette nouvelle année, j'ai déjà souligné que la capacité de nos partenaires à respecter les accords serait l'un des défis les plus importants.

Question: Pouvez-vous commenter la déclaration récente d'Arseni Iatseniouk, premier ministre ukrainien, concernant l'organisation d'un référendum sur la nouvelle Constitution? Est-ce que l'Ukraine aura assez de temps pour y inscrire la décentralisation du pays, comme l'exigent les accords de Minsk?

Sergueï Lavrov: Il m'est difficile de commenter cette déclaration car le président ukrainien Petro Porochenko a accepté et signé les accords de Minsk, assumant ainsi la responsabilité de leur mise en œuvre. Mais les conditions de cette mise en œuvre sont une question tout à fait différente. Je l'ai déjà souligné plus d'une fois. Les autorités ukrainiennes ne tentent pas de protéger les accords de Minsk par leur mise en pratique conséquente et honnête, mais en soutenant des radicaux qui veulent contester ces accords ou les interpréter d'une manière biaisée et malhonnête.

Je ne suis pas un grand expert de la Constitution ukrainienne. Cette dernière a été modifiée à de nombreuses reprises et sa version actuelle est, selon les experts de la commission de Venise, assez compliquée: on ne comprend pas quelles normes doivent définitivement entrer en vigueur. La politique étrangère de l'Ukraine reste du ressort du président et personne ne le conteste pour le moment. Le président ukrainien Petro Porochenko affirme qu'il n'y aura aucun "Minsk 3". Je vous rappelle que la perspective de Minsk 3 a été évoquée au sein du groupe de contact par un certain Roman Bessmertny, leader du parti "Troisième République". D'après lui, Minsk 2 avait déjà échoué. Quelques jours après ses déclarations, le président ukrainien Petro Porochenko a été obligé de le corriger en indiquant qu'il n'y avait rien que Minsk 2 et aucun projet de Minsk 3. Ensuite, Roman Bessmertny, qui représentait toujours l'Ukraine au sein du groupe de contact en tant que responsable de la mise en œuvre des accords de Minsk, a souligné ce qu'il pensait de Minsk 2. Quelque temps après nous avons entendu la déclaration du premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk sur "la nécessité d'un référendum". Vladimir Groïsman, président du parlement ukrainien, a annoncé peu après que "cela n'était pas nécessaire". Pour comprendre quelle ligne adopter dans ce concert de voix dissonantes, nous nous appuyons sur le fait que la politique étrangère de l'Ukraine est définie par son président. Le premier ministre Arseni Iatseniouk a déjà dit beaucoup de choses. Il y a un an, il avait tenté de faire peur à l'Europe en affirmant que l'Allemagne et la France seraient les nouvelles cibles d'attaques suite à la prétendue "agression contre l'Ukraine". Franchement, c'est assez bizarre car Arseni Iatseniouk a été un bon ministre - il a occupé le poste de ministre des Affaires étrangères pour un temps. Je l'ai toujours considéré comme un homme raisonnable qui écoutait tous les arguments et agissait de manière appropriée. Mais il a visiblement subi une influence négative extérieure. C'est tout ce que je peux dire.

Question: La Russie a-t-elle proposé à Bachar al-Assad de quitter son poste? A-t-elle évoqué un asile politique?

Sergueï Lavrov: Nous avons déjà répondu à ces questions. La réponse est non. J'ai lu des spéculations se référant à feu Igor Sergoun, chef du Département principal de renseignement de l’État-major général de l'armée russe: ce dernier se serait rendu à Damas pour proposer à Bachar al-Assad de partir. C'est incorrect. Une telle conversation avec le président syrien n'était pas du tout nécessaire. Bachar al-Assad s'est déplacé à Moscou pour s'entretenir avec le président russe Vladimir Poutine. Les résultats de leurs négociations ont été rendus publics. Comme nous l'avons confirmé publiquement - le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué plus d'une fois - Bachar al-Assad a accepté de négocier avec les opposants, y compris des représentants de l'opposition armée, pour former sur le terrain un front antiterroriste plus large regroupant l'armée syrienne et des unités de l'opposition patriotique souhaitant combattre Daech, le Front al-Nosra et d'autres groupes terroristes. Lors des pourparlers de Moscou, il a également été convenu que le président Bachar al-Assad forme une délégation pour prendre part à la transition politique et examine les réformes politiques fixées par les décisions du groupe de Vienne et de la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l'Onu. Personne n'a demandé d'asile politique ni n'a rien offert de ce genre.

Question: Monsieur le ministre, vous avez mentionné les résolutions 2199 et 2253 du Conseil de sécurité de l'Onu interdisant tout financement des activités terroristes. Mais nous voyons que la Turquie et l'Arabie saoudite violent ces résolutions et font obstacle au processus politique en Syrie. Aujourd'hui, la prétendue "opposition syrienne" réunie à Riyad menace de boycotter les négociations prévues le 29 janvier à Genève. Même si ces pourparlers ont lieu et se traduisent par des accords, peut-on alors garantir qu'ils seront bien mis en œuvre?

Sergueï Lavrov: Nous sommes en effet préoccupés par la mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu: ces textes et beaucoup d'autres documents sont trop souvent oubliés. En ce qui concerne les résolutions antiterroristes sur la Syrie, nous sommes déterminés à empêcher toute sorte de jeu et surveillons très attentivement le travail du secrétariat de l'Onu chargé de présenter des informations puis un rapport sur le respect de ces documents par tel ou tel pays. C'est surtout important pour la résolution 2199 du Conseil de sécurité de l'Onu concernant les échanges de données et la coordination des efforts pour arrêter des djihadistes et terroristes étrangers. Il s'agit d'un problème crucial pour la Russie, l'Europe et nos voisins de l'Asie centrale et du Caucase, où Daech recrute ses criminels. Ces derniers combattent en Syrie et en Irak, font couler du sang pour ensuite rentrer chez eux. Ce problème concerne tout le monde, y compris les Européens et les Américains. On voit combattre en Syrie des ressortissants de l'Asie du Sud-Est, d'Indonésie et de Malaisie.

Si nous voulons couper le financement des terroristes, il faut respecter la résolution 2253 du Conseil de sécurité de l'Onu qui vise à lutter contre la contrebande de pétrole - provenant notamment des gisements pris par les djihadistes en territoire syrien et irakien - l'achat d'artefacts ou d'autres marchandises de Daech et d'autres organisations terroristes. Ces derniers apparaissent également en Libye, près de Syrte, dans les régions pétrolières. L'Afghanistan commence également à voir naître des cellules de Daech sur son territoire. La décision récente des États-Unis de permettre aux militaires américains de pourchasser les terroristes dans ce pays confirme le fait que le Daech ne cesse d'y renforcer ses positions et d'accroître son influence, notamment au détriment des Talibans.

La résolution 2253 du Conseil de sécurité de l'Onu stipule que le Secrétaire général doit rédiger régulièrement des rapports rendant compte de sa mise en œuvre. Nous suivons attentivement les préparatifs du premier rapport. Je voudrais profiter de cette conférence de presse pour envoyer un message à nos collègues du secrétariat de l'Onu: d'après nos informations - elles sont pour le moment non officielles mais nous tentons de les vérifier - ce texte ne dit rien du trafic de pétrole syrien vers la Turquie. Rien du tout. C'est scandaleux. Grâce aux médias nous avons assez de preuves et ce rapport doit les refléter. Nous ferons tout pour que ces faits ne soient pas passés sous silence.

Question: En 2007, lors de la Conférence sur la sécurité à Munich, le président russe Vladimir Poutine avait déclaré: "Vous avez plus besoin de nous que nous n'avons besoin de vous". Autant que je sache, c'est vous qui représenterez la Russie cette année lors de la conférence. La position russe est-elle toujours la même?

Sergueï Lavrov: La délégation russe sera dirigée par le chef du gouvernement Dmitri Medvedev. Je me rendrai également à Munich pour prendre part aux débats. Je suis certain que le premier ministre présentera notre position et qu'elle sera développée dans les interventions d'autres représentants russes.

Si vous voulez connaître ma position sur l'affirmation selon laquelle l'Occident a plus besoin de nous que nous n'avons besoin de lui, je vous répondrai ainsi: idéalement, nous devons avoir besoin l'un de l'autre, nous soutenir mutuellement et travailler conjointement contre toutes les menaces communes. Mais en pratique il s'avère que l'Occident s'adresse à nous plus souvent que nous nous adressons à lui.

Cela concerne notamment les sanctions. Nous ne les évoquons jamais mais tirons des conclusions sur la fiabilité et la bonne volonté de nos partenaires occidentaux, leur capacité à respecter les pratiques communes stipulant que le Conseil de sécurité de l'Onu est le seul acteur chargé de prendre des mesures coercitives. Après avoir reçu des réponses négatives sur ces questions, nous avons entamé un processus de substitution aux importations et des réformes structurelles. Le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué à de nombreuses occasions, notamment lors de son intervention d'hier à Stavropol: il s'agit de rendre notre économie autosuffisante tout en restant ouverte à la coopération avec ceux qui sont prêts à le faire sur une base équitable. Mais l'autosuffisance de l'économie exige un développement technologique, des investissements dans le capital humain. Il faut tout faire pour ne pas dépendre des caprices de tel ou tel groupe de pays, et avant tout de nos partenaires occidentaux qui ont mal pris notre décision de soutenir en Ukraine les Russes qui ne voulaient pas accepter le coup d’État: à cause de leur position certains voulaient les massacrer ou au moins restreindre leurs droits - j'ai déjà cité Dmytro Iaroch, leader du mouvement radical Secteur droit, à ce sujet. Nous voulons prévenir de telles situations dans le futur.

Concernant la logique de votre question, je voudrais souligner que nous ne courons pas actuellement après nos collègues européens en suppliant: "Faisons quelque chose pour lever les sanctions". Pas du tout. Nous nous concentrons sur la nécessité de ne pas dépendre des fluctuations de la politique occidentale dictées à l'Europe par les USA. Dans le cadre de nos contacts bilatéraux, chez nous ou lors de forums internationaux, nos collègues européens disent: "Il faut trouver une solution. Aidez à mettre en œuvre ces accords de Minsk car les sanctions nous portent un préjudice très important, et nous voulons tourner cette page le plus rapidement possible". Il s'avère que dans cette situation ils ont plus besoin de nous que nous n'avons besoin d'eux. Y compris pour la mise en œuvre des accords de Minsk. Ces derniers concernent le gouvernement ukrainien et le Donbass. Oui, nous avons une certaine influence sur le Donbass, nous le soutenons. Sans notre aide et nos livraisons humanitaires, il serait probablement dans un état déplorable. Mais il faut également influer sur les autorités de Kiev. Nous avons besoin de l'Occident de ce point de vue, mais il n'y a rien pour le moment.

Sur le dossier nucléaire iranien, nous avons été bombardés de demandes différentes lors des étapes décisives de ces pourparlers, quand il s'agissait de l'évacuation de l'uranium enrichi en échange d'uranium naturel - la condition principale de l'accord -, de la transformation du centre d'enrichissement de Fordo en site de recherches visant à produire des isotopes médicaux etc. Nous avons vu des demandes coûteuses ou sans perspectives de bénéfice matériel. Mais nous avons accompli notre partie du travail. Aujourd'hui, nous et nos collègues chinois, nous recevons des appels sur le problème nord-coréen: "Aidez-nous à assurer le respect des engagements pris par la Corée du Nord".

Analysons également les derniers développements du dossier syrien. Le secrétaire d’État américain John Kerry - j'apprécie grandement nos relations - se heurte sans arrêt à des difficultés avec tel ou tel partenaire des États-Unis dans la région, y compris la Turquie et d'autres voisins de la Syrie. Chaque fois, il nous demande de l'aider à trouver un compromis, une solution. Ce fut également le cas lors de la dernière réunion du Groupe international de soutien à la Syrie.

Ces derniers temps, nous n'avons adressé aucune demande à nos collègues occidentaux car à notre avis, ce n'est pas tout à fait approprié. Nous estimons que si les négociations se sont traduites par la signature d'un texte, il ne s'agit plus d'un objet de demande mais d'un engagement qu'il faut respecter.

Je ne veux pas paraître indiscret - j'ai tout simplement présenté des faits. A vous d'en tirer des conclusions.

Question: La presse évoque ces derniers temps une prétendue "proposition de Lavrov" dans le cadre des négociations sur le règlement du conflit du Haut-Karabagh. Existe-t-elle et si oui, sur quoi porte-t-elle?

Sergueï Lavrov: Il n'existe aucun "document de Lavrov" ou de qui que ce soit. Il y a plusieurs textes - 4, 5 ou 6 - que les coprésidents ont rédigés à des étapes différentes des négociations sur le règlement du conflit. Ils fixent les principes qui doivent servir de base à un accord de paix juridiquement contraignant - pas seulement politique. Les coprésidents ont présenté plusieurs versions de ce texte, qui a évolué de 2007 à 2010-2011, au secrétaire général de l'OSCE. Ces documents se trouvent actuellement dans les coffres de l'organisation et sont les seuls véritables si l'on considère qu'aucun texte officiel existant ne s'est encore soldé par une résolution pratique de la situation du Haut-Karabagh et que le travail sur ce dossier se base sur le principe "si tout n'est pas concerté rien n'est concerté".

Comme vous le savez, la partie russe s'efforce de trouver des solutions aux litiges existant entre les parties depuis 2010, sous la présidence de Dmitri Medvedev. La Russie a aidé à faire des progrès dans certains domaines. Puis nous avons constaté une pause considérable suite au sommet de Kazan en juin 2011 qui, malgré les attentes, n'a pas permis de s'accorder sur un texte concernant les principes de base. Après sa réélection, le président russe Vladimir Poutine a évoqué de nouveau ce sujet avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais. A la demande des trois présidents, nous avons tenté de relancer la recherche de solutions. Ce processus n'en est pourtant encore qu'au stade des idées et des pensées.

J'ai participé à plusieurs rencontres avec mes homologues arménien et azerbaïdjanais et nous débattons également de ces questions avec les coprésidents américain et français. Il n'existe toujours aucun document sauf ceux déposés à l'OSCE. Quant au reste, il ne s'agit que de recherches et de réflexions.

Question: Quelles perspectives ouvre l'année 2016 pour les relations russo-géorgiennes? Qu'est-ce qu'on peut faire à cette étape, compte tenu des divergences insurmontables entre la Russie et la Géorgie? Moscou a reconnu l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud et accueille les ambassades de ces pays. Même si une reprise complète des relations diplomatiques entre Moscou et Tbilissi n'est pas possible, y a-t-il d'autres perspectives ou d'autres formats? Qu'en est-il de l'annulation du régime de visas avec la Géorgie? Tbilissi et Gazprom négocient actuellement au sujet du transit gazier. La monétisation de ce transit vers l'Arménie est un sujet litigieux. Faut-il s'attendre à des répercussions politiques en l'absence d'accord? Comment la Russie assurerait-elle alors les livraisons de gaz vers l'Arménie?

Sergueï Lavrov: Nous voulons que nos relations avec la Géorgie soient normales et de bon voisinage. Le peuple géorgien ne doit pas payer la rupture des liens au niveau gouvernemental, car ces relations humaines sont importantes pour les Russes tout comme pour les Géorgiens. Il serait injuste de faire payer les gens pour les erreurs criminelles de l'ancien président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Ce n'est pas nous qui avons coupé nos relations diplomatiques. Nous avons agi en conformité absolue avec les normes du droit international, notamment la déclaration sur les principes des relations interétatiques qui stipule que l'intégrité territoriale d'un État et le respect de cette dernière impliquent la garantie des droits des populations par l’État même et celle du non-recours à la force pour obliger les peuples à rester dans cet État. Mikhaïl Saakachvili a violé tous ces principes de manière très grossière. Mais je ne vais pas répéter l'histoire de cette question. Après l'attaque de Mikhaïl Saakachvili contre l'Ossétie du Sud, ses propres citoyens et les forces russes de maintien de la paix, la Russie et les milices locales lui ont fait subir une défaite. Désespérées d'obtenir une solution politique pour leur avenir - on avait évoqué plusieurs options par le passé, notamment une fédération ou une confédération -, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie ont proclamé leur indépendance. Nous n'avons alors eu aucun autre choix que de reconnaître leur indépendance afin d'assurer la sécurité et la survie des peuples sud-ossète et abkhaze. Cette décision est irréversible, mais - je le répète - elle a résulté de la politique criminelle de Mikhaïl Saakachvili. Ce dernier s'est distingué par des provocations qu'il organisait, d'après nous, non seulement à sa propre initiative mais aussi assez souvent sur commande.

Nous saluons la poursuite des discussions de Genève. Tout d'abord, nous nous penchons sur les questions de sécurité afin de nous prémunir contre la répétition de tels incidents. Certaines idées ont été avancées pour permettre à tous les participants des discussions de Genève de signer un texte garantissant la prévention de nouveaux recours à la force dans la région. Nous soulignons également l'importance des débats sur des questions humanitaires, notamment le retour des réfugiés et des personnes déplacées. Le travail humanitaire est sans cesse torpillé par les actions de la Géorgie qui saisit annuellement l'Assemblée générale de l'Onu d'une résolution unilatérale sur les réfugiés et les personnes déplacées.

Nous sommes prêts à examiner cette question à l'Onu, mais seulement à condition d'y associer l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, qui font l'objet des exigences de la résolution promue par la partie géorgienne aux Nations unies. Mais les représentants de ces républiques sont absents et n'ont pas de moyens de s'y rendre car nos collègues américains ne leur octroient pas de visas, bien que les responsables du Kosovo, non reconnu, reçoivent des visas mais jouissent aussi d'une bienveillance particulière au sein de l'Onu. La politique du deux poids deux mesures est donc ici tout à fait évidente.

Au-delà du cadre des discussions de Genève, nous entretenons également des relations bilatérales avec la Géorgie, qui se rétablissent peu à peu après une période de gel profond. Les contacts ont repris au niveau des institutions sanitaires et phytosanitaires. Nous sommes heureux de constater la reprise des ventes de boissons et d'aliments.

Vous avez très justement mentionné les négociations avec Gazprom. A mon avis, il ne faut pas attendre l'échec de ces négociations. Il s'agit d'après moi d'un processus pragmatique qui répond aux intérêts des deux parties. L'Arménie pourrait, elle aussi, en profiter. C'est pourquoi ces questions doivent être résolues par les entreprises et les ministères appropriés des deux pays. Je suis certain qu'ils seront en mesure de faire aboutir ce processus.

Nous faisons tout notre possible pour faciliter les liens humains, malgré le fait que suite à la rupture des relations diplomatiques avec la Géorgie nous avons été obligés de renoncer au régime sans visas et même de renforcer le régime de visas, notamment à cause de la persistance de la menace terroriste dans la vallée de Pankissi. Par ailleurs, des informations nous parviennent selon lesquelles les djihadistes du Daech utilisent ce territoire difficilement accessible pour s'entraîner, se reposer et se réapprovisionner. Ces dernier temps, nous avons souligné la normalisation de nos relations par l'introduction d'un régime de visas simplifié dans le cadre duquel les visas d'affaires, de travail, d'études ou humanitaires seront octroyés indépendamment des circonstances. Même s'il s'agit d'un visa privé, l'invitation ne doit pas forcement être envoyée par des parents: un ami ou un camarade peut vous inviter et vous recevrez votre visa. A l'avenir, nous sommes prêts à réintroduire un régime sans visas. Mais il serait étrange d'examiner cette question à un moment où nous n'avons même pas de relations diplomatiques - qui n'ont pas été rompues à notre initiative je le rappelle.

Je voudrais souligner que, ces derniers temps, nous avons réussi à résoudre conjointement plusieurs questions d'enregistrement des droits sur la propriété diplomatique géorgienne à Moscou et russe à Tbilissi, ce qui constitue encore une initiative utile. Le format de discussion Grigori Karassine-Zourab Abachidze offre également une plateforme permettant de débattre de n'importe quelle question. Les deux hommes se connaissent parfaitement et ont des relations confidentielles qui leur permettent de soulever tout type de question. Par ailleurs, je suis personnellement ouvert à d'éventuels contacts avec mon homologue géorgien. Je suis certain que d'autres liens sont tout à fait possibles: le président russe Vladimir Poutine n'a pas exclu une telle perspective si l'opportunité se présentait.

Question: Je voudrais poser une question sur les relations russo-japonaises. Shinzo Abe, premier ministre du Japon, a récemment évoqué la volonté de Tokyo de développer les relations avec Moscou, de résoudre ensemble les problèmes auxquels fait face le monde entier. Quelles opportunités et perspectives voyez-vous dans ce domaine?

Il existe toujours des divergences considérables sur le problème territorial. La partie japonaise estime que la signature d'un accord de paix signifierait la résolution du litige territorial. La Russie affirme, quant à elle, qu'il n'y rien à discuter.

Sergueï Lavrov: Entretenir des relations étroites et chaleureuses avec le Japon présente un intérêt réel. Il s'agit d'un voisin très important. Nous avons beaucoup de projets communs, ainsi qu'un large éventail de liens commerciaux, économiques, humains et culturels. Les entreprises japonaises travaillent activement sur notre marché dans les domaines du raffinage des hydrocarbures, de l'automobile et des technologies de pointe. Nous souhaitons que ces projets se multiplient pour bénéficier à nos pays et à nos peuples.

Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre japonais Shinzo Abe se sont accordés pour introduire la question de l'accord de paix sur la liste des problèmes à résoudre. A notre avis, sa signature ne serait pas forcément synonyme de la résolution du litige territorial. Il s'agit d'une initiative nécessaire pour que les relations des deux pays soient normales non seulement en pratique, mais aussi sur le plan juridique. Je vous rappelle que le seul texte signé et ratifié par les deux pays (la déclaration de 1956) stipule clairement la primauté de la signature d'un accord de paix indépendamment des perspectives d'un traité définitif sur les îles litigieuses. La déclaration évoque un accord de paix suivi par la transmission - pas la restitution - de deux îles du sud par l'Union soviétique en tant que geste de bonne volonté. Le texte se basait sur un principe crucial: il fixait la reconnaissance du bilan de la Seconde Guerre mondiale par l'Union soviétique et le Japon. Sans confirmer cette position ni reconnaître les résultats de la Seconde Guerre mondiale sous leur forme fixée dans la Charte de l'Onu, il nous est pratiquement impossible de progresser. Nos collègues japonais en sont parfaitement conscients. A la demande du président russe Vladimir Poutine et du premier ministre japonais, nous avons organisé l'année dernière une discussion spéciale consacrée aux aspects historiques de l'accord de paix en marge des négociations sur ce dernier. Il nous faut tirer une conclusion commune de ces aspects historiques. Nous ne formulons aucune exigence irréaliste: nous voulons seulement que le Japon - ainsi que tous les autres pays qui ont signé et ratifié la Charte de l'Onu - affirme son attachement à la Charte de l'Onu dans son intégralité, y compris à l'article 107 interdisant toute révision des résultats de la Seconde Guerre mondiale. A mon avis, ces exigences sont loin d'être trop sévères. Le Japon a ratifié ce texte.

En tout cas, nous sommes prêts à poursuivre le dialogue et envisageons de le faire. La prochaine étape des négociations aura lieu en février au niveau des vice-ministres des Affaires étrangères. Nous débattrons de toutes les questions soulevées par la partie japonaise et n'éviterons aucun sujet. Les aspects historiques - et notamment le bilan de la Seconde Guerre mondiale - constituent une partie du dialogue qu'on ne peut pas contourner, oublier et mettre de côté. Nous nous heurterons sans cesse à ce problème et nos collègues japonais le comprennent parfaitement.

Le président russe et les premiers ministres japonais - Shinzo Abe et ses prédécesseurs - ont souligné à plusieurs reprises que la signature d'un accord de paix nécessitait un élargissement considérable de notre coopération dans tous les domaines: commercial, économique, humain, culturel et international.

J'ai déjà mentionné le secteur commercial et économique - il faut noter que les entreprises japonaises avancent plus rapidement que les cercles politiques. Certains hommes politiques japonais affirment qu'en cas de signature d'un accord de paix et de résolution du problème territorial, les entreprises japonaises se rendraient massivement en Russie alors que dans le cas contraire elles resteraient frileuses. Mais nous ne voyons aucune frilosité de la part des sociétés nippones. Certaines forces tentent probablement de les freiner et il est peut-être possible d'élargir notre coopération dans les domaines commercial, économique et d'investissement, mais dans la plupart des cas le monde des affaires n'attend aucun message politique et travaille déjà de manière active. A mon avis, plus étroite sera cette coopération, plus facile sera l'étude des questions bilatérales en tout genre.

Nous proposons depuis longtemps au gouvernement japonais de soutenir l'arrivée massive des entreprises nippones sur ces îles. Nous avons suggéré d'y créer un régime spécial, une zone de libre-échange. Plusieurs options permettent de travailler conjointement sur ces îles sans attendre un règlement complet des litiges relatifs à l'accord de paix. Qui plus est, ces derniers sont plus formels qu'autre chose car nous vivons en état de paix et de coopération avec nos voisins japonais sans ressentir l'absence d'accord. Nous ne sommes pas un État hostile, même si formellement la Russie peut être considérée comme un pays ennemi puisque aucun accord de paix n'a été signé. Ce n'est pas le cas. Mais il vaudrait sans doute mieux signer ce document.

Nos liens humains se développent de manière spectaculaire. On organise annuellement, au Japon, des festivals de culture russe inaugurés par le président de la Douma Sergueï Narychkine. L'année 2016 ne fera pas exception. Et le public russe attend toujours avec intérêt l'arrivée d'artistes japonais. Si nous voulons mettre en pratique les engagements des leaders de nos pays et développer nos relations plus activement dans tous les domaines, y compris au niveau international, nous voudrions coopérer de façon plus étroite et voir un Japon plus indépendant - surtout qu'il prétend au rôle de membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu. Nous comprenons parfaitement ce souhait. Nous voudrions que les pays aspirant à une position permanente au sein du Conseil de sécurité apportent une certaine valeur ajoutée, renforcent l'équilibre entre les positions de ses membres. Si quelqu'un reprend mot par mot les positions américaines, cela n'ajoute pas beaucoup au processus politique et ne permet pas d'équilibrer les décisions élaborées. En principe, nous souhaitons - le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué en détails concernant l'Union européenne - que tous les pays soient indépendants sur la scène internationale et ne se laissent guider que par leurs intérêts nationaux. Il ne s'agit pas d'isoler ou de s'isoler, mais de respecter le droit international afin de s'appuyer sur ce dernier en adoptant des décisions qui reflètent les intérêts de l’État et du peuple au lieu de la pression de ceux qui veulent que tu cèdes tes avantages et agisses comme ils l'entendent.

J'espère que nous serons en mesure d'y arriver, bien que la culture diplomatique du monde moderne ait été créée à l'époque de la domination séculaire de l'Occident historique. Il est aujourd'hui très difficile de se débarrasser des habitudes mais j'espère que cette heure viendra.

Question: Le président américain Barack Obama quittera ses fonctions dans moins d'un an. Quelles sont les perspectives d'un redémarrage réel des relations russo-américaines en 2016?

Sergueï Lavrov: Ce n'est pas à nous qu'il faut poser cette question. Nos rapports interétatiques sont tombés très bas malgré les relations personnelles excellentes entre l'ancien président américain Georges W. Bush et le président russe Vladimir Poutine. Suite à l'arrivée du président Barack Obama à la Maison blanche, l'ancienne secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a proposé un "redémarrage": les Américains-mêmes comprenaient le caractère anomal d'une situation où la Russie et les États-Unis ne coopéraient pas pour mettre fin aux problèmes qu'il était impossible de résoudre sans leur participation. Nous avons accueilli ce "reset" de manière assez constructive, montré que nous appréciions la volonté de la nouvelle administration de corriger les erreurs de ses prédécesseurs. Nous avons obtenu de bons résultats: le traité START, l'entrée de la Russie à l'OMC, plusieurs accords sur différents conflits. Mais tout cela a rapidement disparu. Aujourd'hui, tout le monde - y compris nos collègues américains - nous dit: "Mettons en pratique les accords de Minsk sur l'Ukraine et tout normalisera immédiatement. Nous lèverons les sanctions dans une heure, et la Russie et les USA auront des perspectives brillantes de coopération dans les domaines beaucoup plus agréables que le règlement des crises. On mettra aussi en place immédiatement un programme créatif de partenariat".

Nous sommes prêts à coopérer avec tout le monde sur une base d'équité et de profits mutuels. Mais nous ne voulons certainement pas que quelqu'un fonde sa politique sur l'assertion selon laquelle c'est la Russie et pas l'Ukraine qui doit mettre en œuvre les accords de Minsk. Ce document précise clairement qui doit les réaliser. J'espère que les États-Unis sont également au courant. En tout cas, nos derniers entretiens avec le secrétaire d’État américain John Kerry et les contacts entre la sous-secrétaire d’État américaine Victoria Nuland et le conseiller du président russe Vladislav Sourkov montrent que la partie américaine comprend parfaitement le sens des accords de Minsk. Autrement dit, tout le monde comprend tout. Dans ce contexte, Kiev voit dans la prolongation des sanctions occidentales contre la Russie une approbation de sa non-mise en pratique des accords de Minsk. Cela explique clairement la position du pouvoir ukrainien: à quoi bon appliquer ces accords si l'Occident accepte que nous ne le fassions pas?

Cet exemple montre qu'on prépare déjà pour nous un nouveau "reset": nous mettons en œuvre les accords de Minsk et tout redevient immédiatement beau, prometteur et attractif.

Le refroidissement des relations avec l'administration Obama et l'effritement de la politique de redémarrage ont été entamés longtemps avant l'Ukraine. Revenons un peu en arrière. D'abord, quand nous avons obtenu des conditions acceptables pour l'entrée de la Russie à l'OMC de la part de nos partenaires occidentaux, les Américains se sont rendu compte du fait que le maintien de l'amendement Jackson-Vanik allait à l'encontre de leurs intérêts en les privant des avantages liés à la présence russe au sein de l'OMC. Mais leur nature profonde les a empêchés de le supprimer tout simplement en disant: "C'est fini, nous pouvons désormais coopérer sans problème". Mais ils ont inventé la loi Magnitski - je suis pourtant sûr que l'affaire Magnitski n'est pas encore terminée. J'espère que tout le monde connaîtra un jour la vérité. Toutes ces provocations et manipulations autour de la mort de cet homme sont répugnantes. Mais ils l'ont fait, et vous savez parfaitement qui a fait du lobbying en faveur de la loi. La loi Magnitski a tout de suite remplacé l'amendement Jackson-Vanik. Ce processus a été lancé avant la crise ukrainienne, bien qu'on tente actuellement de nous imputer justement une violation des principes de l'OSCE. Tout ce qui se passe entre l'Occident et la Russie s'expliquerait par le fait que Moscou n'a pas respecté ses engagements et l'ordre mondial, formé notamment en Europe suite aux accords d'Helsinki, etc. En réalité, il semble surtout s'agir de trouver un prétexte pour poursuivre la politique d'endiguement, qui n'a en réalité jamais pris fin.

La loi Magnitski a été suivie d'une réaction démesurée à la situation d'Edward Snowden, qui s'était retrouvé en Russie en dépit de notre volonté. Nous n'étions pas au courant et il n'avait pas de passeport: ce document avait été annulé lors de son vol. Il n'a donc pas pu quitter la Russie à cause des décisions de Washington. Nous ne pouvions tout simplement pas lui refuser la possibilité de rester dans notre pays, en sécurité, compte tenu des poursuites engagées contre lui: les Américains en parlaient ouvertement. Nous l'avons fait au nom du droit fondamental à la vie.

Le président américain Barack Obama a annulé sa visite en Russie. On a vu éclater un scandale colossal, des dizaines d'appels de la part de la FBI, de la CIA et du Département d’État, des contacts directs entre les présidents. On nous disait que notre refus d'expulser Snowden pourrait torpiller nos relations. Les États-Unis ont annulé la visite présidentielle mais Barack Obama a pourtant assisté au sommet du G20 à Saint-Pétersbourg où nous avons, par ailleurs, fixé les principes du démantèlement de l'arsenal chimique syrien.

L'Ukraine n'a donc été qu'un nouveau prétexte. La crise ukrainienne n'était pas vraiment liée à une indignation juste à propos d'une prétendue violation par la Russie des accords d'Helsinki - bien que tout ait commencé par le Kosovo et les bombardements de la Yougoslavie - mais reflétait le mécontentement américain après que le coup d’État n'a pas donné les résultats escomptés par ses soutiens. Franchement, nous ne nous comportons pas comme une personne offensée. Nous n'avons pas de telles traditions dans nos relations interétatiques. Nous comprenons que la vie est plus dure que tous les schémas romantiques et idéalistes de "reset". Nous comprenons également que le monde fait face à une lutte sévère d'intérêts, qu'il n'est pas encore sorti de l'époque de la domination occidentale et se trouve actuellement en transition vers un système plus stable qui n'aura pas un ou deux pôles dominants, mais plusieurs. Cette période de transition est longue et pénible: les vieilles habitudes sont très persistantes. Nous le comprenons parfaitement. Nous comprenons que les États-Unis ont intérêt à avoir moins de rivaux sur le plan territorial, d'influence, militaire ou économique. Nous le voyons dans les relations sino-américaines ou encore l'attitude des États-Unis envers l'Union européenne. Washington tente de lier cette dernière à lui par le truchement du partenariat transatlantique, tout en créant à l'est de la Russie un "partenariat transpacifique" qui exclut la Russie et la Chine. Le président russe Vladimir Poutine l'a évoqué en détails dans son analyse des processus de l'économie et de la politique mondiales. Nous comprenons tout cela. Chaque époque apporte probablement de nouvelles tendances et de nouvelles attitudes de telles ou telles élites, surtout dans les pays importants qui ont une approche particulière de la lutte pour leurs intérêts. Il serait très néfaste et désastreux pour nous tous que ces processus dépassent les limites des normes établies du droit international. Dans ce cas-là, chacun lutterait contre tous et le monde coulerait dans l'anarchie et le chaos - à l'image de la situation actuelle au Proche-Orient, à l'exception probablement de l'effusion de sang. Chacun agirait de son propre gré, ce qui tournerait sans doute très mal. Il est très important de respecter certaines règles du jeu. Concernant votre question, je voudrais que les États-Unis entament un reset avec le monde entier, que ce reset soit commun, que tout le monde se réunisse pour confirmer son attachement à la Charte de l'Onu et à ses principes fondateurs, notamment à la non-ingérence dans les affaires intérieures, au respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale, au droit des peuples à l'autodétermination et au choix libre de leur avenir sans aucune ingérence extérieure.

Nous avons déjà cité l'exemple de l'établissement des relations diplomatiques entre l'URSS et les États-Unis au milieu du XXe siècle. Les USA avaient insisté pour que la cérémonie inclue un échange de lettres officielles entre les ministres des Affaires étrangères. Ils ont également demandé d'introduire dans ces lettres l'engagement mutuel de ne pas s'ingérer dans les affaires intérieures des partenaires, de ne pas torpiller leur système politique et économique. Les États-Unis l'ont exigé de l'URSS dans les années 1930. L'échange de ces lettres a eu lieu. Vous pouvez même les consulter sur le site de notre ministère.

Il y a un certain temps, nous avons proposé aux Américains de souligner encore une fois ces principes de nos relations, mais ils ont esquivé cette demande. Bien que - je le répète - un tel reset aurait été très opportun.

Question: Comment caractériseriez-vous les relations russo-britanniques après les conclusions des enquêteurs sur la participation du FSB (ex-KGB) à l'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko?

Sergueï Lavrov: Vous devriez formulez vos questions de manière plus réfléchie. Si j'ai bien compris votre question en anglais, vous voulez connaître mon opinion sur le développement des relations russo-britanniques compte tenu des conclusions des enquêteurs sur la participation du FSB à l'empoisonnement d'Alexandre Litvinenko.

Vous êtes allé beaucoup plus loin que ce qu'a dit le juge de la Cour royale de Londres Robert Owen. En présentant ses conclusions, ce dernier n'a évoqué aucune accusation sans prendre le soin d'utiliser des termes tels que "probablement", "apparemment" ou "il semble". A mon avis, en tant que représentant des médias, vous devriez au moins répéter correctement les propos de votre justice.

L'intervention du juge Robert Owen était justement pleine de nuances. Il a même indiqué que l'affaire se fondait sur de fortes preuves indirectes. A mon avis, il s'agit d'un cas sans précédent dans la pratique judiciaire, au moins pour une affaire présentée comme objective et impartiale. Les autorités russes font face à des accusations très sérieuses sans aucune preuve substantielle. Toutes les conclusions se fondent sur les propos de certains témoins sélectionnés, tout à fait partiaux - comme Alexandre Goldfarb qui ne semble pas crédible même aux yeux de nombreux Britanniques -, ou sur des témoignages secrets livrés on ne sait où ni par qui.

Si vous vous souvenez bien, l'enquête lancée en 2011 n'était d'abord basée que sur des faits - pas des spéculations. Le Comité d'enquête russe a aidé volontairement l'investigation jusqu'à sa suspension en 2014. Le processus basé sur des faits, et qui pouvait impliquer ouvertement et complètement le Comité d'enquête russe, a ainsi été stoppé. C'est probablement la raison de sa suspension en faveur du lancement de l'"enquête publique". Le terme "publique" est dans ce cas-là trompeur car ce type d'investigation permet justement de classifier tous ses éléments principaux. Cela a été le cas. Qui plus est, la version du juge Robert Owen contredit tellement les faits qu'il semble même étrange qu'elle soit évoquée par des médias sérieux - sans parler des hommes politiques. Nous avons entendu les propos du premier ministre britannique David Cameron et des membres de son gouvernement: j'ai surtout remarqué qu'il était étonné du fait que l'investigation ait confirmé ce qu'il "savait dès le début".

Tout cela me rappelle les propos de nos collègues américains sur l'attaque contre le Boeing malaisien au-dessus de l'Ukraine. Ils disaient "attendre le rapport final du comité néerlandais", même s'ils "savaient parfaitement" qui avait attaqué. La logique du Boeing coïncide visiblement avec celle de l'affaire Litvinenko. Pourquoi les résultats de l'autopsie de Litvinenko sont-ils classifiés? Pourquoi ignore-t-on les demandes de sa première femme, de son père et de son frère qui exigent d'exhumer son corps afin d'effectuer une nouvelle autopsie? Pourquoi rien n'a été fait? Nous avons des questions similaires concernant le Boeing malaisien. La justice britannique et le comité néerlandais sont incapables d'y répondre. Il est également de notoriété commune - les enquêteurs ne le nient pas - qu'Alexandre Lougovoï s'est rendu avec son fils au rendez-vous avec Alexandre Litvinenko, lors duquel il aurait empoisonné ce dernier. On n'explique pas pourquoi un homme aurait ainsi pu mettre en péril la santé de son propre enfant. Sans parler des témoignages de l'entourage de Boris Berezovski, qui sont actuellement partout dans les médias et racontent des faits très intéressants mais sont ignorés complètement par l'investigation. Sans parler des causes de la mort de Boris Berezovski - nous ne les connaîtrons probablement jamais -  comme celles du propriétaire du restaurant David West etc. Si un juriste compétent analysait ces faits et toutes les déclarations des autorités britanniques, il pourrait les persécuter pour diffamation. Le matériel nécessaire ne cesse de s'accumuler.

Vous avez demandé mon opinion sur les perspectives des relations russo-britanniques. Nous voudrions nous-aussi que la Grande Bretagne enquête objectivement sur les morts de plus en plus nombreuses de citoyens russes qu'on oublie quelques mois après sans rien nous dire - ce qui ne concerne apparemment pas certaines affaires dont l'écho retentit encore dix ans après.  

Je ne suis d'accord qu'avec cette estimation du ministère britannique des Affaires étrangères qui dit que "l'affaire Litvinenko compliquera davantage nos relations bilatérales". Je suis du même avis, bien que ce ne soit pas l'affaire Litvinenko mais le spectacle autour de cette dernière qui compliquera nos rapports. Qui plus est, ils s'aggraveront sans "probablement", "apparemment" ou "il semble". C'est une certitude.

Question: Vous avez indiqué que des combattants du Daech s'entraînaient et se reposaient  dans la vallée de Pankissi sur le territoire géorgien. Cela se passe tout près de vos frontières, près de la Tchétchénie. Quel est le rôle de cette dernière et de son président Ramzan Kadyrov? Comment peut-on, d'après vous, y faire face? Je prends vos paroles très au sérieux. Si c'est la vérité, la situation est très grave.

Vous mentionnez régulièrement un certain Dmytro Iaroch. Joue-t-il un rôle au sein du gouvernement ukrainien? Il n'a jamais fait partie du pouvoir exécutif - il n'est personne. Dans ce cas-là peut-on prendre au sérieux les déclarations de vos hommes politiques qui n'obtiennent que 2% aux élections présidentielles sur les relations russo-ukrainiennes? Précisez, s'il vous plaît, pourquoi Dmytro Iaroch doit servir de référence de vos relations avec l'Ukraine.

Enfin, l'Onu a annoncé le 28 mars que la Russie avait annexé la Crimée. Êtes-vous prêts à évoquer avec l'Ukraine une restitution éventuelle de la péninsule?

Sergueï Lavrov: Soyez tranquille, je vais répondre à toutes vos questions. En ce qui concerne la vallée de Pankissi, nous disposons d'informations selon lesquelles Daech tenterait d'y former ses cellules - et non seulement en Afghanistan ou dans certains pays d'Asie centrale. Plusieurs terroristes ont déjà été arrêtés. D'après nos informations, ces derniers étaient liés à Daech. De telles opérations sont préparées et menées en secret. Mais leurs résultats sont toujours rendus publics. Vous pouvez l'entendre régulièrement à la télévision ou dans d'autres médias. Il s'agit d'un mal commun. Des cellules de Daech sont présentes sur le territoire de nombreux pays européens. Les attentats de ces derniers temps, notamment ceux de Paris, sont liés à ces djihadistes. Daech a également revendiqué les attentats sur la côte ouest des États-Unis. C'est pourquoi il faut probablement utiliser toutes nos ressources sans attendre que quelqu'un dise: "Faisons d'abord chuter le président syrien Bachar al-Assad pour ensuite débattre de la lutte conjointe contre Daech". Nous avons déjà vu les conséquences de cette politique du deux poids deux mesures.            

La coalition menée par les USA - à laquelle l'Espagne participe également - regroupe plusieurs pays ayant une histoire assez mitigée de relations avec Daech. Concernant la vallée de Pankissi, j'ai mentionné des informations sur des combattants de Daech qui tentaient de s'y introduire. Si nous ne les combattons pas de manière conjointe, personne ne sera en mesure de s'en prémunir.

Pour le moment nous avons dressé une barrière assez solide et éradiquons tous les phénomènes de ce genre sur le territoire russe. J'espère que nos propositions de coopérer seront prises en considération et que la coalition menée par les États-Unis prendra toutes les mesures nécessaires pour identifier, dans ses rangs, ceux qui ne coopèrent pas de manière sincère dans la lutte contre Daech et d'autres terroristes.    

En ce qui concerne Dmytro Iaroch et le fait qu'il serait un homme politique marginal dont les actions et les propos ne doivent pas pris en considération, cela n'est pas tout à fait exact. Dmytro Iaroch et son parti Pravy sektor ont été l'une des forces principales - voire la force principale - du Maïdan. Pas du Maïdan pacifique, mais de sa version violente qui voulait provoquer des affrontements et l'effusion du sang pour changer le pouvoir en plein chaos. Si vous regardez les publications des médias présents sur place dans la période de novembre 2013 à mars 2014, vous réaliserez que Dmytro Iaroch était tout sauf marginal en Ukraine. C'est lui, notamment, qui organisait les fameux "trains de l'amitié" vers la Crimée. Il était assez populaire, les médias le citaient. Qui plus est, il est actuellement député du parlement ukrainien, et il n'est pas du tout seul dans ses convictions. On a obtenu récemment de nouvelles informations sur la nature du parti Svoboda d'Oleg Tiagnibok. Ce dernier était membre de la coalition d'opposition et signataire de l'accord avec Viktor Ianoukovitch, paraphé également par nos collègues européens - les ministres allemand, français et polonais - aussi bien qu'Alexandre Iatseniouk et Vitali Klitchko. A l'époque Oleg Tiagnibok était déjà connu en tant que leader du parti, qui avait suscité une inquiétude considérable en Europe par son entrée au parlement ukrainien en décembre 2012. L'UE a même pris une décision spéciale exigeant des Ukrainiens qu'ils excluent cette force néonazie du parlement, tout comme Bruxelles avait tenté  d'écarter de la politique autrichienne le parti de Jörg Haider, gagnant en 2000. Elle est parvenue à ses fins en Autriche mais pas en Ukraine.

En décembre 2012, l'Union européenne avait souligné l'impossibilité de dialoguer avec le parti néonazi Svoboda mais deux ans plus tard, elle soutenait des accords impliquant Oleg Tiagnibok. La diplomatie française soulignait alors que Svoboda se trouvait justement "un peu à droite du mainstream politique", bien que ses textes fondateurs citent directement les positions hitlériennes sur le nouvel ordre européen et l'attachement aux nationalistes ukrainiens qui avaient prêté allégeance à Hitler en juin-juillet 1941. Telle est donc la nature de ces "marginaux" ukrainiens qui n'influent pas, selon vous, sur la politique du pays.

Concernant la Crimée: nous n'avons rien à restituer. Et nous ne négocions la restitution de ce territoire avec personne. La Crimée fait partie du territoire russe conformément à la volonté de tous les peuples de la péninsule, y compris de ceux qui n'avaient aucun droit sous l'Ukraine mais ont obtenu ces droits  - notamment celle à la langue officielle - suite au rattachement de la Crimée à la Russie selon les résultats du référendum que vous connaissez parfaitement. On peut évidemment suivre la logique de nos collègues ukrainiens qui affirment: "Cette année nous prendrons le Donbass, l'année prochaine nous reprendrons la Crimée". Alors qu'il faudrait plutôt parler de la mise en œuvre des accords de Minsk stipulant que le Donbass doit rester ukrainien, mais en échange de certaines conditions de décentralisation. Le parlement ukrainien n'arrive toujours pas à mettre en pratique les engagements du président ukrainien Petro Porochenko.

Pour parler de la Crimée, il vaut mieux s'y rendre soi-même au lieu de se laisser guider par des propos des autres. De nombreux journalistes et hommes politiques européens - espagnols, français, italiens, tchèques - et même des députés du Parlement européen ont déjà fait ce déplacement. Il n'y a pas longtemps je me suis entretenu avec un groupe de parlementaires français après leur voyage en Crimée. Il vaut mieux tout voir par ses propres yeux. Dans ce cas-là le lecteur sera probablement plus intéressé par la couverture médiatique des événements dans la République de Crimée de la Fédération de Russie.

Question: Monsieur le ministre, que pensez-vous du développement des relations russo-chinoises? Quelles sont leurs perspectives en 2016?

Les Chinois fêtent traditionnellement le Nouvel an le 8 février. Il s'agit d'un événement très important pour la Chine et les Chinois. Pourriez-vous souhaiter la bonne année au peuple chinois?

Sergueï Lavrov: Nous évoquons régulièrement l'état des relations russo-chinoises, car nous avons beaucoup de contacts. Il y a chaque année plusieurs rencontres au sommet, plusieurs entretiens entre nos chefs de gouvernement dans le cadre de visites spéciales et d'autres événements tels que l'Assemblée générale de l'Onu, les réunions du G20, de l'OCS, des BRICS et d'autres formats. L'année dernière n'a pas dérogé à la règle. Le président chinois Xi Jinping s'est rendu le 9 mai en Russie pour fêter les 70 ans de la victoire dans la Seconde guerre mondiale. Ensuite, le président russe Vladimir Poutine a visité la Chine pour prendre part aux événements consacrés à la fin de cette guerre dans la région Pacifique et la victoire du peuple chinois dans ce conflit libérateur. Nous avons eu également beaucoup d'autres contacts.  

Aujourd'hui, les relations entre nos pays et nos peuples n'ont jamais été aussi bonnes. Nous avons noué un partenariat stratégique, une coopération diversifiée qui se base sur l'accord de bon voisinage, d'amitié et de coopération de 2001. Dès les premiers jours de sa présidence, Vladimir Poutine a accordé une attention prioritaire au développement de relations larges et approfondies avec notre grand voisin. Avec aucun autre pays du monde nous n'avons mis en place de système si diversifié de coopération impliquant des sommets, des rencontres des chefs de gouvernement, quatre commissions  consacrées à la coopération commerciale et économique, énergétique, d'investissement et humaine et présidées par nos vice-premiers ministres, des groupes de travail. Tous ces contacts s'appuient sur une base systémique qui permet d'atteindre des résultats impressionnants.

La crise économique actuelle se répercute sans doute sur la valeur de nos échanges avec la Chine, mais leur volume ne cesse pour autant de croître. Nous avons beaucoup de projets communs, non seulement dans le domaine de l'énergie et des hydrocarbures, mais aussi dans le secteur des technologies de pointe comme le nucléaire, l'espace, l'aéronautique, etc.

Je voudrais également souligner les relations très étroites et de partenariat qu'entretiennent la Russie et la Chine sur la scène internationale. Il s'agit probablement de l'un des facteurs principaux qui aide à assurer la stabilité des affaires internationales malgré tous les bouleversements. Notre coopération se fonde sur le respect du droit international et du rôle central de l'Onu, ainsi que le caractère inadmissible de l'ingérence dans les affaires intérieures. En nous appuyant sur ces positions, nous coopérons étroitement sur toutes les questions internationales telles que le Proche-Orient, l'Afrique du Nord, l'Afghanistan, le programme nucléaire iranien, le dossier nucléaire coréen ou encore la défense antimissile. Notre partenariat contribue à l'autorité de telles institutions que les BRICS, l'OCS et le G20, dans le cadre duquel nous promouvons ensemble une réforme du système financier et monétaire international afin de le rendre plus équitable. Le système financier et monétaire actuel, tout comme celui des relations politiques internationales, doit être plus démocratique, refléter le poids accru de certains pays, notamment des BRICS. Le premier pas vers cette réforme a été fait très récemment grâce aux efforts conjoints de la Russie, de la Chine, de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud. Le processus de cinq ans visant à élargir les quotas et les voix de nos pays au sein du FMI a pris fin, et les BRICS ont pratiquement obtenu le droit d'imposer leur veto au Fonds, ce qui constitue un acquis très important.    

En ce qui concerne les contacts humains, nous organisons traditionnellement des événements spéciaux avec nos amis chinois. Au milieu de la dernière décennie nous avions mis en place l'année croisée russo-chinoise. Ensuite, nous avions organisé des années des langues nationales, du tourisme, des échanges de jeunes,  qui ont pris fin il y a justement quelques mois. Prochainement, nous lancerons l'année des médias russes et chinois. Je suis certain que beaucoup de ceux qui sont présents ici aujourd'hui pourront participer à ce programme d'événements.

Je souhaite à vous et à tous nos amis chinois une bonne année. Comme d'habitude, j'enverrai à cette occasion un message spécial à mon ami Wang Yi, ministre chinois des Affaires étrangères.

Question: Vous avez peint un tableau assez sombre de nos relations avec l'Occident, notamment à cause des sanctions. Plusieurs responsables occidentaux de haut niveau tiennent des propos optimistes et soulignent que ces mesures pourraient être levées dans quelques mois déjà. Sur quels fondements se basent leurs pronostics? Boris Gryzlov, représentant de la Russie dans le groupe de contact sur l'Ukraine, a notamment évoqué des percées possibles.

Dans le même temps, l'Occident pourrait ajouter une "liste Litvinenko" à la "liste Magnitski" déjà existante. Il faut également noter des saisies éventuelles de la propriété russe à l'étranger dans le cadre de l'affaire Ioukos. Un tournant dans les relations avec l'Occident est-il possible en 2016?

Sergueï Lavrov: Je n'ai jamais peint ce tableau sombre. Si vous avez eu cette impression, ce n'est pas notre faute. J'ai tenté de décrire honnêtement ce que je constatais lors de nos contacts. Notre approche est très simple: nous confirmons chaque fois notre volonté de coopérer sur une base d'équité, d'honnêteté et d'entente. Certains partenaires occidentaux affirment qu'il faut isoler la Russie. Il n'y a pas longtemps, mon homologue polonais a d'abord envoyé - à sa propre initiative - son adjoint pour nous indiquer la volonté de la Pologne de rétablir les mécanismes de coopération, mais a ensuite déclaré que si les Russes le demandaient, les Polonais étaient prêts à le faire. Pourtant tout s'était déroulé dans l'autre sens. Par ailleurs, il a immédiatement ajouté - pour que personne n'y voie une faiblesse du gouvernement polonais - que la Russie était l'ennemi de l'Otan et de l'UE, et que Varsovie en tiendrait compte dans ses relations avec la Fédération de Russie.

Ce n'est pas nous qui dressons ce tableau sombre. Nous avons en tête des perspectives optimistes vers lesquelles nous voulons progresser avec tout le monde, y compris avec nos collègues européens et américains. Nous souhaitons avancer vers un monde où tous les acteurs se respecteraient mutuellement, prendraient part à la résolution de problèmes sur une base équitable sans empêcher les autres de se développer, leur mettre les bâtons dans les roues, créer des obstacles artificiels ou imposer sa volonté aux autres en dépit de leur intérêts. A mon avis l'avenir est assez prometteur, bien que certains partenaires l'obscurcissent évidemment.

En élargissant votre question je voudrais ajouter que la plupart de ces partenaires comprennent que cette situation est insupportable et nuisible. Nos estimations des progrès éventuels s'appuient sur le fait suivant: nos partenaires occidentaux voient de plus en plus clairement qu'ils sont tombés dans le piège qu'ils avaient eux-mêmes tendu en annonçant que les sanctions seraient levées suite à la mise en œuvre par la Russie des accords de Minsk. Ils ont compris que c'était un lapsus de leur part, mais Kiev l'a immédiatement interprété comme une indulgence, un permis de ne pas mettre en pratique les accords de Minsk. Leur non-application signifie non seulement que les autorités ukrainiennes pourraient ne rien faire et ignorer leurs engagements, mais aussi que l'Occident sera obligé de conserver ses sanctions contre la Russie. C'est ce que voulaient prouver certaines personnes, qui propagent actuellement à Kiev une attitude radicale.

L'Occident commence à prendre conscience du fait qu'il est tombé dans son propre piège. Pour en sortir, il faut obliger Kiev à respecter ses engagements. Boris Gryzlov, représentent de la Russie, au sein du groupe de contact sur l'Ukraine, m'a indiqué suite à une séance du groupe qu'il avait senti la nouvelle attitude des médiateurs de l'OSCE qui présidaient les groupes de travail en tant que coordinateurs et participaient aux travaux du groupe de contact. J'ai ressenti la même attitude dans le cadre du "Quartet Normandie", au niveau des ministres des Affaires étrangères. Comme vous le savez les présidents russe, français, ukrainien et la chancelière allemande ont organisé une téléconférence le 30 décembre. Une rencontre au niveau des ministres devrait également avoir lieu dans un avenir proche - peut-être le 8 février, le jour du Nouvel an chinois. L'Occident comprend que la situation actuelle constitue une impasse - quand tout le monde agit de manière à ce que la Russie soit responsable de la mise en œuvre des accords de Minsk, alors que l'Ukraine est autorisée à ne rien faire , refuser au Donbass un statut spécial, l'amnistie et les élections concertées avec cette région. Tout le monde comprend que personne ne peut résoudre ces questions à la place de l'Ukraine, qu'il s'agit d'une anomalie, d'une pathologie qui a transformé la crise ukrainienne - le résultat d'un coup d’État absolument illégal et anticonstitutionnel - en point de référence de toutes les relations entre la Russie et l'Occident. Il s'agit d'une situation anomale et malsaine, gonflée de manière artificielle par des pays se trouvant loin de l'Europe, qui ne veut plus rester l'otage de cet état de faits. Pour moi, c'est évident.

Question: Nous avons constaté que le Ministère des Affaires étrangères se trouvait actuellement en deuxième position pour l'interaction avec les médias en Russie et, pour la première fois, un grand journal régional peut poser une question au Ministre russe des Affaires étrangères - même si nous le contactons depuis longtemps. Malgré un refroidissement notable dans les relations entre la Russie et la Pologne, les contacts entre les citoyens russes et polonais, notamment les habitants de la région de Kaliningrad et des territoires voisins de la Russie, restent très étroits. Cela est dû essentiellement au régime de coopération frontalière. Une telle diplomatie populaire peut-elle contribuer à l'amélioration des relations au niveau interétatique, et quel est le rôle des médias dans cette situation?

Sergueï Lavrov: Elle peut y contribuer, bien sûr. Votre question est assez rhétorique parce qu'il est évident que les contacts entre les populations ne doivent pas être impactés, quelles que soient les circonstances. Dans toute situation, même quand les relations interétatiques "battent de l'aile" ou traversent des tensions, nous ne voulons pas que les contacts humains soient affectés.

Ce qu'on appelle le déplacement frontalier mineur entre la région russe de Kaliningrad et les territoires frontaliers polonais est notre grand acquis. Je voudrais rappeler qu'une telle possibilité a vu le jour grâce à l'insistance de mon homologue de l'époque, Radoslaw Sikorski, qui a personnellement fait beaucoup d'efforts en tant que ministre polonais des Affaires étrangères afin que la fameuse bureaucratie bruxelloise dont nous avons parlé aujourd'hui pour sa propension à ne pas toujours contribuer au développement de tendances positives fasse une exception à certaines règles concernant le régime Schengen et accepte l'adhésion au territoire du régime sans visa d'un plus grand territoire polonais par rapport à ce qu'il était possible de faire en respectant aveuglément et rigoureusement les normes de Schengen. Je pense que c'est l'une des plus importantes contributions de Radoslaw Sikorski au contact entre nos peuples. Plus les médias parleront du confort que cela offre à ces gens, mieux ce sera.

Il y a également des déplacements économiques – les Polonais et les Russes regardent ce qu'ils peuvent acheter moins cher pour le revendre dans leur pays: l'essence par exemple. Et alors? C'est la vie et il faut simplement le réguler, ce que font les garde-frontières et les douaniers. La plupart voyagent parce qu'ils veulent communiquer. Des liens sont déjà établis de l'autre côté de la frontière. Nous le saluons activement et espérons que vous en parlerez et écrirez plus souvent sur ce sujet.

Question: Moscou a prôné sans faillir l'implémentation à part entière des accords sur le dossier iranien, qui impliquait notamment la levée des sanctions sur les exportations d'hydrocarbures. En parallèle, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer la Russie, "qui aidait à scier la branche sur laquelle elle était assise". Nous voyons que le cours pétrolier est plus bas que jamais et l'Iran revient sur le marché. En répondant à une question vous avez mentionné un désavantage financier. Fallait-il risquer les intérêts économiques et nationaux pour cette victoire diplomatique?

A la télévision américaine nous avons entendu récemment que les USA étaient prêts à certains sacrifices parmi la population civile pour détruire un important site stratégique de Daech – le centre financier des terroristes. Est-il envisageable en Syrie que la Russie accepte des victimes parmi les civils pour éliminer un objectif qui serait une cible cruciale?

Sergueï Lavrov: Nous avons déjà abordé ce sujet plusieurs fois - avant tout dans le cadre de conférences de presse quotidiennes organisées par le Ministère russe de la Défense, où on rappelle en détail comment sont choisies les cibles de nos forces aériennes. Ces cibles sont vérifiées plusieurs fois pour s'assurer qu'il n'y a pas de présence civile dans la zone visée par notre aviation.

Il suffit de relire le droit international, les conventions et les protocoles de Genève pour voir que l'usage de la force militaire d'un État contre des cibles où peuvent être présents des civils est proscrit. Si ce que vous dites sur les plans américains est vrai, alors c'est une violation du droit humanitaire international - mais je ne suis pas certain que les USA fassent partie des accords internationaux appropriés. Les États-Unis ne sont pas signataires de nombreux documents universels des droits de l'homme: ils ne participent pas à la Convention sur la lutte contre la discrimination des femmes, la Convention sur les droits de l'enfant, la Convention sur les droits des handicapés, le Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels. Il existe de nombreux reproches envers ce pays en ce qui concerne l'attachement et le respect des normes universellement appliquées du droit international dans le domaine des droits de l'homme et le secteur humanitaire.

Je le répète: tout peut arriver à la guerre. Le Ministère russe de la Défense explique très franchement et de manière détaillée ce que nous faisons en Syrie. Quand on nous dit que nous ne bombardons pas les bonnes cibles et que nos bombardements font des dizaines de victimes civiles, aucune preuve n'est fournie.

J'ai parlé hier au Secrétaire d’État américain John Kerry: il a répété qu'il fallait faire certains gestes pour que les négociations de Genève sur la Syrie commencent, car l'opposition réunie à Riyad déclare qu'elle n'ira "nulle part" parce qu'on la "bombarde pour rien". Je lui dit depuis le 30 septembre, quand il a été annoncé que nous utiliserions notre aviation contre les terroristes en Syrie à la demande du gouvernement syrien, que nous proposons aux Américains, en tant que meneurs de leur coalition, d'instaurer une coordination quotidienne entre nos forces militaires. Le Président russe Vladimir Poutine en a parlé également. Quand on nous accuse de ne pas bombarder les bonnes cibles, nous demandons où sont ces dernières. On ne nous répond rien. Quand on demande quelles cibles ne doivent pas être bombardées: pas de réponse. Mais immédiatement on répète que la Russie ne vise pas les bons. Honnêtement, je suis confus. Ce n'est pas une conversation sérieuse ou adulte.

Hier, nous avons de nouveau confirmé que la proposition de notre Ministère russe de la Défense d'établir une coordination quotidienne était toujours valable. Si nous sommes sérieusement prêts et voulons améliorer l'efficacité de la lutte contre les terroristes, nous devons mettre en place une telle coordination, pas simplement appliquer des procédures permettant d'éviter les incidents imprévus.

En ce qui concerne l'Iran et le profit économique. Il y a quelque temps, à la demande d'un journaliste, j'avais déjà évoqué ce sujet. Il serait bien sûr avantageux si, dans les conditions actuelles un pays ou - encore mieux - plusieurs pays producteurs de pétrole étaient fermés d'une certaine manière, ou si un conflit éclatait pour qu'ils pensent moins à l'industrie pétrolière et aux exportations, ou si une catastrophe se produisait, ou s'ils faisaient l'objet de sanctions impliquant une interdiction d'exporter le pétrole. Dans ce cas, le marché se sentirait mieux et les prix augmenteraient. Peut-être que pendant quelques jours ou même plusieurs mois, la situation s'améliorerait, tout le monde reprendrait son souffle. Si nous voulons tous vivre dans un monde juste, dans quelle mesure est-il juste de construire son propre développement au détriment d'un autre? Premièrement, on ferait dépendre notre propre situation de certains événements hors de notre portée et, deuxièmement, cela reviendrait à chercher des solutions faciles pour régler les problèmes d'actualité alors que nous avons besoin de solutions stratégiques profondes dont parle aujourd'hui le Président russe Vladimir Poutine - et qui sont sollicitées depuis longtemps dans notre économie. Il est préférable et plus honnête, et surtout bien plus stable de construire la stratégie de son développement de manière à prendre en compte tous les facteurs du monde contemporain dans le cadre de son développement normal, ne pas espérer que quelque part quelqu'un soit puni et que le marché en devienne plus favorable pour nous. Il faut que tous les pays prônent un développement libre des relations internationales, un développement libre et multilatéral de chaque État sans aucune restriction. A long terme, cette stratégie sera totalement payante pour notre pays.

Question: On sait que dans la ville syrienne de Madaya assiégée par les forces gouvernementales, près de 40 000 personnes souffrent de famine selon l'Onu. On rapporte aussi qu'il y a des morts. Je sais que l'opposition armée tient également d'autres villes en état de siège. Moscou, qui a de bons contacts avec Damas, peut-il faire quelque chose pour convaincre les autorités de lever le siège ou au moins de laisser entrer des organisations humanitaires à titre permanent?

Sergueï Lavrov: Un accord a effectivement été conclu pour que le gouvernement syrien laisse entrer un convoi humanitaire à Madaya, et que les rebelles fassent de même dans deux autres villes. L'Onu devait jouer le rôle d'intermédiaire. Au final, le gouvernement syrien a assuré cet accès mais les rebelles ont renoncé à leurs engagements.

A l'approche des négociations de Genève, la situation à Madaya était décisive: si les organisations humanitaires obtenaient l'accès à la ville, alors les négociations commenceraient. Dans le cas contraire l'opposition aurait pu ne pas venir. Nous avons dit à nos collègues de l'Onu - y compris les représentants du Haut-commissaire pour les droits de l'homme qui ont présenté des rapports selon lesquels Madaya était pratiquement l'unique point problématique - qu'il fallait agit honnêtement et en tant que fonctionnaires de l'Onu, et non comme les exécutants d'un ordre de quelqu'un, qui plus est spéculer sur les souffrances des gens. 200 000 personnes ne peuvent recevoir aucune aide humanitaire et aucune nourriture normale ou assistance médicale. Ils sont encerclés près de Deir ez-Zor. Les rapports de nos collègues de l'Onu n'en parlent pas alors que nous avons attiré leur attention sur ce point. C'est un endroit encerclé par des terroristes de Daech et d'autres organisations mais personne n'en parle, comme si ces 200 000 personnes n'existaient pas. C'est là que notre aide humanitaire est larguée en parachute par l'aviation de transport syrienne.

Je suis entièrement d'accord avec vous pour dire que les aspects humanitaires sont très importants. Ils ont toujours une forte charge émotionnelle et sont abordés en tant que tels. Nous partons du fait qu'il ne doit y avoir aucune condition préalable pour entamer les négociations, contrairement à certains. Les aspects humanitaires doivent être centraux dans les négociations entre le gouvernement et l'opposition. Nous encouragerons toute trêve locale jusqu'à l'annonce d'un cessez-le-feu total - que nous prônons au même titre que les USA. Malgré tout, certains pays du Golfe disent qu'ils ne seront prêts à donner l'ordre de cesser le feu à ceux qui les écoutent que s'ils sentent que le processus de paix a commencé et que le départ de Bachar al-Assad se profile. A vous de tirer des conclusions sur ceux qui pensent réellement aux souffrances des civils et ceux qui veulent à tout prix renverser le régime en Syrie, même au prix d'une aggravation de la catastrophe humanitaire.

 


Discours de Vladimir Poutine lors de la 70e session de l’Assemblée générale de l’ONU, le 28 septembre 2015

Discours de Vladimir Poutine lors de la 70e session de l’Assemblée générale de l’ONU, le 28 septembre 2015

Vladimir
Poutine sest exprimé lundi 28 septembre dans le cadre de la 70e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York. Un discours très commenté dans la presse internationale que Le Courrier de Russie a traduit dans son intégralité afin que chacun puisse se faire sa propre opinion.

Vladimir
Poutine:Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement, Mesdames et Messieurs,

Le 70e anniversaire de l’Organisation des Nations Unies est l’occasion de réfléchir au passé et de parler de notre avenir commun. En 1945, les pays vainqueurs du nazisme ont uni leurs forces pour poser les fondements solides de l’ordre mondial d’après-guerre. J’aimerais rappeler que les décisions majeures sur les principes de la coopération entre les États, les décisions sur la création de l’ONU, ont été prises dans notre pays, lors de la rencontre entre les dirigeants de la coalition anti-hitlérienne qui s’est tenue à Yalta. Le système de Yalta a été obtenu après de nombreuses épreuves et au prix de dizaines de millions de vies et de deux guerres mondiales qui ont secoué la planète au XXe siècle. Soyons objectifs, ce système a aidé l’Humanité à traverser les événements tumultueux, parfois dramatiques, des 70 dernières années et a préservé le monde de bouleversements à grande échelle. L’Organisation des Nations Unies est une structure sans égale en termes de légitimité, de représentativité et d’universalité. Oui, ces derniers temps, l’ONU fait l’objet de nombreuses critiques. Elle manquerait soi-disant d’efficacité et les décisions les plus importantes reposeraient sur des divergences irréconciliables, principalement entre les membres du Conseil de Sécurité. Toutefois, j’aimerais souligner que les différends ont toujours existé à l’ONU, et ce au cours des ses 70 années d’existence. Et, de tout temps, le droit de veto y a été appliqué : y ont eu recours les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine, l’Union soviétique et ensuite la Russie. C’est tout à fait naturel pour une organisation aussi hétéroclite et représentative. Les fondateurs de l’ONU ne partaient pas du principe que l’unanimité y régnerait. L’essence de l’organisation réside précisément dans la recherche et l’élaboration de compromis, et sa force – dans la prise en compte d’opinions et de points de vue divers.

Les questions discutées à l’ONU donnent lieu à des accords sous la forme de résolutions ou ne donnent lieu à aucun accord. Comme le disent les diplomates : « elles passent ou elles ne passent pas ». Et toute action entreprise par un État afin de contourner ce principe est illégitime et contraire à la Charte des Nations Unies et au droit international.

Nous savons tous qu’après la fin de la Guerre froide – tout le monde le sait – un centre de domination unique est apparu dans le monde. Ceux qui se trouvaient au sommet de cette pyramide ont cédé à la tentation de croire que s’ils étaient aussi forts et exceptionnels, cela signifiait qu’ils savaient tout mieux que tout le monde. Et, par conséquent, qu’ils n’avaient pas besoin de l’ONU, qui, souvent, au lieu d’approuver automatiquement une décision, de la rendre légitime, ne faisait que leur « mettre des bâtons dans les roues ». Des discussions ont eu lieu sur le fait que l’organisation telle qu’elle avait été créée était devenue obsolète et avait accompli sa mission historique. Il est évident que le monde change et que l’ONU doit s’adapter à cette transformation naturelle. La Russie est prête, sur la base d’un consensus large, à œuvrer au développement futur de l’ONU avec tous ses partenaires, mais nous estimons que les tentatives visant à saper l’autorité et la légitimité de l’ONU sont extrêmement dangereuses. Elles pourraient conduire à l’effondrement de toute l’architecture des relations internationales. Auquel cas ne subsisterait plus aucune règle, si ce n’est la loi du plus fort.

Ce serait un monde dans lequel l’égoïsme primerait sur le travail collectif, un monde dans lequel il y aurait de plus en plus de diktats et de moins en moins d’égalité, de démocratie réelle et de liberté, un monde dans lequel le nombre de protectorats dirigés de l’extérieur se multiplierait au détriment d’États véritablement indépendants. Au fond, qu’est-ce que la souveraineté étatique déjà mentionnée ici par mes collègues ? Il s’agit avant tout pour chaque être humain, pour chaque peuple, pour chaque État, d’être libre, de pouvoir décider librement de son avenir.

Dans le même ordre d’idées, chers collègues, il y a ce qu’on appelle la légitimité des autorités étatiques. Nous ne pouvons pas jouer sur les mots à des fins de manipulation. En droit international et dans les affaires internationales, chaque terme doit être compréhensible, transparent et univoque. Nous sommes tous différents et nous devons le respecter. Personne ne doit s’accommoder d’un modèle de développement unique reconnu une fois pour toutes par certains comme le seul acceptable.

Nous ne devons pas oublier le passé. En ce qui nous concerne par exemple, nous nous souvenons notamment de l’histoire de l’Union soviétique. L’exportation d’expériences sociales, les tentatives visant à provoquer des changements dans l’un ou l’autre pays en partant de ses propres orientations idéologiques, ont souvent eu des répercussions tragiques et ont été synonymes non de progrès, mais de dégradation. Cependant, personne, semble-t-il, n’apprend des erreurs d’autrui, qui ne cessent d’être répétées. Et l’exportation de ce qu’on appelle désormais les révolutions « démocratiques » se poursuit.

Il suffit d’examiner la situation au Proche-Orient et en Afrique du Nord, dont a parlé le précédent intervenant [le roi Abdallah II de Jordanie, ndlr]. Cela fait évidemment longtemps que les problèmes socio-politiques couvaient dans cette région et que les populations aspiraient à des changements. Mais qu’ont-elles obtenu en réalité ? L’intervention extérieure agressive à entraîné, au lieu de réformes, la destruction pure et simple des institutions étatiques et du mode de vie lui-même. En lieu et place du triomphe de la démocratie et du progrès règnent la violence, la misère et les catastrophes sociales, tandis que les droits de l’homme, y compris le droit à la vie, ne sont appliqués nulle part.

J’aimerais demander aux responsables de cette situation :« Avez-vous au moins conscience de ce que vous avez fait ?» Mais je crains que cette question ne reste en suspens, parce que ces gens n’ont pas renoncé à leur politique basée sur une confiance exagérée en soi et la conviction de son exceptionnalité et de son impunité.

Il est déjà manifeste que l’absence de pouvoir constatée dans une série de pays du Proche-Orient et d’Afrique du Nord a conduit à la formation de zones anarchiques, rapidement envahies par des extrémistes et des terroristes. Des dizaines de milliers de combattants se battent déjà sous les drapeaux de l’ainsi nommé « État islamique ». On trouve parmi eux d’anciens soldats irakiens jetés à la rue suite à l’invasion de l’Irak en 2003. Un autre pays fournisseur de recrues est la Libye, dont la structure étatique a été détruite après la violation grave de la résolution n°1973 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Aujourd’hui, des membres de ce qu’on appelle l’opposition syrienne modérée, soutenue par l’Occident, viennent également grossir les rangs des radicaux.

Une fois armés et formés, ceux-ci passent du côté de l’État islamique. Ce dernier n’a lui-même pas surgi de nulle part : il a également été dans un premier temps choyé en tant qu’instrument de lutte contre des régimes laïques indésirables. Après avoir créé une tête de pont en Syrie et en Irak, l’État islamique poursuit activement son expansion dans d’autres régions et cherche à dominer le monde islamique – mais pas seulement. Il est clair que ses plans ne se limiteront pas à cette région. La situation est on ne peut plus dangereuse.

Dans ce contexte, il est hypocrite et irresponsable de faire de grandes déclarations sur la menace du terrorisme international tout en fermant les yeux sur les flux de financement et de soutien des terroristes, notamment le trafic de drogues, de pétrole et d’armes, ou d’essayer de manipuler des groupes extrémistes, de les utiliser pour atteindre ses propres objectifs politiques dans l’espoir de s’en débarrasser ensuite ou, plus simplement, de les éliminer.

J’aimerais dire à ceux qui agissent et pensent réellement ainsi : « Messieurs, vous avez bien sûr affaire à des individus extrêmement cruels, mais ceux-ci ne sont absolument pas idiots ni primitifs, ils ne sont pas plus bêtes que vous et on ne sait pas encore qui utilise qui. » Les dernières informations sur le transfert d’armes aux terroristes par cette même opposition modérée ne font que le confirmer.

Nous considérons que toute tentative visant à jouer avec les terroristes, et qui plus est à les armer, est non seulement irréfléchie mais également dangereuse. La menace terroriste mondiale pourrait s’en voir extrêmement accrue et peser sur de nouvelles régions de la planète. D’autant plus que des combattants de nombreux pays, y compris européens, sont « rodés » dans les camps de l’État islamique.

Malheureusement, chers collègues, je dois reconnaître que la Russie n’est pas ici une exception. Il est inadmissible que ces coupe-jarrets qui ont déjà senti l’odeur du sang retournent ensuite chez eux et y poursuivent leur sale besogne. Nous ne le voulons pas. Personne ne le veut, n’est-ce pas ? La Russie s’est toujours opposée avec fermeté et constance au terrorisme sous toutes ses formes.

Aujourd’hui, nous apportons une aide militaro-technique à l’Irak, la Syrie et d’autres pays de la région qui luttent contre les groupes terroristes. Nous estimons que refuser de coopérer avec les autorités syriennes, avec l’armée gouvernementale, avec ceux qui affrontent courageusement le terrorisme, est une grave erreur. Il faut enfin reconnaître qu’hormis les troupes gouvernementales du président Bachar el-Assad et les milices kurdes en Syrie, personne ne se bat réellement contre l’État islamique et les autres organisations terroristes. Nous connaissons tous les problèmes de la région, toutes ses contradictions, mais nous devons tout de même nous fonder sur la réalité.

Chers collègues, je ne peux que constater que, ces derniers temps, notre approche honnête et franche est utilisée comme prétexte pour accuser la Russie d’ambitions croissantes. Comme si ceux qui en parlent n’avaient aucune ambition. Mais l’essentiel, chers collègues, ce ne sont pas les ambitions de la Russie, mais le fait que la situation actuelle est devenue intolérable.

En réalité, ce que nous proposons, ce n’est pas de se laisser guider par ses ambitions mais par des valeurs et des intérêts communs sur la base du droit international, de joindre nos efforts pour résoudre les nouveaux problèmes auxquels nous sommes confrontés et de créer une véritable et large coalition antiterroriste internationale. À l’instar de la coalition anti-hitlérienne, celle-ci pourrait unir dans ses rangs les forces les plus diverses, prêtes à combattre de façon radicale ceux qui, comme les nazis, sèment le mal et la haine.

Les principaux membres de cette coalition doivent bien entendu être les pays musulmans. Car non seulement l’État islamique les menace directement mais, par ses crimes sanglants, il profane une des plus grandes religions du monde – l’islam. Les idéologues de ces combattants bafouent l’islam et dénaturent ses véritables valeurs humaines.

J’aimerais m’adresser aux autorités spirituelles musulmanes : votre autorité et vos enseignements sont plus que jamais cruciaux. Il faut mettre à l’abri d’actes inconsidérés ceux que les combattants essayent d’enrôler, et aider ceux qui ont été trompés et qui, pour diverses raisons, se sont retrouvés dans les rangs des terroristes à trouver le chemin vers une vie normale, à déposer les armes et à cesser cette guerre fratricide.

Dans quelques jours, la Russie, en tant que présidente du Conseil de Sécurité, convoquera une réunion ministérielle pour analyser en profondeur la menace qui pèse au Proche-Orient. Nous proposons de discuter en particulier de la possibilité d’adopter une résolution sur la coordination de toutes les forces qui luttent contre l’État islamique et d’autres groupes terroristes. Je le répète, cette coopération doit reposer sur les principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.

Nous comptons sur le fait que la communauté internationale parvienne à élaborer une stratégie globale de stabilisation politique et de rétablissement socio-économique au Proche-Orient. Alors, chers amis, il ne sera plus nécessaire de construire des camps pour les réfugiés. Les personnes contraintes de quitter leur terre natale ont d’abord afflué dans les pays alentour et ensuite en Europe. Ils se comptent par centaines de milliers, voire par millions. Il s’agit au fond d’une nouvelle grande migration amère et d’une dure leçon pour nous tous, y compris pour l’Europe.

J’aimerais souligner que les réfugiés ont évidemment besoin de compassion et de soutien. Cependant, on ne pourra résoudre définitivement ce problème qu’en rétablissant la structure étatique là où elle a été détruite, en renforçant les institutions gouvernementales là où elles existent encore ou sont en train d’être reconstruites, et en fournissant une aide multiforme – militaire, économique et matérielle – aux pays en difficulté et, bien sûr, aux gens qui, malgré toutes les épreuves, ne sont pas partis de chez eux.

Il va sans dire que toute aide aux États souverains ne doit pas être imposée mais proposée, et ce dans le strict respect de la Charte de l’ONU. Tout ce qui est fait et sera fait dans ce domaine conformément aux normes du droit international doit être soutenu par notre organisation, et tout ce qui contreviendra à la Charte devra être rejeté.

Le plus important est, selon moi, de contribuer au rétablissement des structures étatiques en Libye, de soutenir le nouveau gouvernement irakien, et d’apporter une aide multilatérale au gouvernement syrien légitime.

Chers collègues, la mission principale de la communauté internationale, guidée par l’ONU, reste de garantir la paix et la stabilité à l’échelle régionale et globale. Nous estimons qu’il nous faut former un espace de sécurité égale et indivisible, pas uniquement réservé à un cercle d’élus mais pour tout le monde. Oui, c’est un travail complexe, difficile et de longue haleine, mais il n’y a pas d’alternative.

Cependant, la mentalité de « bloc » héritée de la Guerre froide et l’aspiration à conquérir de nouveaux espaces géopolitiques, que partagent certains de nos collègues, continuent malheureusement de prédominer. D’une part, ils poursuivent la politique d’élargissement de l’OTAN. À quoi bon vu que le pacte de Varsovie a cessé d’exister et que l’Union soviétique s’est effondrée ? Toujours est-il que l’OTAN non seulement subsiste mais s’élargit, à l’instar de ses infrastructures militaires.

D’autre part, ils ont placé les pays post-soviétiques devant un choix erroné : l’Ouest ou l’Est ? Tôt ou tard cette logique de confrontation devait conduire à une crise géopolitique grave. C’est ce qui s’est produit en Ukraine, où ils ont utilisé le mécontentement d’une grande partie de la population envers les autorités en place et ont provoqué de l’extérieur une révolution armée, qui s’est transformée en guerre civile.

Nous sommes convaincus que seul le respect complet et scrupuleux des accords de Minsk du 12 février 2015 permettront de mettre un terme à l’effusion de sang et de sortir de l’impasse. On ne garantira pas l’intégrité de l’Ukraine par les menaces et la force des armes. Mais cette intégrité doit être garantie. Il faut réellement tenir compte des intérêts et des droits des populations du Donbass, respecter leur choix, s’entendre avec elles, comme le prévoient les accords de Minsk, sur les éléments clés de la structure politique de l’État. C’est la condition du futur développement de l’Ukraine en tant qu’État civilisé, en tant que maillon essentiel dans la construction d’un espace commun de sécurité et de coopération économique tant en Europe qu’en Eurasie.

Mesdames et messieurs, ce n’est pas un hasard si je vous parle d’espace commun de coopération économique. Encore récemment, il semblait qu’en matière économique, régie par les lois objectives du marché, nous apprendrions à nous passer des lignes de démarcation, que nous suivrions des règles transparentes et fixées ensemble, notamment les principes de l’OMC que sont le libre échange, la liberté d’investissement et la libre concurrence. Toutefois, aujourd’hui, les sanctions unilatérales contournant la Charte de l’ONU sont quasiment devenues la norme. Celles-ci poursuivent non seulement des objectifs politiques mais servent également à éliminer des concurrents sur le marché.

J’aimerais relever un autre symptôme de l’égoïsme économique croissant. Une série de pays ont choisi de former des unions économiques exclusives et fermées. En outre, ces pays négocient en cachette et n’informent ni leurs citoyens, ni leurs cercles d’affaires, ni l’opinion publique, ni le reste du monde, de leurs pourparlers. Les autres États dont les intérêts peuvent être en jeu ne sont eux non plus au courant de rien. Il est probable qu’on souhaite tous nous mettre devant le fait accompli, une fois que les règles du jeu auront été réécrites – de nouveau dans l’intérêt d’un cercle étroit d’élus, et ce sans consulter l’OMC. Avec pour conséquences le déséquilibre total du système commercial et le morcellement de l’espace économique mondial.

Ces problèmes touchent aux intérêts de tous les États et influent sur les perspectives de l’économie mondiale dans son ensemble. C’est pourquoi nous proposons d’en discuter dans le cadre de l’ONU, de l’OMC et du G20. Pour faire contrepoids à la politique d’exclusivité, la Russie propose d’harmoniser les projets économiques régionaux, de favoriser « l’intégration des intégrations », sur la base des principes universels et transparents du commerce international. En qualité d’exemple, je peux vous citer le projet de coopération entre l’Union économique eurasiatique et l’initiative chinoise de créer une Ceinture économique de la route de la Soie. Par ailleurs, nous continuons à fonder de grands espoirs dans l’harmonisation des processus d’intégration dans le cadre de l’Union économique eurasiatique et de l’Union européenne.

Mesdames et messieurs, parmi les défis auxquels est confrontée l’humanité entière, il y a également celui du changement climatique. Nous prêterons une grande attention aux résultats de la conférence des Nations Unies sur le climat, qui se tiendra au mois de décembre à Paris. À l’horizon 2030, la Russie prévoit de limiter ses émissions de gaz à effet de serre à 70-75 % du niveau de 1990.

Néanmoins, je propose d’envisager ce problème de façon plus large. Certes, en instaurant des quotas sur les rejets nocifs et en recourant à d’autres tactiques, nous pourrons peut-être atténuer pour un temps le problème, mais il est évident que ce n’est pas ainsi que nous le réglerons une fois pour toutes. Nous avons besoin d’approches fondamentalement différentes. Nous devons introduire de nouvelles technologies ne nuisant pas à l’environnement mais coexistant harmonieusement avec lui et qui permettront de rétablir l’équilibre biosphère-technosphère perturbé par l’homme. Ce défi est effectivement planétaire mais je suis persuadé que l’Humanité a le potentiel intellectuel nécessaire pour le relever.

Nous devons unir nos efforts, et avant tout ceux des États qui disposent d’une base scientifique puissante et de travaux de recherche en sciences fondamentales. Nous proposons de convoquer sous l’égide de l’ONU un forum spécial où seront examinés en profondeur les problèmes liés à l’épuisement des ressources naturelles, à la destruction de l’habitat et au changement climatique. La Russie est prête à faire partie des pays organisateurs de ce forum.

Mesdames et messieurs, chers collègues, le 10 janvier 1946 a marqué l’ouverture, à Londres, de la première séance de l’Assemblée générale de l’ONU. Dans son discours, le diplomate colombien Zuleta Angel, président de la commission préparatoire de la session, a formulé, à mon sens de façon très complète, les principes sur lesquels doivent se bâtir les actions de l’ONU. Il s’agit de la bonne volonté, du mépris des intrigues et des ruses, et de l’esprit de coopération.

Aujourd’hui, ces mots résonnent en nous tous comme une recommandation. La Russie croit en l’énorme potentiel de l’ONU, qui doit contribuer à empêcher une nouvelle confrontation mondiale pour lui préférer une stratégie de coopération. Aux côtés des autres pays, nous continuerons à œuvrer au renforcement du rôle central de coordination de l’ONU.

Je suis convaincu qu’ensemble nous rendrons le monde stable et sûr et que nous garantirons les conditions propices au développement de tous les États et de tous les peuples.

Je vous remercie de votre attention.
 
www.ambassade-de-russie.fr     


Des frappes massives ont commencé en Syrie

Publié par wikistrike.com sur 30 Septembre 2015, 10:30am

Catégories : #Politique internationale

ALERTE - Les frappes massives russes ont commencé en Syrie

21h 20: La Russie aurait tué 36 civils.

21 h 00: L'armée russe affirme avoir touché huit cibles de l' en (ministère russe de la Défense)

18 h 00: Les USA (comme les français) pensent que les bombardements russes visent exclusivement l'opposition syrienne pour le moment.

17 h 00: La diplomatie française assure que la Russie vise l'opposition syrienne, pas ISIS

16 h 00: Socks d'armes, matériels militaires et dépôts de pétrole ont été visés par la Russie.

14 h 10: La Russie annonce frapper toutes les organisations terroristes en Syrie

14 h  05: La Russie confirme à son tour le début des frappes.

14 h 00: L'US Air Force confirme le démarrage des bombardements russes. Les premières frappes ont lieu près de Homs 

Le président syrien Bachar el-Assad a demandé à la Russie de lui fournir une aide militaire pour lutter contre l'EI, a annoncé mercredi le chef de l'administration présidentielle Sergueï Ivanov.

"Je veux vous informer que le président de la République arabe de Syrie a demandé une aide militaire à la direction de notre pays. De la sorte, on peut constater qu’il faut bien entendu lutter contre le terrorisme, il faut unir les efforts, mais dans le même temps il faut respecter le droit international", a déclaré M. Ivanov.

http://fr.sputniknews.com/international/20150930/1018484809.html#ixzz3nDUc7rAF

 

La Russie vient également de demander aux USA de retirer leurs avions de l'espace aérien syrien tandis que la Douma vient d'approuver ce matin l'envoi de troupes à l'extérieur. Le Kremlin annonce que les frappes seront plus puissantes que celles de la coalition.

En conclusion, la Russe entre officiellement en guerre contre Daesh, elle écarte les pays occidentaux.  Grâce à l'aide iriannienne et Chinoise dont un porte-avions mouille à Tartous depuis 2 jours, ainsi que l'appui du Président Syrien al-Assad, nous vivons en ce moment un boulervesement majeur dans le monde géopolitique: La désintégration des plans occidentaux concernant la Syrie qui, a priori, ne pourront pas s'accaparer des richesses de ce pays dont ils rêvent depuis toujours. De ce côté là, c'est déjà une précieuse victoire pour Poutine.

 

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VOYAGE A MOSCOU            

            Voyage à Moscou et l’Anneau d’or, du 1er au 9 aout  2015 (9 jours, 8 nuits à Moscou et Rostov). Direction, renseignements :  Galina Pogojeva, tél. 06 89 17 40 59, courriel : galina.pogojeva@orange.fr  ou Jean-Bernard Cahours d’Aspry : 06 10 20 74 94, courriel : lettrelasaisonrusse@gmail.com .

            Galina a organisé pour répondre au souhait de Français amis de la nouvelle Russie rechristianisée un voyage à Moscou, ville phénix, gigantesques brûlée plusieurs fois, toujours reconstruite a gardé de son riche passé, de nombreux monastères et églises ou monuments  du pouvoir comme le kremlin, les palais de riches marchands, boyards et nobles de Russies, de théâtres et de musées. Vous serez logé en plein centre de la ville, à deux pas du Kremlin et de la place rouge.

            De haute portée spirituelle, comme un pélérinage à la Sainte Russie, ce voyage vous permettra le dimanche matin si vous le désirez d’assister à une liturgie byzantine dans la somptueuse cathédrale Saint-Sauveur reconstruite à l’identique par le pouvoir post soviétique, comme symbole de la renaissance spirituelle de la Russie. Vous visiterez naturellement la place rouge et la cathédrale Saint-Basile, le Kremlin et ses sanctuaires historiques, son palais des armures. Nous vous ferons découvrir les quartiers  historiques à pied ou en métro, superbe réalisation du pouvoir stalinien. Nous communierons avec l’art russe par la visite de la prodigieuse galerie Tétiakov où sont rassemblés plus de 100 000 œuvres allant des icônes médiévales à la peinture du XXe siècles ; et bien d’autres merveilles architecturales, profanes ou sacrées.

             Le 6e jour, Galina nous conduira à la découverte de l’Anneau d’or, un ensemble de villes et de monastères médiévaux dont nous visiterons quelques uns à Pereslavi-Zalevsky qui en compte plusieurs dizaines, découvrir le lac de Plecheiveivo et son musée du chantier naval de Pierre le Grand. A Rostov, vous séjournerez dans l’hôtel du Kremlin où nous pourrons nous promener après la fermeture du musée. Le vendredi, déplacement à Yaroslav où nous visiterons le kremlin médiéval, le monastère du Saint-Sauveur-Saint-Jacques. Tour de ville et à la demande, visite du musée de l’icône russe. Promenade en bateau sur la Volga. Et enfin pour terminer , nous finirons en beauté notre découverte de la Russie mystique et artistique en nous rendant à la Laure Saint-Serge, le très important monastère de la Laure Saint-Serge  fondé par Serge de Radonège, situé à Sergeï Possad, à 75 km au nord-ouest de Moscou.  Le lendemain retour pour Paris.

             Nous  rappelons que le nombre de places est limité et que la date approche Prenez contact au plus tôt avec Galina Pogojéva au  06 89 17 40 59.

 

VOYAGE A SAINT-PETERSBOURG

            Durant la troisième semaine de septembre, du samedi 19 au samedi 26 septembre 2015, c’est Saint-Pétersbourg que nous vous inviterons à nous découvrir dans la splendeur de « l’été indien »., quand le soleil dore les coupoles des églises et baigne les parcs et jardins. Cela ne veut pas dire qu’il ne pleuvera pas ; n’oubliez pas que Saint-Pétersbourg est le second port maritime de Russie d’ou un climat maritime qui peut  changer trois fois dans la journée.

            Nous serons installer dans un hôtel du centre historique, à deux pas de la célèbre perspective Nevsky chanté par Nicolas Gogol et tant d’autres écrivains.  

            Le soir de notre arrivée , après un dîner en commun pour faire connaissance des membres du groupe, nous pourrons faire une promenade découverte dans notre quartier où sur la perspective Nevsky. Le dimanche matin quartier libre pour une promenade découverte ou vous permettre d’assister à une liturgie byzantine dans la cathédrale de la Trinité, à la laure Alexandre Nevsky, ou dans une autre cathédrale. A une heure précise, rendez-vous pour un déjeuner en commun à l’issu du quel nous ferons un tour de ville en car privé pour visiter des endroits éloignés de la ville. Au retour de trois heures de promenade., le car nous déposera sur la perspective Nevsky pour découvrir une nouvelle section de cette prodigieuse avenue bordée d’églises, de palais, de magasins, de cafés et de petits restaurants.

           Le lundi , visite aux origines de Saint-Pétersbourg, la forteresse Pierre et Paul et le quartier de Pédrogratskaïa sur la rive droite de la Néva. Possibilité de visiter la cathédrale-du-serveur-sur-le-Sang-versé, la cathédrale Notre-Dame de Kazan, la Maison du livre, les galeries duGostiny dvor et d’autres lieux de la Perspective Alexandre Nevsky.

            Le mardi 22 septembre, visite du Musée russe et du Jardin d’été restauré. Le mercredi 23, excursion à Petherhov, « le Versailles russes » de Pierre le Grand, à 29 km de Saint-Pétersbourg sur les bords du golf de Finlande. Le jeudi 24 septembre, visite du Palais d’hiver et de l’Ermitage. Notre  séjour s’achèvera le vendredi 25 septembre par une excursion à Tsarskoïé Sélo visiter le Palais de Catherine II. Nous visiterons aussi le village « médiéval » de Fiodorovsky Gorodok et la cathédrale de l’icône de la Vierge Fiodorovsky. 


              


Regards sur Jeanne d’Arc en France et en Russie

Jeanne d’Arc-Lejeune Obolensky/ 3/5/14

Regards sur Jeanne d’Arc en France et en Russie

 

            En France, chaque année, on célèbre le deuxième dimanche de mai, la fête nationale de Jeanne d’Arc. Elle a été instituée par une loi du 10 juillet 1920. A Paris, une cérémonie est organisée à son monument de la place des Pyramide. L’usage veut qu’elle soit placée sous la présidence du ministre des Anciens combattants et victime de guerre et qu’une gerbe soit déposée au monument et que les monuments publics soient pavoisés de drapeaux tricolores. 

Jeanne d’Arc est pour les Français depuis le XIXe siècle « La sainte de la Patrie », la vraie, pas la patrie  révolutionnaire des philosophes, des jacobins et des conventionnels génocidaires, celle dont parle le professeur de Viguerie dans son livre Les Deux patries[1]. Depuis Jules Michelet dans le livre V de son Histoire de France en 1841 elle a été reconnue comme le symbole national français, surtout depuis la guerre de 1870, de tout le spectre politique, depuis la gauche socialiste jusqu’à l’extrême droite. A partir de son procès en canonisation par l’église catholique en 1897, elle est devenue une sainte luttant pour la défense du Roi Très chrétien de « la Fille aînée de l’Eglise », pour l’église orthodoxe elle est aussi depuis longtemps reconnue comme sainte, mais essentiellement sous un angle mystique en ignorant le sens politique de sa mission royale au près du Roi très chrétien.  

                En Russie, à l’époque communiste « on en parlait dans les écoles », rappelle le sculpteur Boris Lejeune. Au moment de la seconde guerre patriotique, elle avait même été récupérée avec l’Eglise et saint Alexandre Nevsky, libérateur comme elle de son pays.

             Auparavant, au siècle avant-dernier, le poète Vassili Andreïevitch Joukovsky (1783+1852) avait réalisé une traduction de La Pucelle d’Orléans (Orleanskaïa deva) d’après Die Jungfrau von Orléans de Fredrich von Schiller. Quelques temps plus tard, le compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovsky, s’en inspira pour réaliser un opéra en 4 actes, (la Pucelle d’Orléans) sur un livret d’après la traduction de Joukovsky, la Jeanne d’Arc de Jules Barbier, le livret d’Auguste Mermet pour son propre opéra, la biographie de Jeanne d’Arc  d’Henri Wallon. L’ouvrage fut créé le 25 février 1881 au Théâtre Mariinsky sous la direction de d’Edouard Nápravník à qui il avait été consacré.

             Aujourd’hui, les artistes russes honorent toujours Jeanne d’Arc puisqu’en 2012, le sculpteur  russe d’origine ukrainienne, Boris Lejeune, a réalisé un nouveau monument à Jeanne d’Arc, de bronze celui-là. Il a été élevé à la suite d’une souscription nationale, à l’ermitage Notre-Dame-de -Belmont, à 3  kilomètres du village de Domrémy-la-Pucelle, là ou elle entendait ses voix. Née d’une idée de l’abbé de Tannoüarn, cette souscription qui n’a reçu aucune aide de l‘Etat républicain, a été lancée par l’association « Avec Jeanne », en collaboration avec l’ « association Notre-Dame de Bermont. »

              Cette collaboration entre un russe et des français, démontrerait si l’en était besoin, de la  permanence des liens entre les deux peuples, malgré les positions de leurs dirigeants de faits, soumis à la domination anglo-saxonne par des agents Yung lieders et des émirats islamistes.

  

            Boris Lejeune, artiste chrétien, est né à Kiev, en 1947, quand l’actuelle capitale ukrainienne faisait encore partie intégrante de l’Empire soviétisé. Après avoir achevé ses études de sculpture à l’Institut des Arts Répine (Ancienne l’Académie Russe des Beaux-arts) à Saint-Pétersbourg, Boris Lejeune était rentré à Kiev où avait exécuté une série de sculptures monumentales et participé à des expositions dans plusieurs villes d’Union soviétique.

 En 1980, il émigra en France,  vécut quelques temps à Paris, puis s’installa dans un village de Champagne avec son épouse, Madeleine de Villaine. Parmi les nombreuses œuvres de toutes tailles produites en France et au Luxembourg, il a réalisé pour le vignoble de Vosne-Romanée, en Bourgogne, un Ange au pied de Vigne, tandis qu’une plaque commémorative du poète russe Ossip Mandelstam, rue de la Sorbonne à Paris, témoigne de sa fidélité à sa culture russe.

                En parallèle à la sculpture, Boris Lejeune s’adonne à la peinture de paysage, mais aussi à la poésie. Ainsi a-t-il édité aux éditions de la Différence, trois recueils de poésies en russe, traduits en français par sa femme. Un autre, Le  Miroir des heures, est paru en 2002 à Moscou.  Depuis 1992 il dirige la revue Présages qu’il a fondée, et quoiqu’orthodoxe, il collabore à la revue Catholica, dans un véritable euchuménisme.

                Relevant le défi de l’abbé de Tanoüarn, Boris Lejeune le sculpteur a représenté la jeune « Lorraine »[2] martyrisée par les Anglais, comme une très belle jeune femme en armure s’élançant l’épée à la ceinture. Elle lève les yeux vers le ciel,  les bras levés, tenant sa bannière dans la main droite

                Quand l’abbé de Tannoüarn demanda à Boris Lejeune de réfléchir à un projet de statue de notre émule d’Alexandre Nevsky, elle était loin d’être inconnue  en URSS. « On enseignait son histoire dans les écoles rapporte Lejeune. On admirait en elle une héroïne de la révolte ouvrière et populaire, une combattante  contre les injustices, abandonnée par les puissants. En 1970, il y a eu le film de Gleb Panfilov, Natchalo, (Le début), qui présentait une Jeanne d’Arc présentée comme un modèle de la jeune fille pleine de générosité, incomprise et abandonnée par ceux qui devraient la soutenir ». Le rôle principal était donné à une jeune ouvrière engagée pour jouer le rôle de la jeune Lorraine dans un film. C’était ainsi un va-et-vient entre la vie banale de la jeune soviétique et une évocation de la vie héroïque de la jeune française venue au secours de son Roi très chrétien. Aucune allusion bien entendue au côté spirituel de sa geste mystique, si ce n’est, à la fin du film, une vision de la Croix devant le bûcher ; ce qui « était très fort et très courageux », s’est souvenu Boris Lejeune.

                Sans soutien de la part du régime républicain qui souhaite faire oublier aux Français leur histoire et leur religion, les promoteurs de ce projet franco-russe ont fait appel à la générosité des mécènes.

La statue de Jeanne d’Arc a été inaugurée le Dimanche 29 septembre 2013, à Notre-Dame de Bermont, à proximité de Domrémy, sous la houlette de l’association « Avec Jeanne » présidée par Eric Letty, entouré de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, Alain Bournazel et Anne Brassié, en présence de membres de l’association Avec Jeanne, de M. Alain Olivier, président de l’association Notre-Dame de Bermont, d’élus locaux et de nombreux habitants de la région.

 

            Un autre russe, le prince Serge Sergeïevitch Obolensky, il y vingt-six ans, a consacré à Jeanne d’Arc, un gros ouvrage en russe, Jeanne fille de  Dieu, où il retrace la vie et l’œuvre de l’héroïne nationale des Français, illustré de photos prises par lui-même. Cette édition a été le fruit des nombreuses années consacrées par le prince à étudier la vie de la sainte,  Ainsi pendant plus de vingt années se rendit-il à Donrémy,  sillonnant tous les chemins qu’elle avait parcouru, étudiant tous les documents qu'il était possible de se procurer. Pour lui, rapporte sa fille Véra,  « ce qui était le plus remarquable en  Jeanne d'Arc, c'était sa profonde spiritualité, sa recherche de la Vérité et son abnégation dans le sacrifice de sa personne pour sauver son pays. » Ainsi le prince se pencha-t-il durant de longues années sur  l'étude du phénomène spirituel de Jeanne,  qui de simple petite paysanne française, sauva la France, et rendit-elle son trône légitime au Roi très chrétien avant d’être sacrifiée sur un bucher à Rouen, avant d’être reconnue tout de suite comme une sainte par la vox populi, et d’être canonisée officiellement plusieurs siècles plus tard. Le prince qui était parfaitement polyglotte (il parlait parfaitement le russe naturellement, le  français, l'allemand, et le  hongrois), décida d'écrire son ouvrage en russe parce qu’il le destinait à la Russie, Jeanne y étant le symbole de la renaissance tant souhaitée dans son pays.  Voici ce qu'écrivit Evgueny Ternovsky dans ses mémoires  à propos du prince S. Obolensky,  ( Novy Journal, 2003 ) : « Au cours de nos  discussions, Obolensky, monarchiste convaincu et  patriote, se posait la question de savoir s'il existait encore en Russie des forces nationales saines ».

Le prince Serge Segueïevitch Obolensky est né en 1908 en Russie. Il était le fils du colonel -prince Sergeï Dmitrievitch Obolensky, qui fut gouverneur de différentes provinces de l’empire de Russie, et dont le dernier poste fut à Stavropol, « la ville de la Croix », pour rappeler qu’une immense croix en pierre fut trouvée à l’emplacement de la ville, au pied des montagnes du Caucase. Désirant mettre sa famille à l’abri de la terreur communiste, il émigra avec les siens en 1919 et vécut avec elle d'abord en Hongrie puis en Allemagne d’où elle quitta Berlin aux mains des nazis pour s’installer définitivement en France où le prince s’éteignit en 1980. Le prince Serge Sergueïevitch, en exil ne faillit jamais à la fidélité envers son pays natal, à l'exemple de son père, monarchiste convaincu qui fut tout au long de l'émigration à la tête du  mouvement  « Beloye Dvijenie ». En Hongrie le prince avait été le représentant du Grand Duc Kirill Vladimirovitch, héritier du trône de Russie. - ce qui explique que le prince s'impliqua très jeune comme journaliste politique dans les différentes revues et journaux de Berlin où il collabora à de  nombreuses puiblications. Il fut un des membres actifs du mouvement " Mladorossy " où il eut la fonction de secrétaire politique, chargé de l'idéologie du mouvement jusqu’à ce que cet  organisme soit disloqué par ses membres  en 1941. Nombreux parmi ceux-ci, comme le prince Sergueï Sergueïevitch, participèrent activement à la résistance.

          Journaliste, écrivain, philosophe, il fut le dernier rédacteur en chef de la revue Vozrojdenie (La Renaissance) paraissant à Paris, à partir du N° 100 en 1959. Après le décès du mécène A. Gukassov , jusqu'au N° 217, il  en devint l'éditeur officiel jusqu' à la fin de la parution en 1974, ne trouvant plus les fonds nécessaires pour continuer . Dans la revue, il menait la rubrique « Les affaires et les hommes » dans laquelle il publia plus de 45 articles d’analyses politiques de la situation en URSS, avec un talent littéraire reconnu.

Sous le cryptonyme   « S.O. »  il écrivit encore 11 articles et fut encore  le co-auteur anonyme de 101 publications. S. Obolensky  étant descendant de Rurik, le premier souverain russe, il publia en 1939 Ukraine Terre Russe, en français, où il rappelait que Kiev était le berceau de la Russie. Cet ouvrage, malheureusement épuisé est fréquemment cité en référence parmi d'importants manuels économiques - comme  source principale en français d'une étude sur l'économie ukrainienne.  

Il fut une des figures en vue dans le monde de l'émigration russe. Outre ses activités politiques et littéraires, il rassemblait chez lui avec son épouse (née Irina Borissovna Von Rall, russe émigrée elle aussi)  de nombreuses personnalités du monde des arts et de la littérature et était membre actif de l’Union de la Noblesse Russe (UNR) à Paris. 

Jeanne fille de Dieu, primitivement édité en 1988, chez IMCA PRESSE à Paris, a été réédité en 2013, à Saint-Pétersbourg, chez « Russkaya Kultura » où on peut se le procurer ainsi qu’à Moscou, à Dom Knigi, (La Maison du livre), et dans le reste de la  Russie dans les librairies Burkoveid. A Paris, l’ouvrage est disponible en France aux Editeurs réunis, 14  rue de la Montagne Ste Geneviève.

            Il convient d’ajouter la version personnelle du prince Paul Mourousy qui a écrit une histoire  mythologique : Jeanne d’Arc et son double, parue en 2003 aux Editions du Rocher. Paul Mourousy, (Paris, 1915 + 2002) est un écrivain connu surtout pour ses romans historiques ayant pour cadre la Russie tsariste. Il est l’arrière petit-fils du chambellan d'Alexandre III et le neveu du prince Alexandre Mourousy, proche de la famille impériale russe et aide de camp de l'empereur Nicolas II. Son père, le prince Constantin, est l'un des derniers diplomates de la Russie impériale en Europe occidentale.

 

                                                                                                                Jean-Bernard Cahours d’Aspry

 



[1] Jean de Viguerie, Les Deux patries, essai historique sur l’idée de Patrie en France, Martin Morin éditeur, Paris.

[2] En réalité, Jeanne d’Arc est née vers 1412 à Domrémy dans la province de Lorraine, mais dans un village du duché de Bar dont une partie relevait du royaume de France pour le temporel et de l’évêché de Toul pour le spirituel.


AGIR POUR LA DEMOCRATIE DIRECTE

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ET INSTITUT NEO SOCRATIQUE

73, rue de la Faisanderie 75116 PARIS. Courriel : atheneion@free.fr site web :                                www.democratiedirecte.fr

Paris, le 28 février 2015

 

PROCHAINE CONFERENCE

Le lundi 16 mars à 19 h précises

      A l’association « Dialogue Franco-Russe »

         120, Champs-élysées 75008 PARIS

 

 

Le retour de la Russie

Conférence n°7 : culture et politique culturelle de la Russie

 

 

Le Club international de Valdaï, qui invite chaque année le président Poutine à sa session plénière, a édité en 2013une brochure intitulée « l’identité nationale et l’avenir de la Russie. »

 

Les rapporteurs ont défini l’identité russe comme essentiellement culturelle. Les ethnies en Russie sont diverses, les Russes représentant à eux seuls 80 à 85%  du total. Mais toutes les ethnies doivent cultiver la culture russe et parler russe à côté de leur culture locale. Pour le club de Valdaï, l’identité nationale a deux utilités : renforcer la cohésion sociale et faciliter le développement individuel (le capital humain). En effet, un citoyen qui connait l’histoire russe, la culture russe et parle bien la langue russe représente pour lui-même et pour la société un « capital humain » plus élevé. Le patriotisme qui fait qu’on est capable de se sacrifier en défendant la patrie est un capital humain en soi, de type militaire. Donc, on n’oppose pas l’individu à la nation : les deux se renforcent réciproquement. Cette analyse gagnerait à être connue en France où le patriotisme et la connaissance des racines de l’histoire nationale sont négligés.

 

Pour le Club de Valdaï, il faut que l’identité nationale s’incarne dans un panthéon de héros, comme c’était le cas en France sous la 3ème république. Ce panthéon doit être enseigné à l’école et rappelé sur les médias. On pense que la mémoire des héros est plus motivante que le rappel de principes juridiques abstraits comme la laïcité, les droits de l’homme, la république ou la constitution. On ne meurt pas pour la sécurité sociale ou la laïcité. On peut mourir pour défendre sa famille, sa patrie ou sa religion.

 

D’après les sondages cités dans la brochure de Valdaï, plus de 80%  des Russes se déclarent patriotes. Etre russes signifie être citoyen de la Russie, partager la culture russe et parler la langue russe. La religion est aussi un élément d’identification mais fait moins l’unanimité 43% se disent fiers d’être orthodoxes : cela dit, 77%  de Russes s’identifient comme orthodoxes, 6% musulmans, 5% déistes et 6% athées, 2% sont catholiques ou protestants et 2% ne « savent pas ». L’identification nationale ne repose pas sur une idéologie politique. 23%  seulement trouvent que leur identité politique partisane est importante.

 

Il est impossible de traiter de la culture russe dans son ensemble mais il est possible de donner quelques impressions à partir d’œuvres littéraires significatives. Nous avons choisi de parler de Boulgakov, de Dostoïevski et de Soljenitsyne.

 

Boulgakov a décrit dans la « Garde blanche » la guerre civile à Kiev après la première guerre mondiale entre monarchistes, communistes, nationalistes ukrainiens et allemands (force d’occupation). La situation d’aujourd’hui en Ukraine se comprend mieux après avoir lu ce livre. Boulgakov écrit d’autres livres comme « cœur de chien » : un médecin greffe un cœur de chien sur un homme qui se transforme en fonctionnaire du parti communiste ! Ce qui est incroyable est qu’avec cette impertinence, l’écrivain était apprécié et protégé par Staline en personne. Son chef d’œuvre est le « Maitre et Marguerite » qui met en scène le Diable sous les traits d’un consultant étranger (Woland) : celui-ci a un œil vert (l’espoir qu’il fait miroiter aux hommes) et un œil noir (la mort vers laquelle il attire les hommes).

 

Dostoïevski est bien sûr un auteur majeur qui a beaucoup influencé l’Occident : Nietzsche, Balzac, Camus se réclament de lui parmi bien d’autres. Dans les Démons, il montre la psychologie d’une secte socialiste révolutionnaire et la folie de l’idéologie égalitariste. Dans l’Adolescent, il montre un jeune homme à la dérive qui ne rêve que de gagner beaucoup d’argent. Dans l’Idiot, il montre la figure christique du prince Mychkine associée à celle d’un assassin qui en est l’antithèse. Enfin, dans les Frères Karamazov, il montre l’idéologie du monde moderne dans la fable du Grand Inquisiteur. Les trois frères représentent les trois cerveaux : Dimitri suit ses instincts et va à la catastrophe même si ce n’est pas un mauvais homme ; Ivan est un intellectuel raffiné amoureux de l’Occident qui deviendra fou et inspire le parricide : c’est lui qui déclare : si Dieu n’existe pas, tout est permis ! Aliocha est orthodoxe et plein de charité et représente l’idéal de l’auteur. Puis il y a le starets Zosime qui critique la devise « liberté, égalité, fraternité » qui, sans la charité chrétienne, mènera à la catastrophe.

 

Soljenitsyne dénonce le goulag soviétique, fait l’éloge de la démocratie directe en Suisse, critique l’affaissement du courage et la montée du matérialisme en Occident. Il sera décoré par Poutine pour son œuvre et pour son patriotisme.

 

 

 

 

Au lundi 16 mars, avec toutes mes amitiés.

 

Ivan Blot

 


Lettre du patriarche de toute la Russie Alexis II à Yvan Blot

Cher monsieur le député,

 

 

 

Je vous remercie de m’avoir transmis le livre dont vous êtes l’auteur ainsi que votre dédicace si chaleureuse à notre égard.

 

Votre proposition d’éditer un livre qui présenterait un message de l’Eglise russe orthodoxe aux habitants de l’Europe de l’Ouest mérite indiscutablement attention et soutien.

 

Si un financement du projet est trouvé, c’est avec plaisir que nous y participerons en vous fournissant tous les matériaux nécessaires.

 

Je me souviens de vos paroles concernant la vie spirituelle de ‘homme que vous avez prononcées lors de notre rencontre chez le ministre de l’intérieur de la fédération de Russie, Anatoly Koulikov. Elle a réjoui mon âme !

 

Que l’aide de Dieu vous soit accordée dans l’action que vous menez pour renforcer la paix en Europe et pour édifier des relations amicales entre nos peuples.

 

Avec ma haute considération

 

 

 

Alexis,

Patriarche de Moscou et de toute la Russie

 

 


Solidaires de la Russie à l’heure de la tragédie ukrainienne

Depuis bientôt un an, les événements d’Ukraine interpellent chacun de nous, descendants de l’émigration blanche, d’autant plus que nos origines nous donnent accès à une information diversifiée, contrairement à la majorité des gens qui nous entourent. La connaissance d’un passé proche, celui de la Russie d’avant 1917, nous donne la possibilité, et le devoir, de dénoncer les falsifications historiques patentes qui ont conduit au drame actuel en Ukraine.
Devant l’aggravation des tensions, dans le Donbass comme dans les relations internationales, une conclusion s’impose : l’hostilité agressive déployée aujourd’hui contre la Russie n’a rien de rationnel. La politique du « deux poids, deux mesures » a dépassé toutes les bornes. La Russie est accusée de tous les crimes, sans preuve, coupable a priori, tandis que d’autres pays bénéficient d’une indulgence particulièrement révoltante, au regard des droits de l’homme notamment.
Nous ne renonçons en rien à la défense des valeurs transmises par nos familles contraintes à l’exil après la révolution de 1917, ni à la dénonciation des crimes des bolcheviks et de leurs successeurs, ni à la promotion de la vérité historique sur ces années terribles. Mais ce n’est pas une raison pour admettre les calomnies qui se déversent, jour après jour, sur la Russie actuelle, ses dirigeants et son président, sanctionnés et vilipendés contre tout bon sens. Ce processus extravagant – autodestructeur pour les pays européens – donne des arguments sérieux à tous ceux qui y voient une volonté occidentale de contrecarrer le développement de la Russie, bien plus que de résoudre la crise ukrainienne. Attaquer systématiquement tout ce qui touche à la notion de « monde russe » est particulièrement ridicule : il s’agit d’une réalité historique, géographique, linguistique, culturelle et spirituelle, d’une haute civilisation qui a beaucoup donné au monde et dont nous sommes fiers.
Nous ne pouvons pas non plus tolérer le honteux silence officiel et médiatique des pays européens sur les terribles bombardements de populations et d’infrastructures civiles effectués par l’armée ukrainienne dans le Donbass, soutenue par des milices arborant une symbolique nazie. Ce silence, pour les autorités de Kiev, équivaut à un véritable permis d’exterminer. Depuis des mois, des enfants et des vieillards meurent ou sont gravement blessés, des prisonniers sont torturés. Voilà maintenant que le gouvernement de Kiev a décrété un blocus intégral (gaz, électricité, trains, administrations et hôpitaux, retraites, salaires, médicaments…) pour mieux anéantir une région dont il proclame pourtant qu’elle fait partie intégrante de son territoire. Et comment ne pas dénoncer les violences commises par les partisans de Kiev contre l’Eglise orthodoxe russe en Ukraine – des prêtres menacés, contraints à la fuite ou même tués, une cinquantaine d’églises bombardées (vingt entièrement détruites), des fidèles persécutés. Où sont les valeurs européennes dans tout cela ?
Malgré leur rejet total de l’Union soviétique, nos parents et grands-parents ont été bouleversés par les souffrances du peuple russe lors de la Deuxième guerre mondiale. A notre tour, nous refusons l’indifférence et le silence – devant l’extermination programmée des populations du Donbass, la russophobie délirante, l’hypocrisie de procédés totalement contraires aux intérêts d’une Europe qui nous est chère. Nous voulons espérer que les pays qui ont accueilli nos familles retrouveront bientôt la voie de la raison et de l’objectivité.

Dimitri et Tamara SCHAKHOVSKOY
Paris, le 26 novembre 2014

 

LISTE DES SIGNATAIRES

  • LL.AA.SS. le Prince et la Princesse Georges Yourievsky (Seengen, Suisse)
  • Vera Albertini (Sainte-Geneviève-des Bois, France)
  • Olga Andreoli, née Troubnikoff (Meudon, France)
  • Arkady Arianoff (Bruxelles, Belgique)
  • Michel Avierino (Neuilly-sur-Seine, France)
  • Vladimir et Yolande Bariatinsky (Schiltigheim, France)
  • Marie-France Beglan (Walton-on-Thames, Grande-Bretagne)
  • Alexis et Claude Beresnikoff (Roman, France)
  • Nicolas et Ghislaine Bieliavsky (Roly, Belgique)
  • Alexandre Bobrikoff (Asnières-sur-Seine, France)
  • Nicolas Bobrinsky (Darmstadt, Allemagne)
  • Alexandre Boldireff (Gallardon, France)
  • Irène de Boreicha (Lausanne, Suisse)
  • Véra Boutleroff (Paris, France)
  • Sophie Brun de Saint-Hippolyte (Asnières-sur-Seine, France)
  • Roger Carmignani (Paris, France)
  • Pierre Cheremetieff (Paris, France)
  • Tatiana Chirikova (Saint-Maurice, Suisse)
  • Philippe Crévieaux (Rixensart,Belgique)
  • Constantin Davidoff (Paris, France)
  • Dimitri Dourdine Mak (Bruxelles, Belgique)
  • Alexander Drutskoy Sokolinsky (Bruxelles, Belgique)
  • André Feodoroff (Fontenay-aux-Roses, France)
  • Tatiana Feodoroff (Chatenay-Malabry, France)
  • Pierre de Fermor (Nice, France)
  • Julia Filatova (Saintes, Belgique)
  • Xenia Finnsson (Versailles, France)
  • Vera Finnsson (Paris, France)
  • Nestor et Marie Genko, née Starosselsky (Le Pecq, France)
  • Vladimir Givoloup (Ault, France)
  • Nadine Goloubinoff (Versailles, France)
  • Gérard Gorokhoff (Paris, France)
  • Jean Goutchkoff (Genève, Suisse)
  • Michel Grabar (Paris, France)
  • Nicolas Grekoff (Paris, France)
  • Alexis Grigorieff ( Paris, France)
  • Marie de Haut de Sigy, née de Saint-Hippolyte (Issy-les-Moulineaux, France)
  • Anne Henderson-Stewart, née de Pahlen (Londres, Grande-Bretagne)
  • André Henderson-Stewart (Londres, Grande-Bretagne)
  • Nicolas Ignatiew (La Rochelle, France)
  • Marie Ivanov, née Tatistcheff (Paris, France)
  • Tatiana Kameneff (Vélizy-Villacoublay, France)
  • Serge Kapnist (Vélizy, France)
  • Véronique Kapnist, née Lycett (Vélizy, France)
  • Hélène Knupffer, née Yaguello (Londres, Grande-Bretagne
  • Rostislav Kolla-Moussine Pouchkine (Vélizy-Villacoublay, France)
  • Alexandre et Janine Koltchak (Paris, France)
  • Ivan Kourdukoff (Nice, France)
  • Vladimir Kozyreff (Chaumont-Gistoux, Belgique)
  • Yvan Kriloff (Bruxelles, Belgique)
  • Oleg Lavroff (Chatenay-Malabry, France)
  • Jean Lazareff (Paris, France)
  • Anne Louis-Kisselevsky (Rueil-Malmaison, France)
  • Serge Loutchaninoff (Texas, Etats-Unis d’Amérique)
  • Georges Marschalk (Paris, France)
  • Georges et Nadia Matcheret, née Wolkonsky (Paris, France)
  • André Matzneff (Courbevoie, France)
  • Alexandre et Anne Miller de la Cerda, née Tolstoï (Biarritz, France)
  • Anna Miloradovitch (Montréal, Canada)
  • Marie Mourait, née Troubnikoff (Paris, France)
  • Constantin et Suzanne Mourousy (Paris, France)
  • Xenia Muratova (Paris, France)
  • Peter Naryshkine (Capetown, Afrique du sud)
  • Tatiana Oussof (Paris, France)
  • Serge de Pahlen (Allaman, Suisse)
  • Irina Pahlen (Wezembeek Oppen, Belgique)
  • Serge Pascault (Paris, France)
  • Galina Perchitchev (Sceaux, France)
  • Efim Pernikoff (Mareil-Marly, France)
  • Rostislav et Xenia Pervychine, née Machtalere (Meudon, France)
  • Alexandre V. et Hélène V. Plotto (Fontenay-sous-Bois, France)
  • Dmitri Possylkine (Saintes, Belgique)
  • Alexandre et Marie-Madeleine Pouchkine, née Dournovo (Bruxelles, Belgique)
  • Marina Poulet, née Pervychine (Chaville, France)
  • Johanna Pridun (Paris, France)
  • Stéphane Pridun (Paris, France)
  • René-Marie et Marianne Rampelberg, née Parfenoff (Paris, France)
  • Séraphin et Hélène Rehbinder, née Pochitaloff (Mies, Suisse)
  • Serge et Hélène Rehbinder (Antony, France)
  • Daria Reine, née Rozova (Paris, France)
  • Alexandra de Rennenkampf, née Nefedoff (Meudon, France)
  • Nathalie von Rosenschild (Yerres, France)
  • Elisabeth Roussel, née Stephanovitch (Paris, France)
  • Alexis et Nathalie Rutschkowsky, née Babkoff (Paris, France)
  • Paul Safiannikoff (Bruxelles, Belgique)
  • Pierre de Saint-Hippolyte (Paris, France)
  • Dimitri et Tamara Schakhovskoy, née Thorgevsky (Paris, France)
  • Irène Schidlovsky, née Golovine (Bougival, France)
  • Marina Schidlovsky (Meudon, France)
  • André Schorochoff (Bruxelles, Belgique)
  • Catherine Soulatzky (Boulogne-Billancourt, France)
  • André Stenbock Fermor (Paris, France)
  • Xenia Stenbock Fermor (Albenga, Italie)
  • Antoine Succar (Sacharoff) (Paris, France)
  • Jean et Denise Swetchine (Châtenay-Malabry, France)
  • Alexandre Terentiev (Marly-le-Roi, France)
  • Colette Tolstoï (Paris, France)
  • Dimitri Tolstoï (Paris, France)
  • Marina Tolstoy (Bruxelles, Belgique)
  • Tatiana Toungouzova (Paris, France)
  • Dr Sergey Trotzky (Salzburg, Autriche)
  • Catherine von Tsurikoff, née Ignatieff (Bad Homburg, Allemagne)
  • Michel Vinogradoff (Bourg-en-Bresse, France)
  • Olga Wienand, née Rosine (Esher, Grande-Bretagne)
  • Michel et Chantal Worontzoff Weliaminoff (Concarneau, France)
  • Nicolas Yanoff (Boulogne-Billancourt, France)

Contes et fabliaux se retrouvent dans un univers poétique

http://www.billetreduc.com/129408/evt.htm?nr=1


Contes et fabliaux se retrouvent dans 1 univers poétique qui berce petits et grands dans un tourbillon de danse, chansons, ombres chinoises..

Dans 1 lointain pays, dans 1 lointain royaume, avec cette formule magique, nous pénétrons dans le mystère des contes et vivons avec les héros leurs aventures. Entre autre ,par les ombres chinoises.

Construit autour des personnages de Babouchka , Mère Noel russe, Loriolet,petit elfe de la lune , Roussalka ondine des lacs et forêts et enfin notre gitane espagnole , ce récit puise sa poésie dans le monde des légendes et dans la tradition populaire.

Puis avec le fabliaux,le grotesque ici met en lumière notre humanité pleine de travers et si attachante pour le plus grand bonheur des petits et grands.
Enfin, la danse n'est pas en reste; avec La fée Roussalka "qui frôle de son pied agile les gouttes de rosées" et les danses Russes pleines de joies festives auxquelles nous invitons notre public à participer!

Partons en voyage ,avec les aventures de Ivan dans l'Oiseau de feu et de Vassilissa contre la sorcière Baba-Yaga !


L’oubli de l’être

par Ivan Blot

 

Heidegger ne cessait d’écrire que le monde occidental, comme l’Union soviétique, étaient dans « l’oubli de l’être » et que c’était la cause originelle de leur profonde décadence. L’Union soviétique n’a d’ailleurs pas survécu. Qu’en sera-t-il de l’Occident ? Mais d’abord, qu’est-ce que l’oubli de l’être ? Qu’est-ce que l’être ?

Qu’est-ce que l’être ?

Pour Heidegger, l’être se distingue de l’Etant. L’Etant, ce sont tous les objets et sujets qui nous environnent. L’Etre relève au contraire du sens de ce qui existe.

Le mieux est de prendre un exemple, celui d’un temple ou d’une église, par exemple. L’église, écrit Heidegger dans son « Introduction à la Métaphysique[1]», n’est pas la même chose pour le touriste, pour l’enfant ou pour le prêtre. Pour le touriste, c’est un objet esthétique et historique sur lequel on peut se documenter, que l’on peut visiter et éventuellement admirer de l’extérieur (j’entends : de l’extérieur de son âme, bien entendu ). Pour l’entreprise touristique, cette église peut apporter des clients et donc avoir une « valeur » marchande. Pour l’enfant, elle peut apporter de l’ombre afin de lui permettre de jouer sans être trop au soleil. N’importe quel mur aurait cet office. Le touriste et l’enfant son indifférents à l’Etre de cette église. Par contre, le prêtre, s’il considère qu’elle est la maison de son Dieu, n’est pas dans l’oubli de son être. Il a accès à son être. Si dans un pays, de nombreuses personnes ont accès à cet Etre, le nombre des églises va se multiplier, c’est ce qui se passe en Russie mais non ici.  

Donc, l’être n’est pas un objet, mais il est la condition de réalisation d’objets, disons, d’œuvres ! L’oubli de l’Etre a des conséquences tangibles, qui peuvent même devenir tragiques.

Si une société se détourne de l’être de la religion catholique par exemple en France, les églises vont se vider, certaines seront reconverties en musées et d’autres seront détruites comme c’était le cas général dans l’ancienne Union soviétique.

A la fin de sa vie, Heidegger préférait au mot « Etre », le mot « Ereignis », l’évènement qui a du sens  (à opposer à l’Erlebnis, le vécu sans signification profonde, un apéritif au Club Méditerranée). L’Ereignis est l’avènement de l’être, il relève de l’histoire. Le monde occidental multiplie les « Erlebnis », en fait une industrie qui rapporte, mais oublie l’être, l’Ereignis. Il n’a plus le sens de sa propre histoire, donc n’a plus guère de fierté.

Mais l’être qui se ferme à lui, ne « l’oublie » pas en quelque sorte et un réveil peut arriver en bien ou en mal (celui qui a entrainé la chute de l’URSS par exemple, ou bien l’apparition d’un mouvement révolutionnaire islamiste avec Sayid Qutb).

L’oubli de l’être

Heidegger constate que l’oubli de l’être a progressé en Occident depuis sa fondation originaire, en Grèce antique. Les aspects de cet oubli sont les suivants et obéissent à quatre « scissions majeures » :

Une scission s’est produite entre « être » et « devenir ». C’est pourquoi les contemporains opposent Héraclite (philosophe du devenir) à Parménide (philosophe de l’être). Or, précise Heidegger, ces deux philosophes grecs du 6ème siècle avant notre ère disent « la même chose ». En effet, l’être ne s’identifie absolument pas au présent et le non-être ne s’identifie ni au passé ni au futur. Il y a deux passé, le « gewesen », ce qui a été et qui existe encore (sous forme de traces et d’écrits, et dans les consciences de certains hommes d’aujourd’hui), et le « vergangen », ce qui a basculé dans le néant, si l’on peut dire (car le néant n’existe pas pour Heidegger).

Une autre scission, s’est créée entre Etre et Apparence. Une autre, la plus importante, entre Etre et Pensée, puis enfin, une autre entre Etre et Devoir.

Voyons ces scissions qui sont à l’origine de l’oubli de l’être.

La scission « être et devenir »

La scission « être et devenir » oppose à tort le présent qui serait la seule chose « importante » (ayant du sens) par rapport au passé (ringard par définition : « dead white men » disent les gauchistes américains à propos des héros de l’histoire américaine). Le présent est également surévalué par rapport au futur (« no future » revendiquent  d’autres « gauchistes »). Cette scission entraine le culte de l’immédiateté qui pour un économiste comme Hans Hoppe, est la plaie du monde moderne. La préférence pour l’immédiat est le propre des petits enfants et aussi des petits délinquants. Ils ne peuvent pas épargner ou investir et veulent des satisfactions immédiates. Pour Hoppe, les politiciens sont bien souvent ainsi car leur seul horizon est celui des élections à très court terme.

De plus, cette croyance que seul le présent existe conduit à négliger l’histoire et les significations qu’elle transporte. Ainsi, le citoyen qui ignore l’histoire de son pays sera non seulement très piètre dans ses jugements sur l’actualité mais sera indifférent à sa patrie, incapable de se sacrifier pour quelque chose qui n’a pas de sens pour lui (pas de sens : oubli de l’être !)

Négligeant l’histoire (en métaphysique, on dit « l’historial ») l’individu qui vit dans l’oubli de l’Etre sera incapable de préparer l’avenir en faisant des sacrifices au présent. Il perd sa dimension « historiale » et donc une partie essentielle de son humanité. L’animal vit dans le présent et n’a pas d’existence, au sens où l’existence tire son sens de l’être à l’extérieur de l’égo. L’oubli de l’être, qu’il dévalue le passé ou dévalue l’avenir, animalise l’homme et l’enferme dans son égo. Il tue la liberté intérieure.

La scission « être et apparence ».

Pour les Grecs anciens, cette scission n’a pas lieu d’être. L’être et l’apparence ne font qu’un. Cette pensée, souvent restée implicite domine les armées, surtout dans les corps d’élite. La « tenue » est une part essentielle de l’existence, tenue dans l’habillement, mais aussi tenue dans le maintien et tenue morale intérieure (qui rayonne à l’extérieur et vient donc à apparaitre).

Dans le monde dit « moderne » occidental, l’apparence s’oppose à l’être soit pour le dominer, soit au contraire pour être méprisée comme « inessentielle ». L’apparence qui domine, c’est monnaie courante  dans la vie politique ou l’on entend ce sophisme : « n’existe que ce qui se voit, n’existe que ce qui est répercuté dans les medias ». L’être n’a donc pas d’importance, la vérité n’est pas de mise. La rhétorique de la « communication » est l’essentiel pour prendre le pouvoir ou l’argent (dans le cas du commerce de masse). C’est ce qu’il y a d’inhumain dans la démocratie et dans l’économie de marché tels qu’ils sont pratiqués bien souvent aujourd’hui.

Autre variante tout à fait opposée mais qui peut coïncider avec la première : l’apparence serait sans importance. J’ai assisté à une réunion des divers cultes autour du ministre de l’intérieur. C’était le débraillé, dans un complet veston à peine propre pour la plupart. Ceux qui se tenaient droit dans leur soutane noire impeccable étaient les Orthodoxes : c’est un fait. Pour eux, on avait l’impression qu’être et apparence ne faisaient qu’un comme chez les militaires qui ont gardé le sens du tragique de l’existence. Les autres étaient victimes de la scission métaphysique entre apparence et Etre.

La scission entre l’apparence et l’être a conduit aussi à la domination autoritaire de l’art non figuratif en Occident, devenu en réalité « l’art officiel ». L’absence de « tenue », caractéristique notamment du journal devenu quasi officiel « Charlie Hebdo », l’absence de tenue dans les différentes significations du mot, règne dans les écoles. Or le physique et l’âme sont inséparables. La tenue « morale » tombe alors aussi dans le « négligé ».

Etre et pensée

Pour Heidegger, c’est cette scission qui est à l’origine de toutes les autres. C’est là que l’oubli de l’être, l’oubli du sens qui rabaisse l’existence dans une vie ludique, absurde et insignifiante, a ses conséquences les plus graves. La pensée se recroqueville sur le seul intellect consacré au « calcul ». Tout ce qui n’est pas « calcul utilitaire » est abandonné : c’est ce que Heidegger appelle le « Gestell ».

Le Gestell est un état de la société où règnent les quatre « valeurs » découplées de l’être : l’égo, l’argent, la technique et les masses. Ces « valeurs » se substituent au  divin, à l’honneur, aux racines et aux personnalités.

Dès lors le calcul se substitue à toute méditation, à tout recueillement qui se souvient. En regardant une montagne, l’homme vivant dans l’oubli de l’être ne verra que sa valeur foncière, afin de faire une bonne spéculation. Heidegger oppose le Rhin des poètes envisagé dans son Etre, au Rhin des centrales électriques et des entreprises de tourisme. Dans cette dernière perspective, la pensée de l’Etre disparait. La pensée devient calcul utilitaire. L’homme est un rouage du calcul. Il est arraisonné par ce calcul et devient la « plus précieuse des matières premières ». Il importe dès lors que ses racines soient détruites pour que ces hommes, comme matière première, soient le plus possible interchangeables. De même, sa morale, si elle n’est pas purement utilitariste et sa personnalité propre doivent s’effacer ainsi que sa religion (cette dernière risquerait de le libérer de son égo dans lequel il doit rester enfermé pour les besoins du Gestell). C’est alors que l’homme est parfaitement manipulable pour les besoins du système techno-économique sans vraie liberté qu’est devenu l’Occident.

Etre et devoir

Cette scission oppose le devoir à l’Etre. Le modèle n’est pas dans l’Etre mais dans les « valeurs » abstraites. Au nom de ces « valeurs », on est prêt à détruire l’homme réel.  L’idéologie des droits de l’homme repose sur cette scission métaphysique : au nom des « droits » affirmés par une pensée calculatrice égalitaire, on va imposer à l’homme d’abandonner ses racines (sa famille, sa nation), ses valeurs non utilitaires (donc toute forme de sacrifice héroïque), sa personnalité (et donc sa vraie liberté) et son identité religieuse.  L’homme qui a subi cette opération devient alors «  im-monde »[2], en ce sens qu’il n’a plus de monde structuré qui donne sens à son existence. Il devient matérialiste, adorateur de l’argent et de la technique, conformiste jusqu’à la nausée. C’est le « dernier homme » dont parlait Nietzsche, qui régresse s’en sans rendre compte vers l’animalité. Son cerveau reptilien (le plus bas mais aussi le plus dangereux) est « libéré » par les « droits » et son cerveau calculateur se met à son service. Le cerveau affectif mammifère de l’homme, le « coeur » des Pères de l’Eglise, est rejeté comme inutile et contraignant.

Soit le devoir (et les valeurs qui en résultent) s’imposent à l’Etre et l’effacent du souvenir des hommes, soit au contraire, le devoir est dévalorisé. Les deux vont ensemble. Comme l’écrit Heidegger, prétendu surhomme et vrai sous homme vont de pair. On affirme les droits de l’homme et on tolère le crime, ce qui est typique du monde occidental où la courbe criminelle a quadruplé depuis les années 1970. Comme l’écrivait Dostoïevski, « si Dieu disparait, tout est permis », car qui aura la légitimité pour qualifier le crime et le péché ? Le juriste ? Ce n’est qu’un technicien et sur quoi peut-il fonder une vraie morale ?

Qui est l’homme ?

C’est la question métaphysique reliée à l’Etre, plus pertinente que la question zoologique : « qu’est-ce que l’homme ? » Pour Heidegger, il n’y a pas de « réponses » sinon provisoires au sein d’un questionnement perpétuel vers l’être qui est « la piété de la pensée ». Il trouve les réponses les plus pertinentes dans la tragédie de Sophocle, « Antigone ».

Dans le texte du chœur d’Antigone sur la nature de l’homme, on découvre trois choses. Tout d’abord, l’homme est le plus inquiétant de tous les étants. Il sort sans arrêt de lui-même pour commettre le meilleur comme le pire. Ensuite, il vit navigue au milieu de l’opposition entre tekné et diké. La tekné, c’est sa capacité donc sa liberté historiale d’agir et de créer et donc de faire violence à la nature environnante (y compris son prochain). La diké, c’est l’ordre du monde qui le précède et contre lequel il finit toujours par se briser. En effet, l’homme est mortel et l’ordre du monde finit toujours par s’imposer à lui. Sa condition sur terre, sous le ciel, parmi les mortels et face à la divinité (présente ou absente !) est une condition tragique où il doit faire coexister l’ordre et la liberté. L’homme combat en se risquant et fait l’épreuve de sa relation au monde au sein de la cité qui est son site historique. Dans ce site historique, il emploie la violence et ruse avec l’ordre existant pour effectuer des « œuvres ».

Mais l’homme n’a créé ni le langage ni l’intelligence qui lui préexistent. Poète, penseur, fondateur d’Etats, il reste dominé par l’ordre du monde qui lui échappe toujours en partie. C’est ainsi qu’il n’est pas le maitre du monde mais le gardien de l’Etre. Il n’est gardien de l’Etre, donc des significations de son existence que s’il est historial, que s’il se tient dans l’apparence, que s’il pense au-delà du calcul utilitaire et ne calomnie pas l’être au nom des « valeurs » ; sinon, il erre dans l’oubli de l’Etre et ce dernier ne s’ouvre pas à lui.

L’ouverture à l’Etre ne dépend pas  de l’homme pas plus que le berger n’a créé le troupeau ex nihilo. L’homme est « le berger de l’Etre » lorsqu’il l’accompagne et qu’il en retrouve le sens à travers sa culture historiale, la méditation pensante dans le souvenir. Par contre, l’homme hors de l’Etre oubli même qu’il est dans l’oubli de l’Etre. Il est donc totalement manipulé.

Les conséquences de l’oubli de l’Etre.

Selon Heidegger, [3] : « Que diriez-vous si les choses étaient telles que l’homme, que les peuples, dans leurs plus grandes affaires et machinations, aient bien une relation à l’étant, et cependant, soient tombées depuis longtemps hors de l’être sans le savoir, et que cela même soit la raison la plus intérieure et la plus puissante de leur décadence ? (..) Cette Europe qui, dans un incurable aveuglement, se trouve toujours sur le point de se poignarder elle-même, est prise pour l’instant dans un étau entre l’Union soviétique et l’Amérique. L’URSS et les USA sont toutes deux, au point de vue métaphysique, la même chose ; la même frénésie sinistre de la technique déchainée, et de l’organisation sans racines de l’homme normalisé. »

L’homme a perdu sa dimension temporelle historiale et ne connait plus que la vitesse ; le rassemblement de millions d’hommes autour d’un match de boxe constitue un triomphe : « la question, à une telle époque, « quels buts avons-nous ? » traverse cette sorcellerie à la façon d’un spectre. »

Selon Heidegger, «  la décadence spirituelle de la terre est déjà si avancée que les peuples sont menacés de perdre la dernière force spirituelle, celle qui leur permettrait du moins de voir et d’estimer comme telle cette décadence dans la relation à l’être. (..) L’obscurcissement du monde, la fuite des dieux, la destruction de la terre, la grégarisation de l’homme, la suspicion haineuse envers tout ce qui est créateur et libre, tout cela a déjà atteint sur toute la terre, de telles proportions que des catégories aussi enfantines que pessimisme et optimisme sont depuis longtemps devenues ridicules. »

« Que signifie « monde »  lorsque nous parlons d’obscurcissement du monde ? Le monde est toujours le monde de l’esprit. L’animal n’a pas de monde. L’obscurcissement du monde implique une perte de puissance de l’esprit, sa décomposition, sa consomption, son éviction et sa mésinterprétation. » l’URSS et l’Amérique sont équivalent quant à leur rapport à l’esprit sur le plan métaphysique. «  L’homme a commencé à glisser dans un monde qui n’avait pas la profondeur à partir de laquelle l’essentiel vient à l’homme et revient vers lui, le forçant à une supériorité qui lui permette d’agir en se distinguant. » La médiocrité devient agressive : « c’est l’invasion de ce qui détruit et fait passer pour mensonge tout ce qui a de la grandeur et toute mentalité engagée dans quelque chose comme un monde spirituel. C’est l’invasion de ce que nous appelons le démoniaque, c’est-à-dire la malveillance dévastatrice » (voir aussi à ce sujet « les Démons » de Dostoïevski).  

L’homme et l’Ereignis

L’homme peut-il échapper au destin de l’oubli de l’être ? Cela ne dépend pas que de lui mais cela dépend aussi de l’Etre lui-même. Tant que l’Etre est fermé, l’action de l’homme est impuissante. Par exemple, il était folie de vouloir détruire l’Union soviétique par une aventure militaire. Mais en 1991, l’ouverture de l’Etre s’est produite (la conscience chez les Soviétiques d’être tombé dans un couloir sans issu, comme dit Vladimir Poutine) et l’URSS  s’est effondrée d’elle-même. Sa chute est l’exemple même de l’Ereignis (l’événement comme avènement de l’Etre).

La question est à présent de savoir ce qui va arriver à l’Occident, toujours en proie à l’oubli de l’Etre. L’Occident est confronté à un nouveau phénomène révolutionnaire auquel il semble ne rien comprendre : l’islamisme révolutionnaire. Celui-ci est une manifestation de l’Etre comme l’a été autrefois la révolution bolchevique ; l’Etre n’est pas Dieu et n’est pas nécessairement le lieu où le Bien apparait.

 L’idéologie islamique  forgée par Sayid Qutb (un poète) et ses disciples s’oppose à l’oubli de l’Etre occidental, où l’ego remplace Dieu, l’argent le sens de l’honneur, les masses la personnalité libre et la technique, les racines qui donnent sens au monde. Cette idéologie ne peut être combattue spirituellement, et non pas seulement par la force mécanique, que par un autre Ereignis : l’apparition d’un événement historial qui comporte le retour du Divin, celui de l’honneur, de la personnalité libre et des racines traditionnelles. Ce mouvement semble être apparu en Russie suite à l’effondrement de l’Union soviétique mais il reste exclu du Gestell utilitariste, matérialiste, individualiste et techniciste qui domine l’Occident. L‘homme, devenu un rouage du Gestell, devient la « bête technicisée » dont parle le sociologue Arnold Gehlen[4].

L’Occident qui se croit « a-religieux » et qui s’accroche en fait à des gris-gris juridiques sans force d’âme comme les droits de l’homme, reste dans l’Oubli de l’Etre. Il reste donc désarmé spirituellement face à la révolution islamiste. Il ne comprend toujours pas qu’un réarmement spirituel est nécessaire. Vivant dans l’oubli de l’être, il n’en a pas la moindre idée, faute de conscience historiale. 

C’est sans doute chez le président Poutine et le patriarche Cyril qui ont redécouvert « la pensée qui se souvient » que l’on aura des exemples historiques pour nous éclairer dans notre actuelle obscurité.

L’Occident face à la révolution islamiste, c’est l’obscurité de l’oubli de l’Etre face à l’obscurantisme de l’être révolutionnaire. Le révolutionnaire Pol Pot n’est plus rouge mais il est devenu vert. Les écrits sacrés ont changé : ce n’est plus le manifeste du parti communiste mais « A l’ombre du Coran » de Sayid Qutb. La solution pour sauver l’homme ne peut être que tierce dans un retour au souvenir historial qui redonne du sens à notre identité de civilisation : humanisme classique, nation armée et chrétienté.



[1] Gallimard, 1967

[2] « une petite merde, dit plus crûment un personnage révolutionnaire dans les Démons de Dostoïevski

[3] Op.cit. p. 48 et suivantes

[4] Arnold Gehlen, Anthropologie et psychologie sociale, PUF, 1990


Poutine : le Slave se rebiffe

Loin de s’incliner devant plus fort que lui, Vladimir Poutine vient de réaffirmer sa volonté de continuer à mener en toute indépendance la politique de ses intérêts nationaux.

Les médias bien comme il faut notent ces derniers jours, avec une certaine surprise et une réprobation certaine, la tonalité franchement anti-occidentale des récentes déclarations et en particulier de la dernière conférence de presse de Vladimir Poutine. À les en croire, le « maître du Kremlin » (c’est ainsi qu’ils désignent communément le président russe comme ils appelaient Saddam Hussein « le maître de Bagdad », Slobodan Milošević « le maître de Belgrade » et comme ils qualifient Bachar el-Assad de « boucher de Damas ») assaisonnerait même son borchtch d’accents de guerre froide…

C’est du reste parfaitement exact. Il est vrai que M. Poutine semble cultiver et exploiter sans vergogne le filon démagogique du patriotisme, voire du nationalisme, voire du chauvinisme russe et n’a pas pour l’Union européenne ou les États-Unis d’Amérique les égards qui leur sont dus. On se demande bien pourquoi.

Voilà un homme que depuis le début de la crise ukrainienne les dirigeants, les porte-parole, les porte-plume et les porte-coton du « monde libre » qualifient d’agresseur, de dictateur, d’aventurier et à l’occasion de nouvel Hitler. Alors même que l’exemplaire démocratie cubaine est réadmise dans le cercle des nations honorables, la Russie est mise sous embargo, alors même que, dans le monde entier, on déroule le tapis rouge sous les pas des hommes politiques et des hommes d’affaires chinois, on gèle les comptes bancaires des principaux collaborateurs et des plus proches amis de Poutine. Poutine lui-même représente-t-il son pays dans les institutions et les conférences internationales, on le traite en intrus, en indésirable, en paria et les Premiers ministres d’Australie ou du Canada, contre tous les usages diplomatiques, l’ignorent ou l’insultent. Le président de la République française, pour sa part, refuse sans autre forme de procès d’honorer la signature de son pays. Le président américain, quant à lui, en rajoute et décide aux dernières nouvelles que la Crimée annexée n’existe plus. Comme aux jours les plus tendus de la confrontation Est-Ouest, c’est un bras de fer qui se joue entre Washington et Moscou. Le leader de l’hyperpuissance s’est juré de faire plier jusqu’à ce qu’il crie grâce et reconnaisse sa défaite. La fuite des capitaux russes, la chute du rouble, la récession, la politique délibérée et concertée de pétrole et de gaz à bon marché devraient dans les meilleurs délais amener à la capitulation de l’insolent qui ose braver le nouvel ordre mondial.

Or, loin de s’incliner devant plus fort que lui, Vladimir Poutine vient de réaffirmer sa volonté de continuer à mener en toute indépendance la politique de ses intérêts nationaux. Loin de reconnaître son isolement et sa défaite, loin de lécher la main qui le frappe, il tourne le dos à son adversaire, il signe de fabuleux contrats d’armements avec l’Inde, de fourniture d’énergie avec la Chine, et il jure que, pas plus face à Obama aujourd’hui qu’avant-hier devant Napoléon et il y a soixante ans devant Hitler, la Russie ne se laissera dicter la loi.

Le Slave se rebiffe, en somme, et les conseillers qui ont assuré le président américain que les moujiks ne comprennent que le knout sont de la même race et font la même erreur que leurs prédécesseurs qui croyaient que les nègres ne sont faits que pour le fouet

M.Rousset


La face cachée de la guerre en Ukraine


Regards sur Jeanne d’Arc, en France et en Russie

En France, chaque année, on célèbre tous les ans, le deuxième dimanche de mai, la fête nationale de Jeanne d’Arc. Elle a été instituée par une loi du 10 juillet 1920. A Paris, une cérémonie est organisée à son monument de la place des Pyramide. L’usage veut qu’elle soit placée sous la présidence du ministre des Anciens combattants et victime de guerre et qu’une gerbe soit déposée au monument et que les monuments publics soient pavoisés de drapeaux tricolores. 

Jeanne d’Arc est pour les Français depuis le XIXe siècle « La sainte de la Patrie », la vraie, pas la patrie révolutionnaire des philosophes, des jacobins et des conventionnels génocidaires, celle dont parle le professeur de Viguerie dans son livre Les Deux patries[1]. Depuis Jules Michelet dans le livre V de son Histoire de France (1841), elle a été reconnue comme le symbole national français, - surtout depuis la guerre de 1870 -, de tout le spectre politique, depuis la gauche socialiste jusqu’à l’extrême droite.

A partir de son procès en canonisation par l’église catholique, en 1897, elle est devenue une sainte luttant pour la défense du Roi Très chrétien et de la « Fille aînée de l’Eglise ».

Pour l’église orthodoxe elle est aussi depuis longtemps reconnue comme sainte, mais essentiellement sous un angle mystique en ignorant le sens politique de sa mission royale de restauration du Roi très chrétien. 

            En Russie, à l’époque communiste « on en parlait dans les écoles », rappelle le sculpteur Boris Lejeune. Au moment de la seconde guerre patriotique, elle avait même été récupérée avec l’Eglise et saint Alexandre Nevsky, libérateur comme elle de son pays.

             Auparavant, au siècle avant-dernier, le poète Vassili Andreïevitch Joukovsky (1783+1852) avait réalisé une traduction de La Pucelle d’Orléans (Orleanskaïa deva) d’après Die Jungfrau von Orléans de Fredrich von Schiller.

Quelques temps plus tard, le compositeur Piotr Ilitch Tchaïkovsky, s’en inspira pour réaliser un opéra en 4 actes, la Pucelle d’Orléans, sur un livret d’après la traduction de Joukovsky, la Jeanne d’Arc de Jules Barbier, le livret d’Auguste Mermet pour son propre opéra et la biographie de Jeanne d’Arc  d’Henri Wallon. L’ouvrage fut créé le 25 février 1881 au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg sous la direction de d’Edouard Nápravník à qui il avait été consacré.

             Aujourd’hui, les artistes russes honorent toujours Jeanne d’Arc puisqu’en 2012, le sculpteur  russe d’origine ukrainienne, Boris Lejeune, a réalisé un nouveau monument à Jeanne d’Arc, de bronze celui-là. Il a été élevé à la suite d’une souscription nationale, à l’ermitage Notre-Dame-de -Belmont, voisin de 3  kilomètres du village de Domrémy-la-Pucelle, là ou elle entendait ses voix. Cette souscription qui n’a reçu aucune aide de l’Etat républicain, a été lancée par l’association « Avec Jeanne », en collaboration avec l’ « association Notre-Dame de Bermont. »

              Cette collaboration entre un russe et des français, démontrerait si l’en était besoin, de la  permanence des liens entre les deux peuples, malgré les positions de leurs dirigeants de faits, soumis à la domination anglo-saxonne par des agents Yung lieders affidés et des émirats islamistes.

  

            Boris Lejeune, artiste chrétien, est né à Kiev, en 1947, quand l’actuelle capitale ukrainienne faisait encore partie intégrante de l’Empire soviétisé. Après avoir achevé ses études de sculpture à l’Institut des Arts Répine (ancienne l’Académie Russe des Beaux-arts) à Saint-Pétersbourg, Boris Lejeune était rentré à Kiev où avait exécuté une série de sculptures monumentales et participé à des expositions dans plusieurs villes d’Union soviétique.

 En 1980, il émigra en France,  vécut quelques temps à Paris, puis s’installa dans un village de Champagne avec son épouse, Madeleine de Villaine. Parmi les nombreuses œuvres de toutes tailles produites en France et au Luxembourg, il a réalisé pour le vignoble de Vosne-Romanée, en Bourgogne, un Ange au pied de Vigne, tandis qu’une plaque commémorative du poète russe Ossip Mandelstam, rue de la Sorbonne à Paris, témoigne de sa fidélité à sa culture russe.

            En parallèle à la sculpture, Boris Lejeune s’adonne à la peinture de paysage, mais aussi à la poésie. Ainsi a-t-il édité aux éditions de la Différence, trois recueils de poésies en russe, traduits en français par sa femme. Un autre, Le  Miroir des heures, est paru en 2002 à Moscou.  Depuis 1992 il dirige la revue Présages qu’il a fondée, et quoiqu’orthodoxe, il collabore à la revue Catholica, dans un véritable euchuménisme.

            Relevant le défi, Boris Lejeune le sculpteur a représenté la jeune « Lorraine »[2] martyrisée par les Anglais, comme une très belle jeune femme en armure s’élançant l’épée à la ceinture. Elle lève les yeux vers le ciel,  les bras levés, tenant sa bannière dans la main droite

            Quand l’abbé de Tannoüarn demanda à Boris Lejeune de réfléchir à un projet de statue de notre émule d’Alexandre Nevsky, elle était loin d’être inconnue  en URSS. « On enseignait son histoire dans les écoles rapporte Lejeune. On admirait en elle une héroïne de la révolte ouvrière et populaire, une combattante  contre les injustices, abandonnée par les puissants. En 1970, il y a eu le film de Gleb Panfilov, Natchalo, (Le début), qui présentait une Jeanne d’Arc présentée comme un modèle de la jeune fille pleine de générosité, incomprise et abandonnée par ceux qui devraient la soutenir ». Le rôle principal était donné à une jeune ouvrière engagée pour jouer le rôle de la jeune Lorraine dans un film. C’était ainsi un va-et-vient entre la vie banale de la jeune soviétique et une évocation de la vie héroïque de la jeune française venue au secours de son Roi très chrétien. Aucune allusion bien entendue au côté spirituel de sa geste mystique, si ce n’est, à la fin du film, une vision de la Croix devant le bûcher ; ce qui « était très fort et très courageux », s’est souvenu Boris Lejeune.

            Sans soutien de la part du régime républicain qui souhaite faire oublier aux Français leur histoire et leur religion, les promoteurs de ce projet franco-russe ont fait appel à la générosité des mécènes.

La statue de Jeanne d’Arc a été inaugurée le Dimanche 29 septembre 2013, à Notre-Dame de Bermont, à proximité de Domrémy, sous la houlette de l’association « Avec Jeanne » présidée par Eric Letty, entouré de l’abbé Guillaume de Tanoüarn, Alain Bournazel et Anne Brassié, en présence de membres de l’association Avec Jeanne, de M. Alain Olivier, président de l’association Notre-Dame de Bermont, d’élus locaux et de nombreux habitants de la région.

 

            Un autre russe, le prince Serge Sergeïevitch Obolensky, il y vingt-six ans, a consacré à Jeanne d’Arc, un gros ouvrage en russe, Jeanne fille de Dieu, où il retrace la vie et l’œuvre de l’héroïne nationale des Français, illustré de photos prises par lui-même. Cette édition a été le fruit des nombreuses années consacrées par le prince à étudier la vie de la sainte. Ainsi pendant plus de vingt années se rendit-il à Donrémy,  sillonnant tous les chemins qu’elle avait parcouru, étudiant tous les documents qu'il était possible de se procurer. Pour lui, rapporte sa fille Véra,  « ce qui était le plus remarquable en  Jeanne d'Arc, c'était sa profonde spiritualité, sa recherche de la Vérité et son abnégation dans le sacrifice de sa personne pour sauver son pays. » Ainsi le prince se pencha-t-il durant de longues années sur  l'étude du phénomène spirituel de Jeanne,  qui de simple petite paysanne française, sauva la France, et rendit-elle son trône légitime au Roi très chrétien avant d’être sacrifiée sur un bucher à Rouen, avant d’être reconnue tout de suite comme une sainte par la vox populi, et d’être canonisée officiellement plusieurs siècles plus tard. Le prince qui était parfaitement polyglotte (il parlait parfaitement le russe naturellement, le  français, l'allemand, et le  hongrois), décida d'écrire son ouvrage en russe parce qu’il le destinait à la Russie, Jeanne y étant le symbole de la renaissance tant souhaitée dans son pays.  Voici ce qu'écrivit Evgueny Ternovsky dans ses mémoires  à propos du prince S. Obolensky,  ( Novy Journal, 2003 ) : « Au cours de nos  discussions, Obolensky, monarchiste convaincu et  patriote, se posait la question de savoir s'il existait encore en Russie des forces nationales saines ».

Le prince Serge Segueïevitch Obolensky est né en 1908 en Russie. Il était le fils du colonel -prince Sergeï Dmitrievitch Obolensky, qui fut gouverneur de différentes provinces de l’empire de Russie, et dont le dernier poste fut à Stavropol, « la ville de la Croix », pour rappeler qu’une immense croix en pierre fut trouvée à l’emplacement de la ville, au pied des montagnes du Caucase. Désirant mettre sa famille à l’abri de la terreur communiste, il émigra avec les siens en 1919 et vécut avec elle d'abord en Hongrie puis en Allemagne d’où elle quitta Berlin aux mains des nazis pour s’installer définitivement en France où le prince s’éteignit en 1980. Le prince Serge Sergueïevitch, en exil ne faillit jamais à la fidélité envers son pays natal, à l'exemple de son père, monarchiste convaincu qui fut tout au long de l'émigration à la tête du  mouvement  « Beloye Dvijenie ». En Hongrie le prince avait été le représentant du Grand Duc Kirill Vladimirovitch, héritier du trône de Russie. - ce qui explique que le prince s'impliqua très jeune comme journaliste politique dans les différentes revues et journaux de Berlin où il collabora à de  nombreuses publications. Il fut un des membres actifs du mouvement " Mladorossy " où il eut la fonction de secrétaire politique, chargé de l'idéologie du mouvement jusqu’à ce que cet  organisme soit disloqué par ses membres  en 1941. Nombreux parmi ceux-ci, comme le prince Sergueï Sergueïevitch, participèrent activement à la résistance.

             Journaliste, écrivain, philosophe, il fut le dernier rédacteur en chef de la revue Vozrojdenie (La Renaissance) paraissant à Paris, à partir du N° 100 en 1959. Après le décès du mécène A. Gukassov , jusqu'au N° 217, il  en devint l'éditeur officiel jusqu' à la fin de la parution en 1974, ne trouvant plus les fonds nécessaires pour continuer . Dans la revue, il menait la rubrique « Les affaires et les hommes » dans laquelle il publia plus de 45 articles d’analyses politiques de la situation en URSS, avec un talent littéraire reconnu.

Sous le cryptonyme   « S. O. »  il écrivit encore 11 articles et fut encore  le co-auteur anonyme de 101 publications. S. Obolensky  étant descendant de Rurik, le premier souverain russe, il publia en 1939 Ukraine Terre Russe, en français, où il rappelait que Kiev était le berceau de la Russie. Cet ouvrage, malheureusement épuisé est fréquemment cité en référence parmi d'importants manuels économiques - comme  source principale en français d'une étude sur l'économie ukrainienne.  

Il fut une des figures en vue dans le monde de l'émigration russe. Outre ses activités politiques et littéraires, il rassemblait chez lui avec son épouse (née Irina Borissovna Von Rall, russe émigrée elle aussi)  de nombreuses personnalités du monde des arts et de la littérature et était membre actif de l’Union de la Noblesse Russe (UNR) à Paris. 

Jeanne fille de Dieu, primitivement édité en 1988, chez IMCA PRESSE à Paris, a été réédité en 2013, à Saint-Pétersbourg, chez « Russkaya Kultura » où on peut se le procurer ainsi qu’à Moscou, à Dom Knigi, (La Maison du livre), et dans le reste de la  Russie dans les librairies Burkoveid. A Paris, l’ouvrage est disponible en France aux Editeurs réunis, 14  rue de la Montagne Ste Geneviève.

                                                                                   Jean-Bernard Cahours d’Aspry

 



[1] Jean de Viguerie, Les Deux patries, essai historique sur l’idée de Patrie en France, Martin Morin éditeur, Paris.

[2] En réalité, Jeanne d’Arc est née vers 1412 à Domrémy dans la province de Lorraine, mais dans un village du duché de Bar dont une partie relevait du royaume de France pour le temporel et de l’évêché de Toul pour le spirituel.


“Nous avons la force, la volonté et le courage de protéger notre liberté”, par Vladimir Poutine

Vladimir Poutine : Discours présidentiel à l’Assemblée fédérale (4 décembre 2014)

Première partie du discours : politique extérieure - Kremlin, Moscou, 4 décembre 2014

 

LE PRÉSIDENT DE LA RUSSIE VLADIMIR POUTINE : Chers membres du Conseil de la Fédération, Députés de la Douma, Citoyens de Russie !

Le discours d’aujourd’hui sera consacré, bien entendu, à la situation et aux conditions actuelles du monde dans lequel nous vivons, ainsi qu’aux défis auxquels nous sommes confrontés. Mais je tiens tout d’abord à vous remercier tous pour le soutien, l’unité et la solidarité dont vous avez fait preuve au cours des récents événements historiques et cruciaux qui vont sérieusement influencer l’avenir de notre pays.

Cette année, nous avons été confrontés à des épreuves auxquelles seule une nation unie et mature et un État véritablement souverain et fort peuvent résister. La Russie a prouvé qu’elle peut protéger ses compatriotes et défendre l’honneur, la vérité et la justice.

La Russie a pu accomplir cela grâce à ses citoyens, grâce à votre travail et aux résultats que nous avons obtenus ensemble, et grâce à notre profonde compréhension de l’essence et de l’importance des intérêts nationaux. Nous avons pris conscience de l’indivisibilité et de l’intégrité de la longue histoire millénaire de notre patrie. Nous sommes venus à croire en nous-mêmes, à croire que nous pouvions faire beaucoup de choses et atteindre tous nos objectifs.

Aujourd’hui, nous ne pouvons bien évidemment pas ne pas évoquer les événements historiques qui ont eu lieu cette année. Comme vous le savez, un référendum a été organisé en Crimée en mars, dans lequel les habitants de la péninsule ont clairement exprimé leur désir de rejoindre la Russie. Après cela, le Parlement de Crimée – il convient de souligner que c’était un parlement tout à fait légitime, qui avait été élu en 2010 – a adopté une résolution d’indépendance. Et enfin, nous avons assisté à la réunification historique de la Crimée et de Sébastopol avec la Russie.

Ce fut un événement d’une importance particulière pour notre pays et notre peuple, parce que la Crimée est une terre où vivent nos compatriotes, et que son territoire est d’une importance stratégique pour la Russie car c’est là que se trouvent les racines spirituelles de la Nation russe, diverse mais solidement unie, et de l’État russe centralisé. C’est en Crimée, dans l’ancienne ville de Chersonèse ou Korsun, comme  les anciens chroniqueurs russes appelaient, que le Grand Prince Vladimir a été baptisé avant d’apporter le christianisme au Rus.

En plus de la similitude ethnique, de la langue commune, des éléments communs de leur culture matérielle, d’un territoire commun – même si ses frontières n’étaient pas tracées et stables –, d’échanges économiques émergents et d’un gouvernement naissant, le christianisme fut une puissante force unificatrice spirituelle qui a contribué à impliquer dans la création de la Nation russe et de l’État russe les diverses tribus et alliances tribales du vaste monde slave oriental. C’est grâce à cette unité spirituelle que nos ancêtres, pour la première fois et pour toujours, se considérèrent comme une nation unie. Tout cela nous amène à affirmer que la Crimée, l’ancienne Korsun ou Chersonèse, et Sébastopol, ont une importance civilisationnelle et même sacrée inestimable pour la Russie, comme le Mont du Temple à Jérusalem pour les adeptes de l’Islam et du Judaïsme.

Et c’est ainsi que nous les considèrerons toujours.

Chers amis,

Aujourd’hui, il est impossible de ne pas revenir sur notre point de vue au sujet des développements en Ukraine et de la façon dont nous avons l’intention de travailler avec nos partenaires à travers le monde.

Il est bien connu que la Russie a non seulement soutenu l’Ukraine et d’autres républiques frères de l’ancienne Union soviétique dans leurs aspirations à la souveraineté, mais qu’elle a aussi grandement facilité ce processus dans les années 1990. Depuis lors, notre position n’a pas changé.

Chaque nation a le droit souverain et inaliénable de déterminer sa propre voie de développement, de choisir ses alliés, son régime politique et la forme d’organisation de sa société, de créer une économie et d’assurer sa sécurité.La Russie a toujours respecté ces droits et les respectera toujours. Ils s’appliquent pleinement à l’Ukraine et au peuple ukrainien frère.

Il est vrai que nous avons condamné le coup d’État et la prise violente du pouvoir à Kiev en février dernier. Les développements auxquels nous assistons actuellement en Ukraine et la tragédie qui se déroule dans le sud-est du pays confirment pleinement la justesse de notre position.

Comment tout cela a-t-il commencé ? Je vais devoir vous rappeler ce qui s’est alors passé. Il est difficile de croire que tout a commencé avec la décision technique par le président Ianoukovitch de reporter la signature de l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne. Ne vous méprenez pas sur ce point, il n’a pas refusé de signer le document, mais il a seulement reporté la finalisation de cet accord en vue d’y faire quelques ajustements. Comme vous le savez, cette décision a été prise en pleine conformité avec le mandat constitutionnel d’un chef d’Etat tout à fait légitime et internationalement reconnu.

Dans un tel contexte, il n’était pas question pour nous de soutenir le coup de force, la violence et les meurtres. Il suffit de considérer les événements sanglants à Odessa, où des gens ont été brûlés vifs. Comment les tentatives ultérieures de répression des populations du sud de l’Ukraine, qui s’opposent à ce carnage, pourraient-elles être soutenues ? Je répète qu’il nous était absolument impossible de cautionner ces développements. Qui plus est, ils ont été suivis par des déclarations hypocrites sur la protection du droit international et des droits humains. C’est du cynisme à l’état pur. Je crois fermement que le temps viendra où le peuple ukrainien fera une juste évaluation de ces événements.

Comment le dialogue sur cette question a-t-il commencé entre la Russie et ses partenaires américains et européens ?Je mentionne nos amis américains à dessein, car ils influencent continuellement les relations de la Russie avec ses voisins, ouvertement ou en coulisses. Parfois, nous ne savons pas même avec qui parler : avec les gouvernements de certains pays ou directement avec leurs mécènes et sponsors américains ?

Comme je l’ai mentionné, dans le cas de l’accord d’association UE-Ukraine, il n’y eut absolument pas de dialogue.On nous a dit que ce n’était pas notre affaire, ou, pour le dire simplement, on nous a dit « où » aller.
Tous les arguments rappelant que la Russie et l’Ukraine sont des membres de la zone de libre-échange de la CEI,que nous avons historiquement établi une coopération profonde dans l’industrie et l’agriculture, et que nous partageons essentiellement la même infrastructure – personne ne voulait entendre ces arguments, et encore moins en tenir compte.

Notre réponse a été de dire : très bien, si vous ne voulez pas avoir de dialogue avec nous, nous allons devoir protéger nos intérêts légitimes unilatéralement et nous ne paierons pas pour ce que nous considérons comme une politique erronée.

Quel a donc été le résultat de tout cela ? L’accord entre l’Ukraine et l’Union européenne a été signé et ratifié, mais la mise en œuvre des dispositions concernant le commerce et l’économie a été reportée jusqu’à la fin de l’année prochaine. Cela ne prouve-t-il pas que c’est nous qui avions raison ?

Il faut aussi poser la question des raisons pour lesquelles tout cela a été fait en Ukraine. Quel était le but du coup d’État contre le gouvernement ? Pourquoi tirer et continuer à tirer et à tuer des gens ? De fait, l’économie, la finance et le secteur social ont été détruits et le pays a été ravagé et ruiné.

Ce dont l’Ukraine a besoin actuellement est d’une aide économique pour mener des réformes, pas de politique de bas étage et de promesses pompeuses mais vides. Toutefois, nos collègues occidentaux ne semblent pas désireux de fournir une telle assistance, tandis que les autorités de Kiev ne sont pas prêtes à relever les défis auxquels leurs citoyens sont confrontés.

A ce propos, la Russie a déjà apporté une contribution énorme en aide à l’Ukraine. Permettez-moi de rappeler que les banques russes ont déjà investi 25 milliards de dollars en Ukraine. L’année dernière, le ministère russe des Finances a accordé un prêt de 3 milliards de dollars. Gazprom a encore fourni 5,5 milliards de dollars à l’Ukraine et a même offert un rabais qui n’était pas prévu, en exigeant du pays qu’il ne rembourse que 4,5 milliards. Additionnez le tout et vous obtenez de 32,5 à 33,5 milliards de dollars récemment fournis.

Bien sûr, nous avons le droit de poser des questions. Pour quelles raisons cette tragédie a-t-elle été menée en Ukraine? N’était-il pas possible de régler toutes les questions, même les questions litigieuses, par le dialogue, dans un cadre légal et légitime ?

Mais maintenant, on nous dit qu’il s’agissait de mesures politiques équilibrées et compétentes auxquelles nous devrions nous soumettre sans discussion et les yeux bandés.

Cela n’arrivera jamais.

Si pour certains pays européens, la fierté nationale est un concept oublié depuis longtemps et que la souveraineté est trop de luxe, pour la Russie, une véritable souveraineté est absolument nécessaire pour la survie.

Principalement, nous devrions prendre conscience de cela en tant que nation. Je tiens à souligner ceci : soit nous restons une nation souveraine, soit nous nous dissolvons sans laisser de trace et perdons notre identité. Bien sûr,d’autres pays doivent comprendre cela aussi. Tous les acteurs de la vie internationale doivent être conscients de cela.Et ils devraient utiliser cette compréhension pour renforcer le rôle et l’importance du droit international, dont nous avons tellement parlé ces derniers temps, plutôt que d’en plier les normes en fonction d’intérêts stratégiques tiers contraires aux principes fondamentaux du droit et au bon sens, considérant tout le monde comme des gens peu instruits qui ne savent ni lire ni écrire.

Il est impératif de respecter les intérêts légitimes de tous les participants au dialogue international. Alors seulement, non pas avec des mitraillettes, des missiles ou des avions de combat, mais précisément avec la primauté du droit pourrons-nous efficacement protéger le monde d’un conflit sanglant. Alors seulement, il n’y aura pas besoin d’essayer d’effrayer quiconque avec la menace d’un isolement imaginaire et trompeur, ou de sanctions qui sont, bien sûr, dommageables, mais dommageables pour tout le monde, y compris ceux qui les initient.

En parlant des sanctions, elles ne sont pas seulement une réaction impulsive de la part des États-Unis ou de leurs alliés à notre position concernant le coup d’Etat ou les événements en Ukraine, ou même au soi-disant « printemps de Crimée ». Je suis sûr que si ces événements ne s’étaient pas produits – je tiens à le souligner spécialement pour vous, politiciens, présents dans cet auditorium –, même si rien de tout cela ne s’était passé, ils auraient trouvé une autre excuse pour tenter d’endiguer les capacités croissantes de la Russie, de nuire à notre pays d’une quelconque manière, ou d’en tirer quelque avantage ou profit.

La politique d’endiguement n’a pas été inventée hier. Elle a été menée contre notre pays depuis de nombreuses années, toujours, depuis des décennies, sinon des siècles. En bref, chaque fois que quelqu’un pense que la Russie est devenue trop forte ou indépendante, ces mesures sont immédiatement déployées contre elle.

Cependant, parler à la Russie d’une position de force est un exercice futile, même quand elle est confrontée à des difficultés internes, comme ce fut le cas dans les années 1990 et au début des années 2000.

Nous nous souvenons bien de l’identité et de procédés de ceux qui, presque ouvertement, ont à l’époque soutenu le séparatisme et même le terrorisme pur et simple en Russie, et ont désigné des meurtriers, dont les mains étaient tachées de sang, comme des « rebelles », et ont organisé des réceptions de haut niveau pour eux.Ces « rebelles » se sont encore manifestés en Tchétchénie. Je suis sûr que les gens sur place, les forces de l’ordre locales, s’en occuperont de la manière appropriée. Ils œuvrent en ce moment même à stopper un autre raid de terroristes et à les éliminer. Donnons-leur tout notre soutien.

Permettez-moi de le répéter, nous nous souvenons des réceptions de haut niveau organisées pour des terroristes présentés comme des combattants pour la liberté et la démocratie. Nous avons alors réalisé que plus nous cédions du terrain, plus nos adversaires devenaient impudents et leur comportement se faisait de plus en plus cynique et agressif.

Malgré notre ouverture sans précédent alors, et notre volonté de coopérer sur tous les points, même sur les questions les plus sensibles, malgré le fait que nous considérions – et vous êtes tous conscients de cela, vous en avez tous le souvenir – nos anciens adversaires comme des amis proches et même des alliés, le soutien occidental au séparatisme en Russie, incluant un soutien informationnel, politique et financier, en plus du soutien des services spéciaux, était absolument évident et ne laissait aucun doute sur le fait qu’ils seraient heureux de laisser la Russie suivre le scénario yougoslave de désintégration et de démantèlement, avec toutes les retombées tragiques que cela entraînerait pour le peuple russe.

Cela n’a pas fonctionné. Nous n’avons pas permis que cela se produise.

Tout comme cela n’a pas fonctionné pour Hitler avec ses idées de haine des peuples, qui a entrepris de détruire la Russie et de nous repousser au-delà de l’Oural. Tout le monde devrait se rappeler comment cela a fini.

L’année prochaine, nous allons marquer le 70e anniversaire de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique. Notre armée a écrasé l’ennemi et a libéré l’Europe. Cependant, nous ne devons pas oublier les défaites amères en 1941 et 1942 afin de ne pas répéter les erreurs à l’avenir.

Dans ce contexte, je vais aborder une question de sécurité internationale. Il y a beaucoup de questions liées à ce sujet. Elles incluent notamment la lutte contre le terrorisme. Nous assistons encore à ses manifestations, et bien sûr,nous participerons aux efforts conjoints pour lutter contre le terrorisme sur le plan international. Bien sûr, nous allons travailler ensemble pour faire face à d’autres défis, tels que la propagation des maladies infectieuses.

Cependant, à ce propos, j’aimerais parler de la question la plus grave et la plus sensible question : la sécurité internationale. Depuis 2002, après que les États-Unis se soient unilatéralement retirés du Traité ABM, qui était une pierre angulaire absolue de la sécurité internationale, un équilibre stratégique des forces et de la stabilité, les États-Unis ont travaillé sans relâche à la création d’un système global de défense antimissile, y compris en Europe. Ceci constitue une menace non seulement pour la sécurité de la Russie, mais pour le monde dans son ensemble –précisément en raison de la perturbation possible de l’équilibre stratégique des forces.

Je considère que ce projet est également mauvais pour les États-Unis, car il crée une dangereuse illusion d’invulnérabilité. Il renforce la tension vers des décisions qui sont souvent, comme nous pouvons le constater,irréfléchies et unilatérales, et amène des risques supplémentaires.

Nous avons beaucoup parlé de cela. Je ne vais pas entrer dans les détails maintenant. Je dirai seulement ceci – peut-être que je me répète : nous n’avons nullement l’intention de nous engager dans une course aux armements coûteuse, mais en même temps, nous allons garantir de manière fiable et efficace la défense de notre pays dans ces nouvelles conditions. Il n’y a absolument aucun doute à ce sujet. Cela sera fait. La Russie a à la fois la capacité et les solutions innovantes pour cela.

Personne ne pourra jamais parvenir à une supériorité militaire sur la Russie. Nous avons une armée moderne et prête au combat. Comme on dit actuellement, une armée courtoise, mais redoutable. Nous avons la force, la volonté et le courage de protéger notre liberté.

Nous allons protéger la diversité du monde. Nous dirons la vérité aux peuples à l’étranger, de sorte que tout le monde puisse voir l’image réelle et non déformée et fausse de la Russie. Nous allons promouvoir activement les affaires et les échanges humanitaires, ainsi que les relations scientifiques, éducatives et culturelles. Nous le ferons même si certains gouvernements tentent de créer un nouveau rideau de fer autour de la Russie.

Nous n’entrerons jamais dans la voie de l’auto-isolement, de la xénophobie, de la suspicion et de la recherche d’ennemis.

Ce sont là des manifestations de faiblesse, alors que nous sommes forts et confiants.

Notre objectif est d’avoir autant de partenaires égaux que possible, à la fois dans l’Ouest et à l’Est. Nous allons étendre notre présence dans ces régions où l’intégration est à la hausse, où la politique n’est pas mélangée avec l’économie (et vice versa), et où les obstacles au commerce, à l’échange de technologie et de l’investissement et à la libre circulation des personnes sont levés.

En aucun cas, nous n’allons limiter nos relations avec l’Europe ou l’Amérique. Dans le même temps, nous allons restaurer et étendre nos liens traditionnels avec l’Amérique du Sud. Nous allons poursuivre notre coopération avec l’Afrique et le Moyen-Orient.

Nous voyons à quelle vitesse l’Asie-Pacifique s’est développé au cours des dernières décennies. En tant que puissance du Pacifique, la Russie tirera pleinement parti de de potentiel énorme.

Tout le monde connaît les dirigeants et les « locomotives » du développement économique mondial. Beaucoup d’entre eux sont nos amis sincères et des partenaires stratégiques.

L’Union économique eurasienne va commencer à être pleinement opérationnelle le 1er janvier 2015. J’aimerais vous rappeler ses principes fondamentaux. Les principes majeurs sont l’égalité, le pragmatisme et le respect mutuel, ainsi que la préservation de l’identité nationale et de la souveraineté de l’État de tous les pays membres. Je suis convaincu qu’une coopération étroite sera une puissante source de développement pour tous les membres de l’Union économique eurasienne.

Pour conclure cette partie de mon discours, j’aimerais dire encore une fois que nos priorités sont d’avoir des familles saines et une nation saine, ce sont les valeurs traditionnelles que nous avons héritées de nos ancêtres, combinées avec un accent sur l’avenir, la stabilité comme une condition essentielle du développement et du progrès, le respect des autres nations et États, et la sécurité garantie de la Russie et la protection de ses intérêts légitimes.

[…]

Discours original (russe) : http://kremlin.ru/news/47173
Traduction en anglais : http://eng.news.kremlin.ru/news/23341
Version française : http://www.sayed7asan.blogspot.fr


La Poutinophobie

Par Ivan Blot sur La Voix de la Russie | Le sommet à Brisbane en Australie nous a fait assister à des manifestations graves de Poutinophobie, maladie de type névrotique qui semble frapper en priorité les pays anglo-saxons : Etats-Unis, Canada, Australie ou Royaume Uni.

Quelles sont les causes de cette haine du président russe qui fait oublier le règles de la plus élémentaire courtoisie et qui conduit à un désordre international croissant ?

La cause immédiate est que l’oligarchie américaine, intoxiquée par les idées du géopolitologue impérialiste Zbigniew Brzesinski, n’admet pas que la Russie s’oppose aux Etats-Unis et puisse être d’un avis différent : on ne pardonne pas à Washington l’opposition de Vladimir Poutine à une guerre contre le président syrien, qui serait aussi dévastatrice que celle menée en Irak.

Brzezinski qui semble inspirer la politique étrangère américaine affirme que l’Amérique est la nouvelle Rome qui doit dominer l’univers pour le civiliser. S’il s’agit de civiliser les autres peuples comme les USA le firent dans le passé avec les Amérindiens et les esclaves noirs, c’est vrai que cela parait inquiétant. Pour dominer le monde, les Etats-Unis doivent dominer l’Eurasie, écrit cet idéologue car l’Eurasie dans son entier, avec l’Europe, la Russie, l’Inde, la Chine et le Japon est une puissance virtuelle formidable. Il faut donc faire de l’Europe occidentale des Etats satellites, isoler la Russie et si possible la démembrer, créer un conflit entre la Russie et l’Ukraine, maintenir la tutelle sur le Japon, et surveiller l’Inde et la Chine. Mais il faut des priorités dans un tel programme si vaste : la priorité est de désigner la Russie comme un ennemi. Au contraire, le président russe n’a jamais désigné les USA comme ennemi mais l’islamisme radical. Or à Washington, on est toujours ambigu sur ce sujet : certes, on veut combattre le terrorisme mais on pense que l’islamisme peut être un allié à l’occasion.

La deuxième cause d’hostilité à l’égard du président Poutine est qu’il a restauré la puissance de la Russie, qui risque de concurrencer l’Amérique. Pire, il donne le mauvais exemple à d’autres puissances comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. La Russie est la seule puissance nucléaire susceptible de concurrencer l’Amérique. Il faut donc faire croire à l’agressivité russe alors que des sondages montrent au niveau international que ce sont les Etats Unis qui sont ressentis comme la première menace contre la paix. (Source : sondage Gallup international dans 65 pays du monde.)

Les gouvernements qui cèdent à la rhétorique anti-poutine pour plaire à Washington enragent de voir le calme du président russe qui ne cesse de proposer des solutions pour réduire les tensions dans le monde. Ils espèrent qu’en agressant le président russe, celui-ci tombera dans le piège de devenir agressif et on pourra l’accuser selon l’adage bien connu : « cet animal est très méchant ! Quand on l’attaque, il se défend ! »

La troisième cause d’hostilité est l’inquiétude de certains politiciens motivés par une idéologie anti-chrétienne mortifère de voir la Russie défendre les traditions de la vieille civilisation occidentale qui a fait ses preuves depuis la Grèce classique et l’apparition du christianisme. On a peur là aussi de la contagion de l’exemple lorsque la Russie réhabilite le patriotisme, les valeurs des religions traditionnelles, les racines familiales, et un idéalisme humaniste. Toute une idéologie dite moderne, surtout depuis les années soixante-huit, a remplacé Dieu par l’égo, le sens de l’honneur par la vénalité, le vieil humanisme culturel classique par le culte égalitaire des masses et les racines par une idolâtrie sans mesure de la technique et du calcul économique le plus froid.

La Russie nouvelle, après l’expérience du totalitarisme, s’est engagée sur la voie du respect des traditions comme socle des progrès futurs.

La libération des instincts justifiés par la raison (de bonnes raisons pour défendre de mauvais instincts) qui sert d’idéologie à des personnalités comme Hillary Clinton (source : son livre Le temps des décisions) est un dogme qui doit s’imposer par la force au niveau international.

Au contraire, la civilisation a toujours recherché à associer l’intelligence au cœur pour discipliner le dragon des instincts brutaux : c’est le sens de l’icône qui représente saint Georges terrassant le dragon. Les partisans du dragon libre sont aveugles à la montée du crime en Occident (le nombre des crimes a quadruplé en France depuis 1970. Le nombre de personnes en prison aux USA est passé de 500 000 en 1980 à 2,4 millions en 2010). C’est l’effet d’un effondrement de la morale qui menace l’avenir des pays occidentaux. Le président Poutine incarne pour ces idéologues le danger suprême car il défend les valeurs traditionnelles qui sont celles de toutes les civilisations.

D’où la haine « reptilienne » à l’égard d’un homme qui cultive la sagesse et associe le cœur et la raison pour fonder une politique humaniste à une époque menacée par de nouvelles barbaries, terroristes ou matérialistes.

Mais toute médaille à un revers. De plus en plus de personnes comprennent que cette Poutinophobie est irrationnelle et dangereuse, notamment en Europe, mais aussi en Asie ou en Amérique latine par exemple. La Poutinophobie qui semble animer certains dirigeants notamment anglo-saxons n’a sans doute guère d’avenir. L’histoire montre que les politiques fondées sur la haine de l‘autre et de ses différences ne sont pas durables. Ainsi, la Poutinophobie et la Russophobie qui l’accompagnent montrent au monde entier leur caractère irrationnel et brutal à une époque où le monde a besoin plus que jamais de sagesse et de maitrise de soi.

La Poutinophobie, la Russophobie qui l’accompagne, ne peuvent être un projet politique. C’est une éruption provisoire qui ne peut qu’être rejetée par les peuples et doit tomber un jour dans la poubelle de l’histoire. Espérons qu’entre-temps, cette maladie ne causera pas de désordres trop graves à l’ordre mondial et aux valeurs de justice, de paix et de liberté !

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.
Lire la suite: http://french.ruvr.ru/2014_11_19/La-Poutinophobie-8888/


Le discours de Poutine à Valdaï/ 24 octobre 2014 « Le désordre mondial et le retour à la sagesse »

Par Ivan Blot sur La Voix de la Russie | Le président Vladimir Poutine a conclu les travaux de la 11ème session du Club de Valdaï qui s’est déroulée à Sotchi du 21 au 24 octobre dernier. Le thème était : ordre mondial, nouvelles règles ou pas de règles ? J’ai eu la chance de participer à ces débats très riches, qui par leur liberté et leur hauteur de ton, honorent la Russie nouvelle en dialogue avec le monde entier.

Le président russe s’est exprimé devant les 108 experts dont 62 participants étrangers venant de 25 pays différents et s’est montré sans concession dans son analyse sur le désordre mondial croissant, tout en traçant les pistes d’un espoir pour un monde pacifié.

1/ Un monde menacé par le désordre croissant

Selon Vladimir Poutine, le monde change et l’histoire montre que le changement s’accompagne en général de graves conflits. Les fondateurs de l’ordre mondial bipolaire après la deuxième guerre mondiale se respectaient. Ce n’est plus le cas. Les Etats-Unis se sont déclarés seuls vainqueurs de la guerre froide et ont estimé qu’ils pouvaient remodeler le monde en fonction de leurs seuls intérêts. Le droit international a été méprisé au profit de l’arbitraire du plus fort et les médias de masse ont été utilisés à des fins de propagande unilatérale. Force militaire, chantage économique et propagande ont été imposés au monde mais ont provoqué des résultats souvent inverses. L’excès dans un sens nourrit l’excès inverse comme l’avait déjà montré la philosophie grecque depuis Héraclite.

Les Etats-Unis ont parrainé des mouvements extrémistes islamistes, d’abord contre l’URSS et les attentats du 11 septembre à New York ont seuls ouvert leurs yeux sur le danger de ce nouvel acteur. Cependant, les actions militaires contre l’Irak, l’Afghanistan, la Lybie, souvent menées dans le mépris de l’avis de l’ONU, ont donné des résultats inverses de ce qui était espéré. Un mouvement islamiste barbare progresse aujourd’hui militairement en Irak avec des militaires expérimentés et des armes sophistiquées. L’argent vient de la drogue et du pétrole, et l’Occident a laissé faire, favorisant mêmes les terroristes lorsqu’il s’agissait d’abattre des régimes laïcs mais détestés.

Le monde unipolaire dominé par Washington montre qu’il ne se bat pas pour quelque chose mais qu’il ne cesse de désigner des adversaires selon la logique du géopoliticien proche des nazis Carl Schmitt. Selon cette théorie, la politique est avant tout la désignation de l’ennemi.

En économie, on en est arrivé à remettre en cause les principes mêmes de l’économie de marché que l’on prétendait défendre. Les sanctions contre la Russie remettent en cause le libre commerce et la propriété privée. On veut isoler la Russie note le président Poutine. Cela me rappelle comme Napoléon voulait isoler l’Angleterre avec son « blocus continental ». C’est pour le rendre plus efficace que Napoléon a attaqué la Russie, causant ainsi sa propre défaite. Vouloir isoler la Russie économiquement est absurde : il suffit de regarder une carte de géographie. La Russie ne se séparera pas de l’Europe en raison des liens économiques puissants qui existent déjà. De plus, la Russie est bien placée pour développer ses relations avec l’Asie qui prend une place croissante dans l’économie mondiale.

La politique des Etats-Unis et de ses satellites européens, comme le dit le président russe, provoque une escalade de conflits ethniques, religieux et sociaux, comme on le voit maintenant en Ukraine. Il faut donc une nouvelle politique qui assure le retour à un minimum d’ordre mondial. Il convient de mettre un terme à la montée inexorable du chaos au niveau international.

2/ Le retour à l’ordre mondial : réponse à l’idéologie impérialiste de Brzezinski

Le président Poutine insiste sur la coopération entre des Etats souverains, appliquant tous les règles du droit international et respectant les traditions culturelles et historiques de chaque nation. Le droit et les traditions sont nés d’une lente évolution qu’il faut respecter comme un héritage précieux. Je me souviens des leçons que j’ai reçues du professeur Friedrich Hayek, prix Nobel d’économie dans ses livres « Droit, Législation et Liberté » et la « Prétention Fatale : les Erreurs du Socialisme » où il montrait que les institutions venues de l’évolution, comme la langue, le droit ou la morale, contenaient des informations précieuses stockées au cours des siècles. Vouloir forcer l’histoire et détruire cet acquis n’aboutit qu’à des guerres et à la régression économique et culturelle. Cette grande leçon des sociologues occidentaux comme Edmund Burke et Hayek et des penseurs russes comme Dostoïevski dans son roman « les Démons » semble aujourd’hui oubliée par les Américains mais reprise par la Russie.

Les Etats à l’avenir ne pourront vivre que dans l’interdépendance et le dialogue permanent. C’est ce refus du dialogue de l’UE et des USA avec la Russie qui a fini par plonger l’Ukraine dans le chaos. Ceux qui prônent aujourd’hui des révolutions de couleur et se prennent pour de « brillants artistes » comme dit le président Poutine, n’ont pas tiré les leçons d’un 20ème siècle révolutionnaire qui a fait couler le sang au nom du romantisme de la création d’un prétendu « homme nouveau ». Au nom de l’homme nouveau, fasciste, communiste ou cosmopolite au nom de droits de l’homme manipulés, on se donne la permission d’opprimer l’homme réel.

Le président russe propose un dialogue concret entre l’Eurasie (Russie, Biélorussie, Kazakhstan) et l’Union européenne et un espace de coopération de Lisbonne à Vladivostok. Face aux sanctions arbitraires des USA et de la commission de Bruxelles, il propose de maintenir la porte ouverte ! La priorité est claire pour lui : « améliorer nos institutions démocratiques, notre économie ouverte, tout cela sur la base des valeurs traditionnelles et du patriotisme » ; La Russie, ajoute-t-il, n’a pas d’ambition impériale et veut accroitre la coopération mondiale sans créer des blocs artificiels.

Le discours du président Poutine fait contraste avec ce que l’on peut lire dans le livre du stratège inspirateur des présidents américains depuis Jimmy Carter, le professeur Zbigniew Brzezinski. Celui-ci proclame, dans son livre « Le Grand Echiquier » la légitimité de l’impérialisme américain, « nouvel empire romain qui apporte la civilisation aux barbares » (sic) ! Selon lui, la Russie menace l’hégémonie américaine car elle s’étend sur l’Eurasie, continent le plus important de la terre. Il faut donc isoler la Russie et la couper de son environnement immédiat en commençant par l’Ukraine. Cette idéologie est comme une « prétention fatale » selon le mot du prix Nobel Hayek et ne peut qu’accroitre les tensions dans le monde, au détriment même des citoyens américains.

3/ Le déclin des qualités des acteurs politiques en Occident

Le président Poutine a conclu sur ce thème qui nous rappelle Aristote : on sait que le grand philosophe grec classique écrivait que la prudence était la qualité majeure d’un grand décideur politique. Cette prudence était la sagesse appliquée aux situations concrètes. Or cette prudence semble avoir quitté beaucoup de dirigeants, notamment américains. Cela vient peut-être du fait que les puissances occidentales ne sont désormais que des démocraties de façade, mais sont manipulées par de puissantes oligarchies. Le président américain Eisenhower, ancien grand général de la seconde guerre mondiale, craignait cette dérive et l’avait dénoncé dans son discours d’adieu de 1961. Il craignait que la démocratie américaine soit dévoyée par la puissance des réseaux du « complexe militaro-industriel » qui, prenant le pouvoir, utiliseraient la force de l’Etat pour satisfaire les besoins de grandes oligarchies économiques au détriment du bien commun de la nation américaine. Aujourd’hui, cette prédiction semble se réaliser et le citoyen américain moyen doit regretter le passé « isolationniste » de son pays encore qu’il ne faut pas tomber d’un excès dans l’autre.

Ce refus des extrêmes, qui vient de la philosophie humaniste issue des Grecs et reprise dans le christianisme, est aujourd’hui clairement exprimé par le président Poutine. A Valdaï, il a décrit le danger du chaos mondial par mépris de toutes règles et a tracé les conditions d’un retour à un ordre mondial équilibré. Son discours reflète bien ce symbole russe de Saint-Georges à cheval terrassant le dragon : l’alliance de l’intellect (l’homme) et du cœur (le cheval) pour discipliner les instincts chaotiques du dragon qui est aussi en nous. Une bonne politique renvoie toujours à une philosophie de la sagesse, laquelle reflète bien souvent la théologie de notre vieille tradition spirituelle qui a fait ses preuves depuis Rome et Constantinople.
Lire la suite: http://french.ruvr.ru/2014_10_28/Le-discours-de-Poutine-a-Valdai-24-octobre-2014-Le-desordre-mondial-et-le-retour-a-la-sagesse-8452/


Où Vladimir Poutine nous livre la vision stratégique de la Russie pour les années à venir

Le site « Médias-Presse-Info », reproduit le discours intégral de Vladimir Poutine sur le nouvel ordre du monde, prononcé le 24 octobre 2014, à l'occasion de la clôture du club Valdaï, qui se tenait cette année à Sotchi en Russie. Le thème était :

L'ordre mondial: De nouvelles règles ou un jeu sans règles ?

108 experts, historiens et analystes politiques originaires de 25 pays, dont 62 participants étrangers, ont pris part aux travaux du Club International Valdaï qui se réunit chaque année pour discuter de la Russie face aux problèmes du monde.

C'est la première fois que Vladimir Poutine hausse autant le ton face au mondialisme promu par les Américains. Il montre son mépris pour les « satellites » européens des USA et affirme sa franche volonté de créer une autre voie face à l'hégémonisme messianique sans partage  de Big Brother.

Son discours, selon une tradition soviétique, est très long. Toutefois son importance est grande et il est conseillé de le lire entièrement (ici) ; ou d'en regarder la vidéo jusqu'au bout (au même endroit).  Et ce, pour deux raisons : Vladimir Poutine s'exprime avec une très grande franchise et il présente la vision stratégique russe de façon très claire. Il faut toutefois garder à l'esprit la grande capacité russe à jouer aux échecs avec plusieurs coups d'avance.

A lire ce discours me revient la réponse cinglante du général de Gaulle au jeune Alain Peyrefitte qui se réjouissait que la récente bombe atomique française assurait enfin la sécurité de la France face à la menace soviétique, je la cite de mémoire : «  vous n'avez rien compris ; il s'agit de la souveraineté de la France ; cette bombe nous garantit notre souveraineté. Qui nous dit que dans 60 ans nous n'aurons pas à l'utiliser contre les Etats-Unis ? Un état n'a pas d'amis, Peyrefitte que des intérêts. »

La citation exacte est à retrouver dans le tome 1 du Livre d'Alain Peyrefitte : C'était de Gaulle.

Voici pour les personnes pressées quelques extraits importants du discours de V. Poutine; ce résumé est un peu long, mais ce discours est dense et capital pour comprendre ce qui se joue aujourd'hui:

« Certains de mes propos pourront sembler un peu trop rudes, mais si nous ne parlons pas directement et honnêtement de ce que nous pensons vraiment, alors il est absolument inutile de tenir de telles réunions. Il serait préférable, dans ce cas, de se contenter des rencontres diplomatiques, où personne ne dit rien qui ait une véritable portée et, reprenant les paroles d'un célèbre diplomate, où vous vous rendez compte que les diplomates ont une langue faite pour ne pas dire la vérité. » […] « Les débats d'aujourd'hui se sont tenus sous le thème : De nouvelles règles ou un jeu sans règles ? Je pense que cette formule décrit avec précision le tournant historique que nous avons atteint aujourd'hui et le choix auquel nous sommes tous confrontés. » […]

Tandis que nous analysons la situation d'aujourd'hui, n'oublions pas les leçons de l'histoire. Tout d'abord, les changements dans l'ordre mondial ont généralement été accompagnés sinon par une guerre et des conflits à l'échelle mondiale, du moins par des chaînes de conflits locaux intenses. Deuxièmement, la politique mondiale est avant tout une question de leadership économique, de guerre et de paix, avec une dimension humanitaire, incluant les droits de l'homme. […]

Aujourd'hui, le monde est plein de contradictions. Nous devons être francs en nous demandant mutuellement si nous avons un filet de sécurité fiable et bien en place. Malheureusement, il n'y a aucune garantie et aucune certitude que le système actuel de sécurité mondiale et régionale soit en mesure de nous protéger des bouleversements. […]

L'essentiel est que ce système doit se développer, et malgré ses diverses lacunes, il doit au moins être capable de maintenir les problèmes mondiaux actuels dans certaines limites et de réguler l'intensité de la concurrence naturelle entre les nations. […]

Mais les Etats-Unis, s'étant eux-mêmes déclarés vainqueurs de la Guerre Froide, n'en voyaient pas le besoin [de procéder à une reconstruction rationnelle et de l'adapter aux nouvelles réalités du système des relations internationales]. Au lieu d'établir un nouvel équilibre des forces, essentiel pour maintenir l'ordre et la stabilité, ils ont pris des mesures qui ont jeté le système dans un déséquilibre marqué et profond. La Guerre Froide a pris fin, mais elle n'a pas pris fin avec la signature d'un traité de paix comprenant des accords clairs et transparents sur le respect des règles existantes ou la création d'un nouvel ensemble de règles et de normes. […]

Nous sommes entrés dans une période de différentes interprétations et de silences délibérés dans la politique mondiale. Le droit international a maintes fois été forcé de battre en retraite, encore et encore, par l'assaut impitoyable du nihilisme légal. L'objectivité et la justice ont été sacrifiées sur l'autel de l'opportunisme politique. Des interprétations arbitraires et des évaluations biaisées ont remplacé les normes juridiques. Dans le même temps, l'emprise complète sur les médias de masse mondiaux ont rendu possible, quand on le désirait, de présenter le blanc comme noir et le noir comme blanc.

Dans une situation où vous aviez la domination d'un pays et de ses alliés, ou plutôt de ses satellites, la recherche de solutions globales s'est souvent transformée en une tentative d'imposer ses propres recettes universelles. Les ambitions de ce groupe sont devenues si grandes qu'ils ont commencé à présenter les politiques qu'ils concoctaient dans leurs corridors du pouvoir comme le point de vue de l'ensemble de la communauté internationale. Mais ce n'est pas le cas.

La notion même de « souveraineté nationale » est devenue une valeur relative pour la plupart des pays. En essence, ce qui était proposé était cette formule : plus la loyauté de tel ou tel régime en place envers le seul centre de pouvoir dans le monde est grande, plus grande sera sa légitimité.[…]

Les mesures prises contre ceux qui refusent de se soumettre sont bien connues et ont été essayées et testées de nombreuses fois. Elles comprennent l'usage de la force, la pression économique et la propagande, l'ingérence dans les affaires intérieures, et les appels à une sorte de légitimité « supra-légale » lorsqu'ils ont besoin de justifier une intervention illégale dans tel ou tel conflit ou de renverser des régimes qui dérangent. Dernièrement, nous avons de plus en plus de preuves que le chantage pur et simple a également été utilisé en ce qui concerne un certain nombre de dirigeants. Ce n'est pas pour rien que « Big Brother » dépense des milliards de dollars pour tenir sous surveillance le monde entier, y compris ses propres alliés les plus proches.

[…] Permettez-moi de dire que ce n'est pas le cas, absolument pas le cas.

Un diktat unilatéral et le fait d'imposer ses propres modèles aux autres produisent le résultat inverse. Au lieu de régler les conflits, cela conduit à leur escalade ; à la place d'États souverains et stables, nous voyons la propagation croissante du chaos ; et à la place de la démocratie, il y a un soutien pour un public très douteux allant de néo-fascistes avoués à des islamistes radicaux.

Pourquoi soutiennent-ils de tels individus ? Ils le font parce qu'ils décident de les utiliser comme instruments dans la voie de la réalisation de leurs objectifs, mais ensuite, ils se brûlent les doigts et font marche arrière. Je ne cesse jamais d'être étonné par la façon dont nos partenaires ne cessent de marcher sur le même râteau, comme on dit ici en Russie, c'est-à-dire de faire les mêmes erreurs encore et encore. [… Talibans et à Al-Qaïda ; C'est seulement après que des attaques terroristes horribles aient été commises sur le sol américain lui-même que les États-Unis ont pris conscience de la menace collective du terrorisme…Irak, puis Libye, qui ont été poussés au bord du gouffre... des pays en danger de démantèlement, devenu un terrain d'entraînement pour les terroristes…Seule la détermination et la sagesse de la direction égyptienne actuelle a sauvé ce pays arabe clé du chaos et de l'emprise des terroristes. En Syrie, comme par le passé, les États-Unis et leurs alliés ont commencé à financer et armer directement les rebelles…Comment l'Etat Islamique notoire a-t-il réussi à devenir un groupe aussi puissant, de fait une véritable force armée ?]

Nous avons parfois l'impression que nos collègues et amis sont constamment aux prises avec les conséquences de leurs propres politiques, et qu'ils dépensent tous leurs efforts dans le traitement des risques qu'ils ont eux-mêmes créés, en payant un prix de plus en plus élevé.

Chers collègues, cette période de domination unipolaire a démontré de manière convaincante que le fait d'avoir un seul centre de pouvoir ne rend pas les processus mondiaux plus faciles à gérer. Au contraire […]

Le monde unipolaire s'est avéré un fardeau trop rude, trop lourd et trop ingérable même pour son chef auto-proclamé. […] Voilà pourquoi nous voyons, en cette nouvelle étape de l'histoire, des tentatives de recréer un semblant de monde quasi-bipolaire en tant que modèle commode pour perpétuer le leadership américain. Peu importe qui prend la place du centre du mal dans la propagande américaine, peu importe qui remplace l'ex-l'URSS en tant que principal adversaire. Cela pourrait être l'Iran […], ou la Russie, […].

Les sanctions sapent déjà les fondements du commerce mondial, les règles de l'OMC et le principe de l'inviolabilité de la propriété privée. Ils portent un coup dangereux au modèle libéral de la mondialisation fondé sur les marchés, la liberté et la concurrence, qui, permettez-moi de le souligner, est précisément un modèle qui a avant tout bénéficié aux pays occidentaux. Et maintenant, ils risquent de perdre la confiance en tant que gouvernants de la mondialisation. Nous devons nous demander, pourquoi était-ce nécessaire ? Après tout, la prospérité des États-Unis repose en grande partie sur la confiance des investisseurs et des détenteurs étrangers de dollars et de valeurs mobilières étasuniennes. Cette confiance est clairement mise à mal et des signes de désillusion quant aux fruits de la mondialisation sont maintenant visibles dans de nombreux pays.[…] Nous voyons déjà que de plus en plus de pays cherchent des moyens de devenir moins dépendants du dollar et mettent en place des systèmes financiers, de paiement et des monnaies de réserve alternatifs. Je pense que nos amis américains sont tout simplement en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis. […]

Nous savons comment ces décisions ont été prises et qui exerçait les pressions. Mais permettez-moi de souligner que la Russie ne va pas perdre son calme, s'offenser ou venir mendier à la porte de quiconque. La Russie est un pays auto-suffisant. Nous allons travailler au sein de l'environnement économique international qui a pris forme, développer la production et la technologie nationales et agir de façon plus décisive pour mener à bien notre transformation. Les pressions de l'extérieur, comme cela a été le cas à plusieurs reprises par le passé, ne feront que consolider notre société, nous maintenir en éveil et nous amener à nous concentrer sur nos principaux objectifs de développement. […]

Certains disent aujourd'hui que la Russie tournerait le dos à l'Europe – de tels propos ont probablement été tenus ici aussi lors des discussions – et rechercherait de nouveaux partenaires commerciaux, surtout en Asie. Permettez-moi de dire que ce n'est absolument pas le cas. […]

Dans le même temps, la formation d'un soi-disant monde polycentrique (je voudrais également attirer l'attention sur cela, chers collègues), en soi et d'elle-même, n'améliore pas la stabilité ; de fait, il est plus probable que ce soit l'inverse. L'objectif d'atteindre l'équilibre mondial est en train de devenir un casse-tête assez difficile, une équation à plusieurs inconnues.

Qu'est-ce que l'avenir nous réserve donc, si nous choisissons de ne pas respecter les règles – même si elles peuvent être strictes et peu pratiques – mais plutôt de vivre sans règles du tout ? Et ce scénario est tout à fait possible ; nous ne pouvons pas l'exclure, compte tenu des tensions dans la situation internationale. Beaucoup de prédictions peuvent déjà être faites, en tenant compte des tendances actuelles, et malheureusement, elles ne sont pas optimistes. Si nous ne créons pas un système clair d'engagements et d'accords mutuels, si nous ne construisons pas les mécanismes de gestion et de résolution des situations de crise, les symptômes de l'anarchie mondiale vont inévitablement s'accroître.

Aujourd'hui, nous voyons déjà une forte augmentation de la probabilité de tout un ensemble de conflits violents avec la participation directe ou indirecte des plus grandes puissances mondiales. Et les facteurs de risque comprennent non seulement les conflits multinationaux traditionnels, mais aussi l'instabilité interne dans différents États, surtout quand on parle de nations situées aux intersections des intérêts géopolitiques des grandes puissances, ou à la frontière de continents civilisationnels, culturels, historiques et économiques. […]

Une fois de plus, nous glissons vers des temps où, au lieu de l'équilibre des intérêts et des garanties mutuelles, ce sera la peur et l'équilibre de la destruction mutuelle qui empêcheront les nations de se livrer à un conflit direct. En l'absence d'instruments juridiques et politiques, les armes deviennent encore une fois le point focal de l'ordre du jour mondial ; elles sont utilisées n'importe où et n'importe comment, sans la moindre sanction du Conseil de sécurité de l'ONU. Et si le Conseil de sécurité refuse de rendre de tels arrêts, alors on le condamne immédiatement comme un instrument dépassé et inefficace.

[…] Qu'est-ce que je veux dire par là ? Aujourd'hui, de nombreux types d'armes de haute précision sont déjà assimilables à des armes de destruction massive en termes de capacité, et en cas de renonciation complète aux armes nucléaires ou de réduction radicale du potentiel nucléaire, les nations qui sont des leaders dans la création et la production de systèmes de haute précision auront un net avantage militaire. La parité stratégique sera perturbée, ce qui est susceptible d'entraîner de la déstabilisation. Le recours à une soi-disant première frappe préventive globale peut devenir tentant. En bref, les risques ne diminuent pas, mais s'intensifient. […]

Chers collègues, compte tenu de la situation mondiale, il est temps de commencer à se mettre d'accord sur des choses fondamentales. […]

Quelle pourrait être la base juridique, politique, et économique pour un nouvel ordre mondial qui permettrait la stabilité et la sécurité, tout en encourageant une saine concurrence, et en ne permettant pas la formation de nouveaux monopoles qui entravent le développement ? […] il est évident que les succès et les résultats réels ne sont possibles que si les participants clés des affaires internationales peuvent se mettre d'accord sur l'harmonisation des intérêts de base, sur le fait de s'imposer des limites raisonnables, et de donner l'exemple d'un leadership positif et responsable. Nous devons identifier clairement où se terminent les actions unilatérales et nous avons besoin de mettre en œuvre des mécanismes multilatéraux. Et dans le cadre de l'amélioration de l'efficacité du droit international, nous devons résoudre le dilemme entre les actions de la communauté internationale visant à assurer la sécurité et les droits de l'homme, et le principe de la souveraineté nationale et de la non-ingérence dans les affaires intérieures d'un État, quel qu'il soit.

[…] J'ajouterais que les relations internationales doivent être basées sur le droit international, qui lui-même doit reposer sur des principes moraux tels que la justice, l'égalité et la vérité. Peut-être le plus important est-il le respect de ses partenaires et de leurs intérêts. C'est une formule évidente, mais le fait de la respecter, tout simplement, pourrait changer radicalement la situation mondiale.

Je suis certain qu'avec une volonté réelle, nous pouvons restaurer l'efficacité du système international et des institutions régionales. […] les institutions créées après la Seconde Guerre mondiale sont relativement universelles et peuvent être dotées d'un contenu moderne et adéquat pour gérer la situation actuelle. Cela est vrai quant à l'amélioration du travail de l'ONU, dont le rôle central est irremplaçable, ainsi que celui de l'OSCE, qui, durant 40 ans, a démontré qu'elle était un mécanisme nécessaire pour assurer la sécurité et la coopération dans la région euro-atlantique. Je dois dire que même aujourd'hui, en essayant de résoudre la crise dans le sud-est de l'Ukraine, l'OSCE joue un rôle très positif. […]

[…] Chers collègues, la Russie a fait son choix. Nos priorités sont d'améliorer encore nos institutions démocratiques et notre économie ouverte, d'accélérer notre développement interne, en tenant compte de toutes les tendances modernes positives observées dans le monde, et en consolidant notre société sur la base des valeurs traditionnelles et du patriotisme.

Nous avons un agenda pacifique et positif, tourné vers l'intégration. Nous travaillons activement avec nos collègues de l'Union économique eurasienne, de l'Organisation de coopération de Shanghai, du BRICS et avec d'autres partenaires. Ce programme vise à renforcer les liens entre les gouvernements, pas à les fragiliser. Nous ne prévoyons pas de façonner des blocs ou de participer à un échange de coups.

Les allégations et déclarations selon lesquelles la Russie essaie d'établir une sorte d'empire, empiétant sur la souveraineté de ses voisins, n'ont aucun fondement. La Russie n'a pas besoin d'un quelconque rôle spécial ou exclusif dans le monde – je tiens à le souligner. Tout en respectant les intérêts des autres, nous voulons simplement que nos propres intérêts soient pris en compte et que notre position soit respectée.

[…]. Dans les années suivant la guerre froide, les acteurs politiques mondiaux ont en quelque sorte perdu ces qualités. Maintenant, nous devons nous les rappeler. Sinon, les espoirs d'un développement stable et pacifique seront une illusion dangereuse, tandis que la crise d'aujourd'hui servira simplement de prélude à l'effondrement de l'ordre mondial.


Saint-Pétersbourg conté par Jean-Bernard Cahours d’Aspry

C’est sans doute la ville russe la plus romantique, celle qui fait rêver, celle qui attire par son mysticisme… si l’on arrive à s’échapper du flot de touristes…

Saint-Pétersbourg. Tantôt drapée d’un voile magique, inquiétant et translucide - les jours du solstice d’été, où on est enchanté par le soleil de minuit. Le soleil ne se couchant pas, on perd la notion du temps – comme si l’on flottait. Les palais somptueux et les canaux aux eaux immobiles somnolents se couvrent alors de mystère.

C’est sans doute la personne la plus attirée par les mystères et légendes, la plus passionnée par les récits saint-pétersbourgeois, un expert dans la culture et maître de parole… Directeur d’événements culturels, organisateur d’expositions, de concerts, de conférences, etc., artiste peintre, journaliste… Jean-Bernard Cahours d’Aspry.

Et il a accepté la proposition de nous conter son aventure de création d’un livre sur la vie culturelle de Saint-Pétersbourg.

La Voix de la Russie. Comment il est, votre livre sur Saint-Pétersbourg?

Jean-Bernard Cahours d’Aspry. Je dis toujours « mon » Saint-Pétersbourg, parce que c’est ma manière de voir la ville. Depuis 22 ans, je vais régulièrement à Saint-Pétersbourg, je l’ai découvert depuis la fin de la « vie soviétique »… ou tout était encore défoncé… Et je m’y suis attaché, alors que je ne savais pas lire le cyrillique (que je déchiffre maintenant) Je l’ai vu à ma manière.

Ce n’est pas un guide pour une visite de Saint-Pétersbourg. Ce n’est pas une évocation historique. Ce n’est pas ça, et c’est tout à la fois. Le titre exact c’est « Saint-Pétersbourg – capitale culturelle » Ce que j’y raconte, c’est la place de Saint-Pétersbourg dans la culture, non seulement russe, mais dans la culture tout court. Depuis Pierre le Grand, Saint-Pétersbourg est une grande capitale culturelle, tout partait d’ici. Avec ce livre j’ai pensais que je mettrai peut-être plusieurs années à le faire. En voyageant et en amenant les gens, je me disais que quand je n’irai plus à Saint-Pétersbourg, j’aurais mon livre ou j’écrirai ce que je veux raconter.

Je n’ai pas tenu, cela me manque de ne pas y aller. J’y retournerai l’année prochaine, une fois de plus.

LVdlR. Pouvez-vous revenir à votre toute première impression ? Vous descendez de l’avion, vous arrivez à Saint-Pétersbourg…

Jean-Bernard Cahours d’Aspry. Ce n’était pas fameux… C’était en septembre 1992, la Russie venait de sortir du « soviétisme », c’était un peu à l’abandon. Il a eu des trous partout. Je me souviens, sur la Perspective Nevski, il a eu des plaques d’égouts qui manquaient. J’ai demandé à celui qui me conduisait : « Comment font les voitures ? » On m’a répondu : « Ils se débrouillent » Le lendemain matin, effectivement, il a eu une voiture qui est tombée dans le trou, s’est fait prendre une roue dans une plaque d’égouts.

Constamment (et ce que je raconte dans l’introduction à mon livre), j’ai vu la ville se transformer. La dernière fois, quand j’y suis allé, fin septembre, en marchant sur Nevski, je me suis dit « Est-ce que c’est possible que ça soit la ville que j’ai découvert en 1992 ?! » J’ai eu à l’époque tout de suite un coup de foudre.

LVdlR. Y a-t-il des personnes qui ont influencé votre vision de la ville ? Avez-vous fait une rencontre qui vous a facilité cette approche, qui vous a permis d’aller au-delà des certains defaults de la ville de l’époque ?

Jean-Bernard Cahours d’Aspry. Non. Et je regrette presque égoïstement cette époque… « Egoïstement », parce qu’à l’époque, nous étions riches. La première fois, quand j’ai fait une exposition – sur le compositeur français, d’ailleurs – on m’a donné 14 francs 50 de frais pour ma semaine. C’est rien du tout. A l’époque, c’était suffisant, j’étais logé dans un grand hôtel et nourri par le théâtre. Même en ruine, cette ville était fabuleuse.

Je ne la retrouve plus… Tout a été restauré, tout est beau, tout est propre. C’est même stupéfiant – ce que les russes ont fait. Et cela a commencé en 2003. Je me souviens, je suis venu en mois de février – j’organise souvent les voyages en février – je me suis dit : « Ça sera jamais prêt pour le mois de mai, quand tous les chefs d’Etats devaient venir…» J’étais stupéfait, en revenant au mois de juin, de constater que tout était transformé. Bien sûr, ce n’était pas encore fait en profondeur, mais je vois les nouveautés, les choses restaurées…

Maintenant, la ville est vraiment superbe.

LVdlR. Comment vous allez à la pêche aux impressions ? Avez-vous un thème ? Un fil conducteur ? Ou vous laissez les choses venir vers vous ?

Jean-Bernard Cahours d’Aspry. Je fais les émissions tous les mois à la Radio Courtoisie. Bien entendu, je donne envie aux gens de venir. Au début, ce n’était pas facile. Maintenant, les gens s’adressent à moi avant que j’ai décidé d’organiser quelque chose. L’année dernière, je ne voulais plus le faire… C’est fatiguant pour quelqu’un de mon âge – j’ai 68 ans – d’organiser et diriger une vingtaine de personnes. Je leur communique ma passion de Saint-Pétersbourg. Je pourrai même dire « mon amour de Saint-Pétersbourg »

LVdlR. Votre prochain voyage ?

Jean-Bernard Cahours d’Aspry. Ça sera pour le mois de février à Moscou. Je garde Saint-Pétersbourg pour les nuits blanches. Je n’aime pas aller aux nuits blanches avec un groupe… Il y a tellement du monde ! On ne visite plus les musées, on « visite » les touristes. J’ai envie de re-voir les nuits blanches.

J’ai participé à l’ouvrage, avec le Musée de Glinka, qui parle des concerts de musique moderne qui ont eu lieu du 1907 au 1914. J’y ai assumé la partie française. Le livre a été conçu par la directrice du musée, nous devions même faire une grande exposition et un festival. Le livre est sorti maintenant, il faut que je vous le rapporte ! Mon problème est qu’il fait six kilos et cinq volumes et je ne trouve personne pour le mettre dans les bagages.

LVdlR. Ce n’est pas un problème, vous nous le rapportez dès que vous le pouvez.
Lire la suite: http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/241109130/279761715/

 


Lettre à un ami russe

Cher Anatoly,

 

Depuis que grâce à vous, j’ai découvert votre immense pays, mon intuition première sur le rôle essentiel que les Russes devaient tenir au 21ème siècle s’est trouvée confirmée. Depuis des années, je lis tout ce qui a trait à l’histoire, ancienne ou récente du peuple Russe, depuis la grande Rus kievienne, et même depuis la civilisation d’Arkaïm, jusqu’à la guerre que l’OTAN est en train de mener dans l’est de l’Ukraine via le régime fantoche de Kiev.

 

Quand j’étais jeune homme, je me suis engagé très jeune dans le combat anti-communiste, je luttais aussi bien contre ces idées en France, dans mon pays que partout où mon engagement militant me portait. La haine du bolchevisme et plus profondément le rejet du marxisme ont été le moteur principal de mon engagement en politique. Pour être franc, mes idées n’étaient pas uniquement tournées contre cette idéologie qui m’apparaissait par bien des aspects comme une aberration de l’esprit, elles étaient dirigées aussi contre l’esprit bourgeois de la société occidentale. Mais, à cette époque-là du moins, j’estimais encore que les soviets et la Révolution mondiale était mon plus mortel ennemi ; je réservais à la société libérale et à ses valets, une sorte de mépris car j’étais convaincu, avec la grande candeur de mes jeunes années, que les bourgeois de la société capitaliste ne résisteraient pas longtemps à nos assauts. J’ai mis beaucoup de temps à réaliser mon erreur.

 

Dans les faits, que s’est-il passé ? C’est l’URSS qui a disparu et  c’est l’esprit occidental et son fer de lance états-uniens qui dominent le monde. Ce fait confirme que lorsqu’il n’y pas d’adhésion des peuples, ce n’est pas par la violence et la coercition que l’on peut les maintenir sous contrôle sur le long terme, mais c’est au contraire en manipulant les cerveaux et les âmes que l’on s’assure de leur soumission. Cela, le Système l’a parfaitement compris et ses agents appliquent avec une constance sans faille les théories de Tchakhotine ou de Mac Luan sur le viol des foules. Goebbels était un enfant comparé aux manipulateurs médiatiques qui tirent aujourd’hui les ficelles des marionnettes humaines en créant la fabrique du consentement.

 

Sur la disparition « subite » de l’URSS il y aurait beaucoup à dire, et quand je regarde avec le recul ce qui s’est passé dans le bloc de l’Est avant l’arrivée de Boris Eltsine au pouvoir, chute de Ceaucescu, chute du mur de Berlin et quand on connaît le rôle que certains services spéciaux occidentaux, notamment français et allemands, ont joué dans ces pays, je ne peux m’empêcher de penser que l’URSS n’a pas implosé, mais que d’une certaine façon, dans certains cercles des « élites » mondiales, « on » a décidé que la bipolarisation du monde entre l’Est et l’Ouest avait fait son temps et qu’il était temps désormais de passer à une nouvelle phase de la conquête du monde. De ce point de vue, je garde l’intime conviction que ce changement de cap n’a pas pu se faire sans la participation active de certains cercles du pouvoir soviétique. La mise à sac de l’économie russe et l’accaparement des richesses par une minorité d’oligarques qui s’en est suivi sont pour moi la preuve que la disparition de l’URSS a été programmée et que le prix à payer a consisté à offrir pour une bouchée de pain les fleurons de l’industrie soviétique à ceux qui étaient dans la combine, aidés en cela par un certain nombre de banques anglo-saxonnes.

 

Mais fort heureusement, Cher Anatoly, il existe un phénomène que le sociologue français Jules Monnerot avait baptisé « hétérotélie » et qu’il définissait comme une sorte de règle intangible selon laquelle lorsqu’on poursuit un but, inévitablement se dresse sur notre route des obstacles que l’on n’avait pas imaginé et qui nous font aboutir à une destination autre que celle que l’on avait prévue. Parmi ces obstacles, il y a eu de mon point de vue, juste au tournant du millénaire, la prise de conscience d’une partie des élites russes, qui a réalisé in extremis, que si la situation n’était pas redressée rapidement, c’en était fini de la Russie et de son avenir. Voilà pourquoi, à mon humble avis, Cher Anatoly, un homme providentiel est arrivé à la tête du pays au début de ce siècle et a su redresser la barre en quelques années en mettant un frein au pillage de la nation, en redonnant un rôle éminent à la fonction politique et en réaffirmant le rôle central de Moscou.

 

Alors, je sais cher Anatoly qu’il y a à côté de vous, certains de vos amis qui n’aiment guère Vladimir Poutine en disant qu’il n’est pas assez ceci ou pas assez cela. Certes, aucun être humain n’est parfait, mais ma profonde conviction est que l’homme que votre peuple s’est donné comme dirigeant était celui qu’il fallait à la Russie pour éviter une nouvelle plongée dans les abîmes. Vu de France, avec un certain nombre de mes amis, les rares satisfactions de politique étrangère que nous ayons nous viennent de votre pays quand nous voyons comment le gouvernement russe tient tête aux états-uniens ou aux bureaucrates philo-américains de Bruxelles.

 

Aussi, je vous en conjure Cher Ami, tentez de convaincre vos jeunes camarades que la situation politique qui prévaut aujourd’hui en Russie est la meilleure que le peuple Russe pouvait espérer dans le contexte actuel pour préserver son avenir.

 

Certes, tout n’est pas parfait et immense est la tâche de redressement que la Russie doit affronter après 70 années de collectivisme marxiste et 15 années d’ultra libéralisme d’essence occidentale, mais chaque fois que je viens dans votre pays je suis inquiet de voir la pseudo culture occidentale s’imprégner sur vos murs ou sur certaines chaînes de télévision ; je suis effaré de voir aussi de jeunes Russes arborer des maillots ou des casquettes d’universités américaines ou écouter de la musique anglo-saxonne et je reconnais là, avec inquiétude, le masque de la Bête, qui depuis des décennies déjà, a inoculé en Occident son poison dans les cerveaux, et qui est en train, toujours par les mêmes techniques de manipulation mentale, de subvertir les esprits des jeunes générations post-soviétiques. C’est véritablement là que se trouve le danger, bien plus que dans la présence de missiles ou de radars en Pologne ou en Tchéquie ou encore dans la présence de bases militaires US dans les ex-républiques de l’URSS.

 

Alors je sais que vous êtes lucide sur cette réalité et que vous vous battez avec vos armes contre cette subversion de l’esprit. Mais je crois que dans cette bataille contre le Système, qui sera décisive pour l’avenir de l’humanité, le destin a réservé un grand rôle au peuple russe. En occident, les élites au pouvoir ont courbé la tête et acceptent sans broncher la domination états-unienne et tant que le Système aura de quoi acheter les consciences et calmer les mécontentements sociaux en finançant les leaders d’opposition et les syndicats compradores cette situation perdurera et la contamination se répandra de par le monde. Il est donc urgent de tout faire pour précipiter la fin du Système et dans le même temps de préparer la relève en suscitant un discours alternatif contre la Pensée unique.

 

Nous pourrions discuter longuement sur ce discours alternatif à réinventer et une vie entière ne suffirait pas à imaginer tout ce qu’il faudra rebâtir lorsque la Bête sera abattue. Il nous faudra travailler sur tous les terrains essentiels : religieux, politique, économique, social, culturel. Mais j’ai gardé de mes années de militantisme contre le communisme le souvenir d’une vertu que possédaient mes adversaires et qui était la maîtrise de la praxis et le sens du réalisme. Au nom de cette vertu, je sais que la voie que nous devons suivre pour lutter contre nos ennemis ne passe pas toujours par les chemins que nous voudrions suivre. Le combat politique et culturel que nous menons naturellement parce que nous sommes des hommes lucides est un combat difficile parce que le Système, surtout en occident, contrôle toutes les places fortes d’une main de fer (médias, banques, institutions, Eglises…). En revanche, il est un domaine où le Système se sent le plus fort et où il est en réalité le plus vulnérable, c’est le domaine de l’économie. Après avoir « vaincu » le marxisme, l’idéologie néo-libérale se croit invincible car elle pense ne plus avoir d’adversaires crédibles. Mais leurs partisans, qui ont lu Carl Schmitt, savent qu’il faut toujours désigner un adversaire pour obtenir l’adhésion des masses et ils ont donc susciter le « terrorisme » en lui donnant le masque de l’Islam.

 

Nous pourrions discourir longtemps sur l’Islam, Cher Anatoly, mais je crois qu’il s’agit là, surtout pour la Russie, d’un faux problème, car les siècles de cohabitation que la Russie a connue avec des populations islamisées vous ont appris le respect mutuel que l’on pratique avec d’autres cultures et votre pays pourrait donner des leçons à beaucoup d’occidentaux sur le respect des différences et des droits légitimes des peuples.

 

Quand j’observe ce qui se passe en Russie et en Ukraine, où agissent en sous-main des hommes de l’ombre financés par des organismes étrangers, je ne peux que constater que la Russie est le dernier rempart à abattre pour nos adversaires anglo-saxons. Il serait mortel aujourd’hui pour votre pays de ne pas avoir conscience de cette réalité. Face à la vision du monde occidentale qui s’avance masquée sous l’apparence des droits de l’homme, de la démocratie libérale et du libre marché, il faut d’urgence leur opposer une nouvelle vision du monde axée sur le droit souverain du peuple et l’économie orientée, c’est-à-dire non pas dirigée mais orientée par l’Etat. Si vous laissez le poison des droits de l’homme s’installer dans votre société, vous assisterez lentement à la progression de l’individualisme et à la disparition de toutes les valeurs traditionnelles qui vous restent encore et que paradoxalement, le communisme avait partiellement préservées. Si vous laissez la démocratie libérale envahir les esprits vous laisserez la corruption se développer, comme elle existe en occident mais sur des modes beaucoup plus discrets que dans votre pays. Enfin, si vous laissez le marché se développer sans contrôle de l’état,  vous laisserez la sphère financière se développer de manière exponentielle et vous lui transmettrez ainsi le véritable pouvoir, comme cela s’est passé en occident au cours de ces dernières décennies.

 

Je vous ai dit tout à l’heure, Cher Anatoly, que le domaine économique était, de mon point de vue, le talon d’Achille de nos adversaires et je vais essayer de m’en expliquer brièvement.

 

La seule logique sur laquelle est bâtie l’arme de destruction massive de nos ennemis est celle du profit financier. Les idéologues qui contrôlent la machine se servent de ces valets que sont les patrons des grandes multinationales, les présidents des fonds de pensions et des grandes institutions financières internationales, pour accaparer les richesses mondiales et  spolier les peuples. Mais, si je veux bien croire que ces idéologues ont une vision du monde et donc une vue sur le long terme, je pense qu’ils ne maîtrisent plus leurs commis qui ne sont que des marchands et qui se sont lancés dans une course folle à la conquête des marchés mondiaux et à la globalisation de la planète. Jusqu’à maintenant, cette stratégie de pur profit coïncidait avec les intérêts des manipulateurs, mais j’ai la conviction que les temps sont proches où la machine va s’enrayer et où les peuples exaspérés par la spoliation vont se rebeller.

 

Mais il faut prendre en compte, notamment chez les peuples occidentaux malades, que le lavage de cerveau a commencé voilà des décennies et que la seule alternative réaliste qu’une politique d’opposition au Système puisse proposer sera basée, hélas, sur des considérations économiques et sociales. Il faut donc rebâtir un corpus doctrinal, je dirais même plutôt, habiller un corpus doctrinal économique alternatif, afin que, lorsque le Système commencera à se disloquer, soient déjà présents dans les esprits les germes de ce qui pourra servir de base à une reconstruction politique.

 

Comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire à plusieurs reprises, Cher Anatoly, j’ai l’intime conviction que ce nouveau discours, cette alternative radicale au Système, seul le peuple Russe peut l’incarner, en regard de sa longue histoire et des événements récents qu’il a connus. C’est pour cela que je me bats, c’est pour cela aussi que j’entretiens avec votre pays des liens privilégiés parce que je sais que malgré les difficultés dans lesquelles se débat la Russie d’aujourd’hui, elle seule a conservé un peu de cette pureté qui n’a pas encore été contaminée par Big Brother. Vladimir Poutine est l’homme dont la Russie a besoin pour se redresser et incarner cette alternative au monde occidental corrompu. Mais pour cela il faut l’aider, il faut le soutenir et il faut l’encourager à poursuivre la tâche de redressement de votre nation qu’il a entrepris au tournant du millénaire.

 

Cher Anatoly, dans mes rêves d’adolescent, je me voyais participer à une croisade contre la Russie bolchevique et débarrasser Moscou de ses tyrans. Les tyrans sont partis, ou sont morts et la Russie éternelle est toujours là. C’est à elle que je viens dire aujourd’hui que si elle veut assumer son statut de grande puissance, elle doit forger aujourd’hui les armes doctrinales de demain et faire souffler sur le monde le grand vent de la liberté des peuples.

 

Je sais, mon Cher Anatoly, que vous serez au premier rang dans ce combat.

Longue vie à la Sainte Russie !

 

 

 

Emmanuel Leroy

 


Millénaire du Baptême de la Russie


Les petits choristes de l'Oural


Discours Chrétien de Vladimir Poutine : Vive la Sainte Russie !

La conversion de la Russie en marche : Il ne manque plus que la très sainte Vierge !

 

1025e anniversaire de la christianisation de la Russie« Votre présidence est un miracle ! » Lors des festivités de l’été 2013, du 1025e anniversaire de la christianisation de la Russie, le patriarche Kirill n’avait pas caché son enthousiasme à l’égard de Vladimir Poutine…

 

Vladimir Poutine a parlé…

… C’était le 19 septembre dernier.

 

 

Forum de Valdaï 19 septembre 2013

Forum de Valdaï 2013


 

Discours Chrétien de Vladimir Poutine (19 septembre 2013) – Vladimir Poutine, président de la Russie, a prononcé le 19 septembre 2013 un discours devant le Forum de Valdaï en Russie, un événement qui rassemble régulièrement des autorités du monde entier sur les grands thèmes de société :

 

Voici la transcription du texte de cette mémorable vidéo (extraits du discours de Poutine) :

 

Le Club de Discussion Valdaï« … Un autre défi important pour l’identité de la Russie est lié aux événements qui ont lieu dans le monde. Cela concerne les politiques étrangères et les valeurs morales.

Nous pouvons voir comment beaucoup de pays euro-atlantiques sont en train de rejeter leurs racines, dont les valeurs chrétiennes, qui constituent la base de la civilisation occidentale. Ils sont en train de renier les principes moraux et leur identité traditionnelle : nationale, culturelle, religieuse et même sexuelle. Ils mettent en place des politiques qui mettent à égalité des familles nombreuses avec des familles homoparentales, la foi en Dieu est égale à la foi en Satan.

Cet excès de politiquement correct a conduit à ce que des personnes parlent sérieusement d’enregistrer des partis politiques dont l’objectif est de promouvoir la pédophilie.

Dans beaucoup de pays européens, les gens sont gênés pour parler de leur religion. Les jours de fête sont abolis ou appelés différemment : leur essence est cachée, tout comme leur fondement moral.  Et les gouvernements de ces pays essaient agressivement d’exporter ce modèle à travers le monde.

Je suis convaincu que cela ouvre un chemin direct à la dégradation et au primitivisme, aboutissant à une profonde crise démographique et morale. Quoi d’autre que la perte de la capacité de se reproduire pourrait être le meilleur témoignage de cette crise morale ? Aujourd’hui, presque toutes les nations développées ne sont plus capables d’assurer leur renouvellement démographique, même avec l’aide des flux migratoires.

Sans les valeurs présentes dans la Chrétienté et dans les autres religions du monde, sans les normes morales qui se sont formées durant des millénaires, les gens perdront inévitablement leur dignité humaine.

Nous considérons comme juste et naturel de défendre ces valeurs. On doit respecter le droit de chaque minorité à être différente, mais les droits de la majorité ne doivent pas être remis en question.

Dans le même temps, nous voyons des tentatives pour lancer le modèle standardisé d’un monde unipolaire et pour brouiller les institutions de loi internationale et de souveraineté nationale. Un tel monde unipolaire, standardisé, n’a pas besoin d’États souverains, il a besoin de vassaux.

Historiquement, cela représente un rejet de sa propre identité et de la diversité mondiale donnée par Dieu.

La Russie est d’accord avec ceux qui croient que les décisions clefs devraient être prises collectivement, plutôt que dans l’ombre pour servir les intérêts de certains pays ou groupes de pays. »

Le président russe Vladimir Poutine

 

Fin de citation du discours de Vladimir Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine se signe

Voilà autre chose que nos habituelles Obameries et autres Hollanderies !

François Fillon et Vadimir Poutine

Russian President Vladimir Putin (center) and former French Prime Minister Francois Charles Armand Fillon (left) attending the tenth anniversary meeting of Valdai International Discussion Club in the Novgorod Region, September 19, 2013.
by Michael Klimentyev


 

Pour aller plus loin… « Vladimir Putin Meets with Members the Valdai International Discussion Club. Transcript of the Speech and Beginning of the Meeting » (en Anglais) – Site du Valdai International Discussion Club : http://valdaiclub.com/


Commémoration en mémoire des évènements du Beslan